Publié le 13/12/2023
Notre-Dame-de-Paris : la flèche qui plombe l’ambiance

Paris, le mercredi 13 décembre 2023
– La reconstruction de la flèche de Notre-Dame à l’identique, c’est-à-dire recouverte de plomb, suscite des inquiétudes auprès des élus de la ville de Paris et de plusieurs associations, qui redoutent les risques sanitaires pour la population et les enfants.
La flèche de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris est de retour et avec elle ses scandales sur l’intoxication au plomb des Parisiens.
En effet, Emmanuel Macron avait décidé que la flèche serait reconstruite « à l’identique »— ce qui impliquait, apparemment, de la reconstruire exactement comme l’avait imaginée Viollet-le-Duc il y a plus de 160 ans, c’est-à-dire recouverte de plomb. Plus précisément, la flèche aura une charpente en chêne massif et une couverture et des ornements de plomb.
De nouvelles contaminations pour les travailleurs et les Parisiens ?
Or l’utilisation de ce matériau, dont la toxicité est évidemment avérée (surtout pour les femmes enceintes et les enfants), inquiète grandement les élus locaux, diverses organisations syndicales et associatives, mais aussi des chercheurs et des scientifiques. « La reconstruction en cours conduira à de nouvelles contaminations au plomb non seulement pour les travailleurs durant cette phase de travaux, mais aussi, dans la durée, au niveau environnemental », raconte, auprès du Monde, Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale et présidente de l’Association Henri-Pézerat. « Une des caractéristiques du plomb laminé utilisé pour les toitures est de relarguer des poussières fines de plomb au fil du temps, provoquant une pollution environnementale durable ».
Son association, ainsi que la CGT Paris, l’Association des familles victimes du saturnisme et plusieurs élus de la ville de Paris se sont rassemblés le 30 novembre dernier sur le parvis de la cathédrale pour protester contre cette décision d’utiliser du plomb. « Installer du plomb en plein Paris, c’est assumer l’intoxication de la population », dénonce Anne Souyris, sénatrice écologiste de Paris.
Du côté de la mairie, on affirme ne pas être « favorable au plomb », mais que la décision relève in fine de l’État. Anne Souyris explique qu’« aucune évaluation des risques sanitaires de l’installation de 450 à 500 tonnes de plomb sur la cathédrale n’a été conduite par l’État ». L’établissement public chargé de la restauration de la cathédrale, contacté par Le Monde, a simplement indiqué avoir « étudié la question du plomb » avec « une très grande attention » — sans plus de détails, donc.
« Le risque est nul »
Le général Jean-Louis Georgelin, ancien directeur de cet établissement public et décédé l’été dernier, expliquait en janvier 2023 lors d’une audition au Sénat : « vous vous inquiétez de ce que des enfants se promènent sur les toits ou viennent lécher la flèche, à quoi je vous réponds que le risque est nul », avait-il répondu à la question d’une parlementaire sur le sujet.
L’établissement public va dans la même direction : « couvrir en plomb les charpentes de la nef, du chœur et des bras du transept, qui sont situées à une quarantaine de mètres du sol et sont inaccessibles, n’expose aucun public à l’ingestion de plomb ».
Mais pour les opposants à cette décision, le problème est ailleurs : le risque de pollution vient surtout du ruissellement de l’eau sur la toiture lorsqu’il pleut. Le Haut Conseil de la santé publique, dans un avis rendu en janvier 2021, estimait que « la seule toiture de Notre-Dame, constituée de 1 326 plaques, émettrait environ 21 kg de plomb par an (et 2 tonnes par siècle) dans les eaux de ruissellement », une hypothèse d’ailleurs qualifiée de « conservatrice ».
Jean-Louis Georgelin avait d’ailleurs confirmé ce risque lié au ruissellement des eaux de pluie, tout en assurant qu’un dispositif serait mis en place pour recueillir « l’intégralité de ces eaux ». Le maître d’ouvrage du projet a, pour l’heure, indiqué qu’une « démarche innovante de progrès environnemental visant à réduire la faible quantité de plomb susceptible d’être entraînée par les eaux pluviales ruisselant sur les toitures de la cathédrale » était à l’étude.
Pour les élus locaux et les associations, le problème est que l’État a refusé toute discussion sur le sujet, et en particulier concernant la recherche de matériaux alternatifs, comme le zinc, ou le cuivre. Pourtant, la toiture en plomb de la cathédrale de Chartres, qui avait été détruite lors d’un incendie en 1836, avait été reconstruite en cuivre, lui donnant une couleur caractéristique.
Enfin, le Haut Conseil pour la santé publique préconise lui-même, de façon globale, de trouver des « alternatives au plomb laminé pour l’entretien ou la réhabilitation de bâtis anciens où il est présent ».
Raphaël Lichten
Publié le 30/09/2021
Plomb de Notre-Dame de Paris : la polémique monte en flèche

