Pesticides : Générations Futures et 7 autres ONG claquent la porte de la réunion sur Ecophyto

🚨 Hier, Générations Futures et les autres ONG environnementales du Comité Ecophyto ont refusé de participer à la réunion de suivi d’Ecophyto pour protester contre les reculs annoncés par Gabriel Attal sur les pesticides !
Pourquoi ce geste fort ?
La raison principale est la « mise en pause » du plan Ecophyto et surtout la remise en question de l’indicateur clé (le NODU) qui révèle la dépendance de notre agriculture aux pesticides. Cette suspension, décidée par le Premier ministre Gabriel Attal, semble apaiser le secteur agricole mais soulève – à juste titre – une vague d‘indignation chez les défenseurs de l’environnement.
Un déni de démocratie
La pression l’agrochimie de ces dernières semaines, les annonces de reculs sur le dossier des pesticides faites par Gabriel Attal cédant à cette pression, balayant d’un revers de main des mois et des années de travail, le manque de préparation de cette réunion clé (absence d’ordre du jour et de documents de travail) ont rendu impossible un dialogue constructif. Face à ce constat, nos organisations n’ont eu d’autre choix que de marquer leur mécontentement en se retirant. Je soutiens le travail
de Générations Futures
L’Importance de l’Indicateur
Le débat sur l’indicateur n’est pas qu’une question technique mais c’est bien un enjeu politique. Remettre en question l’indicateur NODU, c’est s’attaquer à l’objectif même de réduction de l’usage des pesticides, un pilier central du plan Ecophyto depuis 15 ans.
Démonstration : entre 2011 et 2021 le choix du NODU (indicateur actuel de référence et celui qui est utilisé depuis le lancement du plan) indique une hausse de 3 % de l’usage des pesticides alors que le HRI 1 (celui que souhaite nous imposer la FNSEA et le gouvernement) serait lui à la baisse de …32% pendant la même période !
Serait-il vraiment sérieux, alors que l’échec du plan Ecophyto était jusqu’à ce jour patent, de prétendre aujourd’hui qu’il aurait en fait été un franc succès juste en opérant un changement cosmétique de période de référence et d’indicateur ? La réponse est dans la question…
Les pesticides : Une menace pour notre santé, la biodiversité, les milieux…
Il est urgent d’agir face aux dangers que les pesticides représentent pour notre environnement, notre eau et notre santé. Nous attendons des mesures fortes dans la future stratégie Ecophyto pour protéger nos ressources en eau et notre biodiversité.
La décision unilatérale du Premier Ministre, sous la pression du syndicalisme agricole, remet en question des années de dialogue et de recherche de solutions. Nos organisations ont refusé de participer à une réunion qui ne sert qu’à entériner des décisions déjà prises. Nous restons cependant ouverts au dialogue, dans l’espoir de retrouver les fondamentaux d’Ecophyto : un plan ambitieux pour réduire de 50% l’usage des pesticides carl’agriculture de demain sera écologique ou ne sera pas !
Générations Futures est fière d’avoir participé de manière décisive à cette réaction indignée. Plus que jamais il va nous falloir maintenir la pression et tout mettre en oeuvre pour sortir notre agriculture de sa dépendance aux pesticides, rejoignez-nous dans ce combat !
Pesticides : crise ouverte entre le gouvernement et les associations de défense de l’environnement sur le plan Ecophyto
Huit associations environnementales ont quitté une réunion du comité d’orientation stratégique et de suivi du plan Ecophyto, à laquelle participaient cinq ministres du gouvernement Attal.
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Le premier ministre, Gabriel Attal, avait suscité un tollé en annonçant la suspension du plan Ecophyto, censé réduire l’usage des produits phytosanitaires de 50 % à l’horizon 2030 (par rapport à la période 2015-2017), « le temps de mettre en place un nouvel indicateur » de référence pour mesurer leur utilisation. Cela s’est transformé en crise ouverte avec les associations de défense de l’environnement. Générations futures, France Nature Environnement, le Fonds mondial pour la nature (WWF), la Fondation pour la nature et l’homme, la Ligue de protection des oiseaux ou encore Alerte des médecins sur les pesticides ont claqué la porte du comité d’orientation stratégique et de suivi du plan Ecophyto, réuni lundi 12 février, pour ne pas « cautionner un retour en arrière de quinze ans ».
Dans une déclaration commune, les ONG estiment que « remettre en cause l’indicateur NODU [nombre de doses unités], c’est remettre en cause l’objectif même de la réduction des usages des pesticides (…) et donc l’existence même du plan Ecophyto ».
