Croyez-les sur parole : les ministres de la Santé suent sang et eau contre les déserts médicaux »
Date de publication : 5 décembre 2023

Eric Favereau remarque dans Libération qu’« Aurélien Rousseau s’est dit énervé qu’on critique son inaction contre les inégalités territoriales d’accès aux soins. Il n’est pas le premier : depuis 15 ans, les locataires de l’avenue de Ségur professent, sans résultat, leur volontarisme en la matière ».
Le journaliste observe ainsi : « On ne doute pas un instant de la sincérité du ministre, mais une politique se juge par ses résultats. Comment, dès lors, ne pas comprendre l’énervement, celui-là bien réel, des millions de personnes qui rencontrent de grandes difficultés dans l’accès aux soins, surtout lorsque l’on met cela au regard des propos des différents ministres de la Santé, depuis 15 ans, sur cette question ? Tous, en effet, depuis François Hollande, en ont fait une priorité de leur politique ».
Eric Favereau indique notamment : « Prenons Marisol Touraine. A peine nommée ministre de la Santé, elle lance en décembre 2012 un plan de lutte contre les déserts médicaux dans le cadre du «pacte territoire-santé». Discours technocratique. Avec création de postes de praticiens territoriaux de médecine générale, bourses octroyées aux internes en échange d’un engagement à s’installer dans une zone sous-dotée, développement des centres de santé. […] Cinq ans passent, les déserts médicaux fleurissent et grandissent ».
Le journaliste relève en outre : « Exit Buzyn, surgit le pétillant Véran, en février 2020. Soyons honnêtes, il sera dévoré par la gestion du Covid. Il n’empêche, lui aussi ne sera pas à cours de promesses et de volontarisme affiché. En 2021, il annonce, au micro de France Bleu, la fin des déserts médicaux «d’ici à peu près 5 ans» ».
« Paradoxalement, c’est son successeur, le très décrié François Braun, qui se montre le plus sincère. Ainsi, à la veille d’inaugurer le «conseil national de la refondation santé», l’ancien urgentiste assure, dans un entretien au Monde, que «[son] objectif est que chacun ait un médecin traitant» et que «rien n’est tabou dans les discussions à venir. Ne mentons pas aux Français : le pays connaît, partout, des problèmes de démographie» », remarque Eric Favereau.
Le journaliste note : « Pas de «solution miracle», donc. […] La situation a empiré ces deux dernières années : l’accès s’est détérioré pour 71,3% des citoyens». Voilà donc pour les propos ministériels, avec une constance : surtout ne pas toucher à la liberté d’installation de nos médecins ».
Le Pr Emmanuel Vigneron, géographe et spécialiste des territoires de santé, observe : « On dit que cela ne marche pas. Mais il n’y a aucune étude sérieuse qui le montre. En plus, pourquoi utiliser des mots qui font frémir, comme la coercition, pour évoquer la régulation des installations ? A mes yeux, le rôle de l’Etat est de réduire les inégalités territoriales d’accès à la santé. La liberté d’installation est un principe respectable, mais dès lors que cela contredit l’intérêt général, l’Etat doit agir ».
Le chercheur ajoute que « si on reprend les cartes territoriales depuis 20 ans, on voit une dégradation d’année en année sur l’accès aux soins. On a tenté les contrats, les aides d’installation, le soutien aux maisons de santé, etc. Tout cela n’a pas changé la donne, cela relève de la rustine. Et les rustines, cela sert aux ministres pour montrer qu’ils agissent ».
Chronique «Aux petits soins»
Croyez-les sur parole : les ministres de la Santé suent sang et eau contre les déserts médicaux
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Aurélien Rousseau s’est dit énervé qu’on critique son inaction contre les inégalités territoriales d’accès aux soins. Il n’est pas le premier : depuis quinze ans, les locataires de l’avenue de Ségur professent, sans résultat, leur volontarisme en la matière.
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par Eric Favereau
publié aujourd’hui à 8h00
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Et donc, le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, dans son entretien à Libération,s’est montré agacé lorsqu’il lui a été posé une question sur les déserts médicaux.«Qu’on nous accuse d’inaction m’énerve. Laisser planer cette idée que, pour les politiques, la vie des gens serait un décor dans lequel on se balade est insupportable.»Et il a poursuivi ainsi : «Il n’y a aucune inaction. Après, on n’est effectivement pas d’accord pour contraindre un médecin, généraliste ou spécialiste, à s’installer quelque part. Parce que l’on est convaincu que le remède serait pire que le mal : si on les obligeait à aller où ils ne veulent pas aller, beaucoup de médecins préféreraient changer de métier !»
On ne doute pas un instant de la sincérité du ministre, mais une politique se juge par ses résultats. Comment, dès lors, ne pas comprendre l’énervement, celui-là bien réel, des millions de personnes qui rencontrent de grandes difficultés dans l’accès aux soins, surtout lorsque l’on met cela au regard des propos des différents ministres de la