« Discours de Gabriel Attal : des solutions iconoclastes pour la santé mais rien pour l’hôpital »
Date de publication : 31 janvier 2024



Nathalie Raulin rend compte dans Libération du discours de politique générale de Gabriel Attal, relevant : « Appel à des médecins étrangers, retour des étudiants partis hors de France, passerelles pour les infirmières… Pour améliorer l’accès aux soins, le Premier ministre a multiplié les annonces originales, et peu dispendieuses. Sans rien dire sur l’hôpital ».
La journaliste remarque ainsi : « Gabriel Attal opte pour le pragmatisme à peu de frais. […] Son discours de politique générale fait l’impasse totale sur l’hôpital, trop gourmand en denier public pour celui qui se dit soucieux de «responsabilité budgétaire» ».
Nathalie Raulin note que « le Premier ministre préfère se concentrer sur le premier motif d’inquiétude des Français : les difficultés grandissantes d’accès aux soins, pour cause de démographie médicale déclinante. Non sans promouvoir quelques solutions iconoclastes ».
« Gabriel Attal fait feu de tout bois pour doper ce «temps médical qui manque». Et d’abord en agissant sur l’effectif. […] Il confirme son intention de régulariser les médecins étrangers en poste sur le territoire, ce que réclamaient nombre d’établissements de santé, incapables de fonctionner normalement sans cette main-d’œuvre médicale », indique la journaliste.
Elle ajoute que « le Premier ministre pousse le bouchon plus loin : un «émissaire» devrait être chargé d’aller en chercher hors des frontières ».
Nathalie Raulin poursuit : « Tout à son souci de renforcer le nombre de médecins, Attal abat d’autres cartes : les étudiants partis faire médecine ailleurs en Europe, faute d’avoir passé le cap de la très sélective première année en France, vont être incités à revenir, sans que les modalités de leur retour ne soient pour l’heure très précises ».
La journaliste ajoute que « le Premier ministre propose de mieux reconnaître «l’expertise» des soignants. Son idée ? Développer les passerelles de façon à ce que des infirmières confirmées puissent intégrer en 3e année la faculté de médecine. De quoi augurer de forts remous chez les carabins ».
« Le déploiement des Services d’accès aux soins (SAS) sur l’intégralité du territoire – ils couvrent 72% de la population aujourd’hui – est aussi au programme. «Cet été, chaque département devra avoir un SAS», a précisé Attal. Dans le cas contraire, le Premier ministre se dit prêt à obliger les médecins libéraux à participer à la permanence des soins, avec la restauration des gardes en soirée ou le week-end », continue Nathalie Raulin.
Elle note en outre que « le Premier ministre projette aussi de responsabiliser les patients, en «faisant payer» ceux qui n’honorent pas leurs rendez-vous médicaux. Revendication ancienne des praticiens libéraux, cette «taxe lapin» […] devrait voir le jour «cette année» ».
Le Figaro évoque également « ce qu’il faut retenir du discours de politique générale de Gabriel Attal », retenant en matière de santé que « l’exécutif veut régulariser des médecins étrangers ».
« Pour reconnaître «l’expertise» du personnel médical, Gabriel Attal veut également permettre à des infirmières «avec de l’expérience» et «des savoir-faire» de passer «directement en 3e année de médecine» », ajoute le quotidien.
Le Figaro note en outre que « le Premier ministre veut lancer ce que des médecins appellent «une taxe lapin» pour éviter les milliers de rendez-vous non honorés chaque année. Reprenant le maître-mot de «simplification», Gabriel Attal entend libérer les médecins des «formalités administratives» ».
Le Parisien titre quant à lui : « Médecins à l’étranger, urgences, rendez-vous non honorés : l’ordonnance pas toujours nouvelle du Dr Attal ».
Nicolas Berrod indique que « Gabriel Attal va notamment nommer un «émissaire chargé d’aller chercher à l’étranger des médecins qui voudraient venir exercer en France», en plus de la régularisation de praticiens d’autres nationalités et déjà présents en France, annoncée par Emmanuel Macron il y a 2 semaines »
Le journaliste relève que « Gabriel Attal compte aussi lutter contre les déserts médicaux et «agir pour qu’il n’y ait aucun territoire oublié». L’été prochain, chaque département «devra être doté d’un service d’accès aux soins, avec des professionnels organisés pour assurer la permanence des soins» ».
