« Gabriel Attal critiqué pour sa « communication trompeuse » sur les 32 milliards d’euros supplémentaires annoncés »
Date de publication : 16 janvier 2024

Mattea Battaglia et Camille Stromboni notent en effet dans Le Monde que « 48 heures après le premier déplacement […] du nouveau chef du gouvernement, Gabriel Attal, dans un hôpital, le scepticisme n’a fait que croître chez les acteurs du soin. En cause : un « coup de communication » peu apprécié par une communauté professionnelle sous tension ».
Les journalistes expliquent que « M. Attal a chiffré […] à «32 milliards d’euros supplémentaires» sur les «5 ans à venir (…) l’investissement» prévu dans le système de soins ».
Elles relèvent que « l’annonce a, de prime abord, semblé conséquente. Etait-ce là une nouvelle «enveloppe» fortement attendue dans un secteur en crise depuis des mois ? ».
« Avant que l’entourage du premier ministre n’apporte une réponse, en forme de rétropédalage : ces 32 milliards d’euros correspondent à la «hausse du budget de la branche maladie qui a été adoptée dans la dernière loi de financement de la Sécurité sociale», concernant l’hôpital et la médecine de ville », indiquent Mattea Battaglia et Camille Stromboni.
Les journalistes remarquent que « rien que pour l’hôpital, cela représente 3 milliards d’euros supplémentaires en 2024 par rapport à 2023, a-t-on aussi précisé dans l’entourage de M. Attal. Selon les documents budgétaires, les dépenses de la branche maladie passeront de 242,2 milliards d’euros en 2022 à 273,9 milliards d’euros en 2027 ».
Elles constatent ainsi : « «Communication trompeuse», «effet d’annonce», «pensée magique»… Les réactions ont été sévères ». Le Collectif inter-hôpitaux réagit : « On ne peut pas présenter un budget déjà voté pour les prochaines années comme des “milliards supplémentaires” », souhaitant un « cap politique clair pour les prochaines années et des mesures fortes aptes à faire revenir les soignants partis de l’hôpital ».
Anne Geffroy-Wernet, présidente du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi, déclare quant à elle que « pour que les médecins restent ou reviennent à l’hôpital, il y a une question de rémunération, mais pas seulement ; il faut aussi que le temps de travail soit enfin comptabilisé, que les heures supplémentaires soient mieux rémunérées… Tout cela nécessite vraiment des moyens supplémentaires ».
Mattea Battaglia et Camille Stromboni ajoutent que « parmi les médecins libéraux, aussi, les propos du premier ministre ne sont pas passés inaperçus, alors que leurs syndicats sont en train de négocier avec l’Assurance-maladie leurs conditions d’exercice et de rémunération pour les 5 années à venir ». Jérôme Marty, de l’Union française pour une médecine libre, déclare qu’« un chiffrage comme celui-là est illisible ».
Santé : Gabriel Attal critiqué pour sa « communication trompeuse » sur les 32 milliards d’euros supplémentaires annoncés
En visite samedi au CHU de Dijon, le premier ministre a chiffré à « 32 milliards d’euros supplémentaires » sur les « cinq ans à venir (…) l’investissement » prévu dans le système de soins. Une non-annonce qui a suscité de sévères réactions des professionnels du secteur.
Par Mattea Battaglia et Camille Stromboni
Publié le 15 janvier 2024 à 18h29, modifié le 15 janvier 2024 à 19h02
Temps de Lecture 3 min.

S’il s’agissait d’envoyer un signal positif au secteur de la santé, ça n’a pas marché. Quarante-huit heures après le premier déplacement, samedi 13 janvier, du nouveau chef du gouvernement, Gabriel Attal, dans un hôpital, le scepticisme n’a fait que croître chez les acteurs du soin. En cause : un « coup de communication » peu apprécié par une communauté professionnelle sous tension.
En visite au centre hospitalier universitaire de Dijon, M. Attal a chiffré, devant la presse, à « 32 milliards d’euros supplémentaires » sur les « cinq ans à venir (…) l’investissement » prévu dans le système de soins. « Je le dis, notre hôpital et nos soignants, c’est un trésor national », a-t-il affirmé, aux côtés de la nouvelle ministre chargée de la santé, Catherine Vautrin.
