conPublié le 17/01/2024
Le grand oral sanitaire du mauvais élève Macron

Paris, le mercredi 17 janvier 2024
– Lors de sa grande conférence de presse de ce mardi soir, le Président Emmanuel Macron a longuement évoqué les questions de santé.
De son propre aveu, Emmanuel Macron est un « mauvais élève ». Lors de sa grande conférence de presse de ce mardi soir, sa troisième seulement depuis son arrivée au pouvoir en 2017, le chef de l’Etat a rappelé qu’il était « le seul mauvais élève de sa famille à ne pas avoir fait médecine » (ses parents, son frère et sa sœur sont médecins). Peut-être pour se pardonner de ne pas avoir épousé la carrière médicale, celui qui n’aura tout de même pas si mal réussi sa vie a longuement abordé les questions sanitaires lors de ses plus de deux heures de questions-réponses avec les journalistes.
Sur le front de l’hôpital, Emmanuel Macron a réitéré sa promesse ambitieuse de l’an dernier (pour ne pas dire irréalisable) de désengorger les services d’urgence d’ici la fin de l’année 2024. Il a, sur ce point, défendu le système du service d’accès aux soins (SAS), mis en place progressivement depuis l’été 2022 et qui couvre désormais 70 % du territoire. « On était à 0 il y a deux ans, on va essayer de monter à 100 % cette année » a expliqué Emmanuel Macron. Toujours sur l’hôpital, le chef de l’Etat a appelé à trouver des solutions pour favoriser l’embauche des personnels paramédicaux (sans plus de précision) et s’est prononcé pour une « régularisation » des médecins à diplôme étranger, les Padhue, afin de les sortir d’une « précarité administrative inefficace », semblant ignorer que la situation des Padhue a déjà été modifiée par une loi de 2019 (donc sous sa présidence), loi qui commence à peine à produire des effets.
Le doublement de la franchise médicale, pas un « crime terrible » selon Emmanuel Macron
Sur le plan budgétaire, le chef de l’Etat a rappelé, quatre ans après le début de la pandémie de Covid-19 et le « quoi qu’il en coûte », qu’il n’y avait pas « d’argent magique, ni dans la santé, ni ailleurs ». « Les médecins, les médicaments, ça ne coute pas rien » a lancé Emmanuel Macron, annonçant vouloir mener à bien le doublement de la franchise médicale sur les médicaments, qui passerait de 50 centimes à 1 euro, une idée dans les tiroirs depuis plusieurs mois déjà. « Je n’ai pas le sentiment qu’on fait un crime terrible » a expliqué le chef de l’Etat à ceux qui critiquent ce nouveau poids sur le portefeuille des Français.
Mais le gros de l’intervention d’Emmanuel Macron aura été consacré à la médecine de ville et à l’accès aux soins. Le chef de l’Etat a d’abord tenu à rappeler l’état des lieux. « On a aujourd’hui un peu moins de 100 000 médecins généralistes, on en a perdu 6 000 en 10 ans. Et malgré le fait qu’en 2018 j’ai décidé de rouvrir le numerus clausus, on met 10 ans à former des médecins et on a environ 25 à 30 % de nos médecins généralistes qui ont plus de 60 ans » a expliqué Emmanuel Macron, annonçant qu’il fallait donc « organiser différemment les choses ».
Quelle solution alors ? Malgré les appels récurrents de la gauche et de certains élus locaux à limiter la liberté d’installation des médecins, le chef de l’Etat a écarté la solution de la contrainte, à la satisfaction des praticiens. « La contrainte à l’installation n’est pas la solution. Après avoir fait tourner pendant 5 ans l’hôpital en tant qu’internes, les jeunes quitteront le métier si on leur impose des contraintes » a justifié Emmanuel Macron.
Un nouveau plaidoyer d’Emmanuel Macron contre le paiement à l’acte
Pour régler le problème des déserts médicaux, le Président de la République a donc défendu l’idée d’une « révolution de l’organisation ». Mais en fait de « solution radicale », Emmanuel Macron a surtout fait le catalogue des mesures déjà adoptées depuis 2017 : renforcement de la délégation de tâches aux personnels paramédicaux pour faire gagner du temps médical aux praticiens et mise en place d’une organisation territoriale de la santé basée sur les CPTS et les maisons de santé pluriprofessionnels (MSP), avec un objectif d’en compter 4 000 d’ici 2027. Pas à un paradoxe près, Emmanuel Macron a appelé à « débureaucratiser » la santé…en s’appuyant sur l’administration des autorités sanitaires locales et des agences régionales de Santé (ARS).
