Le plus grand gisement d’hydrogène du monde vient d’être découvert en France
13 décembre 2023 à 17h08
Une découverte plus que sensationnelle pour le CNRS. © Scharfsinn / Shutterstock
Dans les souterrains du bassin minier du puits Folschviller (Moselle), une réserve titanesque d’hydrogène blanc a été dénichée. La plus grande jamais découverte jusqu’à aujourd’hui.
Il y a quatre ans, ce bassin était l’objet de recherches approfondies menées par l’Université de Lorraine, le CNRS et l’entreprise la Française de l’Énergie (FDE). Ce programme de forage était exécuté, à la base, pour étudier la présence de méthane dans les sous-sols lorrains. Le projet de recherche en question, Regalor (REssources GAzières de LORraines) n’était absolument pas destiné à trouver de l’hydrogène souterrain. Celui-ci, dans un contexte de raréfaction des carburants fossiles, est considéré à de nombreux égards comme le pétrole de demain.
Cet or blanc avait déjà été découvert à Folschviller à la fin de l’année 2022, mais seulement en petites quantités et à faible distance de la surface (600 mètres). En allant plus en profondeur, c’est une réserve de plusieurs centaines de millions de tonnes qui a été découverte par les équipes il y a quelques semaines ! Ce qui correspond à la moitié de la production totale d’hydrogène à l’échelle mondiale, tout simplement stupéfiant.
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Une découverte plus qu’inattendue
C’est donc à 3 000 mètres de profondeur que ce gigantesque gisement a été capté grâce à une sonde d’une conception toute particulière. Laurent Favre, Directeur Génral de Plastic Omnium a expliqué au micro de BFM Business : « l’hydrogène blanc, c’est l’hydrogène naturel, natif. Contrairement à l’hydrogène vert ou gris qu’on produit et qui est l’hydrogène utilisé en grande quantité aujourd’hui, le blanc est quelque part sur la planète et il y en a beaucoup de disponible. Il est utilisable tel quel, c’est peut-être le pétrole de demain ».
Il y a 30 ans, une telle découverte serait probablement inaperçue. Avec les enjeux climatiques actuels, c’est une tout autre histoire. L’intérêt pour ce gaz comme substitut au pétrole est réelle et ses applications potentielles sont déjà à l’étude. Batteries de voitures, ou même aviation civile.
L’hydrogène et son spectre large
Actuellement, l’hydrogène, lorsqu’il est produit et non capté, émet environ 1 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. On distingue, parmi ces différentes formes :
- L’hydrogène bleu, produit avec captage du CO2.
- L’hydrogène gris, produit grâce au méthane.
- L’hydrogène vert, généré par électrolyse de l’eau. Celui-ci est coûteux et en quantité limité.
D’où l’immense intérêt de l’hydrogène blanc ou doré, qui naît des nombreuses interactions entre les eaux souterraines et les minéraux riches en fer. Des processus difficilement prévisibles dans lesquelles les conditions parfaites doivent être réunis pour que cet hydrogène naturel se forme et puisse être exploité.
L’hydrogène blanc, futur sauveur de l’humanité ? © Rafael Classen / Pexels
Perspectives globales
Jacques Pironon travaille au laboratoire GéoRessources de l’Université de Lorraine. Selon ses estimations relayées par la BBC, la quantité d’hydrogène blanc contenue sous le sol de Folschviller serait estimée à 250 millions de tonnes ! Plus on descend en profondeur, plus il y a d’hydrogène présent. Pironon explique : « les minéraux ferreux souterrains ont la faculté de séparer l’oxygène de l’hydrogène dans les molécules d’eau en l’absorbant. Dans les couches géologiques très profondes, il n’y a plus d’oxygène du tout. Nous avons alors de fortes chances de trouver de l’hydrogène ». Cependant, cela ne signifie pas que tout pourra être exploitable, loin de là.
À la suite d’un échange téléphonique, M. Pironon nous a fait part des particularités de ce bassin minier : « c’est une zone hétérogène, en raison des mouvements tectoniques très anciens qu’elle a subis. Tester le terrain de manière latérale nous permettra d’évaluer cette hétérogénéité, tandis que les tests verticaux permettront de juger le profil du bassin et la variation de la quantité d’hydrogène selon la profondeur ». Pour l’instant, ce n’est qu’une phase d’exploration. Il faudra donc attendre des financements de l’État et de la région pour permettre un réel forage jusqu’à 3 000 mètres.
« Les estimations des quantités sont des mesures effectives calculées selon un indice précis. Celles-ci correspondent au taux de dissolution moyen de l’hydrogène dans l’eau du bassin carbonifère lorrain à 1 250 mètres de profondeur, située à 17 % » rajoute M. Pironon.
D’autres nombreux dépôts existent sur la planète, notamment aux États-Unis, en Australie, en Russie ou à Bourakébougou au Mali. Toutefois, ce gisement français est bien plus important que ceux que l’on connaît déjà. L’US Geological Survey (USGS) estime l’existence de milliers, voire de milliards de mégatonnes d’hydrogène à découvrir sur Terre, bien que la majorité soit probablement inaccessible. Geoffrey Ellis, géochimiste pour l’USGS, exprime parfaitement cette réalité : « c‘est le scénario à l’échelle mondiale : la plupart de ces ressources resteront hors de portée, enfouies trop profondément, situées trop loin en mer, ou regroupées en quantités bien trop minimes pour que leur extraction soit économiquement viable ».
