La honte et la vertu : la réputation dans les quartiers populaires à l’heure de MeToo
Professeur de français et écrivain, Gregory Le Floch s’interroge dans une tribune remarquée sur les nouvelles censures réclamées par ses élèves. Avec « La Réputation », la journaliste Laure Daussy montre la traduction de ces effets de censure dans certains quartiers où nul ne sait ce qu’est MeToo.
Avec
- Laure Daussy Journaliste.
- Grégory Le Floch Écrivain
- Smaïn Laacher Sociologue.
Qu’est-ce que la honte aujourd’hui, dans le contexte d’extrême confusion sociale et culturelle qui est le nôtre, et qu’est-ce que la vertu ?
Les récentes affaires d’agressions sexuelles ou de viols touchant les milieux du cinéma ou des médias laissent entrevoir un monde où le mouvement MeToo serait en train d’initier à partir de la culture une nouvelle morale émancipatrice se diffusant dans toute la société. Les prédateurs seraient désormais exposés à la honte publique et les victimes reconnues sinon glorifiées. Mais est-ce vraiment le cas partout ? S’il n’existe pas d’étude fiable permettant de mesurer les effets de MeToo dans toutes les couches de la société, plusieurs textes récents laissent entrevoir un paysage plus contrasté. La quête collective de morale ne se fait pas de la même manière dans tous les milieux sociaux, elle n’a pas nécessairement les mêmes conséquences, tant en termes de censure qu’en termes de comportements.
Les invités du jour
Marc Weitzmann reçoit :
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- Grégory Le Floch, professeur de lettres et écrivain.
Auteur notamment de Éloge de la plage aux éditions Rivages, de Gloria, Gloria aux éditions Bourgois ainsi que
De parcourir le monde et d’y rôder -prix Wepler- - Laure Daussy, journaliste, reporter à Charlie Hebdo.
Auteure de La réputation : enquête sur la fabrique des filles faciles aux éditions Les échappées - Smaïn Laacher, sociologue, professeur émérite à l’université de Strasbourg. Chercheur associé au Centre d’étude des mouvements sociaux (CNRS-EHESS)
Auteur notamment de L’immigration à l’épreuve de la nation, à paraître aux éditions de l’Aube
Grégory Le Floch, professeur et auteur de la tribune, rappelle cet indispensable travail d’interprétation des textes avec les élèves, il développe : « c’est justement cet espace entre le texte et soi-même, cet espace d’interprétation qui va permettre la liberté ; je crois que si les élèves ont si peur d’interpréter, c’est parce que l’interprétation pourrait remettre en question une identité qui est simple. L’interprétation permet la construction d’une identité complexe« . Grégory Le Floch poursuit sur cette parole accaparée par les religieux. Laure Daussy rappelle que le mouvement Metoo de libération de la parole n’est pas connu de tous : 14 % de la population n’a jamais entendu parler du mouvement MeToo.
Smaïn Laacher revient sur le sens critique, la maturité et les attentes vis-à-vis des élèves « on ne peut pas demander à des collégiens, quoique ce soit sur la religion, et en particulier sur l’islam -qui est composé de différents courants-. »
Le débat s’achève sur les enjeux de l’école dans les années à venir.
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