Enfin, ce sont sans doute les déclarations du Président de la République sur la tarification des médecins libéraux qui risquent de faire grincer des dents chez les syndicats. Une nouvelle fois, Emmanuel Macron a en effet affiché sa volonté de favoriser le paiement au forfait par rapport au paiement à l’acte et même le « paiement au patient », un système de capitation en vigueur au Royaume-Uni mais plutôt mal perçu de notre côté de la Manche.
Sans surprise, les premières réactions des syndicats de médecins aux « annonces » du chef de l’Etat (il aura surtout répété des informations déjà connues) sont plutôt mitigées. Président de l’UFML, le Dr Jérôme Marty appelle le Président de la République à « protéger et développer le paiement à l’acte », rappelle que « l’amélioration de l’accès au soin ne doit pas passer par une restriction du temps de soin afin de voir plus de patients mais par plus de médecins auprès des patients » et regrette qu’Emmanuel Macron n’ait rien dit sur le risque de financiarisation de la santé.
La FMF s’étonne quant à elle d’une « nouvelle immixtion du Président de la République dans les négociations conventionnelles la veille même d’une séance de négociations et d’une nouvelle promotion de la capitation totalement contraire à l’esprit de la médecine libérale ».
On souhaite en tout cas bon courage au directeur général de la CNAM Thomas Fatôme pour concilier les déclarations du chef de l’Etat en faveur du paiement au forfait avec la hausse du tarif de la consultation promise de longue date.
Quentin Haroche
Publié le 17/01/2024
Une journée politique sous le signe de la santé

Paris, le mercredi 17 janvier 2024
– A l’Assemblée Nationale puis à l’Elysée pour la grande conférence de presse, la journée politique de ce mardi aura laissé une grande place aux questions de santé.
Baptême du feu pour Catherine Vautrin. Cinq jours après sa nomination comme ministre du Travail et de la Santé, celle qui n’avait plus occupé un poste ministériel depuis près de 17 ans a renoué avec l’exercice périlleux des questions au gouvernement (QAG) ce mardi à l’Assemblée Nationale. Nombreuses auront été les questions sanitaires abordées lors de cette journée politique chargée, qui s’est terminé à l’Elysée avec la grande conférence de presse d’Emmanuel Macron, à laquelle l’ensemble des ministres, dont Catherine Vautrin, ont assisté.
Constitutionnalisation de l’IVG à gauche, réforme de l’AME à droite
Principale stratégie adoptée par Catherine Vautrin face aux questions des parlementaires : l’évitement. Ainsi, quand le député Liot Christophe Naegelen lui demande quelle mesure elle entend prendre pour pallier la pénurie généralisée de médecins en France, elle se contente de répondre que ses trois « maîtres mots » étaient « accélérer les investissements, concrétiser les modernisations et donner aux professionnels des conditions de travail meilleures ». Quand la députée LR Valérie Bazin-Malgras fustige la fausse annonce du Premier Ministre Gabriel Attal d’un investissement supplémentaire de 32 milliards d’euros pour la santé (les crédits avaient en réalité déjà été votés depuis plusieurs mois), la ministre se contente de rendre hommage aux soignants « qu’ils soient libéraux ou hospitaliers » et de dire vouloir « garantir une offre de soins dans tous les bassins de vie, à chacun, quel que soit son âge ».
