« Tous nos efforts et nos investissements doivent se concentrer sur les mesures les plus efficaces et les plus rapides à déployer. C’est ça le vrai sujet de la COP 28 » déclare le Réseau Action-Climat en réponse à l’initiative pronucléaire de Macron

Plus de nucléaire pour sortir du charbon : le parti pris d’un groupe de pays à Dubaï

Encouragés par la France, une vingtaine de pays se sont engagés à tripler les capacités du nucléaire en 2050 et à flécher plus d’investissements vers cette filière, dès le début de la COP. Le seul moyen, selon cette coalition, de sortir du charbon.

Energie  |  04.12.2023  |  N. Gorbatko

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Plus de nucléaire pour sortir du charbon : le parti pris d'un groupe de pays à Dubaï

© MulderphotoPour tripler les capacités nucléaires mondiales, il faudrait mettre en service plus de 70 grands réacteurs par an entre 2040 et 2050, selon Greenpeace.

Multiplier par trois les capacités de production nucléaire en 2050, c’est l’engagement pris par 22 pays, dont la Pologne – qui ne possède pas encore de centrale –, les États-Unis, les Émirats arabes unis, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et, bien sûr, la France, samedi 2 décembre, lors d’un événement de haut niveau organisé dans le cadre de la COP 28. Reconnaissant, entre autres, « le rôle essentiel joué par l’énergie nucléaire dans les efforts pour parvenir au niveau mondial à zéro émission nette de gaz à effet de serre (…) d’ici au milieu du siècle environ », les participants se sont déclarés déterminés à travailler ensemble pour réaliser cet objectif, mais aussi à mobiliser des investissements dans ce domaine, notamment grâce à des mécanismes de financement innovants.

« Aucune stratégie crédible, ni nationalement ni mondialement, ne permet de sortir du charbon et des fossiles en reposant uniquement sur le renouvelable », a répété le président de la République, Emmanuel Macron, fervent militant de cette solution, potentiellement lucrative pour la France, dans un discours prononcé quelques instants plus tard. La coalition invite ainsi les actionnaires de la Banque mondiale, des institutions financières internationales et des banques régionales de développement à encourager l’intégration de l’énergie atomique dans la politique de prêt de leurs organisations. Outre les réacteurs nucléaires de grande taille, ces pays envisagent également la construction de petits réacteurs modulaires « et d’autres réacteurs avancés », afin de répondre aux besoins en électricité des industriels, de la production de carburants de synthèse et de la fabrication d’hydrogène. Ils prévoient par ailleurs de prolonger la durée de vie des centrales en activité.

La défiance des associations

Aucune stratégie crédible, ni nationalement ni mondialement, ne permet de sortir du charbon et des fossiles en reposant uniquement sur le renouvelable 

Emmanuel Macron, président de la République française

Le collectif, qui n’inclut d’ailleurs ni la Russie ni la Chine, espère inciter d’autres États à les rejoindre. Mais il est encore peu probable que cette coalition minoritaire puisse transformer l’essai et susciter l’unanimité pour intégrer la résolution au traité final. Dans le cadre d’un sommet consacré à ce sujet, au mois de mars prochain, la Belgique rassemblera en tout cas les États signataires, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), les investisseurs et les régulateurs du secteur « pour organiser une stratégie cohérente », a précisé Emmanuel Macron.

L’annonce laisse les associations environnementales pour le moins sceptiques, en raison notamment des délais relatifs à la construction de telles infrastructures, bien plus longs que la durée nécessaire au développement des énergies renouvelables et peu compatibles avec l’urgence climatique. « Pour tripler les capacités nucléaires mondiales, il faudrait mettre en service plus de 70 grands réacteurs par an, année après année, entre 2040 et 2050. Or, ces dernières années, ce sont cinq réacteurs en 2020, six réacteurs en 2021, six réacteurs en 2022 et quatre réacteurs en 2023, soit un total de 21 nouveaux réacteurs, qui ont été ajoutés au réseau », calcule Greenpeace.

Outre ce potentiel « extrêmement limité » du nucléaire sur le plan mondial, Gaia Febvre, responsable des politiques internationales pour le Réseau Action Climat (RAC) critique aussi une solution coûteuse et dangereuse pour des pays où la stabilité géopolitique n’est pas assurée. « Tous nos efforts et nos investissements doivent se concentrer sur les mesures les plus efficaces et les plus rapides à déployer. C’est ça le vrai sujet de la COP 28 », conclut-elle.

Nadia Gorbatko, journaliste
Rédactrice spécialisée

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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