« 2003-2024 : l’hôpital public toujours en crise, mais les soignants, eux, n’y croient plus »
Date de publication : 16 janvier 2024

C’est ce que titre Libération, qui, « à l’occasion de la rediffusion d’un documentaire de Stéphane Mercurio sur l’hôpital de Gonesse réalisé en 2003, [fait un] retour sur les difficultés de l’établissement, que les autorités se révèlent incapables de résoudre ».
Eric Favereau observe ainsi : « C’était il y a 21 ans, presque jour pour jour. Nous sommes en janvier 2003. Jean-François Mattei est ministre de la Santé et, à cette époque, les hôpitaux ne font pas encore les gros titres des journaux concernant leur effondrement annoncé. Pourtant, voilà que durant cet hiver, la documentariste Stéphane Mercurio […] pose sa caméra dans les couloirs de l’hôpital de Gonesse (Val-d’Oise) ».
Le journaliste constate que « son film, Hôpital aux bords de la crise de nerfs, est encore aujourd’hui ahurissant d’actualité. On dirait un disque rayé. Comme si rien ne s’était passé, et qu’en un peu plus de 20 ans, tout était resté en place. Les mêmes blocages, les mêmes impuissances, les mêmes désarrois. Mais avec une différence de taille : à l’époque, on était au bord du gouffre, mais on y croyait encore ».
Eric Favereau observe qu’« on a le sentiment d’entendre des discussions d’aujourd’hui, au mot près. «Il faut 3 ans et demi pour former une infirmière», lâche ainsi un médecin, qui sous-entend que, dans 3 ans, les choses iront mieux. Ce ne sera pas franchement le cas. «Des malades sans infirmières, vous connaissez le risque ? Soit vous mettez en danger les malades, soit le personnel. Je ne vois pas de solution, c’est abominable, on fait du tri», insiste une infirmière ».
Le journaliste souligne que « l’hôpital de Gonesse n’est pas un cas isolé. Lors d’une réunion, la direction financière lâche : «La situation est catastrophique partout, dans tous les établissements du département. Cette année, les hôpitaux ne savent pas comment pas faire. Les économies ont été faites depuis 1997, il faudra faire des choix» ».
Eric Favereau de conclure : « Au final, on reste ahuri. C’était il y a 21 ans. A qui la faute ? Où sont les responsables ? Pourquoi aucune explication sur cette impuissance chronique ? Interrogé récemment, Jean-François Mattei, ministre à l’époque, nous avait expliqué que les mesures qu’il avait prises devaient mettre 20 ans à donner leurs pleins effets. Puis il y a eu la loi Bachelot, censée changer la donne. […] ».
« Et pourtant, Gonesse est toujours en crise de nerfs. Par rapport à ce travail de 2003, la différence, aujourd’hui, est néanmoins de taille. Le personnel soignant et médical s’interroge sur le sens de son métier. Il n’y croit plus, et encore moins à l’annonce des 32 milliards d’euros faite ce week-end par le Premier ministre, Gabriel Attal », relève le journaliste.