Catherine Vautrin a également tenu à rassurer tous ceux qui s’inquiètent des positions conservatrices qu’elle a tenu dans le passé (elle s’était opposée à la légalisation du mariage homosexuel en 2013 et à une loi favorable à l’avortement en 2017) et à démonter qu’elle s’était bien convertie au progressisme macroniste. En ce jour anniversaire de l’adoption de la loi Veil du 17 janvier 1975, la ministre s’est ainsi dite favorable à la constitutionnalisation du droit à l’IVG, alors même que le projet de loi constitutionnel arrive ce mardi en commission à l’Assemblée Nationale. Plus tard dans la journée sur le plateau de la chaine CNews, la ministre a également affirmé qu’elle n’était pas « opposée à l’euthanasie », contrairement à ce qu’ont pu affirmer certains partisans de la légalisation du suicide assisté. Alors que la ministre récupère le dossier épineux du projet de loi sur l’aide active à mourir avec le départ d’Agnès Firmin Le Bodo, Catherine Vautrin a dit vouloir « accompagner ces évolutions avec prudence, dialogue et respect ».
Le nouveau gouvernement de Gabriel Attal a donc donné des gages à la gauche…mais également à la droite. En réponse à une question du député LR Olivier Marleix, le nouveau Premier Ministre a promis que l’engagement pris par sa prédécesseur Elisabeth Borne de réformer l’aide médicale d’Etat (AME) au début de l’année 2024 « sera tenue » et a renvoyé à son discours de politique générale du 30 janvier pour plus de détails. On se souvient que la droite et l’extrême-droite avaient essayé de profiter du projet de loi sur l’immigration pour réduire le périmètre de l’AME aux soins urgents, mais que la majorité présidentielle s’y était opposé.
Natalité et exposition des enfants aux écrans : le flou artistique d’Emmanuel Macron
Enfin, les sujets sanitaires ont également été longuement abordés lors de la conférence de presse d’Emmanuel Macron ce mardi soir. Outre les sujets d’organisation des soins (voir notre autre article du jour: « Le grand oral sanitaire du mauvais élève Macron »), le Président de la République a également abordé plusieurs sujets de santé publique et notamment celui de la natalité. Hasard du calendrier, l’Insee publiait en effet ce mardi son bilan démographique de l’année 2023, qui fait état d’une nouvelle baisse des naissances de 6,6 % sur un an. Seulement 678 000 enfants ont vu le jour en France en 2023, du jamais vu depuis la Seconde Guerre Mondiale.
Afin d’inverser la tendance et d’amorcer un « réarmement démographique » de la France, selon les accents guerriers qu’il a employé, le chef de l’Etat a mis plusieurs propositions sur la table, comme la mise en place d’un « congé de naissance » de six mois, qui doit remplacer le congé parental actuel, plus long (il peut durer jusqu’à trois ans) mais très mal rémunéré. Indiquant que « la natalité baisse aussi parce que l’infertilité progresse », le chef de l’Etat a également dit vouloir lancer un « grand plan de lutte contre l’infertilité » sans plus de précisions cliniques (prise en charge des IST, recherche d’anticoagulant circulant, extension de la PMA…).
Pas plus de détails non plus sur l’autre question de santé publique abordée par le chef de l’Etat, celle de l’exposition des enfants aux écrans, accusée par certains pédopsychiatres d’être néfaste au développement intellectuel des enfants. « Il y aura peut-être des interdictions, peut être des restrictions » a lancé le Président de la République, sans expliquer comment il compte concrètement agir sur un sujet qui relève de la sphère privée des familles. Evoquant un groupe d’« experts » qu’il aurait réuni il y a peu pour plancher sur le sujet, Emmanuel Macron dit espérer que « les meilleurs scientifiques puissent nous dire : avant tel âge, ça n’est pas raisonnable de mettre un enfant devant un écran ». Sur ces sujets de santé publique, le chef de l’Etat ne se sera donc pas départi d’un certain flou artistique.
Quentin Haroche
Emmanuel Macron défend le doublement des « franchises médicales »
L’exécutif tergiverse depuis des mois sur cette piste d’économie vivement critiquée, qui doit permettre de dégager 800 millions d’euros.
Temps de Lecture 2 min.

« Responsabiliser » les Français : c’est l’argument avancé par le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, pour défendre le doublement des franchises médicales, ces sommes restant à la charge des patients lorsqu’ils achètent des médicaments ou qu’ils consultent un médecin. Interpellé sur ce sujet sensible par un journaliste, mardi 16 janvier lors de son intervention télévisée, M. Macron a clairement annoncé être favorable à ce levier d’économies sur les dépenses de santé.
