Non aux machines informatiques pour remplacer les médecins

« Déserts médicaux : Michel-Édouard Leclerc favorable à l’installation de cabines de télémédecine dans ses supermarchés »

Date de publication : 24 novembre 2023

https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=46205bf819c17c98c60142f03c25867a&id_newsletter=19170&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=19170&from=newsletter

Le Parisien

Le Parisien relève en effet : « Consulter un médecin en faisant ses courses ? Michel-Édouard Leclerc a en tout cas estimé ce jeudi qu’installer des cabines de télémédecine dans des supermarchés était une «très bonne idée» ».
Le journal explique que « le patron des enseignes Leclerc était interrogé sur Sud Radio sur le sujet, une semaine après l’annonce de la SNCF qui va installer des centres de télémédecine de 15 m2 dans près de 300 gares d’ici à 2028. Michel-Édouard Leclerc a affirmé qu’il irait «voir» Loxamed, «la société médicale» chargée de ce déploiement ».
Le quotidien rappelle cependant que « l’Ordre des médecins a dit ce lundi «sa très profonde inquiétude» à l’annonce d’un tel dispositif dans les gares françaises. «Cette proposition va détourner des professionnels de santé, qui seront ainsi moins disponibles pour exercer dans les territoires les plus vulnérables», a-t-il dénoncé en appelant la SNCF à «améliorer la desserte ferroviaire des territoires les plus enclavés, véritable enjeu d’attractivité des territoires vis-à-vis de l’installation des professionnels de santé» ».
Le Parisien note que « le groupe Leclerc fait part depuis des années de sa volonté de pouvoir vendre des médicaments. Son président a de nouveau réclamé ce jeudi matin le droit de vendre des produits «de parapharmacie», «pour les personnes âgées» et du «matériel médical pour les infirmières» ».

Publié le 25/11/2023

Télécabines : faire dérailler la médecine ou démocratiser la télémédecine ? 

Paris, le samedi 25 novembre 2023

https://www.jim.fr/medecin/jimplus/posts/e-docs/telecabines_faire_derailler_la_medecine_ou_democratiser_la_telemedecine__199751/document_jim_plus.phtml?autologin=Y5NQy38AAQEAABZ3tx8AAAAK

– Le dessin résume assez bien l’incongruité de l’annonce et l’incrédulité qu’elle a suscitée. Sous le titre « Déserts médicaux : des centres de télémédecine dans les gares », Man Dessinateur a représenté deux personnages dans un désert, qui devant une voie ferroviaire manifestement désaffectée puisqu’ensevelie sous le sable, s’interrogent : « Quelle gare ! ».

Ces dernières années, la politique de la SNCF a en effet bien plus certainement consisté à supprimer les lignes les moins exploitées et les petites gares, tandis que l’accessibilité des guichets dans certaines stations est une gageure, qu’elle n’a été marquée par un engagement à lutter contre l’isolement. Malgré ce paradoxal décalage, l’initiative de la SNCF visant à installer des centaines de cabines de téléconsultations dans les gares a été largement remarquée et en a réveillé certains. Ainsi, Michel-Edouard Leclerc a salué cette idée et a déclaré qu’il envisageait de contacter la société avec laquelle la SCNF collaborait (Loxamed) afin de réfléchir à l’installation de cabines de télémédecine dans ses supermarchés. Cet appétit de Michel-Edouard Leclerc qui depuis des années n’a cessé ses assauts pour obtenir le droit de vendre des médicaments accessibles sans ordonnance dans ses espaces parapharmacies n’étonnera guère.

