A Necker-enfants malades « Même dans ce lieu symbole des prouesses de l’hôpital public, spécialisé dans les maladies rares, et alliant la recherche au plus haut niveau à toutes les disciplines pédiatriques médicales et chirurgicales, la crise se fait désormais ressentir « .

« A l’hôpital Necker-Enfants malades, temple de l’excellence de la pédiatrie à l’épreuve de la crise : « Regardez notre misère »

Date de publication : 27 novembre 2023

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Camille Stromboni constate dans un reportage que « dans cet établissement pédiatrique de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris où exercent les meilleurs spécialistes du pays, des lits sont fermés, comme ailleurs, par manque de personnels. Avec parfois des conséquences dramatiques, quand des opérations doivent être reportées ».


La journaliste rappelle qu’« avec 1200 opérations par an, l’établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris est le premier centre de chirurgie cardiaque pédiatrique de France. Et même d’Europe ».


Elle note cependant que « depuis la fin de la crise du Covid-19, l’établissement a été rattrapé par les maux qui touchent l’ensemble du système hospitalier. Même dans ce lieu symbole des prouesses de l’hôpital public, spécialisé dans les maladies rares, et alliant la recherche au plus haut niveau à toutes les disciplines pédiatriques médicales et chirurgicales, la crise se fait désormais ressentir ».


« D’un service à l’autre, quelque 120 lits sont fermés – soit environ 20% de l’offre de soin, selon la direction de l’établissement. Ils n’étaient qu’une trentaine fin 2019, avant la crise du Covid-19. Avec ce même point noir, le manque d’infirmiers »,
 relève Camille Stromboni.
Maya Vilayleck, directrice de l’établissement, fait savoir : « Nous avons des perspectives de recrutement plus favorables pour les prochains mois ».


La journaliste cite en outre le Pr Olivier Raisky, chirurgien cardiaque, remarquant : « L’homme arrivé voilà 15 ans dans le service se dit de moins en moins serein. […] Quelques jours plus tôt, le professeur a eu du mal à encaisser un e-mail reçu en fin de journée. Celui lui annonçant qu’un enfant était décédé, alors que sa chirurgie avait dû être reportée à plusieurs reprises. Encore un ».


Le médecin indique ainsi qu’« il y a eu 6 à 8 enfants comme ça cette année, ce n’est plus un cas isolé. C’est difficile de perdre un enfant après une chirurgie, mais on se console en se disant qu’il a eu une chance. Là, se dire qu’en France, on n’a pas pu le prendre en charge… c’est dur ».


Camille Stromboni note que « sur sa liste d’attente, il y a désormais près de 400 noms d’enfants. Le service a pourtant le vent en poupe, avec le projet d’ouvrir 50% de lits de plus à l’horizon 2025. Mais à condition de trouver les soignants ».


Le Pr Raisky ajoute : « Regardez notre misère ». La journaliste évoque « les chambres de réanimation, dont 4 sont vides. Tout le matériel est là, pourtant, mais pas de lit, ni de patient ». « C’est dramatique », remarque le chirurgien.


La Pr Hélène Chappuy, cheffe de service aux urgences pédiatriques, note pour sa part : « On a cette particularité d’avoir environ 30% de patients qui sont des enfants suivis chez nous, et qui arrivent ici quand leur pathologie décompense, donc nous prenons en charge toutes ces pathologies lourdes. On est un peu victimes de notre réputation ».
Camille Stromboni remarque que « ce mardi de novembre, le ratio est particulièrement élevé : sur les 9 postes d’infirmiers aux urgences, 6 sont vacants et n’ont été comblés que grâce à des intérimaires. Soit des professionnels qui viennent pour quelques jours, quelques semaines ou quelques mois. Et qui ne connaissent pas toujours bien la pédiatrie, le service, et encore moins les pathologies si particulières de Necker ».
La journaliste ajoute qu’« outre les tensions sur le recrutement paramédical et l’affluence de petits patients qui se produit régulièrement, en particulier en cette période d’épidémies hivernales, les difficultés d’accès au bloc opératoire constituent un autre « point noir » ».
La Pr Chappuy souligne que « pour les parents, c’est incompréhensible, et pour nous, c’est une pression supplémentaire ».

