Une campagne de mesures menée par l’ONG Générations futures révèle des quantités importantes de pesticides dans l’air bien au-delà des 5 à 10 mètres fixés par le gouvernement français. 

Pesticides : les distances de sécurité autour des zones traitées jugées largement insuffisantes pour protéger les riverains

Une campagne de mesures menée par l’ONG Générations futures révèle des quantités importantes de pesticides dans l’air bien au-delà des 5 à 10 mètres fixés par le gouvernement français. 

Par Stéphane Mandard  Publié aujourd’hui à 06h58, modifié à 10h20 https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/01/16/pesticides-les-distances-de-securite-autour-des-zones-traitees-jugees-largement-insuffisantes-pour-proteger-les-riverains_6211049_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr-[a-la-une]-20240116-[zone_edito_1_titre_3]&M_BT=53496897516380

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Pulvérisation d’un produit phytosanitaire sur un champ près d’un village d’Eure-et-Loir, en avril 2023.
Pulvérisation d’un produit phytosanitaire sur un champ près d’un village d’Eure-et-Loir, en avril 2023. LAURENT GRANDGUILLOT / REA

Les distances de sécurité instaurées par le gouvernement autour des zones traitées avec des pesticides sont largement insuffisantes pour assurer la protection des riverains. Telle est la principale conclusion d’un rapport publié mardi 16 janvier par l’association Générations futures. Sous la pression du Conseil d’Etat, l’exécutif avait adopté, fin 2019, un arrêté instituant des zones de non-traitement (ZNT) à respecter par les agriculteurs. Les distances varient en fonction de la dangerosité des substances épandues, du matériel employé et du type de culture concerné. Le gouvernement a retenu 5 mètres et 10 mètres, voire, très exceptionnellement, 20 mètres pour les produits classés dans la catégorie cancérogène, mutagène et reprotoxique avérés pour l’homme, qui représentent moins de 0,5 % des produits pulvérisés par les agriculteurs.

Or, selon les résultats de la campagne de mesures des pesticides dans l’air réalisée par l’ONG, des quantités importantes sont retrouvées bien au-delà de ces distances et à des niveaux qui ne diminuent pas forcément avec l’éloignement.

La campagne a été menée au printemps et à l’été 2023 dans trois régions agricoles françaises : le département du Nord (grandes cultures céréalières), la Gironde et le Rhône (zones viticoles). Un nouveau protocole a été mis au point pour éprouver l’efficacité des ZNT avec trois objectifs : mettre en évidence les quantités de pesticides auxquelles sont exposés les riverains à proximité immédiate des zones cultivées, les comparer aux quantités retrouvées à quelques dizaines de mètres de ces zones et au « bruit de fond » enregistré au centre du bourg ou de la ville les plus proches.

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Dans chaque région, une parcelle privée non traitée par des pesticides mais entourée de parcelles agricoles cultivées avec des produits de synthèse a été identifiée. Chaque parcelle a été équipée de cinq capteurs : un sur chaque bord et un au centre de la parcelle à plusieurs dizaines de mètres (37, 57, 60 mètres) de la culture traitée la plus proche. Un sixième capteur a été placé dans le bourg ou la ville les plus proches (Hazebrouck dans le Nord, Libourne en Gironde, Villefranche-sur-Saône dans le Rhône).

Dans le Nord et en Gironde, des nouveaux capteurs ont été utilisés. Ils ont permis d’élargir considérablement le spectre des pesticides recherchés jusqu’ici en faisant passer la capacité d’analyse de 90 substances actives à environ 500, et d’inclure des molécules très peu volatiles comme le très controversé glyphosate.

Riverains exposés à des cocktails de pesticides

Le premier constat est contre-intuitif. Dans les trois cas, les capteurs placés au centre de la parcelle, et donc les plus éloignés des zones traitées, ne sont pas ceux qui enregistrent les quantités de pesticides les plus faibles. Dans le Nord, le capteur central, situé à une distance de 37 mètres, est même celui qui en a piégé la plus grande quantité (plus de 9 000 nanogrammes sur une période de sept semaines), soit 44 % de plus que la quantité moyenne mesurée par les quatre capteurs situés en bordure de parcelle.

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Deuxième enseignement : les riverains des zones traitées ne sont pas exposés à un pesticide mais à des cocktails de pesticides. En quelques semaines, les capteurs ont enregistré dix-neuf pesticides différents en Gironde, vingt-trois dans le Rhône et jusqu’à trente-neuf dans le Nord. Vingt-neuf substances actives ont même été identifiées par le capteur installé sur la commune de Hazebrouck, à environ 700 mètres du champ le plus proche.