Du panier de la ménagère au panier de soins

Néanmoins, quelques jours après la levée de boucliers provoquée par la confirmation du projet de la SNCF (qui avait déjà été présenté il y a quelques mois), la sortie de Michel-Edouard Leclerc n’a pu que renforcer les inquiétudes. Le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président du Conseil de l’Ordre a ainsi commenté sur X (ex-Twitter) : « Michel-Édouard Leclerc veut aussi installer des centres de télémédecine dans les supermarchés. Après la SNCF, la grande distribution s’occupe non pas du « panier de la ménagère » mais du panier de soins. Jusqu’où cette atomisation de l’accès aux soins ». De nombreux praticiens ont partagé son indignation, tel le Dr Guillaume Barucq qui prévient : « L’automatisation de la médecine est en cours avec le déploiement massif de cabines de téléconsultation dans les gares, les supermarchés, les pharmacies… Il est encore temps de boycotter ces machines dont les médecins derrière l’écran seront vite remplacés par une IA ».

Pas de médecine sans examen clinique

Les réticences assez largement partagées des praticiens vis-à-vis des cabines de téléconsultation sont d’abord liées aux risques pour la qualité de la prise en charge« La médecine sans examen clinique, ce n’est pas la médecine » répète régulièrement le praticien qui intervient sous le nom de Le Flohic sur Twitter. « Les récits de téléconsultation par quasi tous les patients qui sont passés par une plateforme/une application puis qui repassent au cabinet ensuite sont terrifiants » rapportait de son côté l’année dernière le Dr Christophe Lamarre. Le recours à une télécabine sans possibilité de contacter son médecin traitant ou d’être accompagné par un professionnel de santé (ce qui ne devrait pas être le cas dans les gares, puisqu’une infirmière devrait être présente) attise encore un peu plus ce réflexe de défiance.

Complicité de certains médecins, duplicité de l’Etat

Mais l’inquiétude n’est pas que strictement clinique, elle est également une réflexion éthique sur les fondements de la médecine. Beaucoup redoutent une financiarisation ou encore une ubérisation de la médecine. Le fait que les cabines médicales de la SNCF participent à un mouvement plus global de l’entreprise pour diversifier son offre est un élément qui peut favoriser une lecture assez consumériste de ce dispositif.

Pour l’UFML, il ne fait aucun doute, le syndicat écrivant en effet au lendemain de l’annonce de la SNCF : « Une fois de plus, c’est sous le couvert de la résolution des déserts médicaux que la financiarisation étant ses bras de poulpe…C’est un fait constant : on enveloppe, toujours dans le plus beau des papiers, les forfaits les plus dégueulasses. Nous rappelons que la mainmise de la financiarisation sur le soin ne vise qu’à développer une médecine low cost très lucrative pour ces entreprises qui n’ont rien de bienfaitrices de l’humanité souffrante ».

Le Dr Jérôme Barrière ne peut que souscrire à cette analyse, qui sous le message du Dr Mourgues commente ironiquement : « En plus de manière philanthrope évidemment. Ces humanistes quand même… Ça va être fascinant les motifs de consultation. Après soyons clairs, si des confrères se rendent complices de cette uberisation tant pis »

 Mais pour l’UFML, ce ne sont pas d’abord les praticiens participant potentiellement à ces initiatives qui doivent être dans le viseur mais la duplicité de l’Etat : « S’agissant de cette société on apprend que « Les lieux précis d’implantation de ces espaces de télémédecine seront arrêtés en concertation avec les Agences régionales de santé, les ARS, et les collectivités locales. » C’est dit et affirmé les ARS, donc l’état, participent et avalisent la multiplication des cabinafrics et la construction de la Médecine low cost comme une des réalités de la médecine de demain. Les ARS, donc le ministère de la Santé, donc l’état, affichent une volonté de lutte contre la financiarisation de la santé et dans les faits avalisent la favorisation de dirigeants et entreprises amies. Cette réalité, que nous percevons comme une trahison, laissera des traces », dénonce l’organisation.

Bilan contrasté

Dans les faits, les responsables territoriaux et les représentants politiques sont loin d’être unanimes sur le sujet. Philippe Gouet, président du conseil départemental de Loir-et-Cher et président du groupe de travail Santé de « Départements de France » s’inquiétait en effet dans une tribune publiée en juin dans l’Opinion de l’absence de régulation de la télémédecine. Aujourd’hui, beaucoup appellent d’ailleurs les pouvoirs publics à intervenir (et dès lors à manifester qu’ils ne sont pas les complices de cette intervention).

