Les décès liés à la chaleur chez les personnes âgées de plus de 65 ans ont augmenté de 85 % entre 2013 et 2022 par rapport à la période 1991 à 2000.

Les effets délétères du changement climatique sur la santé se confirment

Le dernier rapport Lancet Countdown sur les effets sanitaires des dérèglements climatiques livre un nouveau constat, atterrant, de la situation planétaire, pour les pays les plus vulnérables mais aussi, de plus en plus, pour les plus favorisés. 

Gouvernance  |  14.11.2023  |  https://www.actu-environnement.com/ae/news/risques-sanitaires-climat-etude-42938.php4

N. Gorbatko https://www.actu-environnement.com/ae/news/risques-sanitaires-climat-etude-42938.php4

Les effets délétères du changement climatique sur la santé se confirment

© MiguelAngel

Les décès liés à la chaleur chez les personnes âgées de plus de 65 ans ont augmenté de 85 % entre 2013 et 2022 par rapport à la période 1991 à 2000.

Alors que les États s’apprêtent à débattre pour la première fois, dans le cadre de la COP 28, des impacts du changement climatique sur la santé et des mesures à prendre pour les limiter, 114 experts de 52 institutions de recherche et agences de l’ONU publient, ce mardi 14 novembre, dans le journal médical The Lancet, un rapport saisissant sur le sujet. Leurs recherches révèlent que les décès liés à la chaleur chez les personnes âgées de plus de 65 ans ont augmenté de 85 % entre 2013 et 2022 par rapport à la période 1991 à 2000. La fréquence accrue des vagues de chaleur et la sécheresse qui l’accompagne ont été responsables d’une insécurité alimentaire supplémentaire modérée à grave pour 127 millions de personnes dans 122 pays en 2021.

L’évolution des conditions météorologiques accélère aussi la diffusion des maladies infectieuses, parfois mortelles. Le réchauffement des océans favorise par exemple le développement de la bactérie Vibrio, à l’origine de maladies diarrhéiques, de graves infections des plaies et de réactions violentes, les sepsis. En incluant l’Europe, elle aussi concernée, 1,4 milliard de personnes sont ainsi menacées. Les émissions de particules en suspension liées au transport provoquent par ailleurs quelque 460 000 décès chaque année, voire 1 million en prenant en compte la pollution de l’air dans son ensemble (tous les polluants, air intérieur et extérieur).

Un prix à payer élevé

Les impacts sanitaires et matériels du climat ont aussi un coût financier, estimé à 264 milliards de dollars en 2022, soit 23 % de plus que pour la période 2010 à 2014. Quelque 490 milliards d’heures de travail ont en outre été perdues, 42 % de plus qu’entre 1991 et 2000, l’équivalent de 6,1 % du PIB pour les pays à niveau de revenu faible, de 3,8 % pour les pays à revenus intermédiaires. Les risques multiples et croissants des changements climatiques amplifient de fait les inégalités mondiales en matière de santé, constatent les auteurs de cette étude, menaçant les fondements mêmes de la santé humaine.

Le rythme et l’ampleur des efforts d’atténuation constatés à ce jour sont terriblement insuffisants quand il s’agit de protéger la santé et la sécurité des populations 

Marina Romanello, Lancet Countdown, University College London

Avec des services de plus en plus sollicités, 27 % des représentants des villes interrogées se déclarent préoccupés par l’avenir de leur système de santé. En raison de ressources financières limitées et de faibles capacités techniques et humaines, les pays les plus vulnérables aux impacts climatiques sont également souvent ceux qui rencontrent le plus de difficultés à mettre en œuvre des actions en matière d’adaptation : seuls 44 % des pays affichant un indice de développement humain (IDH) faible et 54 % de ceux qui présentent un IDH moyen témoignaient en 2022 d’une capacité forte de gestion des urgences sanitaires, contre 85 % des pays à IDH très élevé. Ces pays à IDH faible et moyen comportaient, en outre, la plus forte proportion de villes renonçant à évaluer les risques liés aux changements climatiques en 2021.