Lire aussi : La piste d’une hausse des franchises médicales, un scénario politique inflammable
Fin du suspense ? L’exécutif tergiverse depuis six mois sur une mesure touchant au pouvoir d’achat des Français, dans un contexte d’accès aux soins de plus en plus difficile et de pénurie persistante de médicaments.
« Au moment où je vois ce que nos compatriotes peuvent dépenser pour les forfaits de téléphonie, la vie quotidienne… Se dire qu’on va passer de 50 centimes à 1 euro pour une boîte de médicaments, je n’ai pas le sentiment qu’on fait un crime terrible », a-t-il avancé. Cinquante centimes d’euro est la somme non remboursée sur chaque boîte de médicament fixée en 2008, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, et qui n’a pas évolué depuis.
« Cela ne me choque pas », « c’est une bonne mesure », a poursuivi M. Macron, alors que cette piste mise en avant par Bercy, en juin 2023, doit permettre de dégager 800 millions d’euros d’économies. Le chef de l’Etat a affirmé que le « plafond » de 50 euros par an et par patient, qui existe jusqu’ici, devrait être maintenu, ce qui doit permettre aux personnes en affection de longue durée – autrement dit, aux malades chroniques – de ne pas être pénalisées par cette hausse du « reste à charge ». Avant sa démission en décembre 2023, l’ancien ministre de la santé Aurélien Rousseau avait chiffré l’impact du doublement des franchises à 17 euros supplémentaires, en moyenne, par personne et par an.
La somme peut sembler modeste, elle n’en est pas moins polémique : le doublement des franchises médicales est dénoncé, depuis des mois, comme une « taxe sur la maladie » dans les rangs des soignants comme des patients, mais aussi à gauche de l’Hémicycle, où les députés n’ont cessé de réclamer, cet automne, lors de l’examen du budget de la Sécurité sociale, que le gouvernement abatte ses cartes et soit transparent sur cette mesure.
Lutte contre les déserts médicaux
Reste à savoir comment elle sera portée au sein du nouveau gouvernement, où Catherine Vautrin a pris la tête d’un grand ministère réunissant santé, travail et solidarités. « Sans ministre dédié », regrettent les acteurs du soin. Le nom d’Agnès Pannier-Runacher, anciennement ministre de la transition énergétique, circule pour endosser le poste de ministre déléguée à la santé
Autre enjeu-clé pour le secteur, la lutte contre les déserts médicaux, qualifiés de « scandale » par M. Macron, mardi soir, n’a pas donné lieu à des annonces particulières. Le chef de l’Etat a rappelé, dans son propos liminaire, les mesures qu’il porte depuis son premier quinquennat : dégager du temps médical pour les médecins, mieux faire travailler ensemble la ville et l’hôpital, ou encore s’appuyer sur les professions paramédicales. Tout ce qui permettra que « chaque médecin puisse voir plus de patients », a-t-il affirmé. Il a aussi insisté sur sa volonté de « régulariser nombre de médecins étrangers », ces professionnels qui « tiennent parfois à bout de bras nos services de soins ».
S’il a évoqué la nécessité d’en passer par des « solutions plus radicales », de « briser certains tabous », renvoyant la balle aux acteurs, il a écarté, une nouvelle fois, la piste de la contrainte à l’installation des médecins libéraux.
Interpellé sur la crise des urgences, M. Macron a enfin assuré que son objectif de « désengorger » les urgences en 2024restait à l’ordre du jour. Les derniers mois ont mis à rude épreuve ces services, porte d’entrée de l’hôpital.
Lire aussi | Aux urgences, toujours sous pression, des soignants sur le pont… et « sur le fil »
Mattea Battaglia et Camille Stromboni
Publié le 20/01/2023
Médecins pour demain : « Les vœux du chef de l’Etat ont consterné la profession »
Paris, le samedi 21 janvier 2023
– Créé en septembre dernier sur Facebook, le collectif Médecins pour demain est à l’origine d’un mouvement de colère inédit au sein de la médecine de ville. Initiateur d’une grève de deux semaines, le groupe, qui revendique 17 000 adhérents, demande notamment la hausse du tarif de la consultation à 50 euros. Le Dr Noelle Cariclet, psychiatre et porte-parole de Médecins pour demain, a répondu aux questions du JIM sur le mouvement et ses revendications.
