Publié le 31/10/2023
HPV : mort accidentelle d’un collégien…et de la campagne de vaccination ?

Nantes, le mercredi 31 octobre 2023 – La mort accidentelle d’un collégien après qu’il a reçu une dose du vaccin anti HPV risque de jeter la suspicion sur une campagne de vaccination déjà timorée.
C’est un terrible drame qui pourrait malheureusement avoir de graves conséquences de santé publique qui est survenu le 19 octobre dernier au collège Saint-Dominique à Saint-Herblain près de Nantes. Ce jour-là, après avoir reçu une dose du vaccin contre les virus HPV, un élève de 5ème a présenté un malaise et a été victime d’une chute à l’origine d’un violent traumatisme crânien.
Pris en charge au CHU de Nantes, l’adolescent a malheureusement succombé à ses blessures ce vendredi a indiqué l’Agence Régionale de Santé (ARS) des Pays de la Loire. Ce lundi, le parquet de Nantes a indiqué avoir ouvert une enquête pour « homicide involontaire » afin de déterminer toutes les circonstances du drame. L’ARS a également diligenté une enquête administrative.
Une mort sans lien direct avec le vaccin
La mort tragique de cet adolescent, qui semble sans lien direct avec le vaccin anti-HPV en lui-même, risque pourtant de jeter la suspicion sur la campagne de vaccination contre ces virus organisée dans les collèges depuis le 2 octobre dernier. Annoncée par le Président de la République Emmanuel Macron en personne en février dernier, cette opération inédite vise à rattraper le retard de la France dans ce domaine : seulement 41 % des filles et 8 % des garçons français de 16 ans sont vaccinés contre les virus HPV, alors que le taux de vaccination dépasse 80 % chez les deux sexes dans de nombreux pays occidentaux.
Même si aucun chiffre précis n’est disponible, cette campagne d’immunisation ouverte à tous les élèves de 5èmesur la base du volontariat ne semble pour le moment pas avoir rencontré un grand succès : le taux de vaccination oscille semble-t-il autour des 15-20 %, là où le gouvernement visait plutôt au moins 30 %.
Pour éviter que le drame de Nantes ne vienne définitivement enterrer une campagne déjà moribonde, les autorités multiplient les messages rassurants. Dans son communiqué de ce lundi, l’ARS des Pays de la Loire a indiqué que le malaise dont le collégien avait été victime « a pu survenir du fait du stress provoqué par la vaccination mais est sans lien avec le produit vaccinal ou un défaut de qualité du vaccin ».
Le ministre de la Santé Aurélien Rousseau lui-même à évoqué le drame ce lundi à l’Assemblée Nationale, rappelant que ce type de malaise était « le principal effet indésirable de toute forme de vaccination ». « A l’heure où je vous parle, ce sont à peu près 20 000 vaccins qui ont été injectés, c’est le seul évènement indésirable grave, tragique que nous avons eu à connaître » a expliqué le ministre aux députés. Le même jour sur les antennes de RTL, le ministre a affirmé que « le vaccin contre le papillomavirus est l’un des plus sûrs au monde ». Il a également indiqué avoir demandé à l’ANSM de mener une enquête (une de plus) sur les circonstances du drame.
La vaccination suspendue dans les établissements privés
Mais malgré ces appels à la raison, le mal est déjà fait et la peur du vaccin se répand sur les réseaux sociaux, alimentée par des titres de presse opérant un raccourci hasardeux entre la mort de cet adolescent et le vaccin. Dans un communiqué paru ce jeudi, le directeur de l’Enseignement catholique Philippe Delorme a recommandé aux chefs d’établissement de « suspendre l’organisation de la vaccination contre le HPV dans les établissements catholiques ».
« Dans ma responsabilité, je ne peux pas faire comme si rien ne s’était passé. Il y a une enquête, j’attends que les résultats soient donnés et qu’ils garantissent l’absolue sécurité des jeunes qui vont se faire vacciner, c’est par motif de précaution » se justifie-t-il auprès de nos confrères du Figaro. Depuis le début de la campagne de vaccination et bien avant le drame, plusieurs établissements privés catholique avaient déjà refusé de participer à la campagne, pour des raisons logistiques ou idéologiques.
Le 26 septembre dernier, l’ANSM avait indiqué qu’elle allait « déployer un dispositif de surveillance renforcée » des effets secondaires du vaccin dans le cadre de la campagne scolaire et qu’elle publierait régulièrement des rapports à ce sujet.
Comme le rappelle régulièrement l’ANSM, 300 millions de doses des vaccins HPV ont été administrées ces quinze dernières années et leur profil de sécurité est donc bien connu. Seuls des effets secondaires sans gravité (réactions au site d’injections, céphalées, fatigue, malaise…) ont été signalés tandis qu’une faible augmentation du risque de syndrome de Guillain-Barré est suspectée mais pas encore confirmée. Un temps craint, le lien entre le vaccin Gardasil et la survenue de certaines pathologies neurologiques comme la sclérose en plaque a été écarté par plusieurs études. A l’inverse, le vaccin permet de réduire de plus de 90 % le risque d’infection par les virus HPV, responsables de plus de 6 400 cas de cancer par an en France.
Quentin Haroche