Évaluation des effets de l’obligation de rester chez soi et de la fermeture des entreprises sur la propagation de COVID-19
Eran Bendavid 1,2 | Christopher Oh1 | Jay Bhattacharya 2 | John P. A. Ioannidis 1,3,4,5,6
1Département de médecine, Université de Stanford, Stanford, CA, États-Unis
2Center for Health Policy et Center for Primary Care and Outcomes Research, Université de Stanford, Stanford, CA, USA
3Département d’épidémiologie et de santé des populations, Université de Stanford, Stanford, CA, États-Unis
4Département de science des données biomédicales, Université de Stanford, Stanford, CA, États-Unis
5Département des statistiques, Université de Stanford, Stanford, CA, États-Unis
6Meta-Research Innovation Center at Stanford (METRICS), Université de Stanford, Stanford, CA, USA
Correspondance
Eran Bendavid, Département de médecine, Université de Stanford, Stanford CA 94305, États-Unis.
Courriel : ebd@stanford.edu
INFORMATIONS SUR LE FINANCEMENT L’étude a été financée par le Stanford
Résumé
Contexte et objectifs : Les interventions non pharmaceutiques les plus restrictives pour contrôler la propagation du COVID-19 sont le maintien à domicile obligatoire et la fermeture des entreprises. Compte tenu des conséquences de ces politiques, il est important d’en évaluer les effets. Nous évaluons les effets des IPN plus restrictives (IPNm) sur la croissance des cas d’épidémie, en plus de ceux des IPN moins restrictives (IPNl).
Méthodes : Nous avons d’abord estimé la croissance du nombre de cas de COVID- 19 en fonction de la mise en œuvre d’un NPI dans les régions subnationales de 10 pays : Angleterre, France, Allemagne, Iran, Italie, Pays-Bas, Espagne, Corée du Sud, Suède et États-Unis. En utilisant des modèles de première différence avec des effets fixes, nous isolons les effets des mrNPI en soustrayant les effets combinés des lrNPI et de la dynamique épidémique de tous les NPI. Nous utilisons la croissance des cas en Suède et en Corée du Sud, deux pays qui n’ont pas mis en œuvre l’obligation de rester à la maison et de fermer les entreprises, comme pays de comparaison pour les huit autres pays (16 comparaisons au total).
Résultats : La mise en œuvre de n’importe quel NPI a été associée à des réductions significatives de la croissance des cas dans 9 des 10 pays étudiés, y compris la Corée du Sud et la Suède qui n’ont mis en œuvre que des lrNPI (l’Espagne a eu un effet non significatif). Après avoir soustrait les effets épi- démiques et lrNPI, nous ne trouvons aucun effet bénéfique clair et significatif des mrNPI sur la croissance des cas dans aucun pays. En France, par exemple, l’effet des mrNPI était de +7% (IC 95% : -5%-19%) par rapport à la Suède et de +13% (-12%-38%) par rapport à la Corée du Sud (positif signifie pro-contagion). Les intervalles de confiance à 95 % excluaient des baisses de 30 % dans les 16 comparaisons et des baisses de 15 % dans 11/16 comparaisons.
Conclusions : Bien que l’on ne puisse exclure de petits avantages, nous ne constatons pas d’avantages significatifs sur la croissance du nombre de cas dans le cas d’IPN plus restrictives. Des réductions similaires de la croissance des cas peuvent être obtenues avec des interventions moins restrictives.
1 | INTRODUCTION
La propagation du COVID-19 a donné lieu à de multiples réponses politiques visant à réduire la transmission du SARS-CoV-2. Le principal objectif de ces interventions dites non pharmaceutiques (NPI) est de réduire la transmission en l’absence d’options pharmaceutiques afin de limiter les décès, les maladies et la surcharge des systèmes de santé qui en résultent. Parmi les politiques les plus restrictives en matière d’IPN, on peut citer l’obligation de rester à la maison et les ordonnances de fermeture d’entreprises (« lockdowns »). L’adoption précoce de ces interventions non pharmaceutiques plus restrictives (mrNPI) au début de l’année 2020 se justifiait par la propagation rapide de la maladie, l’engorgement des systèmes de santé dans certaines régions durement touchées et une grande incertitude quant à la morbidité et à la mortalité liées au virus.1
En raison des effets néfastes potentiels du mrNPI sur la santé – notamment la faim,2 les overdoses liées aux opioïdes,3 les vaccinations manquées,4,5 l’augmentation des maladies non COVID due à l’absence de services de santé,6-9 les abus domestiques,10 la santé mentale et la suicidalité,11,12 et toute une série de conséquences économiques ayant des répercussions sur la santé13,14 – il est de plus en plus reconnu que leurs avantages supposés méritent d’être étudiés attentivement. L’une des méthodes d’évaluation des avantages des NPI consiste à modéliser les maladies. Une analyse de modélisation de premier plan a estimé que, dans toute l’Europe, les IPNm représentaient 81 % de la réduction du nombre de reproductions effectives (Rt), une mesure de la maladie.
transmission.15 Toutefois, en l’absence d’évaluations empiriques, il est difficile de déterminer si la transmission de la maladie s’est bien déroulée ou non.