Par ailleurs, si l’entreprise Loxamed assure que des concertations auront lieu avec les ARS, au plus haut sommet de l’Etat on semble dubitatif (doute dont la sincérité sera peut-être interrogée). Ainsi, dans une interview à Libération cette semaine, Aurélien Rousseau observe : « L’expérience montre que les cabines de téléconsultation isolées, non inscrites dans un parcours de soins, ça marche très moyennement. En outre, je pense qu’il ne faut pas mélanger soin et consommation : une consultation, ce n’est pas un photomaton », assène le ministre de la Santé, tout en considérant que la présence d’une infirmière est un point positif. De fait, il semble difficile de mesurer aujourd’hui l’intérêt des télécabines, en ce qui concerne l’amélioration de l’offre de soins dans les zones sous dotées.

Une enquête réalisée en octobre dernier par Le Monde révélait ainsi que la télécabine de Favril (Eure et Loir), qui fut la première installée en France, accueille seulement quatre à cinq patients en moyenne par semaine, rendant l’opération finalement peu rentable, même si elle satisfait la municipalité. Dans les officines, où ces cabines se sont développées, le bilan est également contrasté.

La télémédecine démocratisée ?

Cependant, les télécabines pourraient, mieux déployées et si elles étaient inscrites dans un véritable plan de santé publique (et non pas seulement installées au grès d’initiatives ponctuelles et/ou privées non coordonnées) être une façon de démocratiser la téléconsultation. En effet, bien qu’elle soit souvent présentée comme un outil pour lutter contre les déserts médicaux, la télémédecine est en réalité aujourd’hui plus souvent utilisée par des jeunes urbanisés et technophiles qui statistiquement ont moins besoin de soins que leurs ainés et ont en tout cas moins de difficultés d’accès aux soins, comme l’avait mis en évidence un rapport publié l’année dernière par la DREES.

Cette dernière avait également établi que la téléconsultation ne semble pas majoritairement utilisée pour palier un problème de distance puisque 58,6 % des téléconsultations sont proposées par un médecin installé à moins de 5 km du domicile du patient (contre 62,7 % des consultations en cabinet) et 69,1 % par le médecin traitant du patient (67,2 % en cabinet).

Des télécabines disséminées dans des lieux stratégiques avec toujours la présence d’un autre professionnel de santé permettraient de répondre aux freins à la téléconsultation (problèmes de connexion, difficultés pour utiliser les outils diagnostiques, etc) et dès lors potentiellement répondre à certains problèmes d’accès aux soins.

D’ailleurs, l’hostilité et la réticence vis-à-vis de la télémédecine en général et des télécabines en particulier ne sont pas totales. On se souvient comment l’année dernière, un collectif de médecins et chercheurs, emmenés par le Prix Nobel Françoise Barré-Sinoussi avait invité à ne pas « infantiliser » les patients en restreignant trop strictement l’accès à la télémédecine. De son côté, l’association Citizen4Science qui milite contre la désinformation scientifique voit dans le tollé des médecins face aux télécabines une nouvelle manifestation de la volonté de défendre leur corporatisme.

Man Desinateur : https://twitter.com/ManDessins/status/1727232964721819801/photo/1

Jean-Marcel Mourgues : https://twitter.com/JMMOURGUES

Le Flohic

Christophe Lamarre

Philippe Gouet : https://www.lopinion.fr/tribune/telemedecine-limperatif-dun-encadrement-urgent-la-tribune-de-philippe-gouet

Le rapport de la Drees :

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/sept-teleconsultations-de-medecine-generale

Collectif de médecin et de chercheurs :

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/encadrement-de-la-teleconsultation-arretons-dinfantiliser-les-patients-et-des-usagers-20221019_EKNMLLYI5NGLRB2OSF65KGUMOU/

Aurélie Haroche

L’ordre des médecins exprime « sa profonde inquiétude » sur le projet d’installation d’espaces de télémédecine dans les gares SNCF

La SNCF a déclaré, vendredi, vouloir déployer des espaces de télémédecine pour lutter contre les déserts médicaux dans environ trois cents gares d’ici à 2028. 

Le Monde avec AFP

Publié le 21 novembre 2023 à 08h48, modifié le 21 novembre 2023 à 09h36 https://www.lemonde.fr/sante/article/2023/11/21/l-ordre-des-medecins-exprime-sa-profonde-inquietude-sur-le-projet-d-installation-d-espaces-de-telemedecine-dans-les-gares-sncf_6201446_1651302.html

Temps de Lecture 1 min. 

L’ordre des médecins a vivement critiqué, lundi 20 novembre, le projet de la SNCF d’installer des espaces de télémédecine dans ses gares, lui conseillant plutôt « d’améliorer la desserte ferroviaire des territoires les plus enclavés » pour attirer des professionnels de santé.

« L’ordre des médecins ne peut qu’exprimer sa très profonde inquiétude » face au projet d’implantation de la SNCF d’espaces de télémédecine dans environ trois cents gares, d’ici à 2028.

« Cette proposition va détourner des professionnels de santé, qui seront ainsi moins disponibles pour exercer dans les territoires les plus vulnérables », a notamment pronostiqué l’ordre des médecins, qui dénonce également un nouveau pas vers la « financiarisation » du système de santé.

Lire aussi :   Face aux déserts médicaux, vingt ans d’hésitations politiques

Lutter contre les déserts médicaux

La SNCF a déclaré, vendredi, vouloir déployer des espaces de télémédecine pour lutter contre les déserts médicauxdans environ trois cents gares d’ici à 2028. Ces espaces de 15 mètres carrés doivent être installés au début dans des bâtiments modulaires fournis par Loxamed, une filiale du groupe Loxam (location de matériel de chantier). Celle-ci a conçu des modules spécialisés dans le soin, utilisés notamment pendant la crise sanitaire pour faire du dépistage.

La SNCF a déclaré qu’un infirmier serait toujours présent sur place, et que chaque patient « sera examiné à distance par un médecin exerçant sur le territoire français ». Loxamed prévoit de s’adresser aux unions régionales des professionnels de santé (URPS) pour trouver les infirmiers et les médecins libéraux qui prendront en charge la télémédecine.

Le syndicat de médecin UFML (Union française pour une médecine libre) a, lui aussi, vivement dénoncé l’initiative de la SNCF et de Loxamed, y voyant un nouvel exemple de développement d’une « médecine low cost très lucrative »pour les entreprises.

« Il ne peut y avoir de bonne médecine faite de consommation presse-bouton à distance d’un médecin qui ne connaît pas le patient », a critiqué le syndicat.

Lire aussi la tribune :  Déserts médicaux : « Au-delà du nombre de médecins, c’est l’organisation de l’offre de soins qu’il faut repenser »

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Le Monde avec AFP

Publié le 20/11/2023

La télémédecine entre en gare

Paris, le lundi 20 novembre 2023

https://www.jim.fr/e-docs/la_telemedecine_entre_en_gare_199676/document_actu_pro.phtml

– La SNCF a annoncé l’ouverture de centres de télémédecine dans 300 gares d’ici 2028. L’Ordre des médecins et l’UFML sont vent debout.

La télémédecine connait depuis quelques années un essor important, facilitée par les nouvelles technologies de communication et accéléré par la pandémie de Covid-19. Un essor qui n’a pas manqué de susciter des réactions contrastées chez les commentateurs. Si certains pensent que la télémédecine est un outil efficace pour lutter contre la désertification médicale et les difficultés d’accès aux soins, d’autres y voient un vecteur de financiarisation de la santé qui risque d’aboutir au développement d’une médecine foraine. Le nouveau projet de la SNCF dans ce domaine risque fort de relancer le débat sur le sujet.

