« Le système médical est au sol » : après dix coups de fil, ce médecin n’a jamais pu hospitaliser sa patiente

Écrit par Robin Doreau
Publié le 01/02/2024 à 06h15
Dans un tweet, le président du syndicat UFML, docteur Jérôme Marty, relate son parcours du combattant pour hospitaliser l’une de ses patientes dans la région Occitanie. Un exemple parmi d’autres, qui selon lui illustre un système de soins qui « craque de partout ».
« Pas de lit disponible« , « le standard est en panne« , « on est à 180% d’activité« …. autant de problématiques auxquelles est confronté le Dr Jérôme Marty, de la clinique La Croix du Sud, et président du syndicat UFML.
Dans un tweet publié le 31 janvier 2024 sur le réseau social X, le professionnel de santé relate, à coup d’échanges téléphoniques, toutes ses tentatives pour placer une de ses patientes (appelée ici madame « padchanss ») en hospitalisation, en vain.
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Ça craque de partout… Système de soin France 2024… Patiente ( on l’appellera « padchanss » actuellement hospitalisee en SSR et ce jour en décompensation à hospitaliser, a ete adréssée par clinique X : « allo clinique X Mme Padchanss a besoin d’être rehospitalisée » « Ah non, on a pas de place, pas un lit disponible… » Appel à service gastro grande clinique : « allo, Mme Padchanss a besoin d’être hospitalisée, elle décompense et … » « On a pas de lit essaye par les urgences de la clinique » « Allo les urgence de la grande clinique, Mme padchanss a besoin d’être hospitalisée… » « Desolé j’ai 29 brancards en attente dans le couloir je peux pas…essaye les urgences du CHG 82 » « Allo les urgences du CHG 82, Mme Padchanss décompense et… » « Il faut appeler le 15 pour réguler avant d’entrer » « Allo l’accueil CHG il me faudrait la regul pour une entrée aux urgences » « Ah suis désolé le standart du 15 82 est en panne on peut pas les appeler » « Allo les urgences du CHG 82 le 15 n’est pas joignable » « Je vous ai dit qu il fallait appeler le 15 avant de nous appeler » « Le standart du 15 est en panne » « Ben j’sais pas moi, faite le 18 » « Allo les urgences de grande clinique du 31 il me faudrait hospitaliser Mme Padchanss » « Je peux vraiment pas, ai plus de 30 patients en attente, essaie de voir avec CHU » « Allo urgences CHU il me faudrait hospitaliser Mme Padchanss aux urgences pour pb gastro » « Ah ben c’est l’autre CHU ou est centralisée la gastro je te passe les urgences de l’autre CHU» « Allo les urgences autre CHU j’ai besoin d’hospitaliser Mme… » « Je te coupe, elle était ou avant d’être en SSR » « A la petite clinique X ds 82» « Ben ils n’ont qu’a la reprendre » « Peuvent pas, pas de lit dispo » « Ben essaye. CHG 82 » « Oui mais le 15 qui régule les entrées aux urgences est injoignable standart cassé » « Ah… attends vais les appeler moi vont te rappeler » 15 mn passent je le rappelle « Allo tu as pu avoir 15 du 82 » « Ah mince, je vais le faire » 5 mn, le SAMU appelle « Allo? Alors il parait qu’on peut pas nous appeler? » « Vous etes qui? » « Le SAMU 31 » « C’est le SAMU 82 dont j’ai besoin pour une entrée aux urg CHG 82, or leur standart est en panne » « Ok on les appelle ils vous rappellent »… Urgences hopital 82 appellent: « Allo le 15 nous a appelé pour mme Padchanss, ben on peut pas la prendre, on a pas de gastro » « Pas de gastro au CHG? » « Non » « Allo 15 du CHU ? ( j’explique le dossier) bon au CHG 82 y a pas de gastro » « Attends je regarde, bon ici aux urgences on est à 180 % de l’activité, à urg 2e grande clinique ils sont full essaye urgences hopital PSPH 31 » « Allo urg hopital PSPH 31 mme Padchanss a besoin d’être hospitalisée pour pb gastro » « Ah ben moi je vais pas décider ça, je te passe le gastro » « Allo suis le gastro, je pourrais pas la prendre, pourquoi tu essaies pas l’hopital de Saint ceret? » Moi : « mais … pourquoi dans le lot?? » « Ben Montauban c’est pas le Lot et Garonne ?» « Euh, bon vais me debrouiller » « Allo petite clinique qui a adressée la patiente, on peut vraiment pas trouver de place pour mme padchanss » « Tout ce que je peux faire c’est au mieux la prendre demain matin vais « pousser les lits »» Bref Mme Padchanss va être tant bien que mal stabilisée en SSR pour tenir jusqu’au lendemain…c’est au 21 e siecle, en France
