Personnes transgenres : face au manque d’accès aux soins, le parcours de la débrouille »
Date de publication : 31 octobre 2023

Lilas Pepy indique dans Le Monde que « de nombreuses études révèlent un état de santé préoccupant chez les personnes transgenres. Transphobie, refus de soin, manque de formation des soignants, rareté de l’offre en soins de transition… En réaction aux carences institutionnelles, milieux associatifs et praticiens volontaires se mobilisent ».
La journaliste souligne : « Transphobie, refus de soin, manque manifeste de formation des soignants dans l’accueil des personnes transgenres, retard dans les diagnostics de pathologies, rareté de l’offre en soins de transition : voici le quotidien des personnes trans dans l’accès à la santé ».
Elle explique que « les associations LGBT+ et certains praticiens dénoncent depuis des années le manque d’accessibilité à des soins primaires de qualité pour les personnes trans, alors que les chiffres sur leur état de santé globale sont vertigineux. Entre 0,3% et 4,5% des adultes sont concernés selon les études et leur méthodologie, d’après l’Association professionnelle mondiale pour la santé des personnes transgenres (WPATH) ».
Lilas Pepy évoque « une étude américaine présentée en juin 2023, incluant 66.682 patients trans reçus aux urgences entre 2006 et 2016, [qui] montre que ces derniers arrivent dans un état de santé bien plus dégradé que les personnes cisgenres (qui se reconnaissent dans le genre attribué à leur naissance) : 58,2% des visites sont liées à des maladies chroniques pour les premiers, contre 19,2% des visites pour les seconds ».
Sophie Le Goff, médecin généraliste, remarque ainsi : « Lorsque j’ai commencé à recevoir des patients trans il y a quelques années, j’ai été déboussolée : alors qu’il s’agissait d’une patientèle jeune, les besoins en santé étaient très importants. […] Mes patients n’avaient pas accès au soin en raison d’une offre inexistante ou inadaptée, ou s’étaient eux-mêmes exclus du système de santé à la suite de discriminations ou de violences ».
La praticienne ajoute : « Lors de formations ou de sensibilisations que j’anime, certains professionnels m’assurent qu’ils n’ont pas de patients trans. Or, c’est statistiquement impossible. La vraie question est : quelle place laissent-ils aux gens qui ont des besoins en santé spécifiques pour s’exprimer dans leurs consultations ? ».
Lilas Pepy évoque un « autre obstacle, en lien avec la transition médicale cette fois, le manque de praticiens à l’origine d’un traitement hormonal. En France, tout médecin peut réaliser une primo-prescription d’hormones féminisantes – de type œstrogènes. La plupart des personnes en transition se tournent vers leur médecin généraliste ».
Anaïs Perrin-Prevelle, coprésidente de l’association OUTrans, note cependant que « rien qu’en Ile-de-France seulement une trentaine le fait sur les 10.000 référencés par Ameli [le site de l’Assurance-maladie] ».
La journaliste observe que « la testostérone pouvant, quant à elle, être détournée pour des actions de dopage, seuls quelques spécialistes – endocrinologues, urologues, gynécologues, andrologues, médecins de la reproduction – peuvent rédiger la primo-prescription d’hormones masculinisantes. Dans les faits, la testostérone est prescrite par des endocrinologues. En 2021, OUTrans a contacté une soixantaine d’entre eux exerçant dans la région : seulement 5 acceptaient de recevoir des patients trans ».
Lilas Pepy ajoute que « des médecins continuent, par ailleurs, d’exiger un certificat établi par un psychiatre avant toute prescription, alors même que l’OMS a sorti la transidentité du champ des maladies mentales pour la faire entrer dans celui de la santé sexuelle, en 2019. Enfin, certaines caisses d’assurance-maladie conditionnent l’accès à une affection de longue durée – qui permet une prise en charge des soins de transition – à l’avis d’un psychiatre ».
La journaliste relève qu’« au-delà d’un manque évident de formation, de nombreux praticiens soulignent l’absence de recommandations de bonnes pratiques officielles de la Haute Autorité de santé, qui a été saisie par le ministère de la santé en 2021, et a réuni pour la première fois, en avril 2023, un groupe de travail sur la question. L’Institution explique que «la validation de ces recommandations est prévue au deuxième trimestre 2024» ».