L’entreprise de chemins de fer a en effet annoncé ce vendredi son projet de développer des cabines de télémédecine dans près de 300 gares d’ici 2028. Le projet, qui sera mené en partenariat avec la société Loxamed, spécialisée dans la télémédecine, démarrera dès 2024 avec l’installation des premières cabines de télémédecine sur le parvis des gares.

En priorité dans les déserts médicaux

Dans ces espaces de santé de 25m2, les patients pourront bénéficier d’une téléconsultation avec un médecin généraliste, Loxamed promettant de s’associer en priorité avec des omnipraticiens en secteur I exerçant à proximité des gares. Le patient sera accompagné par un infirmier, qui pourra notamment examiner le patient en suivant les instructions à distance du médecin. A terme, la SCNF espère que ces cabines de santé offriront également des services de dépistage, de prélèvement et de vaccination ainsi que des activités secondaires comme la vente de produits de parapharmacie.

La SNCF justifie ce projet par la nécessité de lutter contre la désertification médicale. « L’idée de mettre à disposition de véritables espaces de télémédecine dans des lieux où les gens n’ont pas l’habitude d’avoir accès aux soins nous semble pertinente, aujourd’hui, 90 % de la population française vit à moins de 10 km d’une gare » explique Raphael Poli, directeur général de SNCF Gares & Connexions.

Ces centres de télémédecine seront ainsi installés dans des gares situées dans des zones d’intervention prioritaires (ZIP) ou des zones d’actions complémentaires (ZAC) dépourvues de professionnels de santé, soit 1 735 gares potentielles au total. « Maintenant, la priorité va être de coconstruire avec les collectivités locales pour essayer d’identifier les besoins et sélectionner ensemble des lieux, ces installations devront s’intégrer dans le cadre de projets régionaux et territoriaux de santé qui sont pilotés par les ARS » précise Raphael Poli.

L’UMFL dénonce des « cabines à fric »

On le sait, la télémédecine est souvent dépréciée par les instances représentatives des médecins, qui considèrent qu’elle ne pourra jamais remplacer la consultation classique et l’annonce de la SNCF a donc été plutôt mal accueillie par ces instances. Dans un communiqué publié ce lundi, l’Ordre des médecins s’est ainsi dit « très inquiet quant au développement d’une telle activité commerciale et économique de la santé, élément de sa financiarisation déjà à l’œuvre ».

Dénonçant une initiative contraire au Code de Santé Publique qui manifeste d’une « véritable dérégulation de notre système de santé » et qui risque d’accentuer les inégalités territoriales de santé, l’Ordre des médecins demande à la SNCF de se concentrer plutôt sur « l’amélioration de la desserte ferroviaire des territoires les plus enclavés, véritable enjeu d’attractivité des territoires vis-à-vis de l’installation des professionnels de santé ».

L’UFML, qui avait déjà dénoncé l’idée d’installer des cabines de télémédecine dans des gares lorsqu’elle n’était qu’à l’état de projet, s’est montré encore plus virulente dans sa critique. Le syndicat du Dr Jérôme Marty évoque ainsi des « cabines à fric », une « souillure de la médecine » et « un forfait dégueulasse ». « Seul l’investissement dans la médecine libérale et la construction concrète d’une amélioration de son attractivité permettra la multiplication des installations des médecins sur tout le territoire » conclut l’UFML. Le syndicat aura l’occasion d’exprimer son désaccord face à cette politique en faveur de la télémédecine au cours des négociations conventionnelles avec la CNAM, qui ont repris mercredi dernier.

Quentin Haroche

Publié le 09/06/2023

Un « Netflix de la santé » qui fait polémique

Paris, le vendredi 9 juin 2023

https://www.jim.fr/e-docs/un_netflix_de_la_sante_qui_fait_polemique_197662/document_actu_pro.phtml

Le groupe de cliniques privées Ramsay propose aux patients un abonnement à la téléconsultation, une offre qui suscite l’indignation de nombreux médecins.