L’annonce a, de prime abord, semblé conséquente. Etait-ce là une nouvelle « enveloppe » fortement attendue dans un secteur en crise depuis des mois ? La question a résonné dans les médias. Avant que l’entourage du premier ministre n’apporte une réponse, en forme de rétropédalage : ces 32 milliards d’euros correspondent à la « hausse du budget de la branche maladie qui a été adoptée dans la dernière loi de financement de la Sécurité sociale », concernant l’hôpital et la médecine de ville, a fait savoir Matignon.
Un montant pas tout à fait « nouveau », en somme. Rien que pour l’hôpital, cela représente 3 milliards d’euros supplémentaires en 2024 par rapport à 2023, a-t-on aussi précisé dans l’entourage de M. Attal. Selon les documents budgétaires, les dépenses de la branche maladie passeront de 242,2 milliards d’euros en 2022 à 273,9 milliards d’euros en 2027.
« Pensée magique »
« Communication trompeuse », « effet d’annonce », « pensée magique »… Les réactions ont été sévères. « On ne peut pas présenter un budget déjà voté pour les prochaines années comme des “milliards supplémentaires” », a fait valoir, dès dimanche par la voie d’un communiqué, le Collectif inter-hôpitaux, appelant de ses vœux un « cap politique clair pour les prochaines années et des mesures fortes aptes à faire revenir les soignants partis de l’hôpital ».
Le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi a lui aussi rappelé que l’évolution des dépenses de santé était prévue dans la loi de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027. « Les solutions, on les connaît, explique Anne Geffroy-Wernet, sa présidente. Pour que les médecins restent ou reviennent à l’hôpital, il y a une question de rémunération, mais pas seulement ; il faut aussi que le temps de travail soit enfin comptabilisé, que les heures supplémentaires soient mieux rémunérées… Tout cela nécessite vraiment des moyens supplémentaires. »
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« Sauf à ce que le gouvernement indique qu’il s’agit de ressources nouvelles, c’est ce qui est prévu au global », a regretté, sur le réseau social X, Arnaud Robinet, président de la Fédération hospitalière de France et maire Horizons de Reims. Il manque 1,5 milliard d’euros, pour les établissements publics et privés, ne serait-ce que pour couvrir l’inflation, défend le porte-parole des hôpitaux.
Parmi les spécialistes des questions budgétaires, on ne manque pas de rappeler que la croissance des dépenses de santé suit une « pente naturelle », d’environ + 3 % à + 4 % chaque année, en raison notamment de l’augmentation de la demande de soins et du vieillissement de la population. En 2024, l’objectif national de dépenses de l’Assurance-maladie a été fixé à + 3,2 %.
« Former davantage de médecins »
Parmi les médecins libéraux, aussi, les propos du premier ministre ne sont pas passés inaperçus, alors que leurs syndicats sont en train de négocier avec l’Assurance-maladie leurs conditions d’exercice et de rémunération pour les cinq années à venir. « Un chiffrage comme celui-là est illisible », estime Jérôme Marty, de l’Union française pour une médecine libre.
Ce faux pas intervient alors que le monde des soignants n’a pas caché son inquiétude à l’annonce de la création d’un grand ministère mêlant travail, santé et solidarités confié à Catherine Vautrin, une personnalité de droite, lors du remaniement du 11 janvier. Avec la crainte de voir la « priorité santé », affichée par le président de la République, Emmanuel Macron, reléguée à l’arrière-plan. Sur le terrain, on attend désormais de savoir qui sera le ou la future ministre délégué(e) à la santé – Agnès Pannier-Runacher, jusque-là ministre de la transition énergétique, est pressentie à cette fonction.
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« L’enjeu, c’est de former davantage de médecins. Ça prend du temps », a concédé, à Dijon, le premier ministre, répondant à une soignante. L’hôpital est « en train de mourir », l’avait-elle interpellé. « Des moyens ont été débloqués, maintenant, ce qu’il faut, c’est que ça se traduise très concrètement pour vous », s’est-il défendu.
Mattea Battaglia et Camille Stromboni
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