Un collectif pour la transparence alimentaire et la régulation des nouveaux OGM.

« Avec cette nouvelle loi, les Français auront d’immenses difficultés à accéder à une alimentation sans OGM »

Tribune

Collectif

Rassemblé par Lucas Lefebvre, cofondateur du site d’e-commerce bio La Fourche, un collectif comprenant l’intégralité des distributeurs spécialisés et de nombreuses marques de l’agroalimentaire ou d’entreprises engagées dans le bio se mobilise, dans une tribune au « Monde », pour la transparence alimentaire et la régulation des nouveaux OGM.

Publié le 06 décembre 2023 à 00h33 (republication de l’article du 04 décembre 2023 à 17h00)  Temps de Lecture 3 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/06/avec-cette-nouvelle-loi-les-francais-auront-d-immenses-difficultes-a-acceder-a-une-alimentation-sans-ogm_6203859_3233.html

La Commission européenne s’apprête à ouvrir les portes de l’Union européenne (UE) aux organismes génétiquement modifiés (OGM) issus de nouvelles techniques génomiques (NTG) en les exemptant des obligations et des contrôles imposés sur les OGM.

Si cette proposition de loi est votée, les aliments contenant de nouveaux OGM ne seront donc plus soumis à une évaluation des risques, et ne seront ni tracés, ni étiquetés. Il s’agit d’une atteinte grave à la liberté de choix des consommateurs et qui nous expose à de nombreux risques sanitaires et environnementaux.

Aujourd’hui, 92 % des consommateurs français souhaitent que l’inscription « nouveaux OGM » soit explicitement indiquée sur les emballages de produits alimentaires. Avec ce projet de loi, ce droit à l’information pourtant consacré dans le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (article 169) leur sera refusé. Il s’agit d’un projet anachronique pour les consommateurs français qui veulent légitimement savoir ce qu’ils ont dans leur assiette. La transparence, au cœur du lien de confiance entre acteurs de l’agroalimentaire et consommateurs, est pourtant à renforcer, étant donné le contexte de scandales alimentaires récurrents.

Informer le consommateur des NTG est-il cependant suffisant ? L’étendue des impacts des nouveaux OGM sur la santé humaine est aujourd’hui encore peu étudiée. Au lieu d’être supprimée, l’évaluation des risques devrait être maintenue, voire renforcée, conformément au principe de précaution. Sans évaluation rigoureuse, c’est la sécurité alimentaire française qui est compromise.

Risques environnementaux majeurs

Ce risque sanitaire est doublé de risques environnementaux majeurs. Les plantes génétiquement modifiées (GM) peuvent se mêler aux plantes sauvages, disséminant leurs gènes sans contrôle. Une plante GM tolérante à un herbicide peut par exemple transmettre cette tolérance à des plantes sauvages similaires. Les nouveaux OGM produisant une protéine insecticide pourraient être nocifs pour d’autres insectes non ciblés qui jouent pourtant un rôle crucial dans nos écosystèmes.

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En plus, les plantes NTG sélectionnant des traits favorables pourraient se comporter comme des plantes invasives et perturber l’équilibre naturel existant. Alors que nos campagnes sont déjà perturbées par la chute de la biodiversité, le dérèglement climatique et la pollution chimique, souhaitons-nous encore les fragiliser et mettre en péril notre capacité à produire de la nourriture saine pour les générations futures ?

Avec cette nouvelle loi, les Français auront d’immenses difficultés à accéder à une alimentation sans OGM. Ce sont aussi les filières sans OGM et bio qui seront mises en danger.

Les distributeurs et les marques, faute de traçabilité, et les agriculteurs, en raison de la contamination entre cultures, n’auront pour la plupart d’entre eux pas les moyens de garantir que leur production ne contient pas d’OGM, comme le préconise le cahier des charges bio ou sans OGM. Alors que l’absence d’OGM représente un argument de vente majeur pour le bio et que la certification engendre déjà des coûts importants, souhaitons-nous vraiment porter le coup de grâce à une filière déjà en danger ?

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L’histoire des OGM « classiques » aux Etats-Unis et au Canada depuis leur autorisation au début des années 1990 est révélatrice. A l’époque, on vantait déjà les mérites des OGM qui allaient permettre de créer des plantes plus résistantes à la sécheresse, aux inondations et qui mettraient un terme à la faim dans le monde.

Transparence

Trente ans après, le résultat est sans appel : 99 % des OGM cultivés dans le monde en 2019 sont soit plus tolérants aux herbicides, notamment le très controversé glyphosate, soit produisent directement des herbicides pour résister aux insectes ravageurs, soit les deux. On utilise donc des OGM principalement pour épandre plus de pesticides. Pourquoi les nouveaux OGM auraient-ils des conséquences différentes ?

Professionnels de l’agroalimentaire, producteurs, distributeurs, transformateurs, marques, ou tout simplement entreprises engagées, nous sommes fermement attachés aux principes de transparence et de précaution, tant pour les anciens OGM que pour les nouveaux. Il est de notre responsabilité de garantir aux consommateurs qu’une alimentation sans OGM sera toujours possible.

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Nous ne sommes pas contre la recherche scientifique. Nous demandons simplement à ce que toutes les nouvelles techniques génomiques soient considérées comme des OGM et soient traitées conformément à la réglementation en vigueur sur les organismes génétiquement modifiés (directive 2001/18/CE). Nous demandons à ce que soit rejetée la proposition de la Commission européenne.

Nous exprimons aussi de vives inquiétudes quant à la compatibilité de la dérégulation des NTG avec les objectifs français et européens de promouvoir un système alimentaire durable. Nous appelons ainsi tous les citoyens français à se mobiliser contre ce projet de loi pour défendre leur droit à la transparence et à une alimentation sans OGM.

Liste des signataires ici.

Collectif

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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