« Liens entre professionnels de santé et industriels : une hypocrisie à la française »
Date de publication : 9 janvier 2024
Eric Favereau relève dans Libération qu’« en ce début d’année, tout professionnel de santé doit déclarer ses liens financiers avec les industriels, y compris les ministres. Mais manifestement cette transparence ne suffit pas pour rendre plus sain les rapports », écrit le journaliste.
Il rappelle que « dès qu’un professionnel de santé reçoit ou bénéficie d’une aide, d’une subvention, ou de tout autre avantage, d’un montant de 10 euros au minimum, d’un industriel de la santé, il doit le déclarer à l’euro près.
Au cours des 5 dernières années, la base de données Transparence-Santé du ministère de la Santé fait état de 9, 8 millions de déclarations concernant 2990 entreprises et d’environ un million de bénéficiaires ».
Eric Favereau note cependant que « la ministre de la Santé par intérim Agnès Firmin Le Bodo a été épinglée pour avoir reçu «sans les déclarer» des cadeaux d’une valeur estimée à 20.000 euros des laboratoires Urgo en tant que pharmacienne ».
« Ce nouvel épisode autour des liens complexes entre professionnels de santé et industriels rappelle que l’on ne peut pas franchement dire que la situation a été expurgée, après pourtant plusieurs textes législatifs faisant suite au scandale du Mediator. Aujourd’hui, les pratiques n’ont, semble-t-il, pas réussi à changer la donne des rapports toujours compliqués entre l’industrie de la santé, l’administration, et les professionnels de santé. Comme si l’on n’arrivait pas à sortir d’une hypocrisie à la française », remarque le journaliste.
Il évoque « quelques autres exemples récents » et observe que « cela ne change pas vraiment. La loi se voulait pourtant assez claire. On déclare, et c’est tout bon. Or en la matière, la transparence ne paraît pas suffisante ».
Eric Favereau indique qu’« il y a certes la base de données Transparence-Santé qui rend publique «l’existence de conventions, rémunérations et avantages liant les entreprises et les acteurs du secteur de la santé». […] On a cru tout résoudre avec la transparence. Or celle-ci doit être parfois décryptée. Exemple, des médecins doivent déclarer des sommes qu’ils versent à leur service hospitalier et non à eux-mêmes. Un non-initié peut tout confondre ».
Le journaliste ajoute que « le seuil de 10 euros paraît dérisoire. Hausser le seuil à 50 euros paraîtrait moins infantilisant. De plus, la loi a tout centré sur une surveillance des comportements individuels. Or les vrais réseaux d’influence sont aussi collectifs, comme les sociétés savantes qui sont, elles largement financées par les labos ».
Eric Favereau conclut que « c’est, de fait, tout un climat d’ambiguïtés et de proximités qui perdure ; faute souvent de financements publics, des habitudes et des liens se poursuivent. Et la transparence individuelle comme unique réponse ne suffit pas ».
Chronique «Aux petits soins»
Liens entre professionnels de santé et industriels : une hypocrisie à la française
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En ce début d’année, tout professionnel de santé doit déclarer ses liens financiers avec les industriels, y compris les ministres. Mais manifestement cette transparence ne suffit pas pour rendre plus sain les rapports.
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par Eric Favereau
publié aujourd’hui à 6h00
Début janvier, c’est l’heure des factures et des déclarations. Bernard Bégaud, pharmacologue, ancien président de l’université de Bordeaux, vient de recevoir, comme tous ses confrères, une piqûre de rappel de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM). «Nous vous confirmons votre inscription au sein de l’instance experts ponctuels. Pour rappel, une déclaration d’intérêts (DPI) doit être mise à jour a minima annuellement même sans modification. A l’issue de la date anniversaire de la déclaration, il convient d’actualiser obligatoirement votre déclaration même en l’absence de nouveau lien d’intérêts. Par ailleurs, dès qu’une modification intervient ou que de nouveaux liens sont noués, vous devez actualiser votre déclaration d’intérêts […]. Pour information, une fois contrôlée et validée votre DPI est publiée sur le site Internet de l’ANSM. Cordialement». Signé l’Agence.
Lettre classique. C’est la règle. En d’autres termes, dès qu’un professionnel de santé reçoit ou bénéficie d’une aide, d’une subvention, ou de tout autre avantage, d’un montant de 10 euros au minimum, d’un industriel de la santé, il doit le déclarer à l’euro près. Au cours des cinq dernières années, la base de données Transparence-Santé du ministère de la Santé fait état de 9, 8 millions de déclarations concernant 2 990 entreprises et d’environ un million de bénéficiaires. Bernard Bégaud est un habitué, il la re