Affaire Depardieu : la bataille des tribunes, réponse du berger à la bergère et le Président Macron en perd ses repères

Affaire Depardieu : « Monsieur le président, vos paroles dénient à toutes les femmes victimes de violence le droit à être entendues et crues »

Tribune

Collectif

Dans une tribune au « Monde » en forme de lettre au président de la République, des membres de l’association MeTooMedia soulignent combien le soutien d’Emmanuel Macron à Gérard Depardieu fait reculer la cause des victimes de violences conjugales et de violences sexistes et sexuelles.

Publié hier à 07h30, modifié hier à 10h26  Temps de Lecture 4 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/27/affaire-depardieu-monsieur-le-president-vos-paroles-denient-a-toutes-les-femmes-victimes-de-violence-le-droit-a-etre-entendues-et-crues_6207884_3232.html

Monsieur le président de la République, vous avez souhaité faire de votre double quinquennat celui de la lutte contre les violences faites aux femmes. Vous vous félicitez d’être inattaquable sur ce sujet. Grande cause de vos quinquennats ? Il s’agit d’une posture politique, rien de plus. Des mots vides de sens pour toutes les victimes, et pour toutes les personnes engagées dans cette lutte. Vos propos dans l’émission « C à vous », le 20 décembre, témoignent de votre désintérêt pour la cause et d’une totale ignorance du champ des violences sexistes et sexuelles.

Pour vous justifier, vous invoquez la présomption d’innocence… comme si l’innocence primait sur la présomption. Un présumé innocent n’est pas nécessairement un innocent. C’est un innocent présumé, ni plus, ni moins. Gérard Depardieu est mis en examen depuis 2020. Cela signifie que des indices graves et concordants ont été relevés par le juge d’instruction. Pour rappel, trois plaintes ont été déposées : une pour agression sexuelle, deux pour viols, dont une non prescrite.

Que faites-vous de la présomption d’innocence des plaignantes ? Une victime a tout à perdre à porter plainte, surtout quand le mis en cause est connu et puissant. Elle perd son anonymat, sa tranquillité d’esprit, son emploi souvent, des amis – voire sa famille –, beaucoup d’argent consacré aux frais de soins et avocats. Près de 98 % des victimes disent vrai, devons-nous le rappeler ?

L’acteur populaire plutôt que la victime inconnue

La présomption d’innocence est un principe fondateur du droit pénal français. Elle n’empêche ni les victimes de parler, ni les journalistes d’enquêter. La presse informe la société et permet le recueil de la parole des victimes qui sont enfin entendues et considérées. Nul ne doit renier sa capacité à réfléchir sous couvert de présomption d’innocence.

Lire aussi :  Gérard Depardieu : des artistes dénoncent dans une tribune un « lynchage » de l’acteur, « dernier monstre sacré » du cinéma *

De Gérard Depardieu, vous avez dit : « Il rend fière la France. » Cinq mots qui nous engagent tous contre notre gré et signent une impunité française, celle d’une idole, d’un monstre sacré auquel on pardonne tout. Depardieu n’a pas besoin de votre soutien présidentiel.

Les victimes, en revanche, auraient mérité que leur courage soit salué. Au lieu de cela, vous avez préféré soutenir l’acteur populaire plutôt que la victime inconnue, sacrifiée sur le champ de votre admiration pour cet « immense acteur ». Vous avez fait référence au reportage de « Complément d’enquête » que vous n’avez pas vu.

Une société permissive et lâche

Les propos sexistes intolérables de Depardieu en Corée du Nord vous auraient peut-être convaincu de l’abjection de son langage, de l’outrance du personnage. Pour rappel, l’outrage sexiste est un délit, et le viol est un crime, monsieur le président.

Au lieu de cela, vous confortez les préjugés sexistes en faisant de l’agresseur la victime qu’on doit laisser tranquille (et son génie avec). Les réelles victimes sont renvoyées à leur souffrance, au déni de la société, au silence, à une justice qui condamne exceptionnellement les violeurs.

Lire le récit :  Gérard Depardieu accusé par treize femmes de violences sexuelles dans une enquête de « Mediapart »

Le silence sur les plateaux de tournage et dans le milieu du cinéma a permis à Depardieu d’agresser verbalement et physiquement en toute impunité des femmes – au vu et su de tous – pendant des dizaines d’années. Le silence a secrètement validé les attitudes honteuses et délictueuses du monstre sacré. Le silence imposé aux victimes par une société permissive et lâche a prolongé cet état de fait.

Le sujet n’est pas binaire

Aujourd’hui, ce sont vos paroles de président qui dénient aux plaignantes et à toutes les femmes victimes de violence le droit à être entendues et crues. A tous les hommes aussi, car certains subissent des violences sexuelles, enfants ou adultes. Le sujet n’est pas binaire. Nous voici donc accusés de mener une chasse à l’homme. Quelle inversion de la culpabilité ! Lui, le chasseur toujours à la recherche d’une proie facile, devient la victime par grâce présidentielle.

En décembre 2021, vous nous aviez accusés dans l’affaire Hulot en utilisant le terme « société de l’inquisition ». Vous veniez de parler avec « Nicolas », qui vous avait assuré de son innocence les yeux dans les yeux. Il y a quelques jours, c’est avec « Gérard » que vous vous êtes entretenu. On le sait, il est toujours difficile d’accepter qu’une personne connue et aimée puisse se révéler sous un autre visage, celui d’une personne amorale et avilissante.

Lire aussi :    La collection d’art de Gérard Depardieu dispersée chez Drouot

C’est le « en même temps » que vous n’aviez pas vu venir. Peut-on en même temps être mis en examen et conserver sa Légion d’honneur ? Vous avez déjà donné une réponse en 2017 en engageant les démarches pour retirer la sienne à Harvey Weinstein alors qu’il n’était pas encore jugé. Pourquoi protéger Depardieu ? Par préférence nationale ?

La dignité, ne la cherchez plus chez Depardieu

« Honneur et Patrie » : c’est la devise de la Légion d’honneur. La France n’a plus la préférence de Depardieu, exilé tantôt en Russie, tantôt en Belgique. Quant à son honneur, il semble s’être exilé lui aussi. Nous savons officiellement depuis 2018 et le dépôt de plainte de Charlotte Arnould pour viols que l’honneur de Depardieu est entaché de forts soupçons criminels.

Lire aussi :    Gérard Depardieu, le crépuscule d’un monstre sacré du cinéma rattrapé par ses dérives

L’émission « Complément d’enquête » aura convaincu les plus récalcitrants. Si la Légion d’honneur n’est pas un ordre moral, de quoi est-elle le nom ? Que vient-elle récompenser ? La dignité, monsieur le président, ne la cherchez plus chez Depardieu. Elle s’est réfugiée chez toutes les victimes qui osent porter plainte, qui risquent tout pour reconquérir leur honneur perdu dans un viol, une agression, une remarque sexiste outrageante.

La culture du viol au plus haut sommet de l’Etat

Mais comment les victimes de Depardieu peuvent-elles désormais réagir quand le président de la République, qui incarne l’autorité de l’Etat, nie leur parole, leur présomption d’innocence, leur souffrance ? Comment la grande chancellerie de la Légion d’honneur peut-elle réfléchir en toute impartialité à une procédure disciplinaire quand elle sait d’avance que le grand maître de l’ordre (que vous êtes) la refuse ?

Comment la justice peut-elle faire son travail dans l’affaire Depardieu quand le président, pourtant garant de son indépendance, interfère de la sorte ? Vous auriez pu entrer dans l’histoire comme le président ayant fait durablement avancer la cause des victimes de violences conjugales et de violences sexistes et sexuelles. A contrario, vous avez – par vos mots – validé la culture du viol au plus haut sommet de l’Etat.

