Mortalité indirecte due au Covid 19 en 2021: augmentation des maladies cardio-vasculaires et nutritionnelles

De quoi est-on décédé en 2021 ?

Par Mme (Paris) [Déclaration de liens d’intérêts]  – Date de publication : 19 décembre 2023

https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=73b86c91f6341e36bc93cf94f475f3e0&site_origine=newsletter_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=19381&from=newsletter

En 2021, le nombre de décès s’est élevé à 660.168 personnes, soit une diminution par rapport à l’année 2020, mais bien au-delà des années précédentes. Les pathologies de l’appareil circulatoire occupent la première place, suivies des tumeurs. Et à la troisième, la Covid-19.

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2023-12/ER1288.pdf

Le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (Santé publique France) a analysé les causes de décès en 2021. Il repère des évolutions en rupture avec les tendances récentes : en 2021, le nombre total de décès s’est établi à 660.168, enregistrant une baisse par rapport à 2020 (667.497 décès), mais nettement supérieur aux années précédentes, même en tenant compte du vieillissement de la population.
La Covid-19 est restée la troisième cause de décès en France en 2021, représentant 9,2% de l’ensemble des décès, derrière les tumeurs (25,7%), la première cause, et les maladies de l’appareil circulatoire (20,9%), la deuxième cause. En 2021, la Covid-19 a directement entraîné le décès de 60.895 personnes, surtout des individus âgés, avec un âge médian de 84 ans.
Concernant les décès dus à la Covid-19, les deux-tiers ont eu lieu dans des établissements publics de santé, qui n’enregistrent par ailleurs que 43 % des décès toutes causes confondues.

2021, une rupture dans les tendances

La mortalité due aux tumeurs continue de baisser, à l’exception de celles du pancréas et des mélanomes, toujours en hausse. En revanche, les hausses de la mortalité due aux maladies de l’appareil circulatoire en 2021, aux maladies endocriniennes et de l’appareil digestif dès 2020 sont nettes.
Celles-ci sont en rupture par rapport aux tendances des années 2015-2019, ce qui concorde avec les résultats internationaux. Ces hausses de la mortalité pourraient être liées à des effets indirects de l’épidémie de Covid-19 (retard de prise en charge, séquelles pour ceux dont la Covid-19 est en cause associée, etc.). Cela reste à confirmer.
Enfin, la crise sanitaire a accentué la tendance à la hausse de la proportion des décès qui surviennent à domicile, alors que la majorité des décès dus à la Covid-19 a lieu à l’hôpital.

Sources : 
Grandes causes de mortalité en France en 2021 et tendances récentes. Bull Épidémiol Hebd. 2023;(26):554-69
Grandes causes de décès en France en 2021 : une année encore fortement marquée par le Covid-19 ; Études et Résultats, n°1288
Grandes causes de décès en 2021 et tendances récentes

Grandes causes de décès en France en 2021 : une année encore fortement marquée par le Covid-19 

ÉTUDES ET RÉSULTATS

N° 1288

Paru le 19/12/2023

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/grandes-causes-de-deces-en-france-en-2021-une

Manon Cadillac (DREES), Anne Fouillet (Santé publique France), Cecilia Rivera (CépiDc-Inserm), François Clanché (DREES), Élise Coudin (CépiDc-Inserm)

Le Centre d’épidémiologie des causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDc-Inserm), la Direction de la recherche, des études et de l’évaluation des statistiques (DREES) et Santé Publique France analysent les causes médicales de décès des personnes résidentes et décédées en France en 2021. Deux études complémentaires, qui présentent ces résultats, sont publiées conjointement dans un Études et Résultats (DREES) et dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (Santé publique France). Elles s’appuient sur la statistique nationale des causes de décès produite par le CépiDc de l’Inserm à partir du recueil exhaustif et de l’analyse des volets médicaux des certificats de décès. L’article du BEH analyse les grandes causes de décès en 2021 en comparaison à la période 2015-2019 et à 2020. Il souligne des évolutions en rupture avec les tendances récentes. La publication Études et Résultats détaille, quant à elle, l’évolution de la mortalité due à la Covid-19 mois après mois et par région. Elle examine aussi les évolutions des lieux institutionnels de décès selon la cause. Enfin, elle présente une première estimation des causes de décès en 2022.

