En sous-effectif chronique, les médecins scolaires se disent incapables de faire face à l’augmentation des troubles mentaux chez les jeunes.

Publié le 18/12/2023

Santé mentale des jeunes : les médecins scolaires débordés

Paris, le lundi 18 décembre 2023

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– En sous-effectif chronique, les médecins scolaires se disent incapables de faire face à l’augmentation des troubles mentaux chez les jeunes.

Mercredi dernier, dans le collège des Hautes-Ourmes à Rennes, en plein cours d’anglais, une élève de 12 ans tient des propos incohérents, sort un large couteau et menace de tuer sa professeure. Les élèves sont évacuées de la salle et la jeune agresseuse heureusement rapidement désarmée et maitrisée. Après son interpellation, l’enfant fait l’objet d’un examen psychiatrique à la demande du parquet. Verdict : l’adolescente est « dangereuse pour elle-même » et « son état nécessite des soins en milieux spécialisés » explique dans sa conférence de presse le procureur de Rennes. L’enfant a depuis été internée dans un hôpital psychiatrique de la région.

Si certains médias ont tenté de rattacher cet incident fortement commenté à une supposée montée de l’insécurité en France, il semble cependant que cette agression gratuite soit plutôt un nouveau symptôme de la crise systémique que traversent tout à la fois la médecine psychiatrique et la médecine scolaire. C’est en tout cas l’analyse qu’en fait le Dr Christine Moulin, membre du Syndicat national des médecins scolaires et universitaires (SNMSU), interrogée par nos confrères de France 3.

« C’est une enfant avec des particularités et on aurait dû la voir » estime-t-elle à propos de l’incident de Rennes. Problème : face à un double mouvement de baisse des effectifs de médecins scolaires et d’augmentation de la prévalence des troubles psychiatriques chez les jeunes, les praticiens exerçant à l’école se trouvent débordés.

Un médecin scolaire pour 12 800 élèves en moyenne

En mai dernier, un rapport parlementaire dressait ainsi un tableau alarmant de l’état de la médecine scolaire, parent pauvre d’un système de santé déjà dégradé dans l’ensemble. Le nombre de médecins scolaires a ainsi baissé de 20 % ces dix dernières années et on compte en moyenne 12 800 élèves par médecin scolaire. La situation diffère grandement selon les régions : si le département du Lot compte un médecin scolaire pour 6 500 élèves, il n’y a qu’un seul praticien pour 99 000 jeunes en Dordogne.

Avec un salaire d’environ 2 000 euros net par mois, bien inférieur à ce qu’un praticien peut espérer toucher en ville ou à l’hôpital, le métier de médecin scolaire attire peu : chaque année, 50 à 70 % des postes ouverts au concours de médecin de l’Education Nationale ne sont pas pourvus. « Les médecins scolaires sont les postes de médecins salariés les moins bien payés en France » résume le Dr Moulin. La situation est à peine meilleure pour les infirmières scolaires, qui doivent s’occuper en moyenne chacune de 1 300 élèves.

Totalement débordés, les médecins scolaires ne peuvent voir tous les élèves. Alors qu’en principe chaque enfant de 6 ans doit consulter un médecin scolaire, ils ne sont que 20 % à bénéficier de cette visite médicale obligatoire. En pratique, que ce soit à l’école, au collège ou au lycée, les médecins ne voient que les élèves qui leur sont signalés par les enseignants. Seul les lycéens professionnels consultent systématiquement un médecin scolaire, afin qu’il leur délivre un certificat d’aptitude.

13 % des élèves de 6 à 11 ans présentent un trouble probable de santé mentale

En parallèle, les jeunes français et occidentaux en général semblent être touchés par une véritable épidémie de troubles mentaux, dont les causes sont mal déterminées (la crise sanitaire et l’éco-anxiété sont souvent cités). Selon les premiers résultats publiés en juin dernier d’une grande étude sur la santé mentale menée par Santé Publique France (SPF) en 2022 auprès de plus de 15 000 enfants, 13 % des élèves de 6 à 11 ans présentent au moins un trouble probable de santé mentale : 5,6 % présentent un trouble émotionnel, 6,6 % un trouble oppositionnel et 3,2 % un trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité probable (TDAH).

« On constate un niveau excessivement élevé de troubles anxieux, dépressifs, des idées noires et des idées suicidaires, même chez les plus jeunes » confirme le Dr Moulin. « Avant, ces diagnostics étaient à la marge, or depuis la rentrée on est beaucoup appelés pour ça, on pourrait même ne faire que ça ». En sous-effectifs, les médecins scolaires n’ont pas la capacité de faire face à cette déferlante de troubles psychiatriques chez les élèves. « Mais ça fait partie de nos missions de diagnostiquer les troubles psychiques » estime le Dr Moulin, qui rappelle que la santé mentale doit toujours être abordée en consultation avec un élève.