Premiers signataires : Emmanuelle Dancourt, présidente et cofondatrice de MeTooMedia ; Elodie Jauneau, vice-présidente de MeTooMedia ; Florent Pommier, trésorier de MeTooMedia ; Muriel Réus, vice-présidente et cofondatrice de MeTooMedia ; Cécile Thimoreau, secrétaire générale de MeTooMedia.

Retrouvez la liste complète des signataires ici.

Collectif

* Gérard Depardieu : des artistes dénoncent dans une tribune un « lynchage » de l’acteur, « dernier monstre sacré » du cinéma

Les signataires, parmi lesquels Bertrand Blier, Nathalie Baye, Carole Bouquet, Pierre Richard, Gérard Darmon, Carla Bruni ou encore Jacques Dutronc, déplorent aussi un « mépris » de la présomption d’innocence. 

Le Monde avec AFPPublié le 25 décembre 2023 à 23h34, modifié le 26 décembre 2023 à 07h56

Gérard Depardieu au festival du film de Berlin, en février 2016.
Gérard Depardieu au festival du film de Berlin, en février 2016.  STEFANIE LOOS / REUTERS

Une cinquantaine de personnalités du monde de la culture dénoncent un « lynchage » de Gérard Depardieu dans une tribune publiée, lundi 25 décembre au soir, sur le site du Figaro. L’acteur, mis en examen pour viols depuis 2020, est au cœur d’un scandale devenu politico-médiatique à la suite d’un documentaire diffusé sur France 2 le 7 décembre.

Parmi les signataires de la tribune figurent le réalisateur Bertrand Blier, les actrices Nathalie Baye, Carole Bouquet et Charlotte Rampling, les acteurs Jacques Weber, Pierre Richard et Gérard Darmon, ainsi que les chanteurs Roberto Alagna, Carla Bruni, Arielle Dombasle et Jacques Dutronc. « Gérard Depardieu est probablement le plus grand des acteurs. Le dernier monstre sacré du cinéma. Nous ne pouvons plus rester muets face au lynchage qui s’abat sur lui, face au torrent de haine qui se déverse sur sa personne, sans nuance, dans l’amalgame le plus complet et au mépris d’une présomption d’innocence dont il aurait bénéficié, comme tout un chacun, s’il n’était pas le géant du cinéma qu’il est », écrivent-ils dans ce texte.

Lire aussi :  « Gérard Depardieu : la chute de l’ogre », sur France 2 : une enquête sur un acteur hors contrôle

« Lorsqu’on s’en prend ainsi à Gérard Depardieu, c’est l’art que l’on attaque. Par son génie d’acteur, Gérard Depardieu participe au rayonnement artistique de notre pays. (…) Quoi qu’il arrive, personne ne pourra jamais effacer la trace indélébile de son œuvre dont notre époque est à tout jamais marquée. Le reste, tout le reste, concerne la justice ; que la justice. Exclusivement », ajoutent-ils.

Soutien d’Emmanuel Macron et de proches

Le président de la République, Emmanuel Macron, et des membres de la famille de l’acteur, dont sa fille Julie, avaient déjà pris publiquement la parole pour défendre Gérard Depardieu, mis en examen à la suite d’une des deux plaintes dont il fait l’objet en France et qui dément ces accusations.

Lire aussi :    Emmanuel Macron défend Gérard Depardieu, les féministes indignées **

La diffusion le 7 décembre d’un reportage sur l’acteur, dans l’émission « Complément d’enquête » sur France 2, a provoqué une onde de choc, avec des répercussions internationales. Sur ces images, Gérard Depardieu, connu pour avoir interprété Cyrano de Bergerac, multiplie les propos misogynes et insultants en s’adressant à des femmes, n’épargnant pas une fillette avec des propos à caractère sexuel.

Le groupe France Télévisions a assuré vendredi que ce dernier passage avait été « authentifié » par un huissier de justice. Cette réaction intervenait après des déclarations du chef de l’Etat sur France 5 laissant entendre que la séquence avait pu être modifiée au montage, comme l’avait auparavant affirmé la famille de l’acteur.

Depuis le scandale, Gérard Depardieu a été radié de l’Ordre national du Québec et de son titre de citoyen d’honneur de la commune d’Estaimpuis, en Belgique, tandis que sa statue de cire a été retirée du parcours de visite du Musée Grévin à Paris.

Lire aussi :   « Sur l’immigration et sur l’affaire Depardieu, Rima Abdul Malak se place aux côtés du monde culturel contre Macron et une bonne partie de l’opinion »

Le Monde avec AFP

Voir aussi:

*** A la source de la tribune pour Depardieu, un comédien proche des sphères identitaires et réactionnaires

Le cas Depardieu brouille tous les repères… jusqu’à ceux d’Emmanuel Macron

Le chef de l’Etat tenait à défendre l’acteur mis en examen pour viol et agression sexuelle, allant jusqu’à désavouer sa ministre de la culture et à accréditer une « fake news » relayée par les médias Bolloré. Depuis, le cas Depardieu entraîne dans son sillage radioactif Emmanuel Macron et une partie du milieu du cinéma français. 

Par Raphaëlle Bacqué  et Ariane Chemin  Publié hier à 12h00, modifié à 16h54

Temps de Lecture 8 min. 

L’acteur français Gérard Depardieu lors du tournage de la série « Marseille », le 18 février 2018 à Marseille.
L’acteur français Gérard Depardieu lors du tournage de la série « Marseille », le 18 février 2018 à Marseille.  ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

« Vous en avez pensé quoi, de ce que mon mari a dit sur Depardieu ? » Ce fut la première question – posée d’une voix inquiète – de Brigitte Macron à l’équipe de « C à vous », mercredi 20 décembre. Il est environ 21 heures 30, à l’Elysée, et l’émission vient d’être diffusée en direct sur France 5. Plus de 3,3 millions de téléspectateurs – un record – l’ont regardée. La veille, les députés ont voté la loi relative à l’immigration de Gérald Darmanin, sujet central de l’interview présidentielle décidée deux jours plus tôt. Réécrit puis voté grâce aux voix du parti Les Républicains (LR) et du Rassemblement national (RN), le texte a provoqué une crise politique d’une ampleur inédite parmi les parlementaires macronistes et jusqu’au sein du gouvernement dont le ministre de la santé, Aurélien Rousseau, a démissionné.

Lire aussi le récit :    Emmanuel Macron assume la loi « immigration » et rend les coups

« Depardieu, il faut le faire », a insisté, le matin même, le président de la République, en recevant l’équipe de « C à vous », afin de préparer le conducteur de l’interview. Comprendre : Emmanuel Macron souhaite en parler dans l’émission. Deux semaines plus tôt, le 7 décembre, le magazine d’investigation de France 2, « Complément d’enquête », a créé l’événement en diffusant des images de l’acteur, capturées cinq ans plus tôt, lors du tournage en Corée du Nord d’un film de Yann Moix. Dans l’enquête intitulée « Gérard Depardieu. La chute de l’ogre » (presque une prémonition), on voit et, surtout, on entend l’acteur multiplier les remarques sexuelles avilissantes sur des femmes (comme son interprète), ainsi que sur une petite fille juchée sur un poney.

