Un rapport du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) révèle une perception aiguë des inégalités et de la baisse du pouvoir d’achat, et un niveau record d’éco-anxiété

Inégalités croissantes, pouvoir d’achat et éco-anxiété : Face aux inquiétudes des Français, le CESE appelle les pouvoirs publics à agir de façon coordonnée et ambitieuse

Sous-titre Rapport annuel sur l’état de la France en 2023

PUBLIÉ LE 25/10/2023

https://www.lecese.fr/sites/default/files/communiques/CP_RAEF23_CESExPLEAD.pdf

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté ce jour en séance plénière le Rapport Annuel sur l’État de la France (RAEF) en 2023, avec 127 voix pour. En s’appuyant notamment sur un sondage exclusif réalisé début septembre par l’institut Ipsos*, le RAEF dresse un diagnostic des préoccupations des Français et Françaises. Le rapport révèle une perception aiguë des inégalités et de la baisse du pouvoir d’achat, et un niveau record d’éco-anxiété. Face à ces conclusions, le CESE appelle les pouvoirs publics à réagir sans attendre pour une transition juste et à la hauteur des inquiétudes de la population française.

https://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Avis/2023/2023_24_RAEF_V3.pdf

Description

Le RAEF mixe plusieurs outils pour mieux comprendre l’état de la France, des Français et des Françaises. En croisant le ressenti de la population avec des notes thématiques et des analyses d’indicateurs alternatifs au PIB, le RAEF pose un diagnostic sur l’état de la société et ses préoccupations, et dessine des pistes d’actions.


Aujourd’hui, dans une actualité sociale toujours tendue et quelques mois après les épisodes de violence de l’été 2023, le RAEF alerte sur les trois sujets au coeur des préoccupations des Français : inégalités, pouvoir d’achat et éco-anxiété.


Une perception aiguë des inégalités et de leurs conséquences

Le Rapport révèle en premier lieu une perception aiguë par la population française des inégalités et de leurs conséquences sur l’accès à l’emploi, à l’éducation, à la santé, aux services publics et la mobilité.
Pour les Français et Françaises, le premier facteur d’inégalités est le lieu de résidence (urbain ou rural, centre-ville ou banlieue) (67%), suivi par l’origine géographique ou culturelle (63%) et la couleur de peau (62%).
Identifié comme un levier majeur de réduction des inégalités par le CESE, l’emploi dans les quartiers prioritaires de la ville fait l’objet d’un focus particulier dans le rapport. D’après les chiffres de l’Insee, le taux d’emploi s’y élève à 45,5% en 2022, soit près de 20 points de moins que dans la population générale. Le CESE propose plusieurs pistes d’actions pour réduire les difficultés d’accès à l’emploi. Il recommande notamment que davantage d’efforts soient mis en oeuvre pour réduire les discriminations directes et les biais de sélection.
Le CESE préconise également de développer et de financer, dans le cadre des contrats de ville, des actions de médiation entre offre et demande de travail pour améliorer le recrutement des habitants dans les QPV. Il s’agirait de porter une attention particulière à la connaissance des métiers et à démarcher conjointement les recruteurs et les candidats à l’emploi résidant dans ces quartiers, en priorisant les métiers inscrits dans la transition écologique.
Enfin, le CESE demande à ce que les aides à l’alternance bénéficient davantage aux jeunes habitants des QPV.


Pouvoir d’achat : des difficultés à assurer un niveau de vie décent pour une partie de la population

Un autre enseignement mis en exergue par le Rapport est la difficulté pour une partie de la population à atteindre un « niveau de vie décent », différent du « seuil de pauvreté », généralement suivi mais qui se limite à une approche monétaire de la pauvreté (alors que le niveau de vie décent fait référence à la capacité d’assurer une vie familiale, professionnelle et sociale minimale et en bonne santé). Lorsqu’ils sont interrogés, un Français sur deux déclare que son pouvoir d’achat répond tout juste à ses besoins essentiels, ou n’y répond pas. L’analyse des indicateurs socio-économiques révèle par ailleurs que le budget nécessaire pour un niveau de vie décent diffère très fortement selon le territoire et selon la composition du ménage. Un niveau quoi qu’il en soit inatteignable pour les Français vivant en dessous du seuil de pauvreté.
Le CESE tire en outre le signal d’alarme sur l’accumulation des crispations liées à l’accroissement de la pauvreté et de l’exclusion sociale, à la saturation des structures d’accompagnement et aux difficultés qu’engendre la pauvreté sur l’accès aux droits et la satisfaction des besoins les plus élémentaires, comme l’augmentation des demandes auprès d’organismes d’aide alimentaire le démontre. La montée de l’agressivité liée aux difficultés d’accès au droit, l’augmentation du sentiment d’injustice et d’abandon de la part des pouvoirs publics, l’expression d’une angoisse envers l’avenir ou encore la difficulté des acteurs de terrain à répondre aux demandes, révélées par le baromètre du CNLE, doivent être surveillées de près.


