Jesus historique: l’historien Pierluigi Piovanelli dresse un état des lieux des recherches contemporaines et nous dévoile ses propres conclusions.

« A travers les légendes sur Jésus, nous arrivons à discerner en filigrane des éléments sur sa véritable existence »

Que peut-on dire du Jésus historique, en dehors de l’interprétation chrétienne faisant de lui un dieu incarné ? Etait-il un leader charismatique ? Un mystique juif ? En cette veille de Noël, l’historien Pierluigi Piovanelli dresse un état des lieux des recherches contemporaines et nous dévoile ses propres conclusions.

Propos recueillis par Publié aujourd’hui à 06h15 https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2023/12/24/a-travers-les-legendes-sur-jesus-nous-arrivons-a-discerner-en-filigrane-des-elements-sur-sa-veritable-existence_6207523_6038514.html

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Détail d’une mosaïque de la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, à Ravenne (Italie).
Détail d’une mosaïque de la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, à Ravenne (Italie). 

Que peut-on encore apprendre sur Jésus, ce juif de Galilée ayant vécu il y a deux mille ans, devenu l’un des personnages les plus célèbres de la planète ? Les sources sur sa vie adulte, principalement les Evangiles, ont déjà abondamment été commentées *, et nous ne disposons d’aucun texte sur sa jeunesse.

Pourtant, selon Pierluigi Piovanelli, titulaire de la chaire Origines du christianisme à l’Ecole pratique des hautes études (Paris) et auteur du Jésus des historiens. Entre vérité et légende (PUF, 408 pages, 24 euros), Jésus n’a pas encore dévoilé tous ses mystères aux chercheurs.

Existe-t-il aujourd’hui un consensus sur l’existence historique de Jésus ?

Pierluigi Piovanelli : Tous les historiens sérieux s’accordent sur l’existence d’un Jésus de Nazareth, du nom de cette bourgade de Galilée où il aurait grandi. Il y a d’abord l’ampleur des témoignages : les Evangiles et les écrits des premiers chrétiens, d’une part, mais aussi un certain nombre de sources d’horizons différents, à l’instar de l’historien juif Flavius Josèphe (37-100), des auteurs latins Tacite (58-120) et Suétone (70-140), ou même du philosophe polythéiste syriaque Mara bar Sérapion (50- ?), qui ont fait référence à Jésus – en tant qu’être humain – dans leurs écrits, sans remettre en cause son existence.

Il y a ensuite le fait qu’il soit né en Galilée – une province totalement insignifiante – et mort sur la croix une mort honteuse , des éléments qui nous paraissent trop décalés avec l’image attendue d’un « messie » pour avoir été inventés.

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Nous n’avons pas de preuve matérielle, et Jésus est au centre de nombreux récits légendaires, écrits des années, voire des siècles, après sa mort. Mais, à travers les légendes, nous arrivons tout de même à discerner en filigrane quelques éléments sur sa véritable existence. Les historiens, surtout ceux qui travaillent sur des périodes lointaines, fonctionnent par hypothèses : ils cherchent les plus « économiques », pèsent le pour et le contre, retiennent le probable et rejettent l’improbable. Tout un réseau d’indices fait qu’il est plus difficile de considérer que Jésus n’a pas existé que l’inverse.

Dans votre ouvrage, vous distinguez trois grandes « quêtes » dans l’histoire de la recherche sur le Jésus historique. Que recoupent-elles ?

On considère l’Allemand Hermann Samuel Reimarus (1694-1768) comme le pionnier de la première phase, même s’il n’a pas osé publier ses écrits sur Jésus de son vivant – ils le seront à titre posthume, en 1778. Il s’agit de quelques chapitres intégrés à un ouvrage de défense d’une foi rationaliste, où il essaie de démontrer que Jésus était un personnage messianique juif, avec un projet politique de restauration d’Israël et d’opposition aux Romains. Ses disciples, déçus par sa mort, auraient continué son combat et inventé la résurrection.

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Ces propos, assez révolutionnaires pour l’époque, ont lancé la première phase de recherche critique sur les Evangiles. Il s’agissait alors d’une quête d’affirmation de la raison face aux doctrines miraculeuses et aux dogmes de l’Eglise, qui a concerné aussi bien l’Allemagne que les philosophes des Lumières en France ou les auteurs déistes anglais.

Cette quête aboutit toutefois, à la fin du XIXe siècle, à une vision romantique de Jésus, décrit comme un champion de l’éthique. Adaptée aux valeurs modernes mais dénuée de consistance historique, cette vision va faire l’objet de vives critiques, et jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale les études sur Jésus tombent provisoirement en désuétude du moins dans les facultés de théologie allemandes, à la pointe de ces critiques.

C’est alors que débute la deuxième quête…

Les recherches sont relancées dans les années 1950, dans le sillage des travaux des élèves du théologien allemand Rudolf Bultmann (1884-1976). La question qui occupe les chercheurs est désormais : comment identifier ce qui est authentique, ce qui correspond au Jésus véritable, et non à l’image que l’on a voulu donner de lui ? On va alors partir à la recherche de tous les traits attribués à Jésus qui le distingueraient des autres courants de pensée et du judaïsme antique. On cherche ce qui, dans les Evangiles, rend Jésus unique et, par conséquent, pense-t-on, authentique.

Cette vision a connu un réel écho et continue d’avoir ses partisans. Elle aboutit pourtant à un Jésus présenté comme complètement déconnecté du contexte de la Palestine antique et, en même temps, très consensuel, prônant l’égalité entre tous et le souci des plus pauvres, dont on ne comprend pas bien pourquoi il aurait tant dérangé les autorités de l’époque.

Qu’en est-il de la troisième phase, dans laquelle vous vous inscrivez ?

Les recherches consécutives à la découverte de textes comme les manuscrits de la mer Morte (1948) et ceux de la bibliothèque de Nag Hammadi (1947), qui se sont lentement mises en place dans la seconde moitié du XXe siècle, vont révolutionner les études sur le Jésus historique. Ces textes accroissent en effet considérablement notre connaissance du contexte intellectuel, spirituel et culturel de la Palestine de l’époque, et nous permettent de dresser des ponts entre le judaïsme antique et Jésus.

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Depuis environ le milieu des années 1980, on se demande enfin comment Jésus a pu interagir avec son milieu et comment celui-ci a pu l’influencer. Pour le dire plus simplement, on affirme et on assume, enfin, que Jésus était juif. Cela ne met pas un terme à tous les débats.

Certains ont pensé que Jésus était un pharisien [groupe juif apparu au IIsiècle avant notre ère, et qui constitue l’un des principaux courant du judaïsme antique]. D’autres ont soutenu qu’il était proche des esséniens [communautés ascétiques fondées dans le désert vers le IIsiècle avant notre ère]. Quoi qu’il en soit, petit à petit, on a commencé à s’interroger davantage sur ce que Jésus avait en commun avec ses contemporains.