Lorsque le sujet arrive sur la table de « C à vous », Emmanuel Macron explique aussitôt qu’il est un « grand admirateur de Gérard Depardieu »Il dénonce – c’est sa formule depuis toujours – une « chasse à l’homme » et estime que l’acteur « rend fière la France », tout entière. Comme si le comédien n’était pas mis en examen depuis 2020 pour viol et agression sexuelle, comme si MediapartFrance Inter et Le Monde n’avaient pas rapporté de multiples témoignages sur le comportement de l’acteur, lors de tournages. Rappelant la présomption d’innocence, le chef de l’Etat n’a pas eu un mot pour les femmes qui se disent victimes du comédien. Brigitte Macron redoute, ce soir-là, la polémique des jours à venir.

Lire aussi :   Gérard Depardieu, le crépuscule d’un monstre sacré du cinéma rattrapé par ses dérives

Elle devine bien. Rien n’est jamais dans la mesure avec la star la plus connue du cinéma français. Qu’importe qu’il ait quitté le pays pour fuir le scandale ; depuis « Complément d’enquête », il est devenu en quelques jours LA querelle hexagonale. Mieux, un « cas », entraînant dans son sillage radioactif Emmanuel Macron lui-même, les pays qui l’avaient autrefois primé et récompensé, et le milieu du cinéma, qui s’était pourtant prudemment tenu à distance.

« Dieudonniste repenti »

Le 26 décembre, dans Le Figaro, une cinquantaine d’artistes, dont Nathalie Baye, Nadine Trintignant, Pierre Richard, Arielle Dombasle ou Carla Bruni, volent au secours du comédien, dans une tribune en dénonçant un « lynchage ».« Lorsqu’on s’en prend ainsi à Gérard Depardieu, c’est l’art que l’on attaque », dit le texte, comme si un artiste, fût-il génial, ne pouvait être accusé de viol. Certains ne font pas dans la mesure : « Cela me fait penser aux gens qui tondaient les femmes à la Libération », assure, par exemple, l’académicien Jean-Marie Rouart, sur BFM-TV pour justifier son adhésion à la tribune.

Le rédacteur du texte, celui qui l’a fait circuler parmi les artistes (pas tous proches de Gérard Depardieu, mais souvent de la même génération), est, lui, un comédien presque inconnu. Yannis Ezziadi est un « défenseur de la corrida », mentionne-t-il sur son compte Instagram, un « dieudonniste repenti » aussi, explique le mensuel d’extrême droite Causeur, qui accueille parfois ses éditos.

Le trentenaire se dit aussi « auteur chez Fayard » – une maison passée sous la coupe de Vincent Bolloré , chez qui il doit publier, en avril 2024, son premier livre sur la corrida. Selon un dirigeant d’Hachette, Yann Moix, auteur Grasset, pourrait venir à son tour y publier un prochain ouvrage. « C’est encore en négociation », confirme la PDG de Fayard, Isabelle Saporta, qui jure cependant qu’il ne s’agit pas d’un livre sur Depardieu. Anne Hommel a servi d’intermédiaire à Yannis Ezziadi avec la rédaction en chef du Figaro.fr pour publier la tribune.

Cette experte en communication de crise s’est fait une « spécialité » de la défense de personnalités publiques embarquées dans des scandales financiers ou sexuels. Avant d’organiser la défense médiatique du cinéaste Roman Polanski ou de l’ancien ministre Jérôme Cahuzac, elle a été la conseillère de Dominique Strauss-Kahn, lorsqu’il était ministre de l’économie française, et a continué à prendre en main la communication du directeur général du FMI, après l’accusation du viol de Nafissatou Diallo, femme de chambre au Sofitel de New York. Elle avait organisé la venue d’Anne Sinclair au procès de son mari. Depuis quelques mois, Mme Hommel est aussi la conseillère de Gérard Depardieu.

Electorat âgé

Après la mise en examen de l’acteur pour viol, à la suite d’une plainte déposée par la jeune comédienne Charlotte Arnould et de la publication dans les médias de près d’une quinzaine de témoignages détaillant le comportement de « Gérard » sur les tournages, elle tente d’orchestrer la défense de ce dernier dans les médias français. Déjà, le 1er octobre, alors que Depardieu a dû interrompre le tour de chant, au cours duquel il interprète les titres de Barbara, en raison des manifestations féministes qui bousculent chaque soir les représentations, elle a obtenu la publication, dans Le Figaro, d’une lettre ouverte de l’acteur« Jamais, au grand jamais, je n’ai abusé d’une femme », y jure-t-il, répétant les propos tenus au juge d’instruction qui l’a mis en examen : Charlotte Arnould, assène-t-il, était consentante.

Lire aussi :   Emmanuel Macron défend Gérard Depardieu, les féministes indignées **

Brigitte Macron n’ignore pas ce qui a motivé son mari. Ce n’est en rien une affaire d’amitié : l’acteur et le président Macron se connaissent mal. En 2012, lorsque François Hollande et le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, s’étaient heurtés à Depardieu, exilé fiscal en Belgique et nouveau citoyen russe, par la grâce de Vladimir Poutine se réjouissait l’acteur, Emmanuel Macron avait suivi l’affaire : alors secrétaire général adjoint de l’Elysée, il était chargé des dossiers économiques du président de la République. Mais si l’ancien élève de cours de théâtre du lycée d’Amiens admire l’acteur, il ne l’a jamais rencontré en tête-à-tête.

Les sondages, en revanche, lui tiennent souvent lieu de boussole. Elu en 2017, quelques mois avant l’affaire Weinstein et l’explosion du mouvement #metoo, dont le succès s’est aussitôt propagé des Etats-Unis en Occident, le jeune président de la République s’était alors fait le héraut du combat contre les violences faites aux femmes. Six ans plus tard, Emmanuel Macron est bien moins allant. Plusieurs enquêtes d’opinion lui ont montré qu’au sein de l’électorat âgé, qui s’est reporté vers lui, les mouvements les plus progressistes – le wokisme, comme on dit, en mêlant dans cet américanisme fourre-tout féminisme, antiracisme ou revendications LGBT + – sont mal compris, quand ils ne suscitent pas le rejet. A 75 ans, Depardieu est un héros français pour cet électorat en particulier.

Ministre remise à sa place

Il y a aussi Rima Abdul Malak. Et l’envie de remettre à sa place, en direct, la ministre de la culture. Le président n’a pas apprécié les mots de cette dernière sur Depardieu, quelques jours plus tôt. A vrai dire, voilà plusieurs mois qu’il se plaint d’elle tout haut. Elle a rechigné et traîné, selon lui, à nommer l’ancien directeur du cabinet de « Brigitte » Pierre-Olivier Costa à la tête du MuCEM, le musée de Marseille construit par Rudy Ricciotti, l’un des signataires de la tribune en faveur de Depardieu. Commis l’impudence de ne pas citer le chef de l’Etat dans son long entretien accordé, en mars, à Vogue Arabia. S’en est prise à Vincent Bolloré, que l’Elysée ne veut pas froisser. Et la voilà qui, après la diffusion de « Complément d’enquête », s’est permis d’annoncer qu’une procédure disciplinaire a été engagée par la grande chancellerie de la Légion d’honneur, afin d’examiner s’il convenait de suspendre ou non la décoration reçue par l’acteur des mains de Jacques Chirac, en 1996, alors que c’est le président de la République qui statue sur l’ensemble des questions relatives à la plus haute distinction honorifique française.

Lire aussi :   « Sur l’immigration et sur l’affaire Depardieu, Rima Abdul Malak se place aux côtés du monde culturel contre Macron et une bonne partie de l’opinion »

« Elle s’est avancée un peu trop, je le confirme », lâche en direct, sur France 5, le chef de l’Etat, affirmant curieusement que la Légion d’honneur n’est pas un « ordre qui fait la morale ». Le 15 octobre 2017, quelques mois à peine après avoir été élu, Emmanuel Macron avait pourtant annoncé une procédure pour retirer à Harvey Weinstein la décoration remise en 2012, par Nicolas Sarkozy, au producteur américain de The Artist. A l’époque, les accusations pleuvaient contre Weinstein, mais il n’avait encore été condamné par aucun tribunal. Emmanuel Macron insistait pourtant : « Je souhaite que, comme ses actes manquent à l’honneur, nous en tirions toutes les conséquences. » La décoration ne lui sera retirée qu’en 2020, après sa condamnation à vingt-trois ans de prison.