Paris, le 30 septembre 2021
– Après l’incendie qui ravageait, en 2019, le toit et la flèche de Notre-Dame de Paris, le Président de la République promettait une réouverture de la cathédrale pour 2024.
Depuis, se refusant à une innovation architecturale qui aurait pu quelque peu contrarier le paysage parisien et ses amoureux déjà éprouvés, un comité ad hoc et le gouvernement tranchaient : la cathédrale sera reconstruite à l’identique.
Or, assurent architectes et ingénieurs, seul le plomb pourra redonner à la flèche son aspect originel (en fait celui imaginé par Viollet-le-Duc plusieurs siècles après la fondation du monument…).
Aussi, le Collectif plomb Notre-Dame s’enflamme. Ce groupement avait porté plainte pour mise en danger de la vie d’autrui après la mise en évidence d’émanations importantes de plomb sur l’île de la cité après l’incident.
Une inquiétude que balaye le ministère de la culture, le Canard Enchainé rapporte ainsi cette formule lacunaire : « pour qu’un gosse s’empoisonne avec le plomb de Notre-Dame, il faudrait qu’il grimpe sur la flèche pour la lécher » ( !).
Quoi qu’il en soit, d’éventuels recours en justice risquent de ralentir d’autant la finition des travaux, dont les archéologues ont déjà été exclus par le général Georgelin pour éviter de perdre du temps…et respecter le calendrier fixé à la volée par Emmanuel Macron.
Les voies de Jupiter sont décidément impénétrables…
F.H.
Publié le 18/09/2019
Plomb de Notre-Dame : l’inquiétude de clocher en clocher jusqu’aux tours de la grosse pomme

Paris, le mercredi 18 septembre 2019
– Le New York Timess’est penché sur la contamination au plomb de l’environnement intervenue à la suite de l’incendie de Notre-Dame de Paris.
Pour le prestigieux titre de presse américain, sans l’ombre d’un doute les autorités françaises ont tardé d’informer le public et ont « minimisé les risques », ce qui constituerait un véritable scandale sanitaire.
« Les autorités ont fermé deux crèches pour les enfants de policiers, tout en laissant ceux du grand public jouer pendant des semaines ou des mois dans les cours d’école et les crèches, et de s’asseoir dans des salles de classe, dont les surfaces étaient souillées » rappelle le journal.
Sa rédaction s’étonne en particulier que les autorités n’ont pas décidé d’imposer des plombémies à tous les enfants vivant dans un périmètre proche de la cathédrale. Lors d’un entretien téléphonique, Anne Souyris, adjointe au maire de Paris en charge de la santé, dit être en faveur de ces plombémies obligatoires, mais que c’est le pouvoir sanitaire qui en a décidé autrement…elle a néanmoins omis de souligner aux journalistes investigateurs que la municipalité parisienne a largement été accusée de dissimulation et d’incompétence dans ce dossier !
Les « enquêteurs » new-yorkais s’étonnent également du fait que les plombémies de ceux qui travaillent sur le chantier de Notre-Dame ne soient pas toutes rendues publiques.
En revanche, pour les touristes, l’organe de presse se veut rassurant : « Manger un croque-monsieur dans un restaurant de l’île de la Cité (…) ou boire un verre de rosé à la terrasse d’un restaurant, est peu susceptible d’entraîner une contamination au plomb ».
Il recommande néanmoins de « ne pas s’approcher des environs immédiats de Notre-Dame, surtout si vous avez des enfants de moins de 6 ans ».
F.H.
Publié le 29/08/2019
Notre-Dame : une rentrée plombée

Paris, le jeudi 29 août 2019
https://www.jim.fr/e-docs/notre_dame_une_rentree_plombee_179193/document_actu_pro.phtml
– Le directeur de l’ARS Ile de France, Aurélien Rousseau a confirmé à l’Agence France Presse (AFP) la détection d’un troisième cas d’enfant scolarisé près de la cathédrale Notre-Dame présentant une plombémie légèrement supérieure au seuil de déclaration obligatoire avec un taux de 52 μg/l. Cependant, difficile de déterminer dans quelle mesure cette situation est directement liée à l’incendie de Notre-Dame.
« L’enquête environnementale a permis de démontrer que l’exposition était a priori au domicile de cet enfant » précise en tout état de cause le haut fonctionnaire.
Concernant le deuxième enfant dont la plombémie atteignait 58µg/l, dont le cas avait été rendu public le 6 août, l’enquête a conclu à « des sources de contamination faibles dans l’habitation et modérées dans l’école ».
« C’est possible que ça vienne de l’école », consent Aurélien Rousseau, soulignant toutefois que « même si c’est l’école, il n’est pas sûr que la contamination vienne de Notre-Dame », car elle peut être liée à une pollution préexistante du sol.
Reste que ce cas concerne un enfant scolarisé en primaire dans un groupe scolaire situé rue Saint-Benoît, fermé fin juillet en raison d’une concentration élevée de plomb dans les cours extérieures.
L’ARS annonce par ailleurs qu’elle publiera début septembre le bilan complet des nouvelles plombémies réalisées à Paris au cours du mois d’août. Une centaine d’enfants supplémentaires ont en effet été soumis à cette analyse s’ajoutant aux 164 testés à fin juillet.
Dans ce contexte, l’association Robin des Bois estime que la rentrée scolaire devrait être reportée dans les établissements scolaires présentant des risques de contaminations au plomb.
« Environ 55 000 enfants et adolescents entre 3 ans et 17 ans sont scolarisés dans les 1er, 4ème, 5ème, 6ème et 7ème arrondissements. Moins de 200 ont fait l’objet d’une plombémie», regrette l’organisation qui affirme que la rentrée scolaire devrait être différée tant que les travaux de décontamination n’auront pas été menés « dans tous les établissements présentant des teneurs en poussières de plomb supérieures à 70 µg/m2 ».
F.H.