Vous vous intéressez pour votre part à la mystique juive de la Merkava. Si ce courant nous est surtout connu par des textes des Ve et VIe siècles, vous affirmez qu’il était déjà répandu du temps de Jésus, et que ce dernier en était potentiellement très imprégné. Sur quoi vous basez-vous ?

Dans les Evangiles (canoniques aussi bien qu’apocryphes), Jésus apparaît comme quelqu’un qui a réussi à établir un contact très rapproché avec le divin. Or qu’est-ce qu’un mystique, sinon quelqu’un ayant une expérience intime de la divinité ? Examinons des passages des Evangiles, tels ceux de l’expérience visionnaire décrite à l’occasion du baptême de Jésus – une voix céleste s’adresse directement à Jésus et envoie son « esprit » sur lui –, l’expérience hallucinatoire de la tentation, au terme de quarante jours de jeûne au désert, l’apothéose de Jésus au sommet d’une haute montagne galiléenne (Mc 9, 2‑8), l’agonie à Gethsémani ou la prière sur la montagne (Mc 6), à l’issue de laquelle il aperçoit ses disciples à des centaines de mètres plus bas… Tous ces épisodes ressemblent à des visions mystiques.

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Or, à l’époque de Jésus, le courant mystique du judaïsme est celui de la Merkava. C’est un terme technique, issu de l’hébreu, qui désigne « le trône (de la divinité) » et fait référence à sa contemplation. Dans le schéma classique, un fidèle est « ravi au ciel » lors d’une expérience mystique, il franchit plusieurs étapes (souvent sept) avant d’arriver dans la salle du trône, où il rencontre la divinité et en ressort transformé, avec des informations inestimables.

On en retrouve des traces dès la Bible hébraïque, lorsque les prophètes Isaïe (Is. 6) et Ezéchiel (Ezéch. 1 et 10) ont une vision du « trône divin ». Plus tard, dans le Livre d’Hénoch, texte juif apocryphe retrouvé dans les manuscrits de la mer Morte et remontant probablement au IIIe siècle avant notre ère, se développe l’idée du fidèle « kidnappé » et qui arrive, de façon mystérieuse, dans le palais de la divinité situé « au ciel », où il bénéficie d’une audience en tête-à-tête.

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Toute cette littérature démontre qu’il y avait une offre mystique fournie à l’époque de Jésus. A titre purement hypothétique, nous pourrions donc imaginer que Jésus ait été initié aux techniques extatiques de la Merkava avant le commencement de ses activités publiques, soit en Galilée, par des praticiens locaux, soit au cours de son apprentissage auprès de Jean le Baptiste, voire par des maîtres esséniens. Ce qui est, en revanche, à peu près certain est le fait que Jésus a été l’un des premiers grands mystiques du judaïsme.

Les expériences vécues par Jésus dans les Evangiles restent pourtant assez éloignées de celles qui sont décrites dans les textes de la Merkava…

On peut trouver un récit assez proche dans un écrit dit « apocryphe » tardif, l’Evangile du Sauveur, un texte copte du IVeou du Ve siècle. Nous pouvons y lire que Jésus, parvenu avec les apôtres sur une montagne, entame en leur compagnie une ascension céleste qui les conduira jusqu’au « trône du Père ». Dans l’Evangile de Marie, un autre texte apocryphe, Marie de Magdala – présentée comme la disciple préférée de Jésus, à qui il aurait transmis ses secrets les plus profonds – vit une ascension et se confronte à « sept puissances », dans un récit proche de ceux de la Merkava.

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Dans les Evangiles canoniques, les éléments sont plus ambigus. Jésus a des visions, vit des formes de transe, des expériences qui peuvent rappeler celles de la Merkava. Je formule donc l’hypothèse que les récits ont pu être retravaillés et certains éléments occultés par les premiers chrétiens, qui ne voulaient surtout pas y faire référence.

Car, dans la Merkava, un fidèle – que cela soit Jésus ou n’importe quel être humain – peut approcher la divinité, avant de redescendre pour partager son savoir avec d’autres disciples, qui pourront éventuellement revivre le même type d’expérience. Ce n’est pas du tout le même message que celui qui est porté par le récit que l’on fera plus tard sur Jésus, d’un dieu venu s’incarner pour quelque temps dans un humain, avant de repartir au ciel.

Dans votre ouvrage, vous vous intéressez aussi aux débats sociologiques contemporains sur la définition d’un « leader charismatique ». En quoi cela aide-t-il à comprendre Jésus ?

Si l’on prend l’ensemble de la littérature ancienne, ce qui se dégage est que Jésus impressionne tout le monde. Il suscite un enthousiasme tel que certains disciples n’ont pas hésité à tout abandonner, y compris leur famille, pour le suivre, mais aussi une hostilité tenace chez certains adversaires. Aujourd’hui, le leader charismatique est présenté en sciences sociales à la fois comme quelqu’un qui catalyse les forces d’un groupe et qui est porté par ce groupe.

Cette grille de lecture m’a amené à me poser la question de savoir comment, dans une société aussi conservatrice que celle de la Palestine du Ier siècle, quelqu’un a pu être à ce point adulé et développer une aussi grande confiance en son message, se montrant capable de tenir tête aux autorités – religieuses comme politiques – et de s’adresser aux gens en prétendant les connaître intimement, intérieurement. C’est cette question qui m’a conduit à m’intéresser à la mystique et aux visions de la Merkava, lesquelles ont pu lui donner une telle confiance.

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*Quelles sont les sources les plus anciennes sur Jésus ?

Les sources antiques évoquant Jésus en disent davantage sur les premiers chrétiens que sur l’identité à proprement parler du fondateur du christianisme. 

Par Jérémy André Publié le 02 janvier 2022 à 08h00, modifié le 03 janvier 2022 à 09h34 https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2022/01/02/quelles-sont-les-sources-les-plus-anciennes-sur-jesus_6107929_6038514.html

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Nag Hammadi Codex II, folio 32, le début de l’Evangile apocryphe de Thomas, IVe siècle. Ce codex de papyrus, découvert en 1945 en Haute-Egypte, présente 114 paroles de Jésus.
Nag Hammadi Codex II, folio 32, le début de l’Evangile apocryphe de Thomas, IVe siècle. Ce codex de papyrus, découvert en 1945 en Haute-Egypte, présente 114 paroles de Jésus.  WIKIPEDIA / HTTP://WWW.BIBLICAL-DATA.ORG/COPTIC/COPTIC_MSS.HTML

Jésus n’a rien écrit, si ce n’est quelques mots dans la poussière, raconte l’Evangile de Jean (8, 6-8). Aucune preuve archéologique ne témoigne de son existence, laquelle n’est connue que par des témoignages indirects et postérieurs. Si cette fragilité des sources conduit certains à nier l’existence même de Jésus, toutes les sources indirectes sont-elles pour autant suspectes ? « Que ça vous plaise ou non, le Nouveau Testament est encore le document primaire de la littérature qui permet de comprendre les origines de la chrétienté », rappelle Joseph Hoffmann, professeur d’histoire à Oxford, en introduction d’un ouvrage collectif paru en 2010 (Sources of Jesus Tradition, Prometheus Book).