« Montage frauduleux »

Et puis, Depardieu a téléphoné en personne au président de la République. Comme Julie Depardieu. Le 17 décembre, quatre jours avant l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron, l’ex-épouse du comédien, Elisabeth, ses filles Julie et Roxane, son fils Jean, sa nièce Delphine, ont aussi publié une tribune dans Le Journal du dimanche. Les quelques minutes filmées en Corée du Nord et diffusées par France 2 relèvent, selon la famille Depardieu, d’une « mise en scène procédant par plans de coupe, dont on sait qu’ils sont nécessairement suspects, puisqu’on peut les monter comme on le veut, en les illustrant d’une musique mélodramatique et d’une voix off (…). Selon Yann Moix qui était présent, ce montage est frauduleux. Ces propos ne désignaient pas une petite fille ».

Dès le lendemain, Julie Depardieu est conviée sur CNews par Pascal Praud. Elle dénonce de nouveau « la manipulation monstrueuse pratiquée par un journaliste qui n’a pas hésité à fouiller dans les poubelles pour y repêcher les images des chutes du film de Yann Moix ». Jusqu’à la diffusion de « Complément d’enquête », ni Gérard Depardieu ni sa famille ne s’étaient intéressés de près ou de loin au film de l’écrivain, pas plus qu’à ces dix-huit heures de rushs tournés en Corée par son équipe, dont ont été extraites les sept minutes de propos obscènes diffusées sur France 2.

C’était à la mi-septembre 2018, Moix rêvait alors de réaliser un film sur Kim Jong-un, le « dirigeant suprême » du pays le plus totalitaire et le plus fermé du monde. Après Poutine, Castro, les tyrans de Tchétchénie, de Biélorussie ou d’Azerbaïdjan, Depardieu, de son côté, « voulait compléter sa collection de dictateurs », détaillait au Monde Moix lui-même, il y a six mois. Comment rêver meilleur appât ? Kim Jong-un était cependant resté inatteignable, Depardieu s’était laissé filmer sans méfiance, puis, toujours selon Moix, s’était évanoui sans donner de nouvelles ni « jamais manifester la curiosité de voir le film ».

Lire aussi :    Gérard Depardieu, le bon pote des despotes

Désormais, ces images et la séquence devant le manège équestre sont au centre de toutes les attentions. Avant Pascal Praud, « Touche pas à mon poste !  », émission phare de C8, a lancé le premier missile contre « Gérard Depardieu. La chute de l’ogre ». Le 9 décembre, l’essayiste et animateur Eric Naulleau assurait, contre toute vraisemblance, sur le plateau de Cyril Hanouna – sur la foi de confidences de son ami Yann Moix –, que le producteur de « Complément d’enquête », qui est aussi celui du film de l’écrivain, avait prévu, « dès 2018 », de se servir des images tournées en Corée pour piéger Depardieu dans l’émission d’investigation de la chaîne, cinq ans plus tard. Ce soir-là, même Cyril Hanouna semblait trouver la chronologie de ce pseudo-« complot » un peu bancale.

Accusation « blanchie » par Macron

« Le montage a été truqué » ; « En fait, c’était une fiction, Depardieu jouait un rôle, pas un documentaire » ; « Les images ont été volées, non, vendues »… A chaque jour son argument, avancé ou distillé par l’avocat de Moix, le pénaliste Jérémie Assous. Mais, quand le président de la République lui-même, tout à la défense de Depardieu, formule un doute sur l’honnêteté du documentaire présenté par Tristan Waleckx, c’est la bascule.

« J’ai entendu qu’il y avait des polémiques, des mots en décalage avec des images… », affirme, le 20 décembre, Emmanuel Macron, sur une chaîne de service public, relayant les fausses accusations de la famille de l’acteur, répétées par les médias Bolloré. Entre les lignes : le document tourné il y a cinq ans en Corée du Nord par Yann Moix a pu être truqué.

Voilà l’accusation « blanchie » par la parole présidentielle : cette fois, la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, qui assiste dans les coulisses à l’interview présidentielle, accepte de faire exception à la doctrine maison – « On ne produit jamais ses sources » – et convoque des huissiers pour attester qu’aucun trucage ou montage litigieux n’a été réalisé dans le magazine consacré à l’icône du cinéma français.

Lire aussi :  Gérard Depardieu : le passage de « Complément d’enquête » a été « authentifié » par un huissier, annonce France Télévisions

Brigitte Macron n’avait pas vu venir ce scandale-là, celui de l’information, et le démenti cinglant infligé à son mari. Depardieu n’est plus seulement un cas. Ses défenseurs en ont fait un étendard réactionnaire. Un piège.

Raphaëlle Bacqué et  Ariane Chemin

Affaire Depardieu : « Monsieur le président, vos paroles dénient à toutes les femmes victimes de violence le droit à être entendues et crues »

Tribune

Collectif

Dans une tribune au « Monde » en forme de lettre au président de la République, des membres de l’association MeTooMedia soulignent combien le soutien d’Emmanuel Macron à Gérard Depardieu fait reculer la cause des victimes de violences conjugales et de violences sexistes et sexuelles.

Publié hier à 07h30, modifié hier à 10h26  Temps de Lecture 4 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/27/affaire-depardieu-monsieur-le-president-vos-paroles-denient-a-toutes-les-femmes-victimes-de-violence-le-droit-a-etre-entendues-et-crues_6207884_3232.html

Monsieur le président de la République, vous avez souhaité faire de votre double quinquennat celui de la lutte contre les violences faites aux femmes. Vous vous félicitez d’être inattaquable sur ce sujet. Grande cause de vos quinquennats ? Il s’agit d’une posture politique, rien de plus. Des mots vides de sens pour toutes les victimes, et pour toutes les personnes engagées dans cette lutte. Vos propos dans l’émission « C à vous », le 20 décembre, témoignent de votre désintérêt pour la cause et d’une totale ignorance du champ des violences sexistes et sexuelles.

Pour vous justifier, vous invoquez la présomption d’innocence… comme si l’innocence primait sur la présomption. Un présumé innocent n’est pas nécessairement un innocent. C’est un innocent présumé, ni plus, ni moins. Gérard Depardieu est mis en examen depuis 2020. Cela signifie que des indices graves et concordants ont été relevés par le juge d’instruction. Pour rappel, trois plaintes ont été déposées : une pour agression sexuelle, deux pour viols, dont une non prescrite.

Que faites-vous de la présomption d’innocence des plaignantes ? Une victime a tout à perdre à porter plainte, surtout quand le mis en cause est connu et puissant. Elle perd son anonymat, sa tranquillité d’esprit, son emploi souvent, des amis – voire sa famille –, beaucoup d’argent consacré aux frais de soins et avocats. Près de 98 % des victimes disent vrai, devons-nous le rappeler ?

L’acteur populaire plutôt que la victime inconnue

La présomption d’innocence est un principe fondateur du droit pénal français. Elle n’empêche ni les victimes de parler, ni les journalistes d’enquêter. La presse informe la société et permet le recueil de la parole des victimes qui sont enfin entendues et considérées. Nul ne doit renier sa capacité à réfléchir sous couvert de présomption d’innocence.