Jim.fr : Pourquoi avoir créé ce collectif ? Pensez-vous que les syndicats ne sont pas assez réactifs ? Pensez-vous créer un syndicat à la suite de votre mouvement et participer aux élections ?
Dr Noelle Cariclet : Le collectif s’est créé à l’appel du Dr Christelle Audigier face à l’inquiétude grandissante des médecins, exprimée sur les réseaux sociaux, quant à la dégradation du système de santé. Ce constat émanait des quatre coins de la France et a rapidement abouti à des propositions pour améliorer l’accès aux soins. Il nous est rapidement devenu nécessaire de nous unir sous forme de collectif pour défendre ces préconisations face aux propositions de lois coercitives qui sont pour nous des fausses solutions.
On voit bien que les syndicats font tout leur possible mais que malgré leurs implications, ils obtiennent peu de résultats. Il y a beaucoup de syndicats et il est parfois difficile de savoir auquel adhérer. L’heure n’était plus à adhérer à un syndicat mais à agir. Certains syndicats nous ont d’ailleurs rapidement soutenu. Il n’est pas du tout question pour le moment de fonder une nouvelle organisation de ce type, nous avons beaucoup de travail pour faire entendre nos propositions dans les négociations conventionnelles et bloquer les propositions de loi en cours.
« L’attractivité est le maître mot »
Rappelons que nous sommes toujours en grève, même si cela ne se manifeste plus par une fermeture des cabinets. Nous sommes désormais en activité limitée, avec un temps de présence en cabinet moindre. Il y a aussi la grève de la permanence des soins, nous allons aussi appeler à la démission des CPTS et nous discutons d’éventuelles nouvelles opérations de fermeture des cabinets. Par ailleurs, nous participons aux négociations conventionnelles grâce à l’invitation de l’UFML et de la FMF.
Jim.fr : Quel est le bilan de la grève en termes de participation ?
Dr Cariclet : La participation est difficile à connaitre. Les médecins libéraux ne sont pas soumis à une déclaration de grève. D’après nos sondages, entre 50 et 80 % de nos adhérents ont participé à la grève selon les départements. Mais clairement, on n’en sait rien. Chacun a pu participer comme il a pu : certains ont fait la grève totale, d’autres ont simplement réduit leur activité. Ce que l’on sait, c’est que notre collectif ne cesse de grandir et représente désormais 17 000 médecins, soit 20% des médecins libéraux toutes spécialités confondues.
Jim.fr : Que répondez-vous à tous ceux (Thomas Fatôme, François Braun mais également certains syndicats de médecins) qui estiment déraisonnable de faire passer le tarif de la consultation 50 euros ?
Dr Cariclet : Le système de santé français, qui était l’un des meilleurs du monde, s’est fortement détérioré. La France a fait des choix politiques visant à ne plus rémunérer les soignants, hospitaliers ou de ville : la CARMF indique que le revenu des médecins n’a pas augmenté ces 20 dernières années (à euros constant) malgré l’augmentation des charges. Il est de plus en plus difficile pour un médecin libéral de se projeter en termes d’investissement, que ce soit pour le matériel ou les locaux. Cela engendre une faible attractivité de la profession et favorise les déserts médicaux.
Le budget de la santé est trop orienté vers les administratifs de santé au lieu de se faire vers les acteurs de soin. Il serait plus judicieux d’utiliser ce budget pour augmenter le tarif des consultations pour inciter les médecins à s’installer. Il y a assez de médecins, mais il faut leur redonner l’envie de travailler en ville. L’attractivité est le maître mot.
Jim. fr : Comment financer cette proposition phare ? Pourquoi demandez-vous la suppression des forfaits ROSP et structure ? A combien évaluez-vous l’économie potentielle pour la Cnam ?