Consulter un médecin comme l’on regarde une série sur Netflix, c’est l’offre étonnante faite par la société Ramsay Santé, filiale européenne du géant de l’hospitalisation privée Ramsay Health Care, qui gère plus de 440 cliniques et hôpitaux privés à travers l’Europe. Sur son site internet, le groupe propose un abonnement à 11,90 euros par mois (soit moins cher qu’un abonnement Netflix Premium !) en échange de la garantie de pouvoir obtenir une téléconsultation avec un médecin 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 (dans la limite cependant de 20 appels par an). 

« Une fois l’abonnement souscrit, aucun surcoût ne vous sera demandé, toute vos téléconsultations sont incluses » indique le site. « Pas de filtre ni d’intermédiaire, pas de délais d’attente, ni de RDV à planifier, vous êtes directement et immédiatement mis en relation avec le médecin ou professionnel de santé » indique le groupe Ramsay. Plus de vingt spécialités médicales différentes (gynécologue, psychiatre, pédiatre…) sont disponibles. « Ce service de téléconsultation est complémentaire de votre parcours de soins, il vous apporte immédiatement une réponse à vos questions de santé sans pour autant se substituer au suivi de votre médecin traitant » tient cependant à préciser Ramsay.

Un « coupe-file payant pour faire face à la saturation des soins »

Bien que cette offre existe depuis un an, ce n’est que ces derniers jours que cet abonnement si particulier est apparu dans le viseur de certains professionnels de santé, qui n’ont pas manqué de faire part de leur indignation sur les réseaux sociaux. Le service proposé par le groupe Ramsay est notamment accusé de créer une médecine à deux vitesses, en permettant à certains de payer pour contourner les problèmes de saturation des soins, de violer le parcours de soins et de rabaisser l’activité médicale à un simple service à consommer. « C’est de la médecine low-cost » tonne le Dr Jérôme Marty, président de l’Union française pour une médecine libre (UFML). « La médecine générale n’a tellement plus de valeur qu’elle coûte moins cher qu’un abonnement Netflix » commente pour sa part le Dr Jonathan Favre, membre du collectif « NoFakeMed ». Un dispositif scandaleux » estime quant à lui le Pr Christophe Marguet, pédiatre au CHU de Rouen. 

Le collectif « Nos services publics » s’interroge lui sur le modèle économique de ce « coupe-file payant pour faire face à la saturation des soins ». Comme le rappelle le collectif, les téléconsultations ne sont prises en charge par l’Assurance Maladie que si elles respectent les conditions d’un accord de 2018 (le patient doit être préalablement connu du médecin, la téléconsultation doit s’inscrire dans le parcours de soins, le médecin ne peut pas faire plus de 20 % d’actes de télémédecine…). 

Mais ces règles peuvent être contournées en cas d’urgence. Pour le collectif de défense des services publics, le groupe Ramsay ne se privera pas de qualifier chacune des téléconsultations qu’il propose via cet abonnement comme « urgente », afin de pouvoir obtenir une prise en charge par l’Assurance Maladie malgré le contournement du parcours de soins. « En rémunérant très cher des médecins prêts à faire de la sous-médecine, pour s’occuper de patients ayant les moyens de payer, Ramsay détourne des ressources médicales rares des priorités collectives de santé publique, le tout payé par nos cotisations » s’indigne le collectif, qui demande au ministère de la Santé d’intervenir pour faire interdire cette offre. 

Le CNOM peu enthousiaste face à la télémédecine

Dans un communiqué paru ce jeudi, le Conseil national de l’Ordre des Médecins (CNOM) s’est également indigné de « cette initiative qui est contraire à la déontologie médicale ». « L’Ordre national des médecins estime que ces téléconsultations menacent le système de soins et remettent en cause le modèle de santé français fondé sur la solidarité et la gratuité des soins (…) Ce type d’abonnement fait de la médecine un commerce et déconsidère la profession » peut-on lire dans le communiqué. 