Lire aussi :  Gérard Depardieu : des artistes dénoncent dans une tribune un « lynchage » de l’acteur, « dernier monstre sacré » du cinéma *

De Gérard Depardieu, vous avez dit : « Il rend fière la France. » Cinq mots qui nous engagent tous contre notre gré et signent une impunité française, celle d’une idole, d’un monstre sacré auquel on pardonne tout. Depardieu n’a pas besoin de votre soutien présidentiel.

Les victimes, en revanche, auraient mérité que leur courage soit salué. Au lieu de cela, vous avez préféré soutenir l’acteur populaire plutôt que la victime inconnue, sacrifiée sur le champ de votre admiration pour cet « immense acteur ». Vous avez fait référence au reportage de « Complément d’enquête » que vous n’avez pas vu.

Une société permissive et lâche

Les propos sexistes intolérables de Depardieu en Corée du Nord vous auraient peut-être convaincu de l’abjection de son langage, de l’outrance du personnage. Pour rappel, l’outrage sexiste est un délit, et le viol est un crime, monsieur le président.

Au lieu de cela, vous confortez les préjugés sexistes en faisant de l’agresseur la victime qu’on doit laisser tranquille (et son génie avec). Les réelles victimes sont renvoyées à leur souffrance, au déni de la société, au silence, à une justice qui condamne exceptionnellement les violeurs.

Lire le récit :  Gérard Depardieu accusé par treize femmes de violences sexuelles dans une enquête de « Mediapart »

Le silence sur les plateaux de tournage et dans le milieu du cinéma a permis à Depardieu d’agresser verbalement et physiquement en toute impunité des femmes – au vu et su de tous – pendant des dizaines d’années. Le silence a secrètement validé les attitudes honteuses et délictueuses du monstre sacré. Le silence imposé aux victimes par une société permissive et lâche a prolongé cet état de fait.

Le sujet n’est pas binaire

Aujourd’hui, ce sont vos paroles de président qui dénient aux plaignantes et à toutes les femmes victimes de violence le droit à être entendues et crues. A tous les hommes aussi, car certains subissent des violences sexuelles, enfants ou adultes. Le sujet n’est pas binaire. Nous voici donc accusés de mener une chasse à l’homme. Quelle inversion de la culpabilité ! Lui, le chasseur toujours à la recherche d’une proie facile, devient la victime par grâce présidentielle.

En décembre 2021, vous nous aviez accusés dans l’affaire Hulot en utilisant le terme « société de l’inquisition ». Vous veniez de parler avec « Nicolas », qui vous avait assuré de son innocence les yeux dans les yeux. Il y a quelques jours, c’est avec « Gérard » que vous vous êtes entretenu. On le sait, il est toujours difficile d’accepter qu’une personne connue et aimée puisse se révéler sous un autre visage, celui d’une personne amorale et avilissante.

Lire aussi :    La collection d’art de Gérard Depardieu dispersée chez Drouot

C’est le « en même temps » que vous n’aviez pas vu venir. Peut-on en même temps être mis en examen et conserver sa Légion d’honneur ? Vous avez déjà donné une réponse en 2017 en engageant les démarches pour retirer la sienne à Harvey Weinstein alors qu’il n’était pas encore jugé. Pourquoi protéger Depardieu ? Par préférence nationale ?

La dignité, ne la cherchez plus chez Depardieu

« Honneur et Patrie » : c’est la devise de la Légion d’honneur. La France n’a plus la préférence de Depardieu, exilé tantôt en Russie, tantôt en Belgique. Quant à son honneur, il semble s’être exilé lui aussi. Nous savons officiellement depuis 2018 et le dépôt de plainte de Charlotte Arnould pour viols que l’honneur de Depardieu est entaché de forts soupçons criminels.

Lire aussi :   Gérard Depardieu, le crépuscule d’un monstre sacré du cinéma rattrapé par ses dérives

L’émission « Complément d’enquête » aura convaincu les plus récalcitrants. Si la Légion d’honneur n’est pas un ordre moral, de quoi est-elle le nom ? Que vient-elle récompenser ? La dignité, monsieur le président, ne la cherchez plus chez Depardieu. Elle s’est réfugiée chez toutes les victimes qui osent porter plainte, qui risquent tout pour reconquérir leur honneur perdu dans un viol, une agression, une remarque sexiste outrageante.

La culture du viol au plus haut sommet de l’Etat

Mais comment les victimes de Depardieu peuvent-elles désormais réagir quand le président de la République, qui incarne l’autorité de l’Etat, nie leur parole, leur présomption d’innocence, leur souffrance ? Comment la grande chancellerie de la Légion d’honneur peut-elle réfléchir en toute impartialité à une procédure disciplinaire quand elle sait d’avance que le grand maître de l’ordre (que vous êtes) la refuse ?

Comment la justice peut-elle faire son travail dans l’affaire Depardieu quand le président, pourtant garant de son indépendance, interfère de la sorte ? Vous auriez pu entrer dans l’histoire comme le président ayant fait durablement avancer la cause des victimes de violences conjugales et de violences sexistes et sexuelles. A contrario, vous avez – par vos mots – validé la culture du viol au plus haut sommet de l’Etat.

Premiers signataires : Emmanuelle Dancourt, présidente et cofondatrice de MeTooMedia ; Elodie Jauneau, vice-présidente de MeTooMedia ; Florent Pommier, trésorier de MeTooMedia ; Muriel Réus, vice-présidente et cofondatrice de MeTooMedia ; Cécile Thimoreau, secrétaire générale de MeTooMedia.

Retrouvez la liste complète des signataires ici.

Collectif

**Emmanuel Macron défend Gérard Depardieu, les féministes indignées

Interrogé sur France 5 mercredi, le chef de l’Etat a déclaré que l’acteur « rend fière la France » avant d’insister sur le respect de la présomption d’innocence. Une séquence qui a une nouvelle fois creusé le fossé avec les collectifs de défense des droits des femmes. 

Par Solène Cordier  Publié le 22 décembre 2023 à 10h13, modifié le 22 décembre 2023 à 13h49

https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/12/22/macron-defend-gerard-depardieu-les-feministes-indignees_6207264_3224.html

Temps de Lecture 2 min. 

« Culture du viol »« indécence »« mépris des victimes »… Les militantes féministes n’avaient pas de mots assez forts, jeudi 21 décembre, pour condamner la défense de Gérard Depardieu par Emmanuel Macron, la veille.

Le chef de l’Etat s’exprimait sur le plateau de France 5, lors d’une émission spéciale de « C à vous », largement consacrée à la crise politique provoquée par le vote de la loi sur l’immigration. Interrogé sur l’opportunité de retirer sa Légion d’honneur au comédien après la diffusion d’un reportage accablant du magazine d’investigation télévisé « Complément d’enquête », il a vigoureusement défendu un « immense acteur » avant d’insister sur le respect de sa présomption d’innocence. Accusé d’agressions sexuelles par de nombreuses femmes, Gérard Depardieu est mis en examen pour viol à la suite d’une plainte de la comédienne Charlotte Arnould – des faits qu’il réfute.

Lire aussi :   « Sur l’immigration et sur l’affaire Depardieu, Rima Abdul Malak se place aux côtés du monde culturel contre Macron et une bonne partie de l’opinion »

« Je le dis en président de la République, mais aussi en tant que citoyen, il rend fière la France », a indiqué Emmanuel Macron. Avant d’ajouter, quelques instants plus tard : « Il y a une chose dans laquelle vous ne me verrez jamais, ce sont les chasses à l’homme. Je déteste ça », en soulignant par ailleurs son engagement dans la lutte contre les violences envers les femmes et pour l’égalité femmes-hommes, les deux « grandes causes » de son quinquennat. « Peut-être qu’il y a des victimes, et je les respecte, Ô combien ! Et je veux qu’elles puissent défendre leur droit », a assuré le chef de l’Etat.

