La réglisse est plus puissante qu’on ne le pense.

La réglisse : cette amie discrète ne vous veut pas que du bien

Dr Roseline Peluchon|05 Février 2024

https://www.jim.fr/viewarticle/réglisse-amie-discrète-ne-vous-veut-pas-que-du-2024a10002ih?uac=368069pv&ecd=wnl_all_240209_jim_cardio_&sso=true

L’OMS considère comme peu probable qu’une consommation de 100 mg d’acide glycyrrhizique par jour ait des effets sur la pression artérielle. Cependant, une petite étude suggère que la réglisse est plus puissante qu’on ne le pense.

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La réglisse est réputée depuis bien longtemps pour ses propriétés médicinales et aromatiques.  Elle est utilisée dans de nombreux produits de consommation courante, alimentaires (confiseries, boissons anisées notamment), cosmétiques, médicamenteux, etc. En revanche, elle est connue aussi pour augmenter la pression artérielle.


Cet effet indésirable est dû à la présence d’acide glycyrrhizique dans la réglisse. Dans les reins, ce dernier inhibe de façon dose-dépendante l’enzyme 11 bêta-hydroxystéroïde déshydrogénase de type 2 (11ß-HSD), qui joue le rôle de catalyseur de la transformation du cortisol et de la corticostérone en cortisone et 11-déhydrocrticostérone. Cette inhibition est à l’origine d’une augmentation du cortisol sanguin et d’un pseudo-hyperaldostéronisme avec hypokaliémie, hypernatrémie, rétention hydrique et hypertension artérielle.

Une augmentation rapide de la pression systolique

L’Union européenne et un comité d’expert de l’OMS ont estimé que la majorité des individus peut consommer régulièrement jusqu’à 100 mg par jour d’acide glycyrrhizique sans effet indésirable. Selon une enquête menée en Suède, 5 % des consommateurs de réglisse dépasseraient ce seuil journalier. La quantité d’acide glycyrrhizique contenu dans la réglisse est très variable selon sa provenance, les plantes dont elle est issue, les espèces, les conditions de conservation, etc., et pourrait aller de 0,29 mg à 112 mg d’acide glycyrrhizique par gramme de réglisse.null


Une équipe suédoise a réalisé un essai randomisé sur 28 volontaires sains, âgés de 22 à 27 ans. Il s’agit d’une étude en cross over, tous les patients recevant des pastilles à base de réglisse et un produit contrôle, dans un ordre aléatoire, pendant deux périodes de 2 semaines entrecoupées d’une pause de 2 semaines également (wash-out). Les pastilles de réglisse provenaient toutes du même producteur et contenaient 29,9 ±2,0 mg/g d’acide glycyrrhizique. Il était demandé aux participants de consommer 14 à 15 pastilles par jour, correspondant à 3,3 g de réglisse et 100 mg de glycyrrhizine. Pendant les périodes de wash-out, il leur était demandé de ne consommer aucun produit contenant de la réglisse.


Les produits contrôles avaient un goût de réglisse, mais contenaient des quantités indétectables de glycyrrhizine. L’objectif principal était d’établir les effets d’une consommation de 100 mg par jour d’acide glycyrrhizique, sur la pression artérielle. Les objectifs secondaires étaient les effets de cette consommation sur le taux de rénine plasmatique, d’aldostérone et de NT-ProBNP.


Les données confirment l’augmentation de la pression artérielle systolique pendant la période de consommation de réglisse en comparaison avec la consommation du produit contrôle (différence moyenne de 3,1 mmHg ; 95 % CI 0,8 à 5,4), avec une réduction importante des taux sériques de rénine et d’aldostérone, effets compatibles avec le pseudo-hyperaldostéronisme induit par l’acide glycyrrhizique.


De plus, parmi les 7 participants ayant la suppression la plus importante de rénine et d’aldostérone, le poids corporel et la NT-ProBNP augmentent aussi, effet non démontré antérieurement et inattendu avec une consommation considérée comme modérée et sans danger pour la majorité des personnes.


Notons que l’augmentation de la pression artérielle systolique commence dès le 4ème jour, avec une augmentation moyenne de 1,4 mmHg, et se poursuit pendant les 14 jours de la consommation de réglisse, avec, à ce terme, une différence moyenne de 4,1 mmHg. Elle revient à la valeur initiale 11 jours après l’arrêt de la consommation. La pression diastolique ne semble pas affectée.

Mieux vaut éviter une consommation régulière

Les auteurs s’inquiètent de cet effet significatif sur des adultes en bonne santé. Ils suggèrent l’intérêt d’une révision des normes de consommation et soulignent la nécessité d’études ciblant les hypertendus et les insuffisants rénaux.nullLISEZ LA SUITE CI-DESSUS


En 2022, l’Anses publiait les résultats d’une étude rétrospective des cas d’intoxication à la réglisse signalés en France. Le nombre de cas annuels allait de 3 à 9, les intoxications étaient chroniques 7 fois sur 10, et graves dans 4 cas sur 10. Ces cas graves étaient le plus souvent liés à la consommation de boissons aromatisées par de la réglisse, comme de l’Antésite ou le pastis avec ou sans alcool. La réglisse étant présente dans de nombreux produits de consommation courante, l’Anses envisage une révision de la valeur toxique de référence et une modification de l’étiquetage.(1) 

Elle précise également : « En l’état actuel des connaissances, il paraît raisonnable de proposer une consommation quotidienne ne dépassant pas 10 mg/j de glycyrrhizine en cas de consommation chronique, en veillant à ne pas multiplier les sources d’apport par les aliments, les médicaments ou les produits issus du tabac. Enfin, il est conseillé d’éviter de consommer de façon continue des produits contenant de la réglisse. » (2)
 

Pour en savoir plus : 
1)    Anses. Effets indésirables induits par la réglisse consommée dans le cadre alimentaire. Etude des cas enregistrés par les centres antipoison (de janvier 2012 à décembre 2021). Rapport d’étude de toxicovigilance – Octobre 2022.
2)    Boissons, bonbons et autres aliments à base de réglisse : à consommer avec modération – VigilAnses n° 18 – Novembre 2022. 
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References

Af Geijerstam P, et al F. A low dose of daily licorice intake affects renin, aldosterone, and home blood pressure in a randomized crossover trial. Am J Clin Nutr. 2024 Jan 19:S0002-9165(24)00019-4. doi: 10.1016/j.ajcnut.2024.01.011.


Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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