Les épîtres de Paul, textes les plus anciens du canon chrétien, datent de la décennie 50-60. Originaire de Tarse, dans le sud-est de l’Asie Mineure, leur auteur a été un contemporain de Jésus, mais n’a rejoint ses disciples qu’après la mort de ce dernier, dans les années 30 de notre ère. Pour Paul, il ne fait pas de doute que Jésus est « né d’une femme », tout en étant « fils de Dieu » (Lettre aux Galates 4, 4), qu’il est mort en croix et a ressuscité. Paul a lui-même rencontré Jacques, le frère de Jésus, et l’apôtre Pierre… Et déjà il mentionne des « écritures » (1 Corinthiens 15, 3), attestant l’existence d’une tradition écrite dès les premiers temps du christianisme. Pas de quoi raconter une vie, mais c’est bien ce qu’il nous reste de plus proche du Jésus historique.

Des Evangiles relativement tardifs

A l’inverse, les quatre livres les plus prolixes, et dont le sujet est précisément la vie de Jésus, les Evangiles, sont bien plus tardifs. Ce n’est qu’au IIe siècle qu’ils vont être attribués aux quatre évangélistes – Matthieu, Marc, Luc et Jean – par l’évêque Irénée de Lyon (v. 130-202), justement pour légitimer la transmission de la tradition évangélique. Apôtre, Matthieu était censé avoir écrit le premier, dans la toute jeune communauté des chrétiens ; l’apôtre Pierre aurait ensuite dicté son Evangile à Marc, et Paul à Luc ; enfin, l’apôtre Jean aurait couché ses propres souvenirs durant ses vieilles années.

Les évangélistes sont des chrétiens de deuxième ou troisième génération et aucun ne semble avoir été un témoin des faits relatés

Mais au XVIIIe siècle, l’histoire de ces textes a été totalement repensée. Les Evangiles de Matthieu, Marc et Luc, qui présentent d’importantes similarités dans leur plan et dans leur contenu, ont été regroupés sous le nom de « synoptiques » (de synopsis, « table des matières » en grec : parce qu’ils suivent le même schéma narratif, ils peuvent être comparés). L’Evangile selon Marc, le plus court, semble avoir en fait été rédigé le premier, vers 70. Les trois quarts de ce premier texte se retrouvent ensuite repris dans les Evangiles de Matthieu et de Luc, composés dans les années 80. L’Evangile de Jean procède d’une tout autre tradition, fixée à l’extrême fin du Ier siècle, à Ephèse, en Asie Mineure.

Si rien n’empêche que le véritable auteur du livre de Marc soit bien le disciple de Pierre cité dans les Actes des apôtres, la majorité des spécialistes rejettent désormais les autres attributions traditionnelles. Quoi qu’il en soit, tous les évangélistes sont des chrétiens de deuxième ou troisième génération, et aucun ne semble avoir été un témoin des faits relatés. Les Evangiles ont ainsi perdu leur statut de témoins directs de la prédication de Jésus.

Entre embarras et réhabilitation

Mais comment, dans ce cas, séparer le bon grain de l’ivraie, les faits et les mythes ? « Comme dans toute enquête historique, il y a ce qu’on appelle les preuves internes et les preuves externes », explique le théologien américain Craig Blomberg, auteur d’une synthèse, La Fiabilité historique des Evangiles (IVP Academic, 1987, réédité en 2015). « Les preuves externes viennent d’autres sources, considérées comme fiables, qui confirment les informations du texte. Les preuves internes sont liées à la cohérence et à la cohésion du récit en lui-même. A-t-il un sens en ses propres termes ? Est-ce qu’il inclut des choses qui étaient potentiellement embarrassantes pour son auteur ? » 

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Plusieurs épisodes des Evangiles sont ainsi relativement gênants pour les premiers chrétiens. En premier lieu, le baptême de l’homme de Nazareth par Jean le Baptiste : Jésus lui-même n’était-il, au départ, qu’un disciple ? Et comment peut-on baptiser, donc laver de ses péchés, le fils de Dieu, né exempt de tout péché ? Impossible cependant pour les évangélistes de passer sous silence cet événement qui était de notoriété publique, au centre de controverses entre chrétiens et communautés baptistes.

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« Un autre critère de fiabilité, en particulier pour les paroles, peut être celui de la dissimilarité, poursuit Craig Blomberg. Si une parole qui lui est attribuée ne correspond ni à une idée apparue avant lui, ni à une idée apparue après lui, la meilleure explication est que ce soit une parole originale. Ainsi, les paraboles semblent les enseignements les plus authentiques de Jésus. C’est une forme tout à fait unique. Dans l’Antiquité, il n’y a que quelques rares tentatives d’imiter ce style du Christ, mais de faible qualité. » 

Dans une lettre, Pline le Jeune ne semble pas douter que celui que les chrétiens vénèrent comme Dieu a bien été un homme

Le « critère d’embarras » et le « critère de dissimilarité » peuvent s’appliquer tous deux à la crucifixion : l’idée d’un dieu ou d’un sauveur condamné au pire des supplices était parfaitement contraire à l’esprit antique – un « scandale », reconnaissait lui-même Paul –, et ne semble pas être apparue à une époque postérieure, mais précisément avec les premiers écrits chrétiens.

La crucifixion est en outre l’un des rares épisodes attestés dans des sources externes, en particulier non chrétiennes. Ecrites à la fin du Ier siècle, Les Antiquités juives de Flavius Josèphe (v. 37-100) font mention du martyre de « Jacques, frère de Jésus » (chapitre 20, 200) et présentent la naissance du christianisme, en expliquant que Pilate a condamné Jésus à la crucifixion (18, 63-64). A la Renaissance, l’extrait est apparu suspect, parce qu’il semble insinuer la divinité de celui qui y est même appelé le « Christ » : de tels propos sont inattendus pour un écrivain juif, soutien fervent des Romains et peu enclin aux sympathies chrétiennes. Faux grossier d’un moine copiste, s’enflamme dès lors Voltaire, au siècle des Lumières !

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Le consensus est aujourd’hui à une réhabilitation de l’extrait. Avec Le Testimonium Flavianum (Cerf, 2002), l’historien Serge Bardet va jusqu’à défendre de nouveau une authenticité complète. « Il est plus économique d’accepter le texte que d’y voir une interpolation totale ou partielle », justifie-t-il toujours aujourd’hui. Il rend ainsi justice à la thèse du moine faussaire : si le plus ancien manuscrit connu des Antiquités juives ne remonte qu’au Xe siècle, le passage existe depuis le IVe au moins, étant cité par l’évêque Eusèbe de Césarée (v. 265-339). Chez Flavius Josèphe, précise l’historien, « il n’y a aucune référence à la théologie christologique mise en place au IIe siècle. Je vois mal un prêtre pasticher une telle christologie ancienne. On n’a pas la moindre attestation dans l’Antiquité de ce genre de tournure d’esprit, qui n’apparaîtra qu’avec la Renaissance. » 

Des mentions chez les auteurs latins

Au Testimonium Flavianum s’ajoutent au début du IIe siècle plusieurs auteurs latins. Dans une lettre, Pline le Jeune (v. 61-115), gouverneur en Bithynie (nord-ouest de l’Anatolie), demande à l’empereur Trajan (règne 98-117) comment traiter les chrétiens, et ne semble pas douter que celui qu’ils vénèrent comme Dieu a bien été un homme.

