« Dans le Finistère, une psychiatrie efficace qui a « le souci de l’autre » »
Date de publication : 13 février 2024

Eric Favereau remarque dans Libération que « tout n’est pas absolument pourri dans le royaume de la psychiatrie. Il y a ainsi des endroits où l’on ne manque pas de psychiatres ni d’infirmières, où les uns comme les autres sont contents de travailler, et où les patients sont non seulement pris en charge, mais bien pris en charge. Et cela se passe dans le Finistère, à Landerneau ».
Le journaliste se penche ainsi sur ce « service reposant sur la psychothérapie institutionnelle. Un lieu qui existe depuis une trentaine d’années, et qui satisfait patients comme médecins ».
Il cite la Dre Delphine Glachant, qui « a trouvé il y a un peu plus d’un an un poste à l’hôpital de Landerneau. Dans l’histoire de la psychiatrie publique, c’est un lieu qui n’est pas anodin, où depuis plus d’une trentaine d’années, on y pratique, à l’initiative du Dr Jean-Michel de Chaisemartin, une prise en charge humaniste, ouverte, en réseau, reposant sur ce que l’on appelle la psychothérapie institutionnelle. Et cela marche ».
La psychiatre observe dans la revue Pratiques : « Au-delà de la gentillesse des uns et des autres, une véritable culture de l’accueil est travaillée, qui traverse les patients et le personnel. […] A Landerneau, on fait de la psychiatrie de secteur, de la vraie, celle où tout le monde circule, patients, soignants, d’une unité à l’autre, vers la ville, vers la mer. Plus de dix gîtes [séjours thérapeutiques, ndlr] s’organisent chaque année, y compris pour aller à la pêche… Les personnes, les biens, la parole circulent ».
Elle ajoute que « la continuité d’être n’est pas qu’une formule. C’est un souci de l’autre. Quand quelqu’un commence à décompenser, on en aura tellement parlé au cours de plusieurs synthèses successives que lorsqu’il arrive sans prévenir au centre médico-psychologique, ça va de soi qu’il est accompagné à l’hôpital, tranquillement, où là-bas, il est attendu et accueilli ».
La Dre Glachant précise : « Pour moi, il y a une foule de facteurs qui nous permettent ce travail. Il y a au départ un projet de gens qui se sont engagés. L’air de rien, c’est une vision de soins très politiques. Les patients sont présents, dans la boucle. On pense que le soin, cela passe aussi par leur émancipation ».
La psychiatre souligne cependant que « notre secteur subit comme partout les méfaits des politiques de santé. L’établissement mène notamment une politique de contractualisation qui précarise et fragilise les personnels. Ils restent en CDD des années, ne sont stagiairisés qu’au bout de six, huit ans ».
« Ce mois-ci, le dispositif d’alarme du travailleur isolé [DATI], mis en place dans les services de psychiatrie après le double homicide [à l’hôpital psychiatrique] de Pau en 2004, est arrivé dans le service alors que jusque-là, les équipes s’en étaient passées. Ressentir ce besoin, c’est mauvais signe, et l’arrivée du DATI en lui-même modifie l’ambiance. Cela témoigne de situations dans lesquelles l’équipe se sent en insécurité »,ajoute la Dre Glachant.
Elle conclut néanmoins : « J’ai retrouvé un plaisir à travailler qui me fait beaucoup de bien. Il y a, il peut, y avoir plein de Landerneau dans la psychiatrie publique ».