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2023-12/ER1288.pdf


En 2021, le nombre total de décès est de 660 168, inférieur à celui de 2020 (667 497 décès), mais il demeure nettement supérieur à celui des années précédentes même en tenant compte du vieillissement de la population. L’année 2021 se caractérise par la montée en charge de la campagne de vaccination contre la Covid-19 en complément des mesures de gestion et de prévention liées à la circulation de Sars-CoV-2.

La Covid-19, toujours la 3ème cause de décès en 2021

En 2021, la Covid-19 reste la 3ème cause de décès en France (9,2 % de l’ensemble des décès) derrière les tumeurs (25,7 %), première cause et les maladies de l’appareil circulatoire (20,9%), seconde cause. La Covid-19 a directement causé le décès de 60 895 personnes en France en 2021, en majorité des personnes âgées (âge médian de 84 ans), qui étaient légèrement plus jeunes qu’en 2020 (âge médian de 86 ans en 2020).

Comme détaillé dans l’Études et Résultats, le nombre de décès imputés à la Covid-19 a beaucoup évolué selon les mois de l’année, mais de façon différenciée selon les classes d’âges, avec en particulier une baisse prononcée des décès des personnes de plus de 85 ans tout au long du 1er semestre, alors que pour les personnes moins âgées, les évolutions ont été moins marquées. Ces évolutions par âge au cours de l’année peuvent être reliées au calendrier vaccinal contre la Covid-19 et à celui des mesures de gestion et de protection des personnes.

Les deux-tiers des décès dus à la Covid-19 en 2021 ont eu lieu dans des établissements publics de santé, qui n’enregistrent par ailleurs que 43 % des décès toutes causes confondues.

Par ailleurs, la mortalité due à la Covid-19 s’est intensifiée dans les départements et régions d’outre-mer (DROM) par rapport à 2020, avec en particulier un pic épidémique marqué en août 2021 aux Antilles. Enfin, les régions de l’hexagone ont été touchées de façon hétérogène par l’épidémie, et on note, par rapport à 2020, une extension vers le sud et, plus légèrement, vers l’ouest.

Une rupture dans la tendance de certaines grandes causes en 2021

La mortalité due aux tumeurs continue de baisser tendanciellement, à l’exception des tumeurs du pancréas et des mélanomes, toujours en hausse.

L’analyse des causes de décès met en évidence des hausses notables de la mortalité due aux maladies de l’appareil circulatoire en 2021 et aux maladies endocriniennes et de l’appareil digestif dès 2020. Ces hausses sont en rupture par rapport aux tendances des années 2015-2019, comme le détaille l’article du BEH. Les écarts relevés par rapport à la tendance passée sont cohérents avec les résultats internationaux.

Une première estimation des taux et du nombre de décès par cause, fondée sur un premier traitement complètement automatique des certificats de décès de 2022, suggère que ces hausses se poursuivraient en 2022.

Ces hausses de la mortalité pourraient être liées à des effets indirects de l’épidémie de Covid-19 (retard de prise en charge, isolement social plus important jouant sur les comportements, hausse de la consommation nocive d’alcool, difficultés d’accès aux soins, séquelles pour ceux dont la Covid-19 est en cause associée, …) sans qu’il soit à ce stade possible d’évaluer la part de ces facteurs sur la hausse observée. D’autres facteurs sans lien avec l’épidémie ne peuvent être exclus. Ces résultats incitent à mener des études complémentaires pour approfondir l’analyse de ces hausses de mortalité.

Enfin, la crise sanitaire a accentué la tendance à la hausse de la proportion des décès qui surviennent à domicile, alors que la majorité des décès dus à la Covid-19 a lieu à l’hôpital. On observe un déplacement des décès pour d’autres causes (notamment les tumeurs) des établissements vers le domicile. Cela peut s’expliquer en partie par le plus fort recours à l’hospitalisation à domicile, même en dehors des périodes de crise épidémique.