Dans ses Annales, l’historien latin Tacite (58-v 120) donne une présentation détaillée de la naissance du christianisme à l’occasion des premières persécutions des chrétiens, accusés par Néron d’avoir provoqué l’incendie de Rome en 64. L’extrait semble attester que le fondateur du christianisme, « sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate ». Le fragment avait été découvert en 1429 par l’humaniste florentin Poggio Bracciolini (1380-1459) et fut lui aussi longtemps mis en doute, mais il a retrouvé depuis la faveur des savants. Il n’en constitue pas pour autant une confirmation indépendante, la source de Tacite pouvant être en l’occurrence la tradition chrétienne plutôt que les archives de l’Empire.

  « Je suis très sceptique quant à la possibilité d’écrire une biographie fiable de Jésus »

On pourra objecter le même argument à toutes les références païennes plus tardives : que ce soient les évocations par Suétone (v. 70-122) dans la Vie des douze Césars, qui n’apportent quasiment aucune information sur Jésus ; une référence vague dans une lettre d’un stoïcien syrien nommé Mara, dont la datation, entre 70 et le IIIe siècle fait, qui plus est, débat ; les railleries du satiriste anatolien Lucien de Samosate (v. 120-180) ; ou même le Discours véritable contre les chrétiens du philosophe païen Celse, dont il ne nous reste que la réponse par le théologien alexandrin Origène (v. 185-253)

Retour en grâce

Des sources spécifiquement juives ont au contraire plus de chance de relever d’une attestation indépendante. Dans le Talmud de Babylone, tradition orale compilée à partir du VIe siècle par la diaspora juive de Babylonie, il est fait référence (Sanhédrin 43a) à l’exécution de Jésus, « la veille de Pâques », quarante ans avant la destruction du Temple par les Romains en 70, soit en 30 de notre ère. Néanmoins, ici encore, la possibilité d’une pollution par la tradition chrétienne n’est pas à exclure.

Désespérant ? Le salut, les exégètes ont cru le trouver dans les apocryphes. Ces textes qui avaient été bannis par l’Eglise officielle réémergent depuis le XIXe siècle. Tous sont de composition tardive, postérieure au IIe siècle, et donc d’une fiabilité bien plus faible que les textes canoniques. Très populaires, les « apocryphes de l’enfance » (de Thomas, de Matthieu…) visaient en fait à combler le silence du canon sur les premières années de Jésus, en mêlant aventures romancées et inspirations mythologiques. Tout comme les « Evangiles de la passion » (de Pierre, de Nicomède…), pour les derniers jours du Christ.

Il faut sans doute renoncer à cet espoir de trouver la parole ou l’identité authentique du Christ

Seul un « Evangile de Thomas », découvert en 1945 à Nag Hammadi (Haute-Egypte) avec une bibliothèque en copte du IVe siècle, a vraiment attiré l’attention des spécialistes. Ce livre, qui n’est pas du tout biographique, présente 114 paroles de Jésus. La forme – le recueil brut de paroles – attestée aux premiers temps du christianisme, et les nombreuses correspondances avec les Evangiles canoniques n’ont pas manqué d’alimenter les spéculations sur une origine précanonique, qui est loin de faire consensus, le texte pouvant être tout aussi bien inspiré du canon.

Mais il faut sans doute renoncer à cet espoir de trouver la parole ou l’identité authentique du Christ, un Jésus-en-soi, ce que Joseph Hoffmann, dans son introduction citée plus haut, appelle « l’illusion platonique », prélude à la « lassitude ». Et s’intéresser d’abord à ces documents, canoniques ou non, pour ce qu’ils nous apprennent de la naissance du christianisme, des mentalités et de la vie quotidienne du début de notre ère.

A la recherche de l’Evangile perdu

Les exégètes font, depuis le début du XIXe siècle, l’hypothèse de sources premières disparues. Par exemple, un quart des Evangiles de Luc et de Matthieu sont quasi identiques, tout en étant différents de ceux de Marc, et semblent ainsi provenir d’une seconde source commune. Proposée au XIXe siècle par des savants allemands, l’existence de cette « source Q » (de Quelle, « source » en allemand) est encore largement débattue.

Tout comme les nombreuses autres spéculations sur des écrits précanoniques : hypothèses de l’Evangile des Hébreux (un texte cité par les Pères de l’Eglise à partir du IIe siècle, qui aurait été écrit directement en hébreu ou en araméen, dans la première moitié du Ier siècle), de plusieurs Evangiles judéo-chrétiens perdus, ou de recueils de paroles qui auraient été la source commune des textes canoniques et apocryphes…

Cet article a initialement été publié dans Le Monde des religions n° 80, novembre-décembre 2016.

A lire : Jésus dans les quatre Evangiles, par Raymond E. Brown (Cerf, 1996) ; Histoire de Jésus ? Nécessité et limites d’une enquête, par Etienne Nodet (Cerf, 2003) ; Un certain juif : Jésus, par John Paul Meier. Tome 1, « Les données de l’histoire » (Cerf, 2004) ; La source des paroles de Jésus (Q) : aux origines du christianisme, par Andreas Dettwiler, Daniel Marguerat (dir.) et al. (Labor et Fides, 2008)

Jérémy André

**Jésus a-t-il vraiment existé ? Les arguments des historiens face à la thèse mythiste

Née à la fin du XVIIIe siècle, la thèse « mythiste » conteste la réalité historique de Jésus. Si elle a suscité et suscite encore de nombreux débats, elle se trouve aujourd’hui largement décrédibilisée. 

Propos recueillis par Virginie Larousse  Publié le 25 décembre 2021 à 07h00, modifié le 01 mars 2022 à 12h23

https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2021/12/25/jesus-a-t-il-vraiment-existe-les-arguments-des-historiens-face-a-la-these-mythiste_6107263_6038514.html

Temps de Lecture 8 min. 

« Sermon sur la montagne », de Carl Heinrich Bloch, 1877.
« Sermon sur la montagne », de Carl Heinrich Bloch, 1877.  WWW.FREECHRISTIMAGES.ORG

Entretiens croisés. Jésus de Nazareth figure parmi les personnages les plus étudiés au monde. Pourtant, aujourd’hui encore, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Aussi certains auteurs remettent-ils en question des épisodes de sa vie, dans lesquels ils voient l’inspiration de cultures voisines du christianisme ancien. Les plus radicaux d’entre eux, qui défendent la thèse dite « mythiste », vont jusqu’à douter de la réalité historique de Jésus. Née à la fin du XVIIIe siècle, la thèse mythiste est contestée par le monde académique, mais continue à être débattue, particulièrement dans les pays anglo-saxons.