En raison de la complexité des politiques, leurs effets sur la réduction de la transmission sont supposés plutôt qu’évalués.16,17 Cette analyse attribue la quasi-totalité de la réduction de la transmission à la dernière intervention, quelle qu’elle soit, à savoir le confinement complet en France ou l’interdiction d’événements publics en Suède.16 Une autre approche, plus empirique, de l’évaluation des effets des NPI utilise des modèles de régression statistique et exploite la variation du lieu et du moment de la mise en œuvre des NPI pour identifier les changements dans la propagation de l’épidémie à la suite de diverses politiques.18 Ces études empiriques révèlent d’importantes réductions du taux de croissance des nouveaux cas attribuables aux IPN. L’un des problèmes majeurs de ces analyses est qu’elles utilisent les taux de croissance antérieurs à la politique pour déterminer la trajectoire « contrefactuelle » des nouveaux cas, c’est-à-dire le taux de croissance attendu en l’absence de NPI. Cela pose problème car il est largement reconnu que la dynamique épidémique varie dans le temps et que des freins à la transmission de la maladie se produisent sans aucune intervention (par la résolution des infections), ainsi que par des changements de comportement sans rapport avec les NPI.19,20 Cette dynamique épidémique est démontrée par une analyse montrant que le ralentissement de la croissance de l’épidémie de COVID-19 était similaire dans de nombreux contextes, d’une manière qui est plus cohérente avec la dynamique naturelle qu’avec la dynamique de l’épidémie de COVID-19. les prescriptions politiques.21
Ces défis suggèrent que l’évaluation de l’impact des mrNPI est importante, mais difficile. Nous proposons une approche qui équilibre les points forts des analyses empiriques tout en tenant compte de l’impact des mrNPI.
en tenant compte de la dynamique épidémique sous- jacente. Nous comparons la propagation de l’épidémie dans les endroits qui ont mis en œuvre des IPMr à des contrefactuels qui n’ont mis en œuvre que des IPN moins restrictives (IPNr). De cette manière, il peut être possible d’isoler le rôle des IPNmr, net des IPNr et de la dynamique épidémique.
Ici, nous utilisons la Suède et la Corée du Sud comme contrefac- tuels pour isoler les effets des mrNPI dans les pays qui ont mis en œuvre des mrNPI et des lrNPI. Contrairement à la plupart de ses voisins qui ont mis en œuvre des mesures obligatoires de fermeture des foyers et des entreprises, l’approche de la Suède aux premiers stades de la pandémie reposait entièrement sur des lrNPI, y compris des guides de distanciation sociale, des mesures décourageant les voyages internationaux et nationaux, et une interdiction des grands rassemblements.22,23 La Corée du Sud n’a pas non plus mis en œuvre d’IPMr. Sa stratégie reposait sur des investissements intensifs dans le dépistage, la recherche des contacts et l’isolement des cas infectés et des contacts étroits.24,25
2 | MÉTHODES
Nous isolons l’effet des IPN plus restrictives (IPNm) en comparant l’ampleur de l’effet combiné de toutes les IPN dans 8 pays qui ont mis en œuvre des politiques plus restrictives (Angleterre, France, Allemagne, Iran, Italie, Pays-Bas, Espagne et États-Unis) avec l’ampleur de l’effet de toutes les IPN dans les 2 pays qui n’ont mis en œuvre que des IPN moins restrictives (IPNl). En fait, nous suivons le schéma général :
Effets du mrNPI = Effets de (mrNPI+lrNPI+dynamique épidémique)
-Effets de (lrNPI+dynamique épidémique)
Nous n’analysons que ces pays car l’analyse dépend des données infranationales, qui n’étaient disponibles que pour ces pays, comme nous l’expliquons plus loin.
Le modèle conceptuel qui sous-tend cette approche est le suivant : avant que l’immunité de la population ne soit significative, le comportement individuel est le principal facteur de réduction du taux de transmission, et toute IPN peut inciter à un changement de comportement individuel, avec des taux de réponse qui varient d’un individu à l’autre et dans le temps. En revanche, si les lrNPI donnent des coups de pouce relativement faibles au comportement individuel, les mrNPI peuvent avoir des effets comportementaux importants à la marge et réduire considérablement l’augmentation du nombre de nouveaux cas. Cependant, comme les dynamiques épidémiques sous- jacentes sont caractérisées de manière imprécise et sont importantes pour estimer les effets de la politique, nos modèles testent la mesure dans laquelle les mrNPI ont eu un effet supplémentaire sur la réduction de la transmission en différenciant la somme des effets des IPN et des dynamiques épidémiques dans les pays qui n’ont pas adopté de mrNPI de la somme des effets des IPN et des dynamiques épidémiques dans les pays qui les ont adoptés.