Au-delà de la question de l’abonnement en lui-même, cette initiative très discutable du groupe Ramsay ravive le débat sur l’intérêt de la télémédecine. Alors que certains considèrent qu’elle représente l’avenir de la médecine et qu’elle peut permettre de pallier la désertification médicale, d’autres au contraire estiment qu’il s’agit d’une médecine au rabais. Dans ce débat, le CNOM a clairement choisi son camp. « La téléconsultation est un mode d’exercice dégradé, il ne permet pas l’auscultation du patient, gage de qualité du diagnostic, en cas de maladie complexe ou de polypathologies, cela peut avoir de lourdes conséquences, son déploiement ne me parait pas souhaitable » explique le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président du CNOM.

Quentin Haroche

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Publié le 08/12/2022

La téléconsultation, inefficace contre la désertification médicale ?

Paris, le jeudi 8 décembre 2022

https://www.jim.fr/e-docs/la_teleconsultation_inefficace_contre_la_desertification_medicale__195197/document_actu_pro.phtml

– Loin de l’objectif affiché, la téléconsultation profite essentiellement à des patients jeunes et urbains.

Depuis plusieurs années, la téléconsultation est présentée par ses promoteurs comme un moyen de corriger les problèmes d’accès au soin liés à la désertification médicale. Mais les détracteurs de cette nouvelle manière de pratiquer la médecine pointent du doigt le risque que la téléconsultation soit essentiellement utilisée par les personnes les plus à l’aise avec les nouvelles technologies de visioconférence, à savoir les jeunes urbanisés, pas nécessairement ceux les plus touchés par la désertification médicale et les difficultés d’accès aux soins donc.

La dernière étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée ce jeudi sur la pratique de la téléconsultation en France en 2020 et en 2021 confirme cette inquiétude. En effet, 69,4 % des téléconsultations conduites par les 60 000 généralistes libéraux que compte notre pays ont été réalisées pour des patients vivant dans des grandes villes ou dans leurs banlieues, qui concentrent 56,9 % de la population.

A l’inverse, seulement 17,9 % des consultations à distance ont bénéficié à des patients habitants dans les territoires ruraux, où résident 27,6 % des Français. Paris est devenue la capitale de la télémédecine, puisque les omnipraticiens parisiens effectuent 12 % de leurs consultations à distance, contre seulement 2,2 % pour les généralistes exerçant en zone rurale.

La téléconsultation, une pratique de jeunes

Corolaire logique de cet aspect très urbain de la téléconsultation, cette nouvelle pratique bénéficie peu aux déserts médicaux. Ainsi, 23,3 % des consultations à distance concernent les 20 % de Français vivant dans les zones les mieux dotées en généralistes, tandis que 17,9 % bénéficient aux 20 % de la population les plus éloignés d’un omnipraticien. La téléconsultation n’est pas non plus utilisée pour palier un problème de distance ou l’absence du médecin traitant : 58,6 % des téléconsultations sont proposées par un médecin installé à moins de 5 km du domicile du patient (contre 62,7 % des consultations en cabinet) et 69,1 % par le médecin traitant du patient (67,2 % en cabinet).

On observe également une fracture dans la pratique de la téléconsultation selon l’âge, que ce soit celui du généraliste ou du patient. Ainsi, la téléconsultation représente 4,8 % de l’activité des médecins de moins de 40 ans, contre seulement 2,5 % pour leurs confrères de 65 ans et plus. Du côté des patients, 45,2 % des téléconsultations ont concerné en 2021 des patients de moins de 45 ans, contre seulement 28,7 % des consultations classiques. De plus, la téléconsultation est bien moins fréquente chez les patients les plus précaires bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (CSS). En bref, la téléconsultation semble être passée à côté de sa cible.

La désertification médicale progresse

De manière plus globale, la Drees constate que la pandémie de Covid-19 a provoqué une explosion de la téléconsultation. Alors que seulement 80 000 consultations à distance ont été recensées en 2019, on en a compté 13,5 millions en 2020 et 9,4 millions en 2021. Le mois d’avril 2020, au cœur du premier confinement, a été l’apogée de la téléconsultation, avec 3,6 millions de consultations à distance.

