Certains pesticides sont aussi des « polluants éternels », révèlent deux ONG
Environ 12 % des substances actives des pesticides de synthèse autorisées dans l’Union européenne appartiennent à la famille des PFAS, alerte un rapport de l’association Générations futures et du réseau Pesticide Action Network Europe publié jeudi.
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De quoi ajouter au désarroi des autorités face à la contamination des ressources en eau par les pesticides et les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) : certains pesticides sont également des PFAS. Rendue possible par une béance de la réglementation européenne, leur utilisation constitue une source méconnue et sous-estimée de dissémination de ces « polluants éternels » dans l’environnement, et en particulier dans les nappes phréatiques.
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Environ 12 % des substances actives des pesticides de synthèse autorisés dans l’Union européenne (UE) – soit 37 molécules sur 306 – appartiennent à la famille des PFAS, alerte un rapport de l’association Générations futures et du réseau Pesticide Action Network Europe (PAN Europe) publié jeudi 9 novembre. Selon les chiffres officiels colligés par les deux organisations, les quantités de ces « pesticides PFAS » vendues en France connaissent depuis une décennie une augmentation « spectaculaire ». Elles sont passées de quelque 700 tonnes en 2008 à plus de 2 300 tonnes en 2021.
La présence de PFAS dans les pesticides résulte de l’introduction délibérée, par les industriels, de liaisons carbone-fluor très solides et très stables dans la structure moléculaire de la substance active afin d’en renforcer l’efficacité : elle améliore en particulier les propriétés hydrophobes (la molécule ne se dissout pas dans l’eau). Une « stabilité » vantée par les fabricants mais qui entraîne leur persistance dans l’environnement.
Les « polluants éternels » sont depuis une dizaine d’années l’un des sujets d’inquiétude majeurs des toxicologues et un casse-tête pour les autorités sanitaires : ils persistent et s’accumulent dans l’environnement et la chaîne alimentaire, et sont associés à une variété de maladies (cancers, troubles de l’immunité, du métabolisme, de la fertilité, etc.). La quasi-totalité de la population européenne est exposée à ces substances.
37 « pesticides PFAS » toujours approuvés en Europe
Les ONG ont fondé leur estimation sur la liste des milliers de PFAS produits ou commercialisés en Europe établie par les pays (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Suède et Norvège) à l’origine d’une proposition de restriction universelle de leurs usages. La liste a identifié 47 « pesticides PFAS », dont 37 sont toujours approuvés dans l’UE.
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Cependant, ces 37 pesticides PFAS « sont totalement exclus du champ d’application de la restriction universelle proposée », souligne le rapport. En effet, les régulateurs ont estimé que ces substances seraient restreintes en application de la réglementation européenne spécifique aux pesticides. Une hypothèse que les ONG estiment « erronée » : les lacunes de la loi européenne encadrant l’évaluation des pesticides et de leurs produits de dégradation (ou métabolites) devraient au contraire permettre à la majorité d’entre eux de rester encore de nombreuses années sur le marché.
Parmi les pesticides PFAS les plus utilisés en France, on retrouve deux herbicides : le diflufénican, considéré comme une substance persistante, bioaccumulable et toxique, et le flufénacet, dont le métabolite, l’acide trifluoroacétique (TFA), est aussi très persistant. Ces molécules ont déjà été recherchées et retrouvées dans l’eau du robinet en Allemagne. Et selon l’Agence allemande de l’environnement, jusqu’à 500 tonnes de TFA pourraient être rejetées outre-Rhin dans l’environnement chaque année par l’épandage de pesticides.
Cette source de pollution n’est aujourd’hui pas prise en compte par le gouvernement français, dont le « plan d’action PFAS » vise d’abord à identifier et à réduire les émissions d’origine industrielle. Générations futures et PAN Europe réclament l’« interdiction urgente » de ces « pesticides éternels ».
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