Consulter les publications et les données associées

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Créé en 1964, l’Inserm est un établissement public à caractère scientifique et technologique, placé sous la double tutelle du ministère de la Santé et du ministère de la Recherche. Dédié à la recherche biologique, médicale et à la santé humaine, il se positionne sur l’ensemble du parcours allant du laboratoire de recherche au lit du patient.
Le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de Décès (CépiDc) est l’unité de service de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) qui remplit la mission légale et réglementaire pour la France de production de la statistique nationale des causes médicales de décès. Cette statistique s’élabore à partir des informations remplies par les médecins sur les volets médicaux des certificats de décès. Parallèlement, le CépiDc a développé une expertise en termes d’exploitation statistique des données françaises et internationales des causes pour la santé publique.

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« Mortalité en France : le Covid, toujours la 3e cause de décès en 2021 »

Date de publication : 19 décembre 202

https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=5c8c4b7d84a1fce88bb21e8086c6480d&id_newsletter=19381&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=19381&from=newsletter

Nicolas Berrod explique dans Le Parisien qu’« une étude parue ce mardi analyse les causes initiales des plus de 660.000 décès survenus dans le pays lors de la deuxième année de la pandémie.

La vaccination semble avoir diminué la mortalité due au Covid-19 chez les personnes les plus âgées au fil des mois, mais les mesures sanitaires décidées l’année précédente pourraient avoir eu des conséquences collatérales »

observe le journaliste.


Il souligne ainsi qu’« avec 60.895 morts, soit près de 10% du total, le Covid a été la 3e cause de décès en 2021, derrière les tumeurs (près de 170.000 morts) et les maladies cardiovasculaires (près de 138.000). Ce trio de tête était le même en 2020 ».
Nicolas Berrod rappelle qu’« un décès dû au Covid «résulte d’une maladie cliniquement compatible, chez un cas probable ou confirmé de Covid, en l’absence de toute autre cause évidente de décès sans lien avec la maladie à coronavirus», d’après la définition de l’OMS ».


Le journaliste précise que « les deux tiers des décès dus au Covid ont été recensés à l’hôpital public, un peu plus qu’en 2020. Seuls 15% l’ont été en Ehpad, deux fois moins que l’année précédente. Parmi les explications probables : les résidents les plus fragiles étaient déjà décédés en 2020, durant les deux très fortes premières vagues épidémiques ».


Nicolas Berrod ajoute que « les départements dont le plus d’habitants sont morts du Covid en 2021 sont ceux situés en outre-mer. La population y est plus souvent atteinte de pathologies comme le diabète et l’obésité, connus comme étant des facteurs de risque en cas d’infection ».


« Sans surprise, les personnes âgées sont restées les principales victimes du coronavirus cette année-là. La moitié des 60.895 morts avaient plus de 85 ans. Mais, dans cette tranche d’âge, le nombre de décès a constamment diminué au fil du premier semestre… lors duquel a débuté la campagne de vaccination, destinée en priorité aux plus fragiles », 
relève le journaliste.


La Croix titre de son côté : « Santé : rebond des morts par maladies cardiovasculaires ou nutritionnelles ».
Le journal retient que « la Direction des statistiques du ministère de la Santé observe un regain en France au début des années 2020 de décès par maladies cardiovasculaires ou d’origine nutritionnelle. Ce changement de tendance pourrait être lié à la crise sanitaire du Covid ».


Le quotidien note ainsi que l’année 2021 a été « marquée, comme la précédente, par de nombreux morts du Covid malgré les premiers effets positifs de la vaccination. […] Si le poids du Covid a […] probablement chuté parmi dans les grandes causes de mortalité, d’autres tendances observées par l’étude pourraient s’avérer plus durables ».
« Les décès par maladies cardiovasculaires ont interrompu en 2021 leur tendance à la baisse. On observait aussi une hausse des morts liées à des maladies métaboliques ou nutritionnelles, tels le diabète ou la cirrhose, un rebond déjà perceptible en 2020 », souligne La Croix.


Anne Fouillet, épidémiologiste à Santé publique France, remarque : « On a quelques hypothèses pour ces hausses qui pourraient être liées à des effets indirects de l’épidémie de Covid. On peut penser à des difficultés d’accès aux soins ainsi qu’à un isolement social plus important qui a pu jouer sur des différences de comportement et de consommation ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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