« Alzheimer : un ponte de la recherche falsifiait-il ses études ? »
Date de publication : 27 novembre 2023
Gaël Lombart s’interroge dans Le Parisien : « À l’instar du cerveau, qui possède deux hémisphères, la recherche sur Alzheimer aurait-elle deux facettes ? Certes, il y a les annonces sur des traitements prometteurs qui suscitent l’espoir, alors qu’aucun médicament n’a pour l’instant été introduit sur le marché. Mais il y a aussi la face sombre, les soupçons de manipulations de données qui ont entaché la réputation de plusieurs laboratoires ces derniers mois ».
Le journaliste fait savoir qu’« aujourd’hui, c’est un éminent spécialiste de cette maladie, Berislav Zlokovic, qui subit l’opprobre, après la publication la semaine dernière d’une enquête dans Science sur de possibles « fautes scientifiques » répétées depuis plus de 25 ans ».
Gaël Lombart explique que « sur la foi d’un dossier qui lui a été transmis par des lanceurs d’alerte, la revue fait état d’une trentaine d’études scientifiques publiées entre 1997 et 2023, cosignées par Berislav Zlokovic et comportant de potentielles falsifications ».
Le journaliste ajoute que « les scientifiques à l’origine des révélations ont par ailleurs détaillé les fraudes supposées sur la plate-forme en ligne PubPeer, qui permet aux chercheurs de commenter les publications de leurs pairs et où l’on peut voir ce qui ressemble à des duplications de portions d’images dans les travaux ciblés. Sous le sceau de l’anonymat, 4 anciens membres du laboratoire de Zlokovic ont affirmé auprès de Science que le professeur les poussait régulièrement à « ajuster les données » ».
« Selon les lanceurs d’alerte, ces fautes supposées pourraient avoir bientôt des conséquences sur des malades : la revue affirme que c’est sur « beaucoup » d’études incriminées que s’appuie un essai clinique en cours aux États-Unis impliquant un candidat-médicament baptisé 3K3A-APC, variant d’une protéine produite par le corps, l’APC », relève Gaël Lombart.
Il explique que « le traitement potentiel est supposé limiter les dégâts après un accident vasculaire cérébral (AVC) dit ischémique (quand un vaisseau sanguin est bouché plutôt que rompu). La phase 3 de l’essai clinique devrait débuter dès le mois de décembre et impliquer 1400 patients. Or, les résultats de la phase 2 de l’essai clinique, mené sur 110 personnes, ne sont pas des plus encourageants : il y a eu 4 fois plus de décès dans les 7 jours chez les patients auxquels on a administré 3K3A-APC que chez ceux ayant reçu un placebo », note Gaël Lombart.
Il fait savoir que « l’université de Californie du Sud (USC), qui emploie le Pr Zlokovic, dit « prendre au sérieux toute allégation relative à l’intégrité de la recherche » et confirme avoir diligenté une enquête interne ».
« De son côté, le groupe de presse Springer Nature, qui a publié 9 des études visées, dit « étudier actuellement attentivement » les « préoccupations portées à son attention », ajoute Gaël Lombart.
John Griffin, « qui a participé à la publication des données », indique pour sa part que Berislav Zlokovic « travaille très dur sur toutes les principales questions qui réclament de l’attention. […] De multiples études non réalisées dans le laboratoire de Zlokovic, et des examens, reconnaissent la solide base scientifique et la promesse du 3K3A-APC pour les AVC ischémiques, ainsi que potentiellement pour d’autres pathologies ».
Alzheimer : un ponte de la recherche falsifiait-il ses études ?
Alors que les scandales s’enchaînent autour de cette maladie, c’est au tour du professeur Berislav Zlokovic d’être suspecté de falsifier ses études. Ceux qui ont lancé l’alerte réclament l’arrêt aux États-Unis d’un essai clinique sur un médicament supposé limiter les dégâts après un AVC et reposant sur certaines des études incriminées.Par Gaël Lombart
Le 26 novembre 2023 à 06h45

À l’instar du cerveau, qui possède deux hémisphères, la recherche sur Alzheimer aurait-elle deux facettes ? Certes, il y a les annonces sur des traitements prometteurs qui suscitent l’espoir, alors qu’aucun médicament n’a pour l’instant été introduit sur le marché. Mais il y a aussi la face sombre, les soupçons de manipulations de données qui ont entaché la réputation de plusieurs laboratoires ces derniers mois. Aujourd’hui, c (Suite abonnés)
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