Des perspectives alarmantes

De nouvelles projections, élaborées avec l’appui du Climate Vulnerable Forum (Forum sur la vulnérabilité climatique), décrivent par ailleurs une croissance rapide des risques pour la santé des populations si l’objectif de 1,5 °C ou de 2 °C n’était pas atteint : + 370 % de décès annuels liés à la chaleur d’ici la moitié du siècle, + 50 % du nombre d’heures de travail potentielles perdues, + 525 millions de personnes supplémentaires touchées par l’insécurité alimentaire, de 23 à 39 % en plus de personnes touchées par la Vibrio, + 36 à 37 % de cas de transmission de la dengue…

Des hypothèses qui dessinent « un avenir dangereux », commente le docteur Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown à l’University College London. « Un sinistre rappel que le rythme et l’ampleur des efforts d’atténuation constatés à ce jour sont terriblement insuffisants quand il s’agit de protéger la santé et la sécurité des populations. » Pour sa consoeur du centre régional Lancet Countdown pour l’Amérique latine, le professeur Stella Hartinger, directrice, l’adaptation à elle seule ne pourra pas être à la hauteur des conséquences du changement climatique. « Les coûts deviendront vite insurmontables », prévient-elle, appelant les États à s’attacher à la prévention primaire et à traiter les causes profondes du changement climatique. « Si les gouvernements ne finissent pas par prendre au sérieux ces avertissements, les choses ne feront qu’empirer. »

Nadia Gorbatko, journaliste
Rédactrice spécialisée

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Le « Lancet Countdown » mesure les effets alarmants du changement climatique sur la santé

Un rapport issu des travaux de 114 experts établit l’impact du réchauffement en matière de mortalité, d’insécurité alimentaire et de transmission des maladies. 

Par Julien LemaignenPublié hier à 00h30 https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/11/15/le-lancet-countdown-mesure-les-effets-alarmants-du-changement-climatique-sur-la-sante_6200101_3244.html

Temps de Lecture 4 min. 

Dans la province de Dhi Qar, en Irak, en septembre 2022. La sécheresse a affecté des millions de personnes en Syrie, en Irak et en Iran.
Dans la province de Dhi Qar, en Irak, en septembre 2022. La sécheresse a affecté des millions de personnes en Syrie, en Irak et en Iran.  ANMAR KHALIL / AP

Le nombre de personnes de plus de 65 ans mortes à cause de la chaleur a augmenté de 85 % depuis le début des années 1990 ; si le changement climatique n’avait pas lieu, cette hausse n’aurait été que de 38 %. En 2021, par rapport à la période 1981-2010, 127 millions de personnes supplémentaires à travers la planète se sont déclarées en situation d’insécurité alimentaire, une augmentation directement corrélée à la multiplication des vagues de chaleur et des mois secs.

Ces indicateurs sont parmi les plus alarmants recensés dans le rapport 2023 du Lancet Countdown, issu des travaux de 114 experts de 52 pays et agences de l’Organisation des Nations unies (ONU), consacré aux impacts passés et futurs du changement climatique sur la santé, qui doit être publié mercredi 15 novembre par le journal médical britannique The Lancet.

Autre enseignement, le nombre d’heures de travail perdues à cause des températures extrêmes a augmenté de 42 % entre les années 1990 et 2022. D’après The Lancet, cela représente un manque à gagner de 863 milliards de dollars (808 milliards d’euros) pour 2022. Dans les pays présentant les plus faibles indices de développement, l’agriculture représente 82 % du temps de travail supprimé.

« Pollution de l’air domestique »

La surface de terres touchées par la sécheresse extrême a augmenté de 29 % depuis les années 1950, relève le rapport.« Cela menace notre sécurité hydrique, notre sécurité alimentaire et évidemment les réseaux d’assainissement, avec un impact majeur sur la santé des populations, en particulier dans des zones telles que la Corne de l’Afrique », a déclaré Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown et chercheuse au University College London, en présentant le rapport à la presse le 9 novembre.

Quelque 92 % des foyers dans les pays les plus pauvres, et 66 % dans les pays à revenu intermédiaire, dépendent encore de la combustion de biomasse pour satisfaire leurs besoins en énergie, « ce qui conduit à des niveaux incroyablement élevés de pollution de l’air domestique », selon Mme Romanello. Dans 62 pays étudiés, la pollution de l’air intérieur a causé 140 morts pour 100 000 habitants en 2022. La combustion en plein air a conduit, elle, à 1,2 million de morts l’année dernière – en légère baisse depuis 2005 (1,4 million).