Le glyphosate, dont la Commission européenne vient de reconduire l’autorisation pour dix années supplémentairesmalgré son classement comme « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé, est le pesticide le plus retrouvé dans le Nord. Il devance un autre herbicide, le prosulfocarbe.

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Deuxième herbicide le plus utilisé en France après le glyphosate, la prosulfocarbe a vu récemment son usage restreint par l’Agence nationale de sécurité sanitaire après une nouvelle évaluation des risques ne pouvant exclure un dépassement des seuils de sécurité pour les enfants. Depuis le 1er novembre 2023, les agriculteurs ont l’obligation de respecter une zone tampon d’au moins 10 mètres et de diminuer les dosages.

Dans les zones viticoles, en Gironde et dans le Rhône, sans surprise, ce sont les fongicides qui sont les plus retrouvés, avec en tête le folpel. Utilisé contre le mildiou, le « fongicide de la vigne » est classé cancérogène possible par l’Union européenne. Les capteurs ont permis d’identifier d’autres pesticides moins connus mais également potentiellement cancérogènes ou toxiques pour la reproduction (cymoxanil, pendiméthaline, aclonifen, spiroxamine).

« Les textes en vigueur apparaissent inefficaces »

« Nos mesures de pesticides dans l’air montrent clairement que même à plusieurs dizaines de mètres des lieux de pulvérisation, les quantités de pesticides présentes dans l’air restent globalement au même niveau qu’en bordure de zone traitée. Afin de protéger les populations, il est donc urgent que le gouvernement renforce les textes en vigueur pour augmenter largement les zones non traitées actuelles qui apparaissent totalement inefficaces », réagit François Veillerette, porte-parole de Générations futures.

L’ONG demande de les porter jusqu’à 150 mètres. En 2019, en l’absence de réglementation, plusieurs maires avaient pris des arrêtés pour interdire les épandages de pesticides dans leurs communes à moins de 150 mètres des habitations. Ils avaient tous été retoqués par les préfets, puis par la justice administrative.

Dans une décision rendue le 8 janvier, le tribunal administratif d’Orléans a toutefois annulé les arrêtés préfectoraux validant les chartes dites « d’engagement » des utilisateurs de pesticides pour cinq départements (Loiret, Loir-et-Cher, Indre-et-Loire, Cher, Eure-et-Loir). Ces chartes permettent de réduire les distances de sécurité jusqu’à 3 mètres. Le tribunal a notamment estimé qu’elles ne permettaient pas d’informer les riverains avant l’usage des pesticides. Au total, quarante-trois recours ont été déposés dans toute la France contre ces chartes.

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Stéphane Mandard

Pesticides : limiter l’exposition des riverains implique des zones de non-traitement nettement plus grandes

Comme chaque année, l’association Générations futures délivre les résultats de ses mesures des pesticides dans l’air. Forte de nouveaux équipements, elle montre que l’éloignement nécessaire pour réduire l’exposition est encore plus grand qu’escompté.

Agroécologie  |  16.01.2024  |  F. Gouty

https://www.liberation.fr/societe/sante/certains-deviennent-sans-papier-dautres-se-retrouvent-au-rsa-les-medecins-hospitaliers-etrangers-en-greve-pour-reclamer-un-statut-digne-20240118_YVDQOZ5SVFAHXO6UFYO76NEVLI/#:~:text=Santé-,«Certains%20deviennent%20sans%20papier%2C%20d%27autres%20se%20retrouvent%20au,pour%20réclamer%20un%20«statut%20digne»&text=Syndicats%20et%20associations%20appellent%20à,praticiens%20diplômés%20hors%20Union%20européenne.

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Pesticides : limiter l'exposition des riverains implique des zones de non-traitement nettement plus grandes

© herculaneum79

Générations futures préconisent de fixer à 150 mètres la distance minimale des zones de non-traitement.

La distance minimale fixée dans les zones de non-traitement (ZNT) reste très insuffisante, selon l’association Générations futures. Cette dernière milite aujourd’hui pour qu’elle soit étendue à 150 mètres (contre 5 à 10 mètres aujourd’hui), à la lumière de nouvelles données relevant la présence de pesticides dans l’air.

Nouvelle méthode, nouvelles mesures

Dans son nouveau rapport (1) publié ce mardi 16 janvier, l’ONG diffuse les résultats de trois campagnes de mesure, d’environ sept semaines chacune et réalisées entre mai et septembre 2023, dans autant de départements métropolitains (le Nord, la Gironde et le Rhône). Ces relevés ont été effectués à partir de capteurs dits « passifs » (qui mesurent une quantité de molécules détectées par substance sur un temps donné, et non une concentration en temps réel) positionnés à plusieurs endroits d’une parcelle agricole non traitée mais située au milieu de parcelles potentiellement cultivées à l’aide de produits phytopharmaceutiques. « Sans accès possible au registre d’utilisation de chaque agriculteur, il reste impossible de déterminer quelle parcelle subit quel traitement », rappelle François Veillerette, porte-parole de Générations futures.