Sur quels arguments s’opposent les spécialistes ? Nous avons donné la parole à Robert M. Price, théologien américain qui défend la thèse mythiste, auquel répond Simon-Claude Mimouni, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études à Paris, qui réfute cette théorie.

Robert M. Price : NON, JÉSUS N’A PAS EXISTÉ

Quels sont vos arguments pour dire que Jésus n’a pas existé ?

Robert M. Price. Merci tout d’abord de noter que je ne « crois » pas que Jésus n’a pas existé. Tout cela ne peut être ni plus ni moins que des hypothèses historiques. Mais je crois en revanche qu’il incombe à ceux qui affirment l’existence d’un Jésus historique de fournir les preuves.

Les Evangiles sont constitués en grande partie de récits de miracles et de paroles de sagesse, qui peuvent également se rencontrer, pour la plupart, dans les sources contemporaines juives et grecques, et qui ont donc pu leur être empruntés.

L’une des raisons de le penser est que les Lettres de Paul, considérées comme plus anciennes que les Evangiles, ne relatent rien de tel. Pourquoi, si ce type de propos circulait déjà ? Cela implique que ces récits ont été imputés plus tard à Jésus. De même, les miracles ressemblent à des légendes de cette époque. S’il existait réellement un « Superman » comme Jésus, pourquoi n’est-il jamais mentionné par les écrivains contemporains ? Si l’on met de côté les miracles, Jésus devient un rabbin comme un autre.

« Il y a peut-être eu un Jésus historique, mais il n’y a pas de raison particulière de le penser »

Je vous l’accorde, des légendes circulent tout aussi bien au sujet de César ou de Cyrus. Mais nous savons qu’ils ont bel et bien existé parce qu’ils sont inextricablement liés aux événements du monde. Ce n’est pas le cas de Jésus. Les contes évangéliques qui le relient à Hérode le Grand, Ponce Pilate et au grand prêtre Caïphe sont des fictions, comme tous les universitaires – et pas uniquement les partisans de la thèse mythiste – l’admettent. Il est frappant de constater que presque toutes les histoires relatées dans les Evangiles peuvent être comprises comme une réécriture chrétienne de tel ou tel passage de l’Ancien Testament.

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Qu’est-ce qui semble le plus plausible : qu’un homme ait multiplié les pains pour la foule, ou que quelqu’un ait réécrit une ancienne et très célèbre histoire où le prophète Elisée fait de même (2 Rois 4, 38-44) ? Donc, que reste-t-il de Jésus ? Il y a peut-être eu un Jésus historique, mais il n’y a pas de raison particulière de le penser.

Mais pourquoi les premiers chrétiens auraient-ils inventé un maître mis à mort à la manière d’un esclave ?

Cette région était très syncrétique, avec beaucoup de religions qui se nourrissaient les unes des autres. Le christianisme a débuté comme une forme hybride du gnosticisme, des cultes des héros et des religions à mystères, avec leurs dieux sauveurs mourants puis renaissants. Les héros crucifiés étaient familiers dans la littérature antique : les partisans de Spartacus, par exemple, étaient morts de cette manière.

Si, selon vous, Jésus n’a pas existé, le christianisme est-il nul et non avenu ? Une religion peut-elle être légitime quand bien même son origine reposerait sur un malentendu ?

L’hindouisme n’a pas de fondateur. Et nombreux sont les bouddhistes qui estiment secondaire de savoir si un Bouddha historique a réellement vécu. L’éthique chrétienne est fondée sur ce qui est dit dans les Evangiles, peu importe qui l’a dit. Avez-vous besoin d’une incarnation divine pour vous prouver qu’il faut pardonner ? Qu’il faut aimer les autres et conduire du mieux possible la vie qui vous a été donnée ? Si les chrétiens n’avaient jamais été informés de l’existence d’un Jésus historique, il ne leur manquerait pas.

« La thèse mythiste n’implique ni ne présuppose l’athéisme. Même s’il n’y a pas eu de Jésus, Dieu peut bien exister »

Soit dit en passant, la thèse mythiste n’implique ni ne présuppose l’athéisme. Même s’il n’y a pas eu de Jésus, Dieu peut bien exister. Et même si Dieu n’existe pas, il a bien pu exister un Jésus historique d’un genre ou d’un autre. Je vote « non » aux deux questions, mais elles sont séparées : l’une est philosophique, l’autre historique.

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Comment la thèse mythiste est-elle accueillie en Amérique du Nord ?

La plupart la considèrent comme une théorie excentrique, à la manière du négationnisme ou des climatosceptiques. Peu la prennent suffisamment au sérieux pour s’y attarder un minimum. Nous sommes de vilains « hérétiques ».

L’ironie, c’est que les universitaires qui croient en l’existence historique de Jésus défendent des théories le concernant tellement éloignées les unes des autres que l’on ne pourrait guère imaginer qu’ils parlent de la même personne. Cela m’est égal. Je ne prêche pas un dogme. Je me moque du « consensus des spécialistes ». Souvenez-vous, dans les Evangiles, il y avait consensus des savants sur le fait que Jésus devait être mis à mort.

Ancien ministre baptiste, l’Américain Robert M. Price est titulaire d’un doctorat en théologie et d’un doctorat en Nouveau Testament. Il enseigne la théologie et les études bibliques dans un séminaire privé, le Johnnie Colemon Theological Seminary (Floride). Il est l’auteur de nombreux ouvrages (non traduits en français), en particulier Deconstructing Jesus (Prometheus Books, 2000).

Simon-Claude Mimouni : OUI, JÉSUS A EXISTÉ

Pourquoi, selon vous, l’existence de Jésus ne fait-elle aucun doute ?

Simon-Claude Mimouni. Rien, d’un point de vue historique, ne me permet de la remettre en question. La thèse mythiste est indéfendable historiquement : elle ne s’appuie sur aucune preuve et ne date que du XVIIIe siècle. Dans l’Antiquité, personne n’a mis en doute l’historicité de Jésus – ni ses disciples, ni ses ennemis, ni même les juifs qui lui étaient opposés.

Les partisans de la thèse mythiste estiment que les sources sont pratiquement toutes chrétiennes. Mais les sources sur Jules César et Néron, par exemple, sont essentiellement romaines ; ce n’est pas pour autant qu’il faut les discréditer d’emblée. Et le fait que les auteurs païens contemporains de Jésus ne parlent pas de lui n’a rien d’étonnant : au Ier siècle, le « fait » Jésus est mineur. Il n’y avait aucune raison de le mentionner.