Dr Cariclet : Pour financer la hausse du C, il est nécessaire d’arrêter de rémunérer les médecins au forfait, forfaits qui représentent jusqu’à 20 % de leur revenu. Les praticiens n’en veulent plus parce qu’ils sont coercitifs, ils ne veulent plus de ce salariat déguisé. Les médecins libéraux aspirent à redevenir véritablement des libéraux. Ces forfaits sont trop aléatoires : les médecins ne sont rémunérés que si les objectifs, qui ne sont pas totalement dépendant d’eux, sont atteints. Le praticien n’est plus libre de faire ce qu’il pense nécessaire pour son patient. De plus, ces forfaits n’ont pas démontré leur plus-value pour la qualité des soins. Par contre en ne donnant pas de visibilité quant a la réelle rémunération de leur activité, ils découragent nos jeunes de s’installer. Les médecins n’en ont pas besoin pour faire de la médecine de qualité.
L’autre mesure de financement est d’arrêter de subventionner les structures de coordination de soins, qui sont très couteuses alors que les médecins n’en ont pas besoin pour se coordonner. C’est une fausse bonne idée de subventionner ces organismes, alors même que ce sont les acteurs de santé médicaux et paramédicaux qui ont besoin de moyens.
Jim.fr : Ne pensez-vous pas que le doublement du tarif de la consultation risque de rendre plus difficile l’accès aux soins ?
Dr Cariclet : La hausse du tarif de la consultation restera toujours dans un cadre conventionné. Les patients seront toujours remboursés par l’Assurance Maladie et leurs mutuelles. En revanche, en cas d’absence de revalorisation, certains médecins vont abandonner la médecine de ville ou, voyant que leurs revenus sont insuffisants pour faire vivre leurs cabinets, se déconventionner et ne seront donc accessibles qu’aux patients les plus aisés. C’est ici que réside le risque pour l’accès aux soins. Cette hausse du tarif de la consultation vise donc à protéger les patients du risque d’une médecine a deux vitesses.
Jim. fr : Comment comptez-vous organiser sur le plan légal la facturation (et le remboursement) des rendez-vous non honorés ?
Dr Cariclet :. Nous avons dénoncé le fait que des millions de rendez-vous sont non honorés, l’équivalent de l’activité de 4 000 médecins.
La quatrième année d’internat va « décourager les jeunes de choisir la médecine générale »
Des discussions sont en cours actuellement avec la CNAM, mais la solution idéale pour résoudre le problème n’a pas encore été trouvée. Il faut agir, ces rendez-vous non honorés constituent une vraie perte de chance pour l’accès aux soins.
Jim.fr : Que préconisez-vous pour lutter contre la désertification médicale ? Que pensez-vous de la possibilité d’envoyer les internes de médecine générale en zone sous-dense ?
Dr Cariclet : C’est toujours le même problème : tant que l’on n’aura pas amélioré l’attractivité de la médecine libérale, les jeunes ne s’installeront pas. Aujourd’hui, seuls 10 % des jeunes médecins s’installent à la fin de leurs études.
Le collectif a proposé plusieurs mesures pour lutter contre la désertification médicale, notamment permettre à des médecins libéraux de se déplacer ponctuellement dans les zones moins dotées, pour réaliser des consultations avancées, sur la base du volontariat, peut être avec une enveloppe incitative. Pour cela, il faudrait pouvoir autoriser ces médecins qui se rendent dans les déserts médicaux à se faire remplacer pendant leur absence, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Sans cette possibilité, on ne ferait que déshabiller Pierre pour habiller Paul. Rappelons qu’actuellement, 87 % du territoire est en situation de désert médical.
S’agissant de la quatrième année d’internat de médecine générale en zone sous-dense, nous y sommes opposés. Qui dit désert médical dit absence de maître de stage pour encadrer l’interne et absence de plateau technique. C’est une manière de décourager encore plus les jeunes de choisir la médecine générale, eux qui ne veulent pas être contraints de partir un an dans un désert alors qu’ils ont déjà fait 9 ans d’étude. Ce n’est pas envisageable, à part pousser les jeunes vers le salariat et à ne pas s’installer je ne vois pas à quoi cela sert.
Jim.fr : Quel regard portez-vous sur la permanence des soins ?