L’indicateur NODU, en vigueur en France depuis le lancement du premier plan Ecophyto en 2009, mesure le nombre de traitements employés à l’hectare. En s’appuyant sur les doses de référence, propres à chaque substance active, il a l’avantage de tenir compte de l’efficacité des molécules qui, à tonnage identique, peuvent avoir un impact très différent sur la santé et l’environnement. L’industrie agrochimique et la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) militent pour un autre référentiel, l’indicateur de risque harmonisé (HRI-1), qui pondère les quantités de pesticides utilisées par un coefficient censé refléter leur dangerosité.
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Proposé par la Commission européenne dans le cadre du règlement sur l’usage des pesticides – rejeté par les eurodéputés en novembre 2023, puis retiré par l’exécutif européen le 6 février –, cet indicateur a été qualifié de « trompeur » par les autorités sanitaires allemandes : elles considèrent qu’il induirait une baisse en trompe-l’œil. Sur la base des données fournies par la Commission européenne et le ministère de l’agriculture, l’association Générations futures a comparé les résultats en appliquant à la France les deux indicateurs sur la période 2011-2021. Selon le HRI-1, l’usage de pesticides baisse de 32 %, alors qu’il augmente de 3 % avec le NODU.
A l’issue du comité d’orientation stratégique du plan Ecophyto de lundi, le gouvernement a indiqué que l’objectif de réduction de 50 % de l’usage des pesticides d’ici à 2030 était « maintenu », mais que le choix de l’indicateur qui serait retenu pour évaluer cette baisse n’était « pas encore fait ». L’arbitrage devrait intervenir avant l’ouverture du Salon international de l’agriculture, le 24 février.
« On ne casse pas le thermomètre », commente-t-on dans l’entourage du premier ministre. « L’indicateur français ne sera pas abandonné, assure l’exécutif pour calmer les ONG. Il sera intégré dans un panel d’indicateurs. » De même source, on rappelle que 250 millions d’euros seront consacrés à la recherche d’alternatives aux pesticides, dans le cadre du plan, toujours en discussion. Lancé en 2009 dans la foulée du Grenelle de l’environnement, le premier plan Ecophyto visait déjà à réduire de 50 % en dix ans l’usage des herbicides, fongicides et autres insecticides.
Eviter une nouvelle crise
« En donnant le signal que l’agriculture peut relâcher ses efforts sur les pesticides, le gouvernement a choisi d’ouvrir la boîte de Pandore, déplore Jean Burkard, directeur du plaidoyer au WWF. C’est un cadeau à l’agriculture industrielle plus qu’aux agriculteurs dans leur diversité, alors que le monde agricole disait vouloir du soutien, pas des pesticides. » Les ONG demandent à être reçues « au plus vite » par le premier ministre, afin de « renouer le dialogue avec la société civile ».
De son côté, le ministère de l’agriculture a condamné l’attitude des associations : « Il n’est pas acceptable de quitter une réunion d’échange et de concertation alors qu’aucune décision n’a été prise. » Pas moins de cinq membres du gouvernement ont participé au comité de suivi du plan Ecophyto : le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, Marc Fesneau, et Agnès Pannier-Runacher, qui vient de le rejoindre à l’agriculture, le ministre de la transition écologique, Christophe Béchu, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Sylvie Retailleau, ainsi que le ministre délégué à la santé et à la prévention, Frédéric Valletoux.
A dix jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture, le gouvernement veut montrer qu’il ne reste pas les bras croisés pour s’éviter une nouvelle crise agricole. Gabriel Attal doit recevoir, mardi 13 février, les présidents de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs. Dimanche 11 février, dans un entretien à BFM-TV, le patron de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a agité le chiffon rouge d’une reprise des blocages si le gouvernement n’accélérait pas « le tempo ». Pour déminer le terrain, le cabinet du ministre de l’agriculture, Marc Fesneau, était chargé de détailler à la presse, lundi 12 février, « toutes les actions engagées » depuis les annonces du premier ministre pour « répondre aux attentes des agriculteurs ».
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Les fonds d’urgence, d’abord : pour la filière viticole, pour les agriculteurs affectés par les tempêtes et les inondations, pour les éleveurs concernés par la maladie hémorragique épizootique… La simplification, ensuite, avec les « remontées des propositions du terrain » par les préfets et un « travail d’influence » au niveau européen. Les contrôles, enfin, avec « 124 procédures » lancées pour des « irrégularités » dans l’application de la loi EGalim, censée assurer une meilleure rémunération des agriculteurs. Avec un mot d’ordre : « Le tempo fixé par le premier ministre est d’aller le plus vite possible. » Quitte à passer en force sur le dossier des pesticides.