S’il est nécessaire d’être critique envers les Evangiles, dire que Jésus n’a jamais existé, qu’il est une figure inventée par des disciples, ne tient pas. Aujourd’hui, ceux qui adhèrent à la thèse mythiste sont des gens un peu illuminés, non de vrais universitaires. Ce n’était pas le cas au XIXe ou au XXe siècle : ainsi, Prosper Alfaric (1876-1955), qui a défendu cette thèse, était un très grand savant, professeur en histoire des religions, candidat au Collège de France.

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Pourquoi la thèse mythiste, qui nie la réalité historique de Jésus, est-elle désavouée par la communauté scientifique française, y compris chez les historiens non chrétiens, alors qu’elle rencontre un petit écho dans les pays anglo-saxons ?

Je ne crois pas que l’on puisse opposer l’écho suscité dans les pays anglo-saxons et l’absence d’écho dans les pays européens. En France, des gens continuent à penser que Jésus n’a jamais existé – j’en ai fréquemment rencontré. De même, je ne pense pas qu’il faille opposer historiens croyants et non croyants. Au contraire, les personnes adhérant à la thèse mythiste sont peut-être plus croyantes que les autres.

« Dans l’Antiquité, personne n’a mis en doute l’historicité de Jésus, même ceux qui lui étaient opposés »

Deux partisans français de la thèse mythiste, Paul-Louis Couchoud (1879-1959) et Prosper Alfaric, étaient de grands savants croyants. Pourtant, ils ne croyaient pas à l’existence historique de Jésus, mais en faisaient un mythe, l’émanation d’un dieu solaire ou autre. Ils voyaient Jésus comme un dieu, et uniquement un dieu. Ils croyaient en la divinité de Jésus, mais pas en son aspect humain.

Je vais aller plus loin : ce qui les dérangeait était non seulement l’aspect humain, mais aussi l’identité juive de Jésus. Les partisans de la thèse mythiste étaient-ils antijuifs ? Voilà un angle qu’il serait intéressant d’étudier.

Cependant, une partie de la vie de Jésus, telle que relatée dans les Evangiles, ne relève-t-elle pas davantage du mythe que de la réalité ?

Le théologien David Strauss, au XIXe siècle, n’a jamais estimé que Jésus était un personnage mythique, mais que les sources parlant de Jésus le présentaient de manière mythique, ce qui est très différent ! Si, en tant que récits narratifs, les Evangiles peuvent rapporter des éléments qui ne sont pas nécessairement historiques, cela ne permet pas pour autant de dire que le personnage lui-même n’a pas existé. De même, ce n’est pas parce que la Guerre des Gaules contient des épisodes peu fiables que l’existence de Jules César relève du mythe.

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Pour Jésus, on ne peut que difficilement contester les passages relatifs à sa mort, contrairement aux éléments « légendaires » concernant sa conception et sa naissance. La Passion peut être datée entre 28 et 33, ce qui ne veut pas dire que la présentation qui en est faite ne relève pas, au moins en partie, de la fiction littéraire. La question de la résurrection, quant à elle, relève de la foi. En tant qu’historien, je ne peux pas affirmer qu’elle ne se soit pas produite, ni qu’elle se soit produite.

Historien, Simon-Claude Mimouni est directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études. Spécialiste du judaïsme et du christianisme antiques, il est notamment l’auteur de : Le Christianisme des origines à Constantin (avec Pierre Maraval, PUF, 2006), et Jacques le Juste, frère de Jésus de Nazareth (Bayard, 2015).

Cet article a initialement été publié dans Le Monde des religions n° 80, novembre-décembre 2016.

*** « En l’an 70, la start-up Jésus aurait pu disparaître »

Dans « Le Marché des dieux », l’anthropologue Dominique Desjeux se demande, à travers l’étude des débuts du judaïsme et du christianisme, comment une nouvelle croyance peut s’imposer à toute une société et devenir une « innovation de rupture ». 

Propos recueillis par Gaétan Supertino  Publié le 03 juillet 2022 à 05h00, modifié le 04 juillet 2022 à 13h17

https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2022/07/03/en-l-an-70-la-start-up-jesus-aurait-pu-disparaitre_6133122_6038514.html

Temps de Lecture 9 min. 

Une cérémonie catholique lors de la semaine de Pâques dans l’église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, le 14 avril 2022.
Une cérémonie catholique lors de la semaine de Pâques dans l’église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, le 14 avril 2022.  AMMAR AWAD / REUTERS

Comment le monothéisme et, plus précisément, le christianisme sont-ils devenus des « innovations de rupture », au sens où ils sont passés du statut de simple nouveauté à celui d’innovation capable de bouleverser toute une société ? C’est la question posée par Dominique Desjeux dans Le Marché des dieux. Comment naissent les innovations religieuses. Du judaïsme au christianisme, paru en mai aux Presses universitaires de France (256 pages, 18 euros et 14,99 euros pour le format numérique).

Dominique Desjeux n’est pas un historien des religions. Anthropologue, professeur émérite à la Sorbonne, il a passé sa vie à analyser les processus d’innovations en tous genres. Ses travaux vont de la paysannerie congolaise aux objets électriques dans la vie quotidienne en France, en passant par l’essor de la société de consommation en Chine. Il en a tiré une méthode de travail, qu’il applique aujourd’hui aux religions, en particulier à la naissance du judaïsme et du christianisme.

Vous qualifiez votre méthode d’« anthropologie stratégique »en quoi cela consiste-t-il ?

Quand je m’intéresse à l’histoire, n’étant pas historien de formation, je cherche d’abord à comprendre les « jeux d’acteurs » de la période que j’étudie, les objectifs de ces acteurs, leurs intérêts, leurs stratégies, leurs réseaux, leurs rapports sociaux, leurs alliances, les incertitudes auxquelles ils sont confrontés,etc.

J’ai été formé auprès de Michel Crozier, le père de la sociologie des organisations et de l’analyse stratégique. Son approche met justement l’accent sur les jeux d’acteurs face à des zones d’incertitude. Je l’ai enrichie à travers l’étude de la logistique, de l’imaginaire, du climat. Et j’ai appliqué tout cela à la religion.

Pour faire ce livre, qui m’a pris entre cinq et dix ans de travail, je me suis appuyé sur l’ensemble des sciences, à la fois historiques et exégétiques, de la nature et du vivant. Depuis les années 1990, notamment grâce à l’archéologie, l’histoire du monothéisme ne se fait plus principalement à partir des livres sacrés. L’histoire se lit à partir du contexte, de l’époque, de l’ensemble des acteurs.

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Evidemment, je n’explique pas l’histoire par l’action de Dieu. Je suis agnostique au sens scientifique. Cela ne veut pas dire que ceux qui croient que Dieu intervient ont tort : je n’en sais strictement rien. Je me suis simplement appuyé sur l’histoire moderne qui, elle, change complètement la vision qu’on pouvait avoir il y a encore quelques années, au sujet d’Israël en particulier.

Votre enquête démarre aux environs du XIIe siècle avant notre ère. Que se passe-t-il de si important à cette époque ?