Un niveau d’éco-anxiété encore jamais atteint

Huit Français sur dix expriment un sentiment fort d’anxiété face au dérèglement climatique. Il s’agit du niveau le plus élevé jamais mesuré en France. Ce qui est désormais un phénomène de société est accentué par un fort sentiment de frustration : alors que près de 90% des Français et des Françaises se disent prêts à agir, leur capacité d’engagement réel dans la transition est freinée par le manque de moyens financiers pour 37% d’entre eux.
Pour le CESE, tout le monde doit s’engager. Parmi les pistes d’actions à renforcer, le rôle des entreprises. Le CESE voit ainsi l’introduction de nouvelles normes d’information extra-financières (à travers la directive CSRD) comme une opportunité pour les entreprises – TPE, PME, ETI, grands groupes – de mieux prendre en compte la double matérialité de l’impact de leurs activités sur la planète et des contraintes que le changement climatique fait peser sur leurs activités voire leur raison d’être. Elles permettent également de valoriser auprès des donneurs d’ordres européens leurs atouts en matière sociale et environnementale, vis-à-vis de concurrents extra-européens moins performants sur ces deux aspects. Les entreprises devront toutefois être accompagnées pour s’engager pleinement dans une trajectoire de durabilité.
Inégalités, pouvoir d’achat, éco-anxiété : le CESE appelle à une réponse coordonnée, ambitieuse et adaptée aux spécificités de chaque territoire.

*Méthodologie du RAEF : Pour réaliser ce portrait inédit, les différentes commissions du CESE se sont appuyées sur un sondage exclusif représentatif de la population française métropolitaine et ultramarine visant à évaluer l’état d’esprit des Français et des Françaises, réalisé avec Ipsos. Des focus thématiques ont également été élaborés par les commissions du CESE, sur des sujets tels que l’emploi dans les quartiers prioritaires de la ville ou encore le rôle du numérique dans les inégalités d’accès aux soins. Dix analyses d’indicateurs socio-économiques supplémentaires viennent renforcer la compréhension des défis actuels, présentés par le CESE.

Fichier joint

Le CESE alerte le gouvernement sur les inégalités, le pouvoir d’achat et l’écoanxiété, les trois sujets de préoccupation majeurs en France

Dans son rapport annuel sur l’état du pays, le Conseil économique, social et environnemental appelle l’exécutif à « une réponse globale ». 

Par Thibaud MétaisPublié le 25 octobre 2023 à 06h55, modifié le 25 octobre 2023 à 18h27

https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/10/25/le-cese-alerte-l-executif-sur-les-inegalites-le-pouvoir-d-achat-et-l-ecoanxiete_6196350_823448.html

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La première ministre, Elisabeth Borne, au Conseil économique, social et environnemental, à Paris, le 16 octobre 2023.
La première ministre, Elisabeth Borne, au Conseil économique, social et environnemental, à Paris, le 16 octobre 2023.  JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

Dix jours après la conférence sociale qui s’est déroulée dans son hémicycle, Palais d’Iéna, à Paris, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) se fait à nouveau une place dans l’actualité. L’institution vote, mercredi 25 octobre, pour adopter son rapport annuel sur l’état de la France, dont une copie sera envoyée à l’Elysée et à Matignon.

Dans un contexte morose marqué par deux ans d’inflation, les effets du dérèglement climatique, une crise sociale inédite lors de la réforme des retraites ou encore les émeutes qui ont secoué le pays en juin et juillet après la mort du jeune Nahel M., le CESE dresse un diagnostic des préoccupations des Français. Il alerte le gouvernement sur trois sujets majeurs : la perception des inégalités, le pouvoir d’achat et l’écoanxiété. Trois problématiques liées entre elles et qui demandent « une réponse globale », considère le rapport, auquel Le Monde a eu accès.

C’est un état des lieux de la société bienvenu alors que la première ministre, Elisabeth Borne, doit présenter, jeudi 26 octobre, les réponses du gouvernement aux émeutes. Ces annonces de l’exécutif, qui devaient avoir lieu au début du mois mais qui ont finalement été repoussées, s’orientent vers des dispositions exclusivement régaliennes et sécuritaires. Matignon a déjà annoncé sa volonté de dévoiler des mesures pour « réaffirmer l’ordre républicain », en faveur du « rétablissement de l’autorité pénale » ou « sur la responsabilité pénale et la justice des mineurs ». Face à ce programme qui devrait faire la part belle à la fermeté, le CESE appelle, lui, à une réponse « coordonnée, ambitieuse et adaptée aux spécificités de chaque territoire ».

Lire aussi :    Le pouvoir d’achat au cœur de la conférence sociale entre Elisabeth Borne, les syndicats et le patronatPour établir son diagnostic, l’institution s’est appuyée sur trois volets croisés. Des données issues d’indicateurs de richesse, des expertises de terrain et le ressenti de la population à partir d’un sondage Ipsos, fondé sur un échantillon de 1 256 personnes, réalisé en septembre. « Une bonne politique publique ne peut se trouver qu’au croisement de ces trois paramètres », assure le président du CESE, Thierry Beaudet. « Nos travaux présentent une vision inédite – où tout est imbriqué –, et la plus complète possible pour forcer les pouvoirs publics à agir », ajoute l’autrice du rapport, Marianne Tordeux Bitker.