L’association a reproduit le schéma de précédentes campagnes de mesure mais, forte de recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), en a amélioré le protocole. « Les capteurs employés cette année nous permettent de rechercher 500 substances, y compris des molécules parmi les moins volatiles, contre 90 précédemment. De plus, nous avons systématiquement installé une série de cinq à six capteurs : un au centre, quatre à chaque bordure de parcelle à équidistance du premier et un dernier en contrôle au centre de la ville ou du village le plus proche. »

Une distance encore insuffisante“ Même une distance de plusieurs dizaines de mètres des zones agricoles adjacentes ne réduit pas significativement les concentrations des pesticides dans l’air ”Générations futures

Résultat ? Si les conclusions diffèrent entre les départements évalués, le constat reste le même : les distances minimales à imposer avec les cultures traitées doivent impérativement être augmentées pour baisser significativement l’exposition des riverains. Dans le département du Nord, près de Hazebrouck, où cohabitent de grandes cultures de blé ou de lin, le capteur « central » installé à 40 mètres de la bordure de la parcelle montrait la plus haute quantité de pesticides piégés (sur 35 substances détectées), bien au-dessus de la moyenne des capteurs en bordure, dont une grande part de glyphosate. En comparaison, même le capteur « contrôle », placé en ville pour évaluer le « bruit de fond » de cette diffusion dans l’air, a relevé une quantité équivalente à 59 % de la moyenne des capteurs en bordure. « La zone étudiée semble donc très impactée par une pollution globale de l’air par les pesticides », atteste l’association.

Vers Libourne, en Gironde, territoire majoritairement viticole, les capteurs en présence se sont situés parfois entre 50 et 180 mètres d’une parcelle voisine. Certains capteurs parmi les plus éloignés, dont celui du centre, ont piégé les plus grandes quantités de molécules (parmi 19 pesticides relevés), dont une abondance de folpel, « un fongicide considéré comme « cancérogène possible » à l’échelle européenne », indique François Veillerette. Dans son rapport, l’association note également que « la direction des vents dominants ne semble pas jouer un rôle prépondérant dans les quantités de pesticides retrouvées ».

Le même fongicide préoccupant a été retrouvé en forte quantité dans le département du Rhône, près de Villefranche-sur-Saône, la plus grande commune concernée par ces campagnes de mesure. Là encore, malgré un éloignement conséquent (entre 70 et 150 mètres de distance avec une parcelle viticole voisine), la quantité piégée par le capteur central reste à la même hauteur que celle relevée par les capteurs en bordure. Seule nuance positive : placée dans une ville plus dense en habitations et plus écartée des cultures que les communes des deux cas précédents, le capteur « contrôle » n’a relevé qu’environ 7 % de la quantité captée (sur 23 pesticides rencontrés) par les cinq autres capteurs.

S’éloigner pour éviter le problème ?

« Même une distance de plusieurs dizaines de mètres des zones agricoles adjacentes ne réduit pas significativement les concentrations des pesticides dans l’air. Preuve que les ZNT actuellement en vigueur sont inefficaces, déplore François Veillerette. D’autant que cette pollution dans l’air peut même se retrouver dans des petites villes de zones rurales. » Et ce, sans compter les possibles effets cocktail générés par la présence de plusieurs pesticides dans le même air respiré. L’association regrette d’ailleurs de ne pas avoir eu l’occasion de mesurer une telle exposition dans un territoire avec une agriculture à dominante arboricole, qui table « sur le plus grand nombre de traitements par an en moyenne ».

Jusqu’ici partisane d’augmenter la distance minimale des ZNT à 70 ou 100 mètres, Générations futures préconisent aujourd’hui 150 mètres à la lumière de ses nouvelles données, tout comme le collectif des Maires anti-pesticides. Un éloignement nécessaire, d’après elle, mais qui risquerait de réduire significativement la surface agricole avec pesticides. « Notre intention n’est pas de sacrifier l’agriculture, mais de réorienter les pratiques conventionnelles, dangereuses, vers de l’agriculture biologique par exemple qui, sans traitement, peut limiter l’exposition des riverains aux pesticides. »1. Télécharger le rapport de Générations futures
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-43283-rapport-generations-futures-2024.pdf

Félix Gouty, journaliste
Rédacteur spécialisé

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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