La téléconsultation reste cependant une activité marginale et dont le recours a diminué au fur et à mesure que la situation épidémique s’est améliorée. Ainsi, elle ne représente que 5,7 % de l’activité des généralistes en 2020 et 3,7 % en 2021 et les consultations à distance sont redevenues moins nombreuses que les consultations à domicile dès la fin du premier confinement.

Parallèlement à son étude statistique, la Drees a réalisé un sondage au premier trimestre 2022 auprès de 1 500 médecins qui montrent que les praticiens ont un avis globalement assez négatif sur la téléconsultation : 46 % des généralistes se disent pas du tout ou peu satisfaits de leur pratique à distance, 38 % moyennement satisfaits et seulement 16 % très satisfaits. La moitié d’entre eux déclarent d’ailleurs qu’ils arrêteront les consultations à distance à la fin de l’épidémie.

Cette étude semblant confirmer l’inefficacité de la téléconsultation pour lutter contre la désertification médicale est diffusé alors que la Drees a publié ce mercredi les résultats 2021 de son étude annuelle sur l’accessibilité potentielle localisée (APL), un indicateur permettant de mesurer l’accessibilité à un généraliste commune par commune. Les derniers chiffres indiquent une dégradation de l’accès aux soins et une accélération de la désertification médicale. En moyenne, les Français ont accès à 3,4 consultations chez un généraliste par an et par habitant (contre 3,5 en 2019) : les 10 % de la population vivant dans les zones les mieux dotées peuvent bénéficier de 5,7 consultations annuelles, les 10 % résidant dans celles les moins bien pourvues de seulement 1,5 consultations par an. Un écart qui augmenté de 8 % depuis 2019.

Quentin Haroche

Médecine : la téléconsultation bénéficie surtout aux jeunes patients citadins

Selon une étude de la Drees, cette pratique supposée faciliter l’accès aux soins dans les déserts médicaux est surtout utilisée par les médecins installés dans les territoires les plus urbanisés. 

Le Monde avec AFPPublié le 08 décembre 2022 à 09h01, modifié le 08 décembre 2022 à 09h01

https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/12/08/medecine-la-teleconsultation-beneficie-surtout-aux-jeunes-patients-citadins_6153475_3224.html

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La consultation à distance n’est pas encore le remède aux « déserts médicaux »Selon une étude publiée jeudi 8 décembre par la direction statistique des ministères sanitaires et sociaux (Drees), les patients qui « téléconsultent » des médecins généralistes sont en moyenne plus urbains et plus jeunes que les personnes reçues dans leurs cabinets.

La consultation à distance n’est pas encore le remède aux « déserts médicaux » des campagnes.

« En Ile-de-France, 7,8 % de l’activité des médecins généralistes libéraux correspond à des consultations à distance en 2021 (12 % à Paris et 7,2 % dans les banlieues du pôle urbain de Paris), contre 2,2 % dans les territoires ruraux hors outre-mer », précise la Drees.

Forte augmentation de la pratique depuis la pandémie

Les téléconsultations sont aussi plus souvent effectuées pour de jeunes patients, quel que soit le territoire de résidence : en 2021, 45,2 % l’ont été avec des personnes de 15 à 44 ans, contre 28,7 % des consultations en cabinet.

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Autre enseignement : les téléconsultations ne semblent pas viser principalement à abolir les distances, puisque pour 58,6 % d’entre elles le médecin exerce dans la commune de résidence du patient ou à moins de 5 kilomètres.

Sans surprise, l’étude confirme globalement la forte augmentation des téléconsultations sous l’effet de la crise du Covid-19. Les généralistes libéraux en ont effectué 13,5 millions en 2020, puis 9,4 millions en 2021, alors qu’il n’y en avait eu que 80 000 en 2019. La pratique s’installe dans la durée, mais reste peu fréquente : elle a représenté 3,7 % de l’activité de médecine générale libérale en 2021. Moins que les visites à domicile.

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Le Monde avec AFP

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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