« Un président ne peut pas dire ça ! »

La courte séquence a une nouvelle fois creusé le fossé avec les collectifs engagés dans la défense des droits des femmes, qui ne cessent de dénoncer, notamment, le taux très faible de condamnations judiciaires des viols (une femme sur dix porte plainte, 74 % des plaintes sont classées sans suite). « Entre nous et le chef de l’Etat, ce n’est plus un fossé, c’est un trou béant », a déclaré Maëlle Noir, de la coordination nationale du collectif Nous toutesà l’Agence France-Presse. « Non, un président ne peut pas dire ça ! », a aussi réagi sur X Anne-Cécile Mailfert, la présidente de la Fondation des femmes. « Rien ne va dans les propos du Prsdt [président] en ce qui concerne #Depardieu. Je n’aurai pas assez d’un tweet pour expliquer à quel point c’est indigne, abject pour les victimes et anachronique. Mais ce n’est pas nouveau en ce qui le concerne. N’a-t-il pas toujours défendu les puissants ? », a-t-elle aussi indiqué.

Lire aussi :  Gérard Depardieu accusé de viol par une journaliste espagnole

En effet, ce n’est pas la première fois que le positionnement d’Emmanuel Macron sur la libération de la parole des victimes de violences sexuelles et sa défense systématique de la présomption d’innocence fait réagir les milieux féministes. En décembre 2021, en pleine affaire Nicolas Hulot – l’ancien ministre de la transition écologique était accusé d’agressions sexuelles et de viol – le président avait mis en garde, lors d’un conseil des ministres, contre une « société de l’inquisition », déclenchant l’ire des victimes.

Lire aussi :   Cauet, Depardieu et le « tribunal médiatique »

Un an plus tôt, en 2020, lors de son allocution du 14-Juillet, sa défense de Gérald Darmanin, qu’il avait nommé ministre de l’intérieur alors qu’il était visé par une plainte pour viol, avait déjà choqué. Se disant opposé à ce que la France devienne une « démocratie d’opinion », il avait souligné avoir échangé avec son ministre « blessé par ces attaques », mettant en avant « une relation de confiance d’homme à homme ».

Solène Cordier

*** A la source de la tribune pour Depardieu, un comédien proche des sphères identitaires et réactionnaires

Yannis Ezziadi, comédien peu connu, est un proche de Sarah Knafo, la conseillère et compagne d’Eric Zemmour. Il relaie la peur, répandue à l’extrême droite, de voir les « “Français de souche” culturellement menacés par un islam d’atmosphère ». 

Par Ariane Chemin  et Clément Guillou  Publié aujourd’hui à 17h07, modifié à 17h57 https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/12/28/aux-sources-de-la-tribune-pour-depardieu-un-comedien-proche-des-spheres-identitaires-et-reactionnaires_6208131_823448.html

Temps de Lecture 3 min. 

Yannis Ezziadi, interviewé sur BFM-TV, le 26 décembre 2023.
Yannis Ezziadi, interviewé sur BFM-TV, le 26 décembre 2023.  CAPTURE D’ÉCRAN BFMTV

« Les hommes ont peur d’avoir des plaintes contre eux quand bien même ils n’auraient rien fait. » C’est avec ces mots de justification que Yannis Ezziadi a jailli d’un coup, sur les plateaux de télévision, au lendemain de Noël, pour expliquer pourquoi il avait pris la plume pour défendre Gérard Depardieu. Ce qu’on ignorait, c’est que ce comédien, qui a entraîné derrière lui une cinquantaine de signatures, grands noms français du septième art ou du spectacle, a frayé avec Eric Zemmour durant sa campagne présidentielle.

Trois jours après la parution de sa tribune dans Le Figaro, Yannis Ezziadi a supprimé son compte Instagram, sur lequel il aimait s’afficher auprès de personnalités culturelles et médiatiques. Et signale au Monde qu’il « préfère arrêter de parler ».

Son aventure est comme un précipité de l’époque. D’ordinaire, le comédien de 32 ans était aperçu dans les fauteuils des cérémonies des Molières ou sur les chaînes du groupe Bolloré : sa défense de la corrida lui a valu plusieurs invitations sur CNews ou « Touche pas à mon poste ! », le talk-show de Cyril Hanouna. Mais le 26 décembre, c’est sur la chaîne BFM-TV qu’il justifiait la tribune écrite par ses soins et publiée la veille: un plaidoyer intitulé « N’effacez pas Depardieu », allusion à la « cancel culture » américaine.

Lire aussi :   Le cas Depardieu brouille tous les repères… jusqu’à ceux d’Emmanuel Macron

Ami de Michel Fau et de Jean-Marie Besset, deux personnalités du théâtre français, Yannis Ezziadi vient en réalité de réaliser l’une des plus formidables opérations de séduction de la sphère réactionnaire au sein du monde de la culture, un bastion traditionnellement à gauche. Car cet homme, qui a réuni sur son nom des pointures du cinéma français, du théâtre et du spectacle, comme le réalisateur Bertrand Blier, les actrices Nathalie Baye, Carole Bouquet et Charlotte Rampling, les acteurs Benoît Poelvoorde, Jacques Weber et Pierre Richard, les chanteurs Roberto Alagna, Carla Bruni et Jacques Dutronc, est un proche de Sarah Knafo, la principale conseillère de l’ex-candidat à l’élection présidentielle Eric Zemmour« Un excellent garçon », commente celle qui est aussi la compagne du polémiste maurrassien.

En connaissance de cause

Le 27 mars 2022, Yannis Ezziadi participait à la réception organisée pour les « happy few » de la campagne d’Eric Zemmour sous le pont Alexandre-III, à l’issue de son meeting final au Trocadéro, à Paris. C’est ce fameux jour que les partisans du candidat d’extrême droite avaient rempli l’immense place face à la tour Eiffel et hurlé « Macron, assassin ! », sans émouvoir M. Zemmour, lequel affirmait n’avoir pas entendu. Le comédien n’a joué aucun rôle dans la campagne, précise Sarah Knafo. Le sympathisant a, en revanche, longuement interrogé Eric Zemmour sur le thème de la culture : un entretien publié la veille du meeting dans le mensuel réactionnaire Causeur.

Yannis Ezziadi a réalisé, en juin 2022, pour le même magazine, un reportage à Nangis, en Seine-et-Marne, où il décrivait une petite ville transformée par sa minorité musulmane. Il y interrogeait « des “Français de souche” culturellement menacés par un islam d’atmosphère qui les étouffe », écrivait-il, plus tard, dans Le Figaro Vox, où il a assuré le service après-vente de son reportage, comme chez son ami André Bercoff (Sud Radio) ou chez Jean-Marc Morandini (CNews).

Parmi les signataires de la pétition, certains ont apposé leur nom en connaissance de cause : ainsi de l’architecte Rudy Ricciotti, ami du comédien et grand défenseur de la corrida, et se revendiquant d’une « gauche réac’ », ou l’influenceuse Afida Turner, avec qui le jeune homme apparaissait hilare lors d’une soirée, en octobre, chez la patronne de Causeur, Elisabeth Lévy – la vidéo d’Afida Turner avait fait les délices des réseaux sociaux. Certains signataires ont été contactés par le biais d’autres personnes, comme Julie Depardieu – une partenaire sur les planches – ou Carole Bouquet. C’est le cas de l’ancien directeur de la Cinémathèque française, Serge Toubiana, qui ignorait tout de Yannis Ezziani, lequel l’a toutefois contacté a posteriori pour confirmer sa signature.