« Dans les territoires qui en resteraient privés, le Premier ministre se dit «prêt à aller plus loin, en restaurant des obligations de garde pour les médecins libéraux, en soirée ou le week-end, dans leurs cabinets, à l’hôpital ou en maisons de santé» », continue Nicolas Berrod.
Jérôme Marty, président du syndicat Union française pour une médecine libre, réagit : « Ce n’est pas faisable, car comment mettre un repos compensateur à un médecin que l’on oblige à faire une garde ? Si je bosse un week-end entier, je ne peux réattaquer lundi. Cela ferait 30 à 40 patients que je ne pourrais pas voir ».
Santé : obligation de garde, recrutements à l’étranger, « taxe lapin », les pistes développées par Gabriel Attal
Alors qu’il était attendu sur les questions budgétaires et sur la crise de l’hôpital, le premier ministre a annoncé, lors de son discours de politique générale, mardi soir, entre autres, un possible rétablissement de l’obligation de garde des médecins libéraux. Un « chiffon rouge », pour ces professionnels.
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Il n’y aura pas de « grand soir » en santé. Pas de réforme d’ampleur, en tout cas, ni d’annonces sur le plan budgétaire, pourtant très attendues dans les rangs des soignants, en ville comme à l’hôpital. Dans son discours de politique générale, mardi 30 janvier, le premier ministre, Gabriel Attal, a inscrit son action dans la continuité du quinquennat, face à un système de soins en crise : « Nous allons continuer à réarmer notre système de santé », a affirmé le chef du gouvernement.
Pour « qu’il y ait plus de médecins devant les Français », alors que la démographie médicale reste déclinante et en attendant les effets de la réforme du numerus clausus, le premier ministre entend miser sur d’autres viviers de soignants. A commencer par les médecins étrangers, ces praticiens diplômés hors de l’Union européenne qui exercent déjà sur le territoire, et dont la « régularisation » vient d’être actée par le gouvernement. Mais aussi ceux qui sont en dehors des frontières : « Je nommerai un émissaire chargé d’aller chercher à l’étranger des médecins qui voudraient venir exercer en France », a-t-il affirmé.
Une annonce qui devrait faire tiquer dans les pays où la France entend puiser des praticiens. M. Attal cible aussi les « jeunes Français partis étudier la médecine à l’étranger », qu’il espère faire revenir.
Ouvrir des passerelles
Autre piste : ouvrir des passerelles à certaines professions paramédicales – quand bien même elles sont elles-mêmes sous tension. « Une infirmière anesthésiste qui a un bac + 5 et plusieurs années de carrière doit pouvoir, si elle le souhaite, entrer en 3e année de médecine », a annoncé M. Attal.
Sur le terrain, l’inquiétude le dispute à la déception. « L’ensemble des mesures relatives à la santé fait pâle figure face aux difficultés majeures du système », a réagi le syndicat représentatif des jeunes médecins généralistes ReAGJIR (pour Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants). « On a droit à des mesurettes, des mesures gadget, tout ça reste très anecdotique par rapport à la crise actuelle, aux déficits historiques des hôpitaux, aux services d’urgence qui ferment faute de personnels, aux problèmes d’attractivité, déplore le cardiologue Olivier Milleron, membre du collectif interhospitalier. Nous avons besoin d’un cap à long terme. »
Lire aussi : Des médecins généralistes manifestent pour dénoncer « l’abandon de la médecine de ville par l’Etat »
Dans un communiqué publié la veille, lundi 29 janvier, les directeurs de CHU, les doyens de faculté de santé et les présidents de commission médicale d’établissement ont alerté d’une même voix sur un déficit cumulé de 1,2 milliard d’euros fin 2023, soit trois fois plus qu’en 2022, et appelé les pouvoirs publics à compenser l’inflation. A l’Assemblée, le premier ministre s’est borné à affirmer que « les moyens du Ségur de la santé [n’étaient pas] encore arrivés partout », épinglant des « lourdeurs insupportables ». « Cela changera rapidement », s’est-il avancé.
« Responsabiliser » les patients
Sur le terrain des déserts médicaux, M. Attal a ressuscité une mesure clivante à laquelle il s’était déjà dit favorable, au printemps 2023, quand il était au budget, visant à « responsabiliser » les patients en cas de rendez-vous médical non honoré. « Quand on a un rendez-vous chez le médecin et qu’on ne vient pas sans prévenir, on paye », a-t-il défendu, sans préciser le montant de la retenue. Ce projet de « taxe lapin », resté jusqu’ici lettre morte, a soulevé d’importants doutes sur sa faisabilité ou ses conséquences sur le renoncement aux soins.
Lire aussi : Les médecins alertent sur le phénomène des rendez-vous médicaux non honorés
Au titre des mesures les plus polémiques, le premier ministre a agité le « chiffon rouge » qui provoque l’opposition des professionnels : celui des « obligations de garde pour les médecins libéraux », en soirée, le week-end, dans leur cabinet, à l’hôpital ou en maison de santé. Supprimées depuis 2003, celles-ci pourraient être rétablies dans les départements qui n’auront pas mis en place, cet été, de services d’accès aux soins, ces dispositifs mêlant SAMU et médecine de ville pour mieux répondre aux demandes de soins non programmés, et qui couvre aujourd’hui 70 % du territoire, selon l’exécutif.
Lire aussi : Le « chiffon rouge » de l’obligation de garde pour les médecins libéraux
Concernant la réforme de l’aide médicale de l’Etat, le premier ministre a assuré qu’elle serait menée « avant l’été par voie réglementaire ». Un autre sujet de forte inquiétude pour les soignants, nombreux à s’opposer à toute remise en question de cette couverture santé pour les étrangers sans-papiers.
Mattea Battaglia et Camille Stromboni
« Obligations de garde des médecins : pour les syndicats, « Gabriel Attal ne sait pas de quoi il parle » »
Date de publication : 1er février 2024
Nathalie Raulin relève dans Libération que « le Premier ministre a annoncé mardi vouloir rétablir l’obligation de garde le soir et le week-end dans les départements sans Service d’accès aux soins. Une confusion qui traduit une «méconnaissance» du dossier, selon les partenaires sociaux ».
La journaliste retient ainsi : « Non-sens, bricolage, et provocation : […] les syndicats de médecins libéraux n’ont pas de mots assez durs pour qualifier le volet santé de la déclaration de politique générale de Gabriel Attal prononcée mardi à l’Assemblée ».
Nathalie Raulin explique : « Dans le collimateur des médecins libéraux, la volonté affichée du Premier ministre de rétablir l’obligation de garde des médecins le soir et le week-end dans les départements qui n’auraient pas déployé un Service d’accès aux soins (SAS) d’ici la fin de l’année ».
Le Dr Franck Devulder, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), déclare que « cela prouve sa méconnaissance totale de l’exercice médical et de l’organisation du système de soins. Le Premier ministre mélange deux choses qui n’ont rien à voir : le SAS qui doit répondre aux besoins de soins non programmés en journée, et la permanence des soins ambulatoires, qui correspond aux gardes de nuit et de week-end ! ».
Patricia Lefebure, présidente de la Fédération des médecins de France (FMF), remarque quant à elle : « Attal ne sait pas de quoi il parle. C’est un peu désespérant et ça affecte sa crédibilité. Du coup on ne comprend pas bien le message. Est-ce une menace de rétablissement de l’obligation de garde ? Envisagent-ils de réquisitionner des médecins de plus en plus âgés pour assurer des permanences de nuit alors qu’on bosse déjà en moyenne 55 heures par semaine dans nos cabinets ? Cela n’a aucun sens ».
Florie Sullerot, présidente de l’Intersyndicale des internes de médecine générale, note pour sa part : « Le ministère de la Santé nous a clairement dit souhaiter rétablir une obligation de garde pour les internes de 4e année de médecine générale, les docteurs juniors. On y est totalement opposé. Quand on l’a fait savoir, on nous a répondu que cela vaudrait pour tous les médecins. C’est ce qui était dans la boucle et les annonces d’Attal semblent aller dans ce sens… ».
Le Dr Devulder poursuit : « Tout le monde, y compris les ministres de la Santé […] s’accordent à dire que si on veut améliorer l’accès aux soins, il faut redonner de l’attractivité à la médecine générale, et le Premier ministre ne trouverait rien de mieux que de rétablir l’obligation de garde ? On serait dans l’injonction contradictoire. C’est d’autant plus dommageable que la permanence des soins fonctionne correctement sur 95% du territoire ! Même si elle repose sur seulement 38% des médecins, il n’y a pas lieu de contraindre les 62% qui n’y participent pas. Cette annonce est hors sujet ».
« Pénurie de soignants : aller chercher des médecins à l’étranger, est-ce éthique ? »
Date de publication : 1er février 2024
C’est ce que titre La Croix, qui constate sous sa rubrique « débat » que « pour remédier à la pénurie de soignants, Gabriel Attal a confirmé […] «la régularisation des médecins étrangers sur notre territoire» annoncée par Emmanuel Macron. Il va en outre «nommer un émissaire, chargé d’aller chercher à l’étranger des médecins qui voudraient venir exercer en France» ».
Xavier Emmanuelli, médecin et ancien ministre de l’action humanitaire, fondateur du Samu social de Paris et du Samu social international, réagit : « C’est une idée inaboutie. Si cela concerne les médecins européens ou américains, ça ne pose pas de problème, car il y a suffisamment de médecins dans ces pays, on peut leur demander de l’aide. En revanche, si ce sont des médecins de pays en développement, on prive ces pays d’une ressource humaine et humanitaire importante ».
Il note que « pour la France, ce sera peut-être un acquis positif, mais pour ces territoires cela va représenter une perte énorme qui laissera des personnes avec moins de ressources, moins de possibilités pour se soigner. C’est appauvrir des pays déjà pauvres en médecins. Quant aux ressortissants de ces pays qui en auront les moyens, les plus riches, ils viendront se faire soigner chez nous ! ».
Xavier Emmanuelli poursuit : « Évidemment ce n’est pas éthique, et c’est aussi parfaitement cynique. Payer une « ressource », des médecins, en France alors qu’ils seraient utiles à des populations pauvres qui souffrent déjà est une catastrophe. Il faut trouver autre chose, repenser notre système de santé et notre système de soins par exemple ».
Le praticien ajoute que « ces médecins étrangers vont en plus devoir s’insérer dans un système de santé incomplet. Le gouvernement voit superficiellement la fonction du médecin mais ne voit pas ce qu’il peut apporter et comment il s’insère dans un système de santé qui reste à réformer. Ces médecins vont subir la précarisation, la discrimination parce qu’ils seront seulement des remplaçants, on ne les fera pas évoluer vers plus de connaissances ».
De son côté, Frédéric Valletoux, député Horizons de Seine-et-Marne et ancien président de la Fédération hospitalière de France, remarque que « l’idée énoncée par Gabriel Attal dans son discours mériterait d’être clarifiée et précisée car elle me paraît un peu saugrenue. […] On voit mal le gouvernement français missionner quelqu’un pour faire la tournée des pays en développement afin de ramener des médecins étrangers sur notre sol en les appâtant avec les avantages de travailler en France, alors même que ces pays sont dans des situations économiques et sanitaires bien moins bonnes que nous ».
Il ajoute que « pour autant, il ne faut pas être hypocrite : nous avons besoin de médecins étrangers pour pallier la pénurie de soignants. Ce n’est d’ailleurs pas nouveau. […] L’enjeu central est donc de savoir comment on va chercher ces praticiens ».
Frédéric Valletoux rappelle que « l’AP-HP et les grands CHU de France se payent régulièrement des stands sur de grands salons internationaux pour débaucher du personnel. Et les autres pays le font aussi ».
« En attendant d’éventuelles précisions de la part du premier ministre, il est nécessaire de clarifier le statut des 3000 praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue) qui exercent déjà chez nous. Leur rôle et leur place dans le système hospitalier doivent être mieux reconnus et valorisés », poursuit-il.
DISCOURS DE POLITIQUE GENERALE DU PREMIER MINISTRE : Du bon et du moins bon pour l’hôpital public, ses soignants et ses praticiens hospitaliers
1er février 2024 par APH
1er février 2024 par les Praticiens Hospitaliers de l’APH
APH a écouté le discours de politique générale du Premier Ministre. Au-delà du classique hommage du politique aux soignants, et en tire plusieurs points concernant l’hôpital public et les praticiens hospitaliers : réforme de l’AME, correction de la démographie médicale, santé mentale, permanence des soins, situation de l’Outre-Mer.