*Coronavirus : applaudir les soignants mais aussi les armer

Éditorial

Le Monde

Editorial. Au-delà des acclamations que les Français leur adressent chaque soir à 20 heures, les professionnels de santé ont urgemment besoin d’équipements et de la mise en œuvre de mesures efficaces pour délester les hôpitaux.

Publié le 26 mars 2020 à 11h02  Temps de Lecture 2 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/26/coronavirus-applaudir-les-soignants-mais-aussi-les-armer_6034488_3232.html

Editorial du « Monde ». Dix jours après avoir décrété la « mobilisation générale » et alors que certains hôpitaux engagés dans la « guerre » contre le Covid-19 approchent de la saturation, le président de la République a appelé la nation, mercredi 25 mars, à « faire bloc » et annoncé un nouveau train de mesures : prime exceptionnelle pour les personnels de santé, « plan massif » pour l’hôpital et revalorisation des carrières, mobilisation de l’armée.

La France, elle, est méconnaissable : confinée, largement paralysée et inquiète, mais mobilisée contre un virus qui menace chacun. Nulle menace étrangère ni décombres, mais des rues désertes, des familles en cohabitation forcée, assujetties à une actualité angoissante, des solitudes exacerbées, des professionnels dévoués et admirés. Placés en première ligne, les personnels soignants sont les nouveaux « hussards noirs » de cette République combattante, les héros d’une lutte vitale qui vise à honorer la promesse républicaine de l’égale protection face à la maladie et de l’égal accès aux soins.

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Emmanuel Macron en a justement tiré la conclusion : l’hôpital public, déjà en crise avant la pandémie, doit faire d’urgence l’objet de toutes les attentions. Le dévouement de ses personnels, parmi les plus mal payés d’Europe, permettra de limiter l’ampleur du drame. Il faudra se souvenir des promesses de revalorisation une fois la crise passée.

Le risque d’épuisement

Reflet du soutien de la population, les applaudissements nourris, qui saluent aux fenêtres, chaque soir, à 20 heures, l’engagement des personnels de santé, sont bienvenus alors que pointe le risque d’épuisement physique et moral. Mais ils ne sauraient remplacer d’autres formes de reconnaissance, politique, sociale et financière.

Les soignants doivent être épaulés d’abord par les efforts collectifs destinés à contenir la pandémie. En respectant et en faisant respecter les règles du confinement, en interrogeant ses comportements à l’aune de l’intérêt commun, chacun peut soulager indirectement la charge qui pèse sur des personnels submergés. Nul ne doit se sentir exonéré de cette responsabilité.

Lire aussi Coronavirus : les hôpitaux d’Ile-de-France proches du point de ruptureNous sommes loin d’avoir passé la vague. A l’approche du pic de l’épidémie, l’admirable dévouement des soignants doit aller de pair avec une mobilisation sans faille des autorités, chargées non seulement d’équiper les structures de soins, de gérer au mieux les lits disponibles, mais aussi de fournir à la population tous les moyens possibles de prévention.

Or, en dépit de la « mobilisation totale » décrétée à nouveau par M. Macron mercredi, la distribution des masques de protection reste entravée par la pénurie. Que des médecins généralistes, des caissières, des ouvriers, des policiers en soient démunis, que des personnels hospitaliers les quémandent n’est pas acceptable. Que la vie de malades soit compromise faute d’appareils d’assistance respiratoire ne l’est pas davantage.

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Il faut aussi tirer les conséquences de l’impossibilité matérielle d’un confinement strict dans des logements exigus. Pour soulager les hôpitaux et retarder la contagion, des lieux intermédiaires pourraient accueillir des personnes présentant des symptômes. Vides, des hôtels et d’autres lieux d’hébergement collectif devraient être réquisitionnés.

Le président de la République, s’il veut aller jusqu’au bout de la métaphore guerrière qu’il a choisie, ne doit pas se contenter de paraphraser Clemenceau. Il doit armer les fantassins qui montent à l’assaut, protéger les civils et mobiliser l’appareil productif, s’il prétend être comparé un jour au « Père la victoire ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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