Sur son compte Facebook, le comédien signale simplement un article rédigé pour Causeur où il expliquait qu’il était un « dieudonniste repenti ». Sa pétition est une victoire idéologique symbolique dans la croisade culturelle chère à l’extrême droite. Voilà déjà trois jours, en effet, que la tribune sature l’espace médiatique. Et que cinquante noms de la culture française ont souscrit au texte d’un militant qui déplore que les écrivains Renaud Camus – qui a popularisé la théorie du « grand remplacement » – ou Gabriel Matzneff – accusé de viol sur mineures – fassent l’objet de « mépris », et pour qui « grand nombre des institutions culturelles » sont « complètement dévoyées (…) par le wokisme et la déconstruction ».

Lire aussi :   Vincent Bolloré, parrain d’une alliance entre la droite et l’extrême droite

Ariane Chemin et  Clément Guillou

Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci. 
La reproduction totale ou partielle d’un article, sans l’autorisation écrite et préalable du Monde, est strictement interdite. 
Pour plus d’informations, consultez nos conditions générales de vente
Pour toute demande d’autorisation, contactez syndication@lemonde.fr
En tant qu’abonné, vous pouvez offrir jusqu’à cinq articles par mois à l’un de vos proches grâce à la fonctionnalité « Offrir un article ». 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/31/aurelie-filippetti-sur-gerard-depardieu-c-est-la-premiere-fois-que-l-extreme-droite-se-tapit-derriere-ce-genre-d-offensive-pour-en-faire-un-veritable-combat-politique_6208511_3232.html

Aurélie Filippetti sur Gérard Depardieu : « C’est la première fois que l’extrême droite se tapit derrière ce genre d’offensive pour en faire un véritable combat politique »

Tribune

L’ancienne ministre de la culture estime, dans une tribune au « Monde », qu’il est paradoxal de faire d’un homme qui a renié son passeport français le « héraut de la France éternelle » et reproche à Emmanuel Macron d’avoir défendu l’acteur, mis en examen pour viol et agression sexuelle.

Publié aujourd’hui à 06h30 https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/31/aurelie-filippetti-sur-gerard-depardieu-c-est-la-premiere-fois-que-l-extreme-droite-se-tapit-derriere-ce-genre-d-offensive-pour-en-faire-un-veritable-combat-politique_6208511_3232.html

Temps de Lecture 4 min.

Il y a quelque chose de mystérieux dans la tribune signée en faveur de Gérard Depardieu par une cinquantaine de personnalités culturelles françaises. Comme si, pour ceux qui l’avaient connu et n’avaient pas voulu voir, il s’agissait de justifier leur propre aveuglement en le revendiquant. En réclamant la présomption d’innocence pour l’acteur, c’est au fond leur propre naïveté qu’ils et elles nous demandaient de pardonner.

Et d’ailleurs, nous aurions envie d’être indulgents avec eux, de leur dire : mais bien sûr, nous ne vous en voulons pas, vous n’avez rien vu de ses violences, de ses dérives, ou bien vous avez vu mais n’avez rien voulu ou pu faire, mais vous n’étiez pas les seuls. Simplement on aurait eu envie qu’ils et elles aient un mot pour les victimes, pour celles qui ont souffert, dont la chair a été meurtrie, dont l’esprit et la confiance ont été brisés.

On aurait aimé que ceux et celles qui ainsi réclamaient le droit d’un homme à la présomption d’innocence au nom de la justice aient aussi un mot pour dire que leur idée de la justice ne se satisfaisait pas non plus de la poursuite d’un système de domination des hommes puissants sur des femmes en position d’infériorité professionnelle. Que l’idée qu’en portant plainte contre un homme on portait atteinte à l’art lui-même était elle-même contradictoire avec l’égalité devant la justice qu’ils réclamaient justement en évoquant la présomption d’innocence pour l’acteur.

Impunité pour les puissants

Il est presque inévitable qu’une révolution aussi importante dans les mentalités que celle induite par #metoo charrie un mouvement d’effroi, de même que tous les mouvements historiques révolutionnaires ont provoqué une nostalgie d’un temps ancien, celui où l’ordre des choses, aussi bancal fût-il, n’était pas encore remis en question. Ce que les Allemands appellent « Heile Welt », et que l’on pourrait improprement traduire par monde parfait ou âge d’or. Car l’inconnu fait peur, inquiète. Le monde ancien est en train de mourir, le nouveau n’est pas encore né, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres comme le dit Gramsci.

Lire aussi l’enquête : Article réservé à nos abonnés A la source de la tribune pour Depardieu, un comédien proche des sphères identitaires et réactionnaires

Dans toutes les affaires de violences sur des femmes, on a ainsi assisté à des offensives pour transformer en victimes les bourreaux, et ainsi délégitimer la parole des femmes et des victimes. Pourtant, c’est la première fois que l’extrême droite se tapit derrière ce genre d’offensive pour en faire un véritable combat politique.

Aujourd’hui, de nombreux signataires découvrent l’auteur réel de la pétition, un thuriféraire de Zemmour, et prennent leur distance. Un peu tard sans doute. Mais au moins que leur naïveté nous permette d’analyser les raisons qui ont poussé l’extrême droite à faire de la défense de Depardieu son nouveau combat.

C’est en effet plutôt paradoxal de faire d’un homme qui a renié son passeport français pour réclamer un passeport russe, qui a craché sur la France avec continuité pour défendre presque tous les dictateurs de la planète, le héraut de la France éternelle. Que serait donc pour eux cette France ? En fait, c’est celle de l’impunité pour les puissants. Celle de l’inégalité légitimée au nom de la naissance ou du « talent ». Celle qui considère qu’on a tous les droits quand on a tous les pouvoirs. C’est celle de la naturalisation de l’inégalité.

La France républicaine, cible obsessionnelle de l’extrême droite

C’est donc au fond une image de la France exactement opposée à la France des Lumières et de la Révolution, la France républicaine dont on comprend désormais à quel point elle est la cible unique, obsessionnelle, de l’extrême droite, de Zemmour à Bolloré. Mais il ne s’agit pas que de la France, il s’agit de tous ceux qui portent en eux, comme le pape, devenu la nouvelle cible de ces catholiques traditionalistes, une vision d’un monde susceptible d’évolution, un monde en mouvement, qui réfléchit et qui se transforme.

Pour l’extrême droite, la question de l’égalité entre femmes et hommes n’est qu’un prétexte, et le seul moment où ils s’émeuvent de viols et de violences sexistes est lorsqu’il s’agit de musulmans. Si un acteur musulman avait été accusé par une dizaine de femmes d’agressions, il est à parier que CNews n’aurait pas eu la même obsession de la présomption d’innocence.

Mais dans cette affaire, c’est aussi l’image du président qui est atteinte. Car que le président de la République, qui s’était en 2017 posé en homme nouveau contre le monde ancien, en arrive à défendre cette vision ultraconservatrice des relations hommes-femmes et qu’il fasse comme si la Légion d’honneur n’était pas justement une question d’honneur et de dignité, de principes et de morale publique, ne peut que provoquer un étourdissement. Car la mission de la politique est bien de définir les limites du juste et de l’injuste dans une société donnée à un instant donné, et se poser la question du bien et du mal, non dans l’absolu, mais dans la réalité donnée d’un moment et d’une situation.