La réforme annoncée de l’aide médicale d’Etat continue de nous interroger. En tout état de cause, cette réforme ne devra ni s’opposer au serment d’Hippocrate que prononcent tous les médecins, ni à la nécessaire prise en charge médicale de chaque personne habitant sur le territoire, en termes de prévention, de suivi et de prise en charge dans le cadre de l’urgence : tout manque de prévention, toute insuffisance ou retard de prise en charge d’un patient a des effets sur la santé collective et des conséquences économiques non négligeables. APH sera vigilante sur la conduite du projet de réforme.
Les mesures de correction de la démographie médicale relèvent davantage du « yakafokon » que de mesures pertinentes et efficaces de manière pérenne.
- D’une part, la nomination d’un émissaire pour aller chercher des médecins étrangers est un non-sens : c’est un pillage des ressources dans des pays dont l’état sanitaire est souvent pire que le nôtre, et c’est une négation de la formation médicale assurée en France. Qui n’a pas dans sa famille, dans ses amis, connaissance de jeunes étudiants qui ont dû quitter les études médicales à cause d’un numerus clausus pour s’orienter vers d’autres secteurs professionnels… alors que dès la fin des années 2000, les médecins alertaient sur le risque majeur de pénurie médicale ? Pourquoi ne pas ouvrir les vannes à une formation de qualité, la nôtre, en permettant l’accès aux études médicales bien plus large, en étendant les terrains de stages bien au-delà du CHU vers l’ensemble des modes d’exercice de la médecine, plutôt que d’aller chercher ailleurs une main d’œuvre dont il faut réévaluer la compétence, voire compléter la formation pour maintenir la qualité et la sécurité des soins pour l’ensemble de nos concitoyens ?
- D’autre part, l’annonce de passerelles (avec l’exemple de la reprise d’études médicales pour les infirmiers anesthésistes) est, une nouvelle fois, l’annonce d’un dispositif qui existe déjà, auquel nous sommes favorables, mais qui, malheureusement, ne fonctionne pas.
Au lieu d’une « poudre de perlimpinpin », c’est d’une vraie réforme de l’accès aux études médicales pour nos étudiants dont nous avons besoin !
Le sujet de la santé mentale est évoqué, mais totalement effleuré… Combien de malades en attente de soins dans un système exsangue à force de fermetures de lits, de contraintes multipliées et de financements redistribués partout ailleurs que dans les hôpitaux publics et les centres médico-psychologiques (CMP) ? APH demande des mesures concrètes pour la psychiatrie publique !
Le Premier Ministre réagite le serpent de mer de la permanence des soins des médecins libéraux. La permanence des soins est le grand sujet que le Ségur a volontairement oublié de traiter et que nous avons mis beaucoup de temps à rouvrir. Cet axe est actuellement à l’étude, quasi essentiellement sur le sujet financier, qui ne prend pas en compte ni le déséquilibre total entre l’engagement des médecins hospitaliers et libéraux, ni la pénibilité de cette mission, contrairement aux engagements du Président de la République dans ses vœux aux professionnels de santé le 6 janvier 2023. APH demande que ce chantier soit ouvert « en grand », de manière ambitieuse, associant les deux composantes du système de santé : le public et le privé en analysant les besoins de soins de la population. Un « Varenne de la permanence médicale des soins » est désormais indispensable pour remédier au problème de l’accès aux soins urgents.
Enfin, le Premier Ministre évoque l’Outre-Mer. La situation sanitaire dans certains territoires d’Outre-Mer est indigne. APH vient d’être interpellée par la situation du CHU de Martinique, où, comme à l’époque de la crise sanitaire, « on manque de tout pour soigner nos malades : compresses, couches, toits étanches, locaux salubres, médicaments, dispositifs implantables et chirurgicaux, fils électriques ou Ethernet, infirmières au lit du malade ». APH exige que l’ensemble des établissements de santé d’Outre-Mer reçoive le financement ad hoc de l’Etat pour avoir des structures équivalentes aux structures métropolitaine !
Mais… toujours rien sur l’attractivité des carrières médicales hospitalières. Rien pour fidéliser les médecins à l’hôpital, rien pour corriger les erreurs des Ségur vers les praticiens hospitaliers. Toujours rien sur le temps de travail, la pénibilité, les retraites en particulier celle des hospitalo-universitaires qui depujs 1958 se voient spoliés de leurs droits sur leur engament clinique dans les CHU… Toujours rien sur l’ONDAM hospitalier pourtant sous-doté de 20 milliards par an…
… et toujours pas de Ministre délégué chargé spécifiquement de la Santé et de la Prévention !