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« Ce genre de situation, ça arrive de plus en plus, détaille le médecin. Les urgences sont débordées, c’est tout notre système de santé qui est au sol. Il n’est plus en train de s’effondrer, il est au sol, et ce sont les patients qui en payent le prix. »
Pire qu’avant le covid
Quatre ans après la crise sanitaire du covid-19, où avait été exposée au grand jour la problématique du manque de lits, la situation ne semble pas avoir évolué. « Le manque de lits, et de personnel n’a jamais été aussi important. Même dans le privé, où le Samu envoie des patients en permanence parce qu’il n’y a plus deplace dans le public, et où il y a deux fois moins de personnel. Certains font plus de 70 entrées par jour, tout seul. »
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« Il a raison de dire que les urgences débordent, c’est la réalité« , confirme Vincent Bounes, médecin au SAMU 31 et vice-président de la Région Occitanie en charge de la Santé. « La situation est encore pire qu’avant le covid. »
Pour Vincent Bounes, le problème est structurel. Et les « bonnes volontés de l’ARS ou du CHU » n’y changent rien : « Les nouvelles générations de médecins ne s’installent plus, et n’ont pas le même rythme que les anciens qui partent à la retraite. Pour combler, avec le même nombre d’actes médicaux, le départ d’un médecin en retraite, aujourd’hui il faut 2,3 jeunes docteurs, assure Vincent Bounes. Il n’y a plus assez de médecine de ville, donc les gens se tournent vers le SAMU et les urgences. On reçoit 10% d’appels en plus chaque année. »
Après près une dizaine de coups de fil, la patiente du Dr Marty n’a pas pu être hospitalisée le jour même, mais a dû attendre le lendemain. « On ne peut pas offrir des soins de qualité aux patients. Alors ils prennent des risques« , appuie le médecin.
Quand les politiques viennent à l’hôpital, ils préviennent à l’avance et on repeint les murs. Il faudrait qu’ils viennent de nuit pour voir la réalité en face.Dr. Jérôme Marty
Une situation qui rappelle celle de ce jeune homme de 25 ans, décédé dans le Var en septembre dernier, après plusieurs heures d’agonie dans le couloir des urgences.
Une réponse politique ?
En tant que président de syndicat, Jérôme Marty va rencontrer la ministre de la Santé Catherine Vautrin dans les prochains jours. « Tout le monde est au courant de la situation, dans nos services, à l’assurance maladie… Mais il n’y a qu’au plus haut de l’Etat qu’ils ne comprennent pas. » Le Dr Marty de poursuivre : « Quand les politiques viennent en visite à l’hopital, ils préviennent à l’avance, on repeint les murs et on fait comme si tout allait bien. Il faudrait qu’ils viennent de nuit, sans prévenir, pour voir la réalité en face.Quand on voit les annonces d’Attal... »
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Vincent Bounes de rebondir : « Le Premier Ministre a raison quand il dit qu’il faut une responsabilité collective. Sur les gardes par exemple, aujourd’hui seuls 30% des médecins assurent le planning de garde, principalement des anciens. Mais entre les annonces et la réalité il y a un décalage. Accueillir plus de médecins étrangers, très bien, mais il faut voir les conditions administratives mirobolantes.… Ce n’est pas simple. »
En Occitanie, la Région ouvre des centres de santé pour convaincre les professionnels de s’installer. « On en a 16, on compte en ouvrir 10 de plus en 2024, et 10 autre sencore en 2025. Mais ça ne règlera pas le problème de fond« , se désole Vincent Bounes. « Aujourd’hui tous les services d’urgence de la région sont en difficulté, surtout dans le bassin toulousain, où les services sont au bord de la fermeture en permanence. »