Lire aussi : Depardieu : la faute politique du président

Emmanuel Macron et le choix de la démagogie

Paul Ricœur, maître à penser du président lorsqu’il était étudiant, a ainsi défini la politique comme l’art de dépasser des situations de conflit social par la délibération publique. Ici, Emmanuel Macron a manqué l’occasion d’être un homme d’Etat. Au lieu d’aider le débat à progresser en rappelant que la société évolue, que la libération de la parole contribue à faire avancer non seulement la cause des femmes mais celle de la société tout entière, à libérer non seulement les femmes victimes de violences mais les hommes et les femmes prisonniers d’anciennes représentations archaïques des rôles genrés, au lieu de marteler que toute violence est une entaille dans le contrat social, il a préféré faire le choix de la démagogie, celle que semblaient lui indiquer des sondages contestables. Il apparaît comme un homme du passé, celui d’une France figée dans des clichés des années 1950 où un acteur serait forcément un homme aux pulsions incontrôlables.

Or, précisément, le Depardieu que nous aimions, le Depardieu qui a bouleversé les foules, c’est celui dont le physique imposant était contredit par une douceur bouleversante de la voix et du regard, celui dont la délicatesse de récitation des textes n’avait d’égal que la finesse de l’émotion, celui qui, au fond, était la preuve vivante, incarnée, que l’on pouvait camper de merveilleux personnages masculins avec d’autant plus de force que l’on se débarrassait de tous les clichés virilistes. Que les hommes pleurent, c’est peut-être l’acteur Depardieu qui nous l’a fait comprendre. Le Depardieu grand acteur est celui qui avait par son jeu transcendé la glorification de la masculinité.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Gérard Depardieu, le crépuscule d’un monstre sacré du cinéma rattrapé par ses dérives

L’une des blessures que l’homme Depardieu nous a collectivement infligée par sa vulgarité et sa violence réelle est peut-être de ne plus pouvoir ressentir cette douceur dans son jeu sans penser immédiatement qu’elle n’était justement qu’un jeu. Comme s’il avait eu honte de son propre talent.

Aurélie Filippetti est ancienne ministre de la culture (2012-2014).

TRIBUNE

Affaire Depardieu : l’art n’est pas un totem d’impunité

publié le 1er janvier 2024 à 16h53

par un collectif

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/affaire-depardieu-lart-nest-pas-un-totem-dimpunite-20240101_QZ4M2RIAAFDKDOUYPCI2PACC24/

Le vieux sanglier et les jeunes licornes, par Luc Le Vaillant

Ceci est une fable animalière, manigance hypocrite pour évoquer, sans acharnement justicier ni aménité particulière, un énorme acteur attaqué pour viols potentiels et propos orduriers.

Alexandra Lamy, Thomas Jolly, Muriel Robin, Swann Arlaud… un collectif de plus 150 personnalités du monde de la culture réagissent à la tribune de soutien à l’acteur Gérard Depardieu. Défendre l’art, c’est aussi dire qu’être artiste ne doit pas nous exonérer de toute responsabilité.

CF3CQ3CUOZFNZOEIWUIXHBKXBU.jpg

Manifestation contre Gérard Depardieu lors d’un spectacle à Toulouse, le 25 mai 2023. (Charly Triballeau/AFP)

par un collectif

publié le 1er janvier 2024 à 16h53

Nous sommes artistes, écrivain·es, producteur·rices, personnalités du milieu de la culture. C’est à ce titre que nous nous exprimons ici.

Nous avons commencé dans ce milieu à des âges différents, à des époques parfois lointaines, parfois proches, et nous avons tous fait le même constat : les rapports de domination sont présents, et les vagues de ces dernières années en ont ébranlé la base sans la faire s’effondrer, du moins dans notre pays.

Au nom de l’art, certaines voix s’élèvent pour défendre Gérard Depardieu, insinuant que son talent devrait le soustraire à toute critique, et même l’excuser pour ses comportements intolérables. Tout ça ne sera pas en notre nom.

Frame_1__22__png.png

Nous reconnaissons l’apport de ces légendes au cinéma français. Mais nous affirmons qu’aucun statut, aucune carrière aussi brillante soit-elle ne saurait se placer au-dessus de la mêlée, et ainsi bénéficier d’une forme d’impunité. Encore moins au nom de l’art.

Les monstres sacrés n’existent pas. Il n’y a que des hommes ordinaires auxquels on a donné tous les droits.

Nous ne nous attaquons pas à l’art qui nous est cher : nous voulons au contraire le protéger, en refusant fermement qu’il serve de prétexte à l’abus de pouvoir, au harcèlement ou aux violences sexuelles.

L’art ne doit jamais nous amener à détourner le regard des souffrances des victimes, qu’elles soient célèbres ou anonymes, et le talent ne justifie pas la transgression des limites et l’atteinte à l’intégrité d’autrui.

Reconnaître le courage de celles qui bravent stigmatisation et doutes

Il est impératif de reconnaître le courage des survivantes qui bravent la stigmatisation et les doutes pour dénoncer des abus, au sein même d’une société dans laquelle elles n’ont rien à y gagner, et parfois même tout à perdre.

Leurs voix méritent d’être entendues, crues, et soutenues.

La France qui nous rend fier·es ne se bat pas pour le droit d’importuner, elle est du côté des victimes présumées.

Défendre l’art, c’est aussi dire qu’être artiste ne doit pas nous exonérer de toute responsabilité. Le reste, tout le reste, concerne la justice, et nous espérons du fond du cœur qu’elle puisse s’exercer de la façon la plus exacte possible.

Il est important de nous unir face à ceux qui salissent et qui dégradent, et nous disons ici d’une voix claire, forte, et puissante : nous ne sommes pas de ceux-là. Et ceux-là, nous n’en voulons plus.

Nous sommes artistes, écrivain.es, producteur·rices, personnalités du milieu de la culture, mais nous sommes avant tout des citoyen·nes, et nous refusons la perspective d’une immunité artistique.

Auteur·e·s : Mahaut Drama, Iban Raïs et Jessé, avec la complicité de Giulia Foïs.

Liste des 50 premiers signataires : Monia Chokri Réalisatrice Magalie Lépine-Blondeau Actrice Alexandra Lamy Actrice Alice Belaïdi Actrice Thomas Jolly Acteur et metteur en scène Juliette Arnaud actrice et scénariste Muriel Robin Actrice Swann Arlaud Acteur Lucie Lucas Actrice Joséphine Draï Actrice Reem Kherici Actrice Vanessa Guide Actrice Marie Papillon Artiste Axel Auriant Acteur Enora Malagré Chroniqueuse et comédienne Fanny Ruwet Humoriste Marilou Berry Actrice Kevin Razy Humoriste Tania Dutel Humoriste Fauve Hautot Artiste Garance Marillier Actrice Matthieu Longatte Humoriste Guillaume Meurice Chroniqueur et humoriste Waly Dia Chroniqueur et humoriste Tristan Lopin Humoriste Anne Depetrini Actrice Guslagie Malanda Actrice Anne Roumanoff Humoriste et comédienne Rosa Bursztein Humoriste Morgane Cadignan Humoriste Gaia Weiss Actrice Christine Berrou Humoriste Sophie-Marie Larrouy Actrice Cœur de pirate Chanteuse Ariane Labed Actrice Clotilde Hesme Actrice Lolita Lempicka Créatrice de mode Pauline Clément Actrice Keiona Danseuse, drag-queen Sarah Stern Actrice Camille Lavabre Comédienne Lio Chanteuse et actrice Thaïs Vauquières Humoriste Thomas Bidegain Scénariste et réalisateur Nikita Bellucci Réalisatrice et actrice Esteban Vial Comédien Jenna Thiam Actrice Caroline Vigneaux Actrice Alix Poisson Actrice Laura Domenge Humoriste…

Retrouvez ici la liste complète des signataires.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire