Publié le 14/11/2023
La consommation d’antibiotiques repart à la hausse

Paris, le mardi 14 novembre 2023
– Après des années de crise sanitaire au cours desquelles la consommation d’antibiotique a fortement chuté, l’année 2022 marque une forte augmentation de leurs prescriptions.
Le « retour à la vie d’avant » que nous connaissons depuis le printemps 2022 et la fin des restrictions liés à l’épidémie de Covid-19 ne concerne pas seulement notre vie sociale et professionnelle mais aussi nos habitudes médicales. Le dernier rapport de Santé Publique France (SPF) sur la consommation d’antibiotiques en France, publié jeudi dernier, nous montre ainsi que l’année 2022 n’a pas été seulement celle de la fin de la crise sanitaire mais aussi celle d’une augmentation importante des prescriptions et de la consommation d’antibiotiques en ville.
La consommation de ces médicaments a lentement mais surement diminué entre 2012 et 2019, grâce à diverses campagnes de sensibilisation sur la surconsommation d’antibiotiques (le fameux slogan « les antibiotiques, c’est pas automatique »), avant de connaitre une chute spectaculaire en 2020 (-17 % pour la consommation et -18 % pour les prescriptions).
Les confinements, le respect des gestes barrières mais aussi les difficultés d’accès aux soins cette année là expliquent cette chute vertigineuse. Après une timide reprise en 2021 (+ 5 % de la consommation), la consommation et la prescription d’antibiotiques en ville ont donc très fortement augmenté en 2022, de respectivement 14 et 16,6 %. On compte désormais 821,5 prescriptions pour 1 000 habitants par an, soit légèrement moins qu’en 2019.
Augmentation de 41,8 % de la consommation d’antibiotiques chez les 5-14 ans
Dans le détail, la forte hausse de la prescription et de la consommation d’antibiotiques peut notamment s’expliquer par des épidémies de grippe et de bronchiolite lors de l’hiver 2022-2023 plus importante que les années précédentes, mais également par une recrudescence des infections invasives à streptocoque du groupe A chez les enfants de moins de dix ans.
C’est d’ailleurs chez les enfants de 5 à 14 ans que la hausse est la plus spectaculaire, avec une augmentation de 41,8 % de la consommation d’antibiotiques dans cette classe d’âge en 2022, qui retrouve les niveaux de 2019. Chez les enfants de moins de 5 ans, la consommation d’antibiotiques est même supérieure à ce qu’elle était avant la crise sanitaire et c’est dans cette classe d’âge que l’on consomme le plus d’antibiotiques.
Si l’on s’intéresse ensuite au type d’antibiotiques prescrits, on observe que c’est l’amoxicilline qui connait la plus forte hausse de consommation (+22 %), ce qui explique en partie les fréquentes difficultés d’approvisionnement que connait ce produit, suivi par les céphalosporines (+21,4 %), tandis que l’association amoxicilline/acide clavulanique connait également un fort engouement (+17,8 %).
La crainte de l’antibiorésistance
On le sait, le mésusage d’antibiotiques, par exemple en cas d’infection virale, peut favoriser le développement de l’antibiorésistance. On estime ainsi que 5 500 personnes décèdent chaque année en France d’une infection causée par une bactérie résistante aux antibiotiques. Dans le cadre de sa stratégie nationale de réduction des infections et de l’antibiorésistance, le ministère de la Santé s’est donc fixé comme objectif une réduction de 25 % de la consommation d’antibiotiques d’ici 2025. Alors que la France est l’un des pays européens consommant le plus d’antibiotiques, l’objectif de l’Union Européenne est encore plus ambitieux, préconisant une baisse de 27 % de la consommation d’antibiotiques, en ville et à l’hôpital.
Pour atteindre cet objectif, les autorités sanitaires misent avant tout sur la communication. A partir du 1er décembre prochain, SPF rediffusera à la télévision, la radio, sur Internet et via des affiches dans les salles d’attente des médecins sa campagne intitulée « les antibiotiques, bien se soigner, c’est d’abord bien les utiliser ». Déjà diffusée l’an dernier, cette campagne vise notamment à rappeler aux médecins et aux patients que les antibiotiques ne doivent pas être utilisés en cas d’infection virale.
Paradoxalement, le gouvernement souhaite également augmenter le nombre de prescripteurs d’antibiotiques, en permettant aux pharmaciens de prescrire de l’amoxicilline et de la fosfomycine. Mais ces prescriptions ne seront possibles qu’après réalisation d’un TROD confirmant l’origine bactérienne de l’infection, une pratique que les autorités souhaitent généraliser auprès des médecins.
Quentin Haroche