Je m’appuie notamment sur les travaux du biologiste et historien des religions Nissim Amzallag, qui a récemment apporté une pièce de puzzle intéressante. Cette époque est une période d’effondrement des grands royaumes méditerranéens : l’Egypte, l’empire hittite, le royaume mycénien. Il y a alors une sorte de transfert de pouvoir vers les Qénites, un peuple de forgerons vivant dans le nord-ouest de l’Arabie et le Néguev, au sud d’Israël. Ce peuple maîtrisait le cuivre, un métal central dans l’économie de l’époque. Et il se trouve qu’il vénérait un dieu du nom de Yahvé, la divinité de la forge.

Le succès d’une croyance comme celui d’une innovation reposent sur son utilité sociale

A cette époque, tout le monde est polythéiste. Même si un peuple vénère un dieu plus qu’un autre, il n’exclut pas l’existence d’autres dieux. Et quand on est polythéiste, on cherche les dieux les plus efficaces. Dans mon enquête, j’essaie de rechercher comment fonctionnent les religions non pas à partir de leurs croyances, mais de leur utilité sociale. Je pense que le succès d’une croyance comme celui d’une innovation reposent sur son utilité sociale. C’est universel : même si on ne l’appelle pas Dieu, une croyance doit assurer la sécurité des populations, assurer les récoltes, la bonne santé, la vie longue.

Entretien avec Thomas Römer :    Comment Yahvé, petit dieu tribal, est-il devenu un Dieu universel ?

Dans un monde polythéiste, chaque divinité a une fonction. Et si elle n’est pas efficace, on en change facilement. On peut aussi adopter une divinité qui vient d’ailleurs. C’est peut-être ce qu’a fait le royaume de David : constatant le succès des Qénites, il a peut-être voulu adopter leur dieu qui paraissait si puissant, Yahvé (qui deviendra plus tard le théonyme du Dieu unique d’Israël). C’est une des hypothèses possibles.

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Cela ne veut pas dire que le royaume de David est devenu immédiatement monothéiste – c’est même peu probable. Les Hébreux sont devenus monothéistes entre le Xᵉ et le VIᵉ siècle, au moment de l’exil à Babylone. C’est en tout cas à cette période qu’ils ont justifié leur Dieu unique à travers les textes de la Torah, au contact des religions mésopotamiennes. Pendant les siècles qui ont précédé, des batailles ont opposé monothéistes et polythéistes au sein même du peuple hébreu, comme l’illustre l’épisode du Veau d’or dans l’Exode.

Selon vous, comment le monothéisme s’est-il maintenu, voire répandu, face à un polythéisme que vous qualifiez de si « efficace » ?

La réponse, au départ, est peut-être militaire et politique : je pense qu’il y a un lien très fort entre le monothéisme et la centralisation du royaume autour de Jérusalem. Prenons la dynastie hasmonéenne (140-37 avant notre ère), la monarchie des Hébreux issue de la révolte des Maccabées contre l’occupation grecque. Ces dirigeants vont conquérir la Judée, au nord et au sud de Jérusalem, exigeant de la population de se faire circoncire, d’adopter les règles de leur religion. Cela se fait par la force : les religions ne se diffusent pas toutes seules. Pour beaucoup d’innovations, une part de contrainte est nécessaire : regardez aujourd’hui comme les systèmes Google ou Windows s’imposent à nous !

La population juive au Ier siècle de notre ère représente 6 à 8 % de la population romaine, selon les estimations les plus fiables

Mais la contrainte n’explique pas tout. La langue et la logistique jouent aussi un rôle essentiel dans la circulation des innovations. Il est important de rappeler que les victoires d’Alexandre le Grand entraînent une hellénisation de toute la Méditerranée. Une langue, le grec, est devenue commune. La Torah est traduite en grec. Une forte urbanisation s’observe aussi, la création de routes commerciales : tout cela va favoriser le développement des synagogues dans plusieurs villes importantes du pourtour méditerranéen.

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Se pose, enfin, la question du prosélytisme. Pour qu’une innovation soit acceptée, il faut qu’elle réponde à une attente. Or, aux premiers siècles de notre ère, se développe une sorte d’attente d’un monothéisme, au Moyen-Orient et du côté de Rome. Chez certaines élites, en particulier, se perçoit le désir d’une forme de spiritualité plus sophistiquée que le polythéisme. A lire les textes et les débats religieux du Iᵉʳ et du IIᵉ siècle, un lien peut être observé entre la diffusion du platonisme, entre une forme d’idéalisation de la pensée, et celle du monothéisme, du Dieu unique.

La population juive au Iᵉʳ siècle de notre ère représente 6 % à 8 % de la population romaine, selon les estimations les plus fiables. Bien que ces chiffres soient très débattus, ils traduisent une forte présence juive qui ne peut pas s’expliquer uniquement par les déportations ou par un fort taux de natalité chez les membres de la diaspora. Une part de prosélytisme explique sans doute ces chiffres. La présence de synagogues tout autour de la Méditerranée l’atteste aussi.

Pourtant, c’est l’« innovation » du christianisme qui s’est le plus répandue… Comment l’expliquez-vous ?

Au départ, l’objectif de Jésus n’était pas de créer une religion, mais de purifier le judaïsme. Lorsqu’il est mort, son frère Jacques a pris la suite, et lui non plus ne voulait pas organiser une nouvelle religion. En l’an 70, les trois « leaders » qui avaient suivi Jésus – Jacques, Pierre et Paul – sont morts. La « start-up » Jésus aurait donc pu disparaître. Au même moment, le Temple de Jérusalem est détruit par les Romains. Pour moi, c’est la clé de l’histoire.

Ce qui est fondamental pour la diffusion d’une innovation, c’est la baisse de la charge mentale, du temps de formation, d’assimilation

La religion juive est alors menacée dans sa survie. La caste des prêtres disparaît. Il n’existe plus aucune structure. Et deux « stratégies » se mettent en place. Les adeptes de la première décident de se « recentrer sur leur cœur de métier » : ils vont se resserrer autour des règles de la Torah, ce qui donnera le judaïsme rabbinique. Les partisans de cette stratégie ne céderont rien sur la circoncision, les règles alimentaires. Face à cela, d’autres font au contraire le choix d’une stratégie d’ouverture et de prosélytisme envers les païens.

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C’est, toutes proportions gardées, un peu ce qui se passe aujourd’hui dans une entreprise entre ceux qui disent qu’il ne faut faire que du local et ceux qui veulent faire de nouvelles alliances au niveau mondial, quitte à faire un peu différemment.

Un débat entre juifs s’est opéré. Il s’est diffusé dans toutes les synagogues et autour de la Méditerranée. Les juifs les plus « progressistes » vont alors se référer à un rabbin du nom de Jésus, qui prônait une certaine souplesse quant aux règles. Celui-ci proclamait, entre autres, qu’au lieu de procéder à des purifications tous les jours ou à chaque cérémonie, il n’y aurait qu’une seule purification : le baptême, qui lave des péchés.