Action Praticiens Hôpital et ses composantes syndicales ont des propositions concrètes à remettre au Premier Ministre. Nous savons qu’elles seront efficaces, car ce sont les attentes du terrain. Action Praticiens Hôpital, qui rencontre prochainement la Ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, demande également à rencontrer le Premier Ministre pour échanger sur ces propositions « clé en main » qui permettront de contribuer à redresser l’hôpital public.
Pour Action Praticiens Hôpital il devient urgent de lancer un Plan santé global intégrant entre autres l’état des lieux des besoins de la population, le principe des ratios voté au Sénat dans la proposition parlementaire de loi du sénateur Bernard Jomier, le juste financement de l’hôpital public et la modélisation du financement de la santé en analysant les impacts médico-économiques d’un juste soin pour tous et pas seulement les coûts salariaux, l’accès aux soins dans les territoires de santé en insistant sur les besoins spécifiques des Outre-Mer, la formation des étudiants en santé, l’enseignement, la recherche, l’attractivité des carrières hospitalières et hospitalo-universitaires, le financement de la formation continue des praticiens, l’écologie en santé et la santé publique, l’éthique, les conditions d’exercice, la gouvernance, la pénibilité et les retraites, le dialogue social, la place des corps intermédiaires…et la Prévention avec la promotion d’une éducation en santé pour tous nos concitoyens dès le plus jeune âge pour ancrer des éléments essentiels de connaissance en incluant l’activité physique.

Collectif Inter Hopitaux COMMUNIQUE du 02 Février 2024
Dans son discours de politique générale, Gabriel Attal, Premier Ministre, annonce « poursuivre le réarmement de notre système de santé ».
La métaphore est-elle guerrière ou maritime ? Le désarmement du navire est à l’œuvre depuis de nombreuses années, par décisions politiques (numerus clausus irréfléchi, fermetures de lits et modalités de financement inadaptées) puis par désertion des matelots, épuisés d’écoper en regardant armateurs et capitaines saborder méthodiquement le bâtiment.
Partout en France, les milliers de lits fermés, les services d’urgences « régulés », les blocs opératoires en sous-régime par manque de personnel conduisent à des drames et des pertes de chances relayés quotidiennement dans la presse.
Parcellaires et sans ambition, les mesures annoncées ne sont pas de nature à enrayer le naufrage : le « réarmement du système de santé » n’adviendra qu’avec des mesures ambitieuses de refondation.
Adapter l’ONDAM aux besoins de santé publique, et modifier un financement inadapté :
- Réserver la T2A aux activités standardisées
- Réviser les tarifs pour qu’ils suivent l’évolution réelle des coûts
- Arrêter les réserves prudentielles, qui restreignent a priori le financement hospitalier
- Arbitrer l’ ONDAM en fonction de l’analyse des besoins de santé et non en fonction de la seulelogique budgétaireRemettre l’attractivité des carrières à l’hôpital au centre de la réflexion, en améliorant la qualité de vie au travail des soignants pour attirer, recruter et fidéliser les dizaines de milliers de soignants qui ont quitté l’hôpital.
- Adapter la charge de travail en fixant le nombre de patients dont un soignant aura la responsabilité
- Respecter et prendre en compte les avis des soignants, garantir la stabilité des équipes et des plannings
- Assurer le remplacement de chaque absence pour sécuriser les périodes de congés et de formation
- Revaloriser les salaires les plus bas et compenser financièrement les contraintes inhérentes aux métiers du soinIntroduire une réelle démocratie participative en associant usagers et personnels hospitaliers à la gouvernance des hôpitaux.Le Collectif Inter Hopitaux alerte une fois encore le Premier Ministre et le Président de la République : l’absence de réelle politique de « réarmement » du système de santé, et la pérennisation des déficits par carence des moyens constituent une mise en danger avérée des citoyens. Le Collectif Inter Hopitaux attend du Premier Ministre et de son gouvernement des décisions fortes pour garantir le droit fondamental à la santé de leurs concitoyens.Le Collectif Inter Hopitaux se tient à la disposition du Premier Ministre et de la Ministre de la Santé pour leur faire connaitre ses propositions.