Lire aussi (en 2019) :  En Afrique subsaharienne, la pollution domestique affecte fortement l’espérance de vieAjouter à vos sélections

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Les pays les plus développés ne sont pas à l’abri. Aux Etats-Unis, la saison favorable à la transmission de parasites responsables du paludisme s’est allongée de plus d’un tiers depuis les années 1950. Aux Pays-Bas, les bébés de moins de 1 an ont subi 40 % de jours de vague de chaleur en plus entre 2013 et 2022 par rapport aux enfants du même âge pendant les années 1990-2000. La portion de côtes japonaises favorables au développement de bactéries pouvant causer des maladies telles que le choléra a augmenté de 20 % par rapport à la période 1982-2010, et s’étend maintenant sur 400 kilomètres.

Nombre de morts causées par la chaleur multiplié par 4,7

The Lancet a aussi estimé les effets, dans un proche avenir, d’une hausse de la température de 2 °C d’ici à la fin du siècle. Dans ces conditions, en 2050, le nombre de morts annuelles causées par la chaleur serait multiplié par 4,7. Le nombre d’heures de travail perdues du fait des températures extrêmes doublerait. Plus d’un demi-milliard de personnes supplémentaires feraient l’expérience d’une insécurité alimentaire modérée ou sévère. La probabilité de transmission de maladies infectieuses telles que la dengue augmenterait de 37 %.

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« On voit déjà aujourd’hui les effets du changement climatique, ils sont un symptôme précurseur des dangers futurs »,selon Marina Romanello. Or « le monde ne va pas dans la bonne direction, car la consommation d’énergies fossiles est encouragée par certains acteurs », ajoute-t-elle.

Lire aussi :    Climat : deux milliards de personnes pourraient être exposées à une chaleur extrême d’ici à 2100

De fait, selon le rapport, l’intensité carbone du secteur de l’énergie a augmenté de 0,9 % en 2022, après avoir baissé significativement pendant la pandémie liée au Covid-19. Les pays les plus riches tirent 11 % de leur électricité de sources renouvelables, mais ce taux n’est que de 2,3 % dans les pays les plus pauvres.

Les chercheurs relèvent que les entreprises productrices d’énergies fossiles sont désormais sur une trajectoire d’exploitation qui les conduira à dépasser de 173 %, en 2040, le niveau de production compatible avec la limite de 1,5 °C de réchauffement à la fin du siècle, fixée par l’accord de Paris. Cette prévision de dépassement en 2040 était plus basse l’année dernière, à 112 %.

Mener « une action climatique centrée sur la santé »

Parmi les rayons d’espoir, The Lancet souligne que la mortalité due à la pollution de l’air par les énergies fossiles a baissé de 16 % depuis 2005, 80 % de cette baisse étant imputée à une moindre consommation de charbon. Les emplois dans les énergies renouvelables ont augmenté de 5,6 % en 2021, à 12,7 millions d’employés. Le secteur a aussi reçu près de 500 milliards de dollars d’investissements en 2021. Les relations entre changement climatique et santé font l’objet de trois fois plus de publications scientifiques aujourd’hui qu’en 2012. Et 94 % des villes ont désormais engagé ou terminé un processus d’évaluation des risques climatiques.

Marina Romanello veut ainsi croire qu’« une action climatique centrée sur la santé peut encore assurer un avenir faste à tous ». En attendant, souligne-t-elle, « chaque tonne de CO2 que nous continuons d’émettre empire nos perspectives ».

Le rapport du Lancet « met au jour combien la communauté de la santé identifie des ramifications nombreuses et préoccupantes avec la question climatique, notamment les coûts sanitaires exorbitants en lien avec notre dépendance aux énergies fossiles », analyse l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) dans un commentaire écrit adressé au Monde. L’Iddri souligne que la 28e Conférence des parties sur le climat de l’ONU (COP28), organisée à Dubaï du 30 novembre au 12 décembre et dont une journée sera consacrée à la santé, sera un « moment important pour envoyer un signal vers la sortie des énergies fossiles ».

Lire aussi :   L’adaptation au changement climatique, un défi pour les politiques

Le président désigné de la COP28, Sultan Al-Jaber, ainsi que le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, et l’envoyée spéciale de l’OMS pour les changements climatiques et la santé, Vanessa Kerry, ont d’ailleurs signé dimanche dans Le Monde une tribune rappelant que, d’après l’OMS, une mort sur quatre à travers la planète « peut être attribuée à des causes environnementales évitables, et que les changements climatiques exacerbent ces risques ».

« En 2030, si nous n’agissons pas, les changements climatiques conduiront bientôt à la submersion des systèmes de santé du monde entier », alertent-ils, en déplorant qu’une très petite partie des fonds multilatéraux destinés à l’action climatique soient dirigés vers le secteur sanitaire.

Julien Lemaignen

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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