Environ 12 % des substances actives des pesticides de synthèse autorisées dans l’Union européenne appartiennent à la famille des PFAS (polluants éternels)

Certains pesticides sont aussi des « polluants éternels », révèlent deux ONG

Environ 12 % des substances actives des pesticides de synthèse autorisées dans l’Union européenne appartiennent à la famille des PFAS, alerte un rapport de l’association Générations futures et du réseau Pesticide Action Network Europe publié jeudi.

Par et Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 08h36

https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/11/09/certains-pesticides-sont-aussi-des-polluants-eternels-revelent-deux-ong_6199102_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr-%5Ba-la-une%5D-20231109-%5Bzone_edito_2_titre_5%5D&M_BT=53496897516380

Temps de Lecture 2 min. 

Réservoir d’eau potable à Bourges, le 9 mars 2023.
Réservoir d’eau potable à Bourges, le 9 mars 2023.  GUILLAUME SOUVANT / AFP

De quoi ajouter au désarroi des autorités face à la contamination des ressources en eau par les pesticides et les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) : certains pesticides sont également des PFAS. Rendue possible par une béance de la réglementation européenne, leur utilisation constitue une source méconnue et sous-estimée de dissémination de ces « polluants éternels » dans l’environnement, et en particulier dans les nappes phréatiques.

null

Environ 12 % des substances actives des pesticides de synthèse autorisés dans l’Union européenne (UE) – soit 37 molécules sur 306 – appartiennent à la famille des PFAS, alerte un rapport de l’association Générations futures et du réseau Pesticide Action Network Europe (PAN Europe) publié jeudi 9 novembre. Selon les chiffres officiels colligés par les deux organisations, les quantités de ces « pesticides PFAS » vendues en France connaissent depuis une décennie une augmentation « spectaculaire ». Elles sont passées de quelque 700 tonnes en 2008 à plus de 2 300 tonnes en 2021.

La présence de PFAS dans les pesticides résulte de l’introduction délibérée, par les industriels, de liaisons carbone-fluor très solides et très stables dans la structure moléculaire de la substance active afin d’en renforcer l’efficacité : elle améliore en particulier les propriétés hydrophobes (la molécule ne se dissout pas dans l’eau). Une « stabilité » vantée par les fabricants mais qui entraîne leur persistance dans l’environnement.

Les « polluants éternels » sont depuis une dizaine d’années l’un des sujets d’inquiétude majeurs des toxicologues et un casse-tête pour les autorités sanitaires : ils persistent et s’accumulent dans l’environnement et la chaîne alimentaire, et sont associés à une variété de maladies (cancers, troubles de l’immunité, du métabolisme, de la fertilité, etc.). La quasi-totalité de la population européenne est exposée à ces substances.

37 « pesticides PFAS » toujours approuvés en Europe

Les ONG ont fondé leur estimation sur la liste des milliers de PFAS produits ou commercialisés en Europe établie par les pays (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Suède et Norvège) à l’origine d’une proposition de restriction universelle de leurs usages. La liste a identifié 47 « pesticides PFAS », dont 37 sont toujours approuvés dans l’UE.

La méthodologie :  « Polluants éternels » : comment « Le Monde » a suivi la trace des PFAS à travers l’EuropeAjouter à vos sélections

 Ajouter à vos sélections

Cependant, ces 37 pesticides PFAS « sont totalement exclus du champ d’application de la restriction universelle proposée », souligne le rapport. En effet, les régulateurs ont estimé que ces substances seraient restreintes en application de la réglementation européenne spécifique aux pesticides. Une hypothèse que les ONG estiment « erronée » : les lacunes de la loi européenne encadrant l’évaluation des pesticides et de leurs produits de dégradation (ou métabolites) devraient au contraire permettre à la majorité d’entre eux de rester encore de nombreuses années sur le marché.

Newsletter « Chaleur humaine »Comment faire face au défi climatique ? Chaque semaine, nos meilleurs articles sur le sujetS’inscrire

Parmi les pesticides PFAS les plus utilisés en France, on retrouve deux herbicides : le diflufénican, considéré comme une substance persistante, bioaccumulable et toxique, et le flufénacet, dont le métabolite, l’acide trifluoroacétique (TFA), est aussi très persistant. Ces molécules ont déjà été recherchées et retrouvées dans l’eau du robinet en Allemagne. Et selon l’Agence allemande de l’environnement, jusqu’à 500 tonnes de TFA pourraient être rejetées outre-Rhin dans l’environnement chaque année par l’épandage de pesticides.

Cette source de pollution n’est aujourd’hui pas prise en compte par le gouvernement français, dont le « plan d’action PFAS » vise d’abord à identifier et à réduire les émissions d’origine industrielle. Générations futures et PAN Europe réclament l’« interdiction urgente » de ces « pesticides éternels ».

Lire le décryptage :  Article réservé à nos abonnés  PFAS : le gouvernement lance un premier état des lieux des rejets industriels de « polluants éternels »Ajouter à vos sélections

 Ajouter à vos sélections

et

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire