« La télémédecine s’enracine et, avec elle, la régulation du secteur »
Date de publication : 15 janvier 2024

Véronique Julia constate dans Le Monde que « plébiscitées pendant la pandémie due au Covid-19, les consultations à distance sont entrées dans les usages avec de multiples acteurs privés. Pour éviter les abus, des obligations s’imposent peu à peu aux entreprises ».
« Mais des questions demeurent sur la place de cette approche dans l’écosystème de soins, alors que plusieurs millions de Français vivent dans un désert médical », relève la journaliste.
Elle cite notamment la Dr Agnès Giannotti, présidente du syndicat de médecins généralistes MG France, qui observe que « les médecins sont de plus en plus sur ces plates-formes et de moins en moins en cabinet ! ». Véronique Julia note que la responsable « observe avec méfiance ces mises en relation quasi immédiates par vidéo interposée. Elles font craindre à certains médecins libéraux une «ubérisation» de la santé, associée à toutes sortes de dérives mercantiles ».
La journaliste rappelle que « pour encadrer la pratique, les pouvoirs publics ont posé des garde-fous : en 2024, seules les plates-formes qui respecteront un cahier des charges précis pourront continuer de facturer des soins à l’Assurance-maladie, et les arrêts prescrits seront limités à 3 jours ».
« La multiplication de ces offres, favorisée par la difficulté d’accès aux soins dans de nombreuses régions françaises, interroge néanmoins sur la place que la téléconsultation occupera à terme, et selon quel modèle, dans le paysage médical », poursuit Véronique Julia.
Elle évoque « 1 à 1,2 million de rendez-vous mensuels remboursés, ce qui représente à peu près 4% de l’ensemble des consultations médicales. La plupart des rendez-vous sont réalisés par des médecins généralistes et les patients concernés restent majoritairement jeunes et urbains. […] Plus de la moitié des actes remboursés concernent des médecins, généralistes ou spécialistes, déjà connus du patient. Ils permettent de gérer à distance, sans déplacement ni perte de temps, un problème ponctuel, comme le renouvellement d’une ordonnance basique ».
La journaliste rappelle que « la pratique est déjà limitée depuis 2021 : les médecins n’ont pas le droit de consacrer plus de 20% de leur activité à l’exercice à distance. […] L’hôpital se met également au diapason. A l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, elle représentait 3,5% de l’ensemble des rendez-vous en 2023 ».
Véronique Julia ajoute que « si le patient n’a pas de médecin traitant, ou si celui-ci n’est pas disponible, il peut solliciter en vidéo un médecin qu’il n’a jamais vu. C’est sur la base de ces exceptions que s’est positionnée, depuis 5 ans, une offre hétérogène qui propose des consultations immédiates à la demande ».
« Les médecins qui y travaillent sont le plus souvent salariés, et la consultation proposée peut consister en un simple face-à-face par écran interposé ou bien se dérouler au moyen d’une borne ou d’une cabine, installée dans une pharmacie, un cabinet infirmier, un Ehpad ou même une gare ou un supermarché, et dotée d’outils connectés – otoscope, tensiomètre ou stéthoscope – facilitant l’examen », continue la journaliste.
Elle s’interroge toutefois : « Si l’efficacité de l’examen à distance laisse encore perplexe une partie de la profession – «Comment vérifier une raideur de la nuque potentiellement grave à travers un écran ?», questionne Philippe Apelt, médecin généraliste à Chambéry – et si chacun s’accorde à dire que «le présentiel doit rester la norme», comme le rappelle Paul Frappé, président du Collège de la médecine générale, ce sont surtout les conditions de déploiement de ces plates-formes «à la demande» qui inquiètent la profession ».
Véronique Julia note qu’« une première crainte est de voir émerger deux médecines, «avec d’un côté les prises en charge compliquées, pour nous, en cabinet, et de l’autre un service “one shot” en visio, avec des médecins qui ne connaissent pas les patients et ouvrent les parapluies en faisant flamber les ordonnances d’antibiotiques», regrette Agnès Giannotti. La présidente du syndicat MG France plaide d’ailleurs pour que soit mis en place un tarif différencié entre l’exercice traditionnel et ces offres à la demande ».
La journaliste aborde une « autre critique formulée par les médecins libéraux : la téléconsultation se développerait sans concertation avec les praticiens locaux ». Raphaël Dachicourt, porte-parole du syndicat de généralistes ReAGJIR, déclare que « dans les pharmacies, des cabines sont installées sans qu’ils en soient avisés, et parfois dans des zones où l’offre de soins ne manque pas, il n’y a pas de logique »….
La télémédecine s’enracine et, avec elle, la régulation du secteur
Plébiscitées pendant la pandémie due au Covid-19, les consultations à distance sont entrées dans les usages avec de multiples acteurs privés. Pour éviter les abus, des obligations s’imposent peu à peu aux entreprises. Mais des questions demeurent sur la place de cette approche dans l’écosystème de soins, alors que plusieurs millions de Français vivent dans un désert médical.
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C’est une mésaventure banale : se sentir fébrile, un matin, et avoir besoin de consulter rapidement. En quelques clics, rendez-vous est pris sur un site de téléconsultation. Un professionnel apparaît sur un écran dix minutes plus tard. Une ordonnance et une feuille de soins sont transmises par courriel à l’issue d’un court interrogatoire. Simple et rapide, la formule étonne. Comment peut-on accéder si vite à un médecin, quand il est parfois si difficile de se faire examiner près de chez soi ?
« Parce que les médecins sont de plus en plus sur ces plates-formes et de moins en moins en cabinet ! », répond la docteure Agnès Giannotti, présidente du syndicat de médecins généralistes MG France, qui observe avec méfiance ces mises en relation quasi immédiates par vidéo interposée. Elles font craindre à certains médecins libéraux une « ubérisation » de la santé, associée à toutes sortes de dérives mercantiles….