Réservons-nous le droit d’être fiers de nos scientifiques et de cette fantastique découverte, qui placera certainement la France à la tête de la future Ruée vers l’Or Blanc. Dans l’idéal, il faudrait que l’Europe continue ses efforts, et poursuive ses investissements dans les projets dirigés vers l’hydrogène. Elle reste actuellement le premier continent au monde, avec 35 % des investissements globaux.
Sources : BBC, Reporterre
Voir aussi:
Hydrogène vert : « Japonais, Brésiliens, Saoudiens, tout le monde se pose la question du coût »
La chercheuse Anne-Sophie Corbeau explique, dans un entretien au « Monde », que peu de projets de production d’hydrogène bas carbone, présenté comme une solution miracle pour la transition énergétique en 2021, avancent concrètement, les acteurs étant préoccupés par les débouchés d’une molécule chère à produire et à transporter.
Temps de Lecture 2 min.
Anne-Sophie Corbeau est chercheuse au Center on Global Energy Policy au sein de la School of International and Public Affairs de l’université Columbia New York.
Assiste-t-on aux prémices d’une mondialisation du commerce d’hydrogène comme cela a été le cas avec le gaz naturel liquéfié ou les combustibles fossiles ?
Honnêtement, il y a peu de projets qui avancent concrètement. En 2021, un grand nombre de cabinets de consultants et d’institutions avaient vendu l’hydrogène bas carbone comme la solution miracle, mais force est de constater que c’est plus compliqué qu’il n’y paraît. Que l’on discute avec des Japonais, des Brésiliens ou des Saoudiens, tout le monde se pose la même question : celle de la demande, en raison du coût élevé de cette source d’énergie.
Pour mener à bien leurs projets, ces pays ont besoin de plusieurs milliards de dollars pour investir dans des électrolyseurs à l’échelle de plusieurs gigawatts. Or, les banques ne vont financer que les cas qui ont du sens et des garanties. D’où la nécessité de passer des accords de long terme avec des acheteurs et de trouver des solutions, comme le fonds allemand H2Global ou la Banque de l’hydrogène en Europe, pour diminuer l’écart entre le coût élevé de l’hydrogène décarboné et le prix que les acheteurs sont prêts à payer.
Lire aussi : L’hydrogène vert dans les pays du Sud, un nouveau colonialisme ?
Plus que l’hydrogène, c’est l’ammoniac qui retient l’attention…
Oui, tout le monde en ce moment se tourne vers l’ammoniac comme vecteur d’importation. Les Japonais veulent en mettre dans les centrales à charbon pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les ports de Rotterdam et d’Anvers s’équipent pour en importer. Car on sait faire. Il existe déjà un marché de l’ammoniac pour la production d’engrais, des terminaux portuaires, et le transport est plus simple que pour l’hydrogène liquide. De même que l’on pourra davantage compter sur le méthanol pour le secteur maritime et les e-carburants pour l’aviation, que l’on sait aussi déjà transporter.
Les industries énergo-intensives, comme la sidérurgie, font, elles, face à un dilemme : soit importer de l’hydrogène (cher) soit un produit industriel semi-fini comme le minerai de fer préréduit, solide et facile à transporter. Pour l’Union européenne, un des dangers serait que des produits élaborés, comme de l’acier vert, soient fabriqués ailleurs. Car ceux-ci seraient en règle vis-à-vis du mécanisme européen d’ajustement aux frontières.
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La Chine se positionne-t-elle plus comme une importatrice ou une exportatrice ?
Pour l’instant, seuls l’Europe et, en Asie, le Japon, la Corée du Sud et Singapour envisagent réellement d’importer de l’hydrogène. Il y a moins d’acheteurs potentiels qu’il n’y en a pour le gaz naturel liquéfié (45 en 2022). La Chine fera-t-elle partie du lot ? Je ne le pense pas, sauf si elle est contrainte de déployer de l’hydrogène bas carbone sur la côte est. Les Chinois sont relativement absents des échanges diplomatiques. Jusqu’à présent, les accords qu’ils ont noués avec dix pays se font au travers de la « nouvelle route de la soie » et concernent surtout des projets d’hydrogène vert et d’équipements.
Lire aussi : Les débuts laborieux des « routes de la soie » européennes
Qu’en est-il des Etats-Unis ?
Tout dépend à qui l’on parle. Si vous discutez avec des acteurs privés, ils vont vous dire qu’ils envisagent d’avoir recours à la loi sur la réduction de l’inflation (IRA) afin d’exporter vers l’Europe. Il est moins sûr que les politiques soient d’accord. Toute la loi repose sur un mécanisme fiscal qui sert à subventionner les projets. Il semble donc compliqué pour le gouvernement américain d’avancer qu’il va d’abord décarboner les industries d’autres pays avant la sienne, alors que le pays a 10 millions de tonnes d’hydrogène à décarboner.
https://environnementsantepolitique.fr/2023/07/09/de-lhydrogene-vert-grace-a-une-eolienne/