Mise à l’écart de la cheffe des urgences de Laval : le ministre de la Santé interpellé
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Lundi 4 décembre 2023 à 15:45
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Caroline Brémaud n’est plus la cheffe du service des urgences de l’hôpital de Laval depuis le 1ᵉʳ décembre. Très médiatique, celle qui a lancé l’alerte sur le manque criant de moyens à l’hôpital en 2021, est démise de ses fonctions. Des syndicats de soignants et des élus crient au scandale.
Des syndicats de soignants au niveau national, des élus et des partis politiques crient au scandale à Laval. La cheffe du service des urgences, Caroline Brémaud, a été démise de ses fonctions le vendredi 1ᵉʳ décembre, officiellement pour des raisons de réorganisation. Le nouveau chef, Bruno Rohee, aura la responsabilité des urgences de Laval, mais aussi du SAMU et du SMUR.
Cependant, beaucoup y voient une intention de museler la communication autour des urgences et de faire taire sa désormais ex-cheffe de service qui a alerté depuis deux ans sur le manque cruel de moyens humains au centre hospitalier.
Une lettre à Aurélien Rousseau
L’affaire prend une envergure nationale. Ce lundi, Laurence Cohen, une ancienne sénatrice (2011-2023) qui l’a accompagnée dans son combat, a écrit au ministre de la Santé Aurélien Rousseau pour l’alerter. Elle a connu Caroline Brémaud en 2021 et lui a permis de s’exprimer devant une commission d’enquête parlementaire du Sénat en décembre, il y a deux ans.
« Notre système de santé est dans une situation extrêmement délicate. L’hôpital public va mal et quand on a des professionnels tels que Caroline Brémaud qui s’investissent, qui ne comptent pas leurs heures, qui défendent l’hôpital, et qu’on les dessaisit de leur responsabilité, on marche sur la tête ! On ne peut pas avoir des directeurs d’hôpitaux qui se plaignent de manquer de personnel dans ces cas-là« , répond l’ancienne élue à France Bleu Mayenne.
Des suites judiciaires ?
Dans un communiqué commun, le Collectif Inter Hôpitaux et Samu Urgences de France expliquent qu’ils vont faire « le nécessaire pour que justice soit rendue au docteur Caroline Brémaud (…) nous allons étudier avec nos conseils les moyens de lutter contre ces méthodes qui nous rappellent les heures sombres d’un pays muselé et mis au pas« .
« On voit bien que les gens qui exposent la vérité de ce que nous vivons au quotidien, on leur demande de se taire, réagit Jean-François Cibien, président de l’intersyndicale Action praticiens hôpital, vice-président de Samu – Urgences de France et médecin urgentiste à Agen, s’ils ne se taisent pas, on peut imaginer au travers de cette décision qu’ils sont sanctionnés dans leur responsabilité et c’est bien dommage. »
De son côté, l’Association des Citoyens Contre les Déserts Médicaux écrit dans un communiqué : « Nous sommes affligés par cette décision qui veut faire taire l’urgentiste qui s’est mise en avant depuis plusieurs années pour essayer d’améliorer l’accès aux soins dans notre hôpital« .
En Mayenne, le parti communiste y va aussi de son communiqué : « Qu’est-ce qui justifie la mutualisation du poste de chef de service des urgences à l’échelle du département ? Cherche-t-on à museler les lanceurs d’alerte« , s’interroge le PC. Contactée, la direction de l’hôpital de Laval n’a pas répondu à nos sollicitations. Pas d’explications non plus de la part de l’Agence régionale de santé des Pays de la Loire. Caroline Brémaud ne souhaite pas s’exprimer.