« La vérité, c’est que quand il y a des morts, on ne fait pas remonter » : aux urgences, l’heure du déballage
Date de publication : 30 janvier 2024
Elsa Mari constate dans Le Parisien que « les révélations chocs de soignants, décrivant dans notre journal comment les patients attendent des heures sur des brancards, et parfois y meurent, ont suscité une pluie de réactions. D’autres médecins confirment, les Français, eux s’indignent ».
La journaliste remarque ainsi : « Ils hurlent dans le silence depuis des années ». Le Dr Pierre Mingasson, urgentiste à l’hôpital de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), déclare : « Que faut-il faire de plus ? Tant qu’on ne bloque pas les routes et Rungis, le gouvernement ne parle pas de nous ! ».
Elsa Mari note que « depuis la publication de notre dossier, nous avons reçu bien d’autres cris d’alertes tout aussi tragiques. La parole se libère ».
Le Dr Patrick Pelloux, urgentiste au SAMU de Paris, souligne que « beaucoup de soignants approuvent leurs témoignages car ils décrivent une triste réalité. Oui, il arrive régulièrement que l’on découvre des morts aux urgences, surtout des personnes âgées. C’est devenu tellement banal que tout le monde s’est fait à cette idée ».
La journaliste relève que « ces drames, qui se multiplient au-delà de ces services, semblent être des secrets de Polichinelle partout en France. Il y a un an et demi, le Dr Pierre Mingasson, lassé des effectifs dégraissés et des malades malmenés, a préféré quitter les urgences de Manosque et rejoindre le service des soins continus ».
« Malgré tout, dit-il, «on continue de mettre les gens en danger», à l’image de ce patient de 54 ans, qui, au début de l’hiver, s’est présenté le soir dans plusieurs urgences du coin », poursuit Elsa Mari.
Le Dr Mingasson explique : « Comme elles étaient fermées, il est rentré chez lui. Quatre jours plus tard, quand il est arrivé dans mon service, il était en détresse respiratoire à cause d’un énorme abcès pulmonaire. On l’a ventilé, intubé, mais c’était trop tard, il est mort. Je ne peux pas l’oublier ».
Un chef d’un grand service des urgences déclare quant à lui : « La vérité, c’est que lorsqu’il y a des morts, on ne fait pas remonter l’info aux autorités. Si ça ne fait pas trop de bruit et qu’on sait qu’on peut s’en sortir, on met l’incident sous le tapis. On dit rien et ça passe… ».
Arnaud Chiche, réanimateur et fondateur du collectif Santé en danger, indique pour sa part qu’« il faut un big bang de la santé, une révolution ».
Elsa Mari s’interroge : « Viendrait-elle des Français ? Les témoignages de familles endeuillées, parues le même jour sur notre site, ont provoqué des indignations en cascade sur les réseaux sociaux. Le calvaire de Lucas, 25 ans, mort d’une septicémie aux urgences d’Hyères (Var) après 8 heures d’agonie, a suscité des milliers de commentaires et de partages. […] De simples anonymes partagent aussi leur expérience, leur scandale, leur colère ».
« La vérité, c’est que quand il y a des morts, on ne fait pas remonter » : aux urgences, l’heure du déballage
Les révélations chocs de soignants, décrivant dans notre journal comment les patients attendent des heures sur des brancards, et parfois y meurent, ont suscité une pluie de réactions. D’autres médecins confirment, les Français, eux s’indignent.
Par Elsa Mari
Le 30 janvier 2024 à 08h10

Ils hurlent dans le silence depuis des années. « Que faut-il faire de plus ? souffle le docteur Pierre Mingasson, urgentiste à l’hôpital de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence). Tant qu’on ne bloque pas les routes et Rungis, le gouvernement ne parle pas de nous ! » Quant aux annonces du Premier ministre attendues ce mardi, à l’occasion de son discours de politique générale, les blouses blanches n’y croient pas. Gabriel Attal n’a-t-il pas promis de mettre le sujet de l’hôpital « en haut de la pile » ?
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« La fracture est telle que l’on n’en attend rien, plus rien », lâche le médecin Patrick Pelloux. Face à l’inaction des autorités, quatre soignants du centre hospitalier de Versailles (Yvelines) ont donc décidé de se faire entendre et de révéler, dimanche dans nos pages, les conditions indignes de prise en charge aux urgences, « pire qu’en prison » : les malades sur des brancards qui faute de bras, de temps, (suite abonnés…)