Fin mai dernier, le gouvernement avait présenté toute une batterie de mesures pour améliorer la prise en charge de la santé mentale des jeunes, comme le renforcement de la formation des personnels de l’Education Nationale, afin qu’ils repèrent plus facilement les signes de fragilité mentale. Mais pour les syndicats, rien ne pourra véritablement être fait pour les élèves dans ce domaine tant que des mesures ambitieuses n’auront pas été prises pour améliorer l’attractivité du métier de médecin scolaire. « Les conditions de travail sont dégradées, les médecins scolaires sont débordés, ne peuvent pas répondre correctement à leurs missions et vont mal » s’inquiète le Dr Moulin.

Quentin Haroche

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Commentaire Dr Jean SCHEFFER: une vision globale, une solution globale

Je tiens à rappeler que dans notre sytème de santé, il n’y pas qu’un manque de psychiatres et de psychologues en milieu scolaire.

Le manque des médecins est partout, dans toutes les disciplines, dans toutes les formes d’activité, salariées et libérales. Il s’agit donc à mon sens de voir l’ensemble des problèmes et de les solutionner en même temps, ce qui est possible.

La solution c’est un Clinicat-Assistanat pour tous, en fin d’internat, obligatoire pour tous les futurs généralistes et les futurs spécialistes, d’une durée de 3 ans.  L’activité serait partagée entre divers établissements à l’image des assistants partagés actuels entre CHG et CHU: entre CHU et CHG pour les futurs spécialistes; entre CHG-CHU et PMI, CMP, santé publique, santé scolaire, médecine pénitentiaire, médecine du travail… ; entre CHG et centres de santé et maisons de santé… Il  s’agit donc par un seul et même dispositif de solutionner en quelques années l’ensemble des manques criants et urgents de médecins dans tous les domaines, dans toutes spécialités, sans pénaliser une catégorie, les futurs  généralistes par exemple, ou les étudiants en médecine peu fortunés, obligés de s’installer dans un désert pour se payer ses études. Cela évitera de plus le dumping entre villes, entre départements pour recruter ou débaucher, les jeunes en fin d’internat, ou ceux déjà installés et répondant à une offre plus alléchante. Il faudra définir par région, département et territoire, les manques les plus urgents en généralistes et spécialistes, et en tirer les conséquences sur la répartition par spécialité pour la première année d’internat.

Le « Clinicat Assistanat pour tous » en fin d’internat n’a rien à voir avec le clinicat actuel ou avec les assistants partagés entres CHU et Hôpitaux généraux. Ces deux fonctions ne concernent qu’une petite minorité de futurs médecins, alors que le « Clinicat-Assistanat pour tous est fait justement pour pallier aux manque de médecins partout et il ne pénalise pas les futurs généralistes. Il serait obligatoire pour tous futurs généralistes comme futurs spécialistes. L’activité serait partagée entres les hôpitaux (CHU, Hôpitaux généraux, hôpitaux psychiatriques et les autres lieux de soins ou de recherche: centres de santé publique et maisons de santé pluri-professionnelles (MSP), CMP, PMI, crèches, médecine pénitentiaire, médecine scolaire et universitaire, santé publique, médecine du travail… Les besoins seraient évalués au niveau de chaque département. Le financement de ce « Clinicat Assistanat pour tous », proviendrait des toutes ces aides aux Installations inefficaces, dénoncées par la cour des comptes, véritable millefeuille, mettant en concurrence entre elles, municipalités, départements, régions qui seraient dès lors supprimées et redirigées vers une enveloppe régionale unique, cogérée par l’ARS, la conférence régionale de santé, la CPAM, les associations d’usagers… formant une commission chargée d’évaluer les besoins spécialité par spécialité à partir des remontées des conférences territoriales de santé. L’internat serait régional. Un des gros avantages, c’est de faire connaitre des nouveaux lieux de soins très différents des CHU-Hopitaux généraux, pouvant inciter nombre de futurs médecins de choisir un mode d’installation qui ne les avait pas initialement attiré. C’est ce qui m’est arrivé, moi Toulousain, quand je suis arrivé comme interne à Albi en 1970. J’y suis resté. Je ne connais pas à ce jour d’autre solution pour solutionner à brève échéance la crise qui chaque jour devient plus insupportable. C’est évident que ce qui est proposé doit être accompagné d’autres mesures indispensables: régulation de l’installation des généralistes et spécialistes avec non conventionnement en zone pourvue, et création des centres de santé publique ou de MSP pluri-professionnels dans les zones déficitaires, accueillant généralistes mais aussi les spécialités les plus courantes (pédiatrie, gériatrie, psychiatrie, ophtalmologie, ORL…). Entre gens de bonne volonté il y a surement moyen de trouver des solutions efficaces et acceptables par toutes les parties prenantes, à condition de voir uniquement l’intérêt général et le bien commun.

La motivation de ma proposition est sur le lien « Vision Globale -Solution globale »:

https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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