Préconisations en faveur des quartiers prioritaires de la ville

Le CESE souligne un impératif : « Agir pour une transition [écologique] juste, en luttant contre les inégalités et en garantissant les mêmes droits, opportunités et libertés à toutes et à tous. » Car les Français ont une perception aiguë des inégalités et de leurs conséquences sur l’accès à l’emploi, à l’éducation, à la santé ou encore aux services publics. Ainsi, selon l’enquête Ipsos citée dans le rapport, 67 % des personnes interrogées estiment que les inégalités liées au lieu de résidence sont importantes, suivies de près par celles liées à l’origine géographique ou culturelle (63 %), à la couleur de peau (62 %) et au genre (60 %).

Face à ce constat alarmant et pour réduire les inégalités, le CESE formule des préconisations d’actions en faveur des quartiers prioritaires de la ville, qui connaissent les plus grosses difficultés d’insertion professionnelle. Le taux d’emploi n’y est que de 45,5 %, soit près de 20 points inférieurs à celui de la population générale, précise le rapport. Les maux sont connus : part de jeunes plus élevée, niveau de qualification moindre, familles monoparentales surreprésentées et phénomène de ségrégation urbaine ; une situation que le gouvernement ne peut occulter s’il veut atteindre son objectif de plein-emploi : environ 5 % de la population active au chômage, contre 7,1 % actuellement.

Lire aussi :    Discriminations à l’embauche : un phénomène qui reste « généralisé et persistant »

Le CESE identifie donc les politiques publiques de l’emploi comme « un levier majeur des réductions des inégalités ». Il recommande d’y intégrer « la lutte contre les discriminations », alors que, selon le rapport, « la discrimination à l’emploi s’aggrave d’une génération à l’autre, notamment dans les familles d’immigrés ». Dix ans après les sorties de formation, le taux de chômage des descendants d’immigrés titulaires d’un diplôme du supérieur est de 12 %, selon le rapport ; soit plus de deux fois supérieur à celui des personnes de même niveau mais non immigrées, ni descendantes d’immigrés (5 %).

Un sujet auquel a notamment décidé de s’attaquer Marc Ferracci. Ce député (Renaissance) des Français établis hors de France a déposé une proposition de loi, en juillet, visant à généraliser la pratique du « testing » – en envoyant par exemple des CV similaires avec un critère différent comme l’adresse – pour prouver une discrimination à l’embauche.

Selon le CESE, il faut également cibler davantage les aides à l’alternance (apprentissage, « contrats pro ») en faveur des jeunes des quartiers prioritaires de la ville peu ou pas diplômés. Il conseille, par ailleurs, de mener des politiques spécifiques aux demandeurs d’emploi de ces quartiers en articulant l’offre et la demande avec des recruteurs et des candidats y résidant, tout en donnant la priorité à des métiers de la transition écologique. Selon l’étude, « les efforts pour accroître le taux d’emploi (…) doivent aujourd’hui s’inscrire dans la dynamique de la transition écologique », qui doit être « le point cardinal de toute politique de développement de l’activité ».

Une transition écologique trop coûteuse

Car l’enjeu climatique est un autre aspect du rapport, l’écoanxiété étant particulièrement forte et accentuée par les problématiques financières. Ainsi, 80 % des Français interrogés se disent inquiets des conséquences du dérèglement climatique.

« On ne pourra plus dire que les Français sont climatosceptiques », souligne Marianne Tordeux Bitker. Ils sont nombreux à avoir déjà engagé des actions pour lutter contre le réchauffement climatique – baisse de la température du logement, modification des habitudes de consommation –, mais la contrainte financière est citée comme le frein principal pour envisager de prendre des mesures plus importantes, comme la rénovation thermique des bâtiments. Un ressenti qui confirme l’étude publiée le 19 octobre par l’Institut de l’économie pour le climat relevant que la transition écologique demeure trop coûteuse pour les classes moyennes et les plus modestes.

Lire aussi le décryptage :   La transition écologique demeure trop coûteuse pour les classes moyennes et les plus modestes

Sans surprise, la question financière est centrale dans le portrait que dresse le CESE. Un Français sur deux affirme que son pouvoir d’achat répond tout juste à ses besoins essentiels, ou qu’il n’y répond pas. Le rapport alerte notamment sur la diversité des situations de pauvreté, selon le territoire (villes moyennes, ruralité et métropoles du Grand Paris) et selon le type de ménage. Dans le contexte d’inflation actuel et après l’embrasement du début de l’été dans les quartiers, le CESE alerte le gouvernement sur l’accroissement de la pauvreté et de l’exclusion sociale. « L’augmentation du sentiment d’injustice et d’abandon de la part des pouvoirs publics, l’expression d’une angoisse envers l’avenir (…)doivent être surveillées de près », avertit le rapport.

Thibaud Métais

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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