Ils vont en outre se référer à Paul de Tarse, lui aussi très accommodant quant aux prescriptions religieuses : abandon de la circoncision, des règles alimentaires, etc. Il y a là quelque chose de fondamental pour la diffusion d’une innovation : la baisse de la charge mentale, du temps de « formation », d’assimilation.

Vous soulignez également l’importance de la promesse en la vie éternelle, qui a reçu beaucoup d’écho chez les Romains. Vous allez même jusqu’à la comparer à la publicité d’aujourd’hui…

La publicité peut se définir comme l’enchantement des produits, des biens et des services. Une façon d’enchanter la réalité. A partir d’un objet, on ajoute un « packaging », un nom, un slogan, etc. En développant ma métaphore (discutable, j’en conviens), on peut rapprocher cela de la transsubstantiation chez les catholiques : lors de l’eucharistie, le pain et le vin deviennent le corps du Christ, ils deviennent une divinité. La substance change. Selon moi, c’est le même procédé avec la publicité. Elle transforme un objet ordinaire en un objet extraordinaire. Elle en fait une « divinité », en quelque sorte. D’ailleurs, à regarder le lexique publicitaire, il y a un vocabulaire incroyablement religieux : il est question d’être « fidèle » à une marque, d’« engagement », de « promesse », etc.

Les chrétiens ont raconté une histoire pour convaincre les Romains, c’est une forme de « storytelling »

Une innovation doit comporter des éléments qui s’adressent à l’imaginaire du public, pour lui donner du sens. La publicité permet cela, de même que la promesse en la vie éternelle. Il s’agit d’une croyance ancienne des juifs puisqu’elle date, au moins, de la révolte des Maccabées contre les Grecs (175 à 140 avant notre ère). A cette époque, il s’agissait de comprendre comment quelqu’un qui respecte les lois de Dieu peut perdre le combat et mourir. L’idée d’une vie éternelle, d’une récompense des serviteurs de Dieu dans l’au-delà répondait à ce questionnement. Les chrétiens vont la reprendre et la diffuser, ce qui aura un impact considérable sur l’imaginaire des Romains.

Pour fonctionner, une innovation doit aussi s’adapter à sa culture de réception. Comment cela s’est-il produit avec le christianisme ?

En faisant du christianisme sa religion personnelle, l’empereur Constantin, au IVe siècle, opère un tournant. Selon moi, sa décision est liée à la grande crise monétaire qui impacte l’empire à cette époque. Après cette conversion, le paganisme n’est en effet plus considéré comme une religion d’Etat. L’empereur peut alors se servir de l’or qui se trouvait dans les temples.

Songe de Constantin Ier et bataille du pont Milvius, illustration des Homélies de Grégoire de Nazianze, 879-882, Bibliothèque nationale de France (Ms grec 510).
Songe de Constantin Ier et bataille du pont Milvius, illustration des Homélies de Grégoire de Nazianze, 879-882, Bibliothèque nationale de France (Ms grec 510).  WIKIPéDIA / DOMAINE PUBLIC

Les chrétiens vont ensuite devenir les alliés du pouvoir. Petit à petit, ils vont intégrer la fonction publique romaine, puis y devenir majoritaires. Ils vont également assimiler des éléments de la culture romaine : l’eau bénite, les cierges, les ex-voto, l’encens, etc. Ce qui sera même théorisé par des auteurs comme saint Augustin ou saint Jérôme, qui font de ces « emprunts » une condition du développement du christianisme. Ce que j’appelle « l’innovation de réception » : pour qu’une innovation se développe, il faut sans arrêt la transformer et l’adapter à la population de réception. C’est selon moi l’étape la plus importante dans le processus de constitution d’une innovation de rupture.

A ce propos, vous qualifiez le récit de la condamnation de Jésus de « cas d’école ». Pourquoi ?

Historiquement, cela fait peu de doute : c’est bien le Romain Ponce Pilate qui a condamné Jésus. Ponce Pilate avait probablement horreur des juifs parce que beaucoup d’entre eux se sont révoltés contre Rome. Mais pour convertir les Romains, il fallait atténuer cet aspect quelque peu négatif concernant l’un des leurs.

Les Evangiles vont donc rapporter que ce sont d’abord les autorités juives qui ont condamné Jésus à mort pour blasphème. Ils affirment que le Sanhédrin, le tribunal de Jérusalem, s’est réuni de nuit pour le procès. Or, cela est historiquement peu plausible : le Sanhédrin ne se réunissait jamais de nuit. Mais à Rome, qui sait cela ? Les chrétiens ont donc raconté une histoire pour convaincre les Romains. C’est une forme de « storytelling ».

Crise du cuivre, grandes sécheresses, exil à Babylone, effondrement du Temple… Les crises sont au centre de votre analyse. Pourquoi sont-elles si importantes ?

Les innovations ont parfois besoin des crises pour se diffuser, car celles-ci ouvrent des fenêtres d’opportunité. A chaque crise, des personnes vont perdre, des systèmes vont s’effondrer. Et en même temps, c’est un moment de renouveau, d’adoption de nouvelles pratiques. C’est à la fois, comme toujours, négatif et positif.

Il existe d’ailleurs des parallèles entre les crises antiques et celles d’aujourd’hui : crises climatique, militaire avec la guerre en Ukraine, sociale, monétaire… Je pense que l’étude des crises passées nous donne des outils intellectuels pour comprendre un tant soit peu la situation. L’incompréhension génère de l’angoisse. Et l’angoisse ouvre la porte aux solutions faciles et aux régimes populistes.

« Le Marché des dieux. Comment naissent les innovations religieuses. Du judaïsme au christianisme », PUF, 256 pages, 18 €, 14,99 € pour le format numérique.

Gaétan Supertino

Voir aussi:

Dialogue entre un dominicain et Michel  Onfray sur l’existence de Jesus 

https://youtu.be/ZnienRFDfS0?si=c9o1iNZ0Ds9TD_Ec

Michel Onfray s’empare d’un sujet plus grand que lui : Jésus. Et visiblement, le personnage titille l’athée qu’il affirme toujours être. Celui qui, jadis, publia un corrosif Traité d’athéologie s’attaque désormais au fond de l’affaire : la foi. Dans Théorie de Jésus. Biographie d’une idée (Bouquins), le philosophe s’est plongé dans les Écritures et en livre son interprétation, mêlant une érudition ébouriffante et une bonne dose de provocation, mais aussi une sensibilité au spirituel qui surprendra. C’est l’Évangile selon Michel Onfray. Le philosophe heurtera de plein fouet les croyants et ravira les athées, mais, et c’est l’intérêt de cet essai vigoureux, il remet au goût du jour un débat – une « disputatio », diraient les dominicains – qui dure depuis l’éternité.

https://www.lepoint.fr/postillon/michel-onfray-jesus-est-un-concept-10-12-2023-2546424_3961.php

Réponse à Michel Onfray

https://environnementsantepolitique.fr/2023/12/18/reponse-a-michel-onfray-jesus-le-galileen-est-une-figure-historique-peu-contestable/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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