Dr Cariclet : La permanence des soins couvre déjà 96 % du territoire alors qu’elle ne se fait que sur la base du volontariat. Malgré 55heurs de travail hebdomadaire en moyenne et une absence de repos de garde, les généralistes répondent présent et continuent à s’investir pour la population. On en revient toujours au même problème : les consultations de PDSA, qui coutent très cher à la collectivité, sont très souvent dues au manque de rendez-vous disponibles en journée. Encore une fois, il est nécessaire d’augmenter le nombre de médecins installés.
Jim.fr : Comment réagissez-vous aux propos du Président de la République sur la médecine de ville qui ont été fraichement accueillis par les syndicats ?
Dr Cariclet : Les vœux du chef de l’Etat ont consterné la profession. Non seulement il a montré qu’il ne nous avait pas écouté (ce n’est pas faute d’avoir essayé de rencontrer François Braun à qui nous avons parlé à peine 5 minutes le jour de la manifestation à Paris), mais en plus, il a eu des propos extrêmement durs envers les médecins libéraux. Beaucoup se sont sentis méprisés, insultés. Ils attendaient beaucoup de lui pour voir le bout du tunnel. Il n’a rien dit aux médecins qui sont en souffrance, en burn-out, qui présentent un taux de suicide 2,6 fois supérieur au reste de la population.
« Nous refusons l’accès direct pour les IPA »
Les propositions qu’il a avancées vont totalement à l’encontre de celles des médecins libéraux pour améliorer l’accès aux soins. Au lieu de renforcer l’attractivité des médecins, il n’a parlé que de coordination, de coercition, de délégation de taches, d’encore plus de pouvoir administratif. Le point culminant a été la notion de « donnant-donnant ». Le Président de la République a sous-entendu que des médecins qui travaillent énormément et qui alertent depuis 20 ans sur la dégradation du système de santé doivent, pour être revalorisés, travailler encore plus. On tire sur l’ambulance.
On comprend bien qu’Emmanuel Macron n’est pas responsable des décisions antérieures qui ont dégradé le système de santé, mais on espérait qu’il serait celui qui allait changer les choses. En choisissant d’encourager un fonctionnement qui a déjà fait beaucoup de dégâts, il a fait le choix de ne rien changer et c’est très décourageant pour nous.
Jim.fr : Que pensez-vous de la délégation de tâches et de l’accès direct aux IPA (proposition de loi Rist) ?
Dr Cariclet : Nous combattons cette loi. Nous refusons l’accès direct et le droit à la primo-prescription pour les professions paramédicales. Le métier d’IPA a une réelle plus-value, mais dans un contexte déterminé, notamment à l’hôpital ou sous la supervision d’un médecin libéral qui le souhaite. C’est au médecin de choisir les tâches qu’il délègue à l’IPA. Le problème survient quand la coercition s’installe, quand on oblige le médecin à déléguer ses tâches sous peine de ne pas être rémunéré. Aujourd’hui, dans les CPTS, le critère de l’IPA est optionnel pour toucher le forfait, mais on sait bien qu’il deviendra obligatoire. Le partenariat doit être choisi, pour le bien être du médecin et de l’IPA.
Avec la loi Rist, on va encore plus loin que la délégation de tâches, on est dans l’accès direct. Sous prétexte d’un manque de médecins, on va conférer des compétences médicales à des paramédicaux. Ce n’est pas possible, seul un médecin peut remplacer un médecin. Il y a une incohérence : dans le même temps on rallonge les études des généralistes et on autorise un infirmier, qui n’a pas fait d’études de médecine, à remplir la mission d’un médecin. On nous dit que l’IPA n’interviendra que dans les pathologies bénignes mais en réalité toutes les maladies doivent être prises en charge en premier lieu par un médecin, même celles qui paraissent bénignes. Le médecin a mis 10 ans à apprendre à déterminer ce qui est réellement bénin. Contourner le médecin, c’est une perte de chance pour le patient et cela peut entraîner des conséquences dramatiques.
Jim.fr : Globalement souhaitez-vous une orientation vers une médecine plus libérale moins dépendante de la Cnam ?
Dr Cariclet : C’est exactement cela. Nous souhaitons un retour à la vraie médecine libérale, être moins dépendant de la CNAM, afin de retrouver le sens de notre profession, être plus proche de nos patients et voir reconnu à leurs justes valeurs nos compétences et notre dévouement qui n’a jamais failli malgré les crises.
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