Pourquoi le projet d’autoroute A69 est-il si contesté ? Comprendre en trois minutes
VIDÉO – Depuis plusieurs mois, des militants écologistes et des scientifiques luttent contre ce projet de nouvelle autoroute de 53 km, qui a pour but de relier Toulouse à Castres et ferait gagner 20 minutes de trajet.
Par Alexis Tromas et Félix Pommier(motion design)
Publié le 27 Octobre 2023 à 06h00
Samedi 21 octobre, une manifestation rassemblant près de 10 000 personnes a tourné à l’affrontement avec les forces de l’ordre dans le Tarn. Le lendemain, au même endroit, un campement, une petite zone à défendre (ZAD), a été démantelé par les gendarmes. Une dizaine de jours plus tôt, un militant, Thomas Brail, dont la vie était menacée, stoppait sa grève de la faim. Le point commun de ces événements, c’est la mobilisation contre un projet d’autoroute de 53 kilomètres de long reliant Toulouse Castres, l’A69.
La société Atosca a été mandatée en avril 2022 pour construire et exploiter cette autoroute. Son coût est évalué à 450 millions d’euros, dont 23 millions d’argent public. Son but est de redonner de l’attractivité au sud du Tarn, et notamment au bassin de Castres-Mazamet, en facilitant les trajets avec Toulouse. Comparée à l’axe qui existe aujourd’hui, la nationale 126, l’A69 ferait gagner aux usagers une vingtaine de minutes. Le projet prévoit aussi la construction de quatre aires de repos ou de covoiturage, et 200 nouveaux ponts.
Mais à quel prix ? Ce projet a soulevé beaucoup de protestations, notamment pour
Projet d’autoroute A69 Toulouse-Castres : un week-end de mobilisation des opposants marqué par plusieurs incidents
Samedi, environ 10 000 personnes, selon les organisateurs, avaient défilé contre le projet d’autoroute, certains manifestants commettant des dégradations sur le chantier. L’évacuation d’une petite ZAD dimanche a occasionné plusieurs blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre.
Par Rémi Barroux(Saïx, Tarn, envoyé spécial) et Henri Seckel(Saïx, Tarn, envoyé spécial)Publié le 22 octobre 2023 à 22h11, modifié le 23 octobre 2023 à 09h56 (republication de l’article du 22 octobre 2023 à 12h37)
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Dimanche 22 octobre, en fin de journée, les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants avaient cessé, autour du campement des opposants au projet d’autoroute A69, entre Castres (Tarn) et Toulouse, après deux jours de manifestations émaillées de plusieurs moments de tension. La grande majorité des milliers de participants à la manifestation de samedi avaient quitté les lieux, non sans avoir tenté de s’opposer à l’évacuation d’une petite zone à défendre (ZAD) érigée dans la nuit de samedi à dimanche au lieu-dit La Crémade, à l’est de Castres.
L’objectif était de créer un lieu d’occupation permanent, sur le modèle de la ZAD installée contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, en espérant, comme pour l’aéroport nantais, l’abandon du projet. Ce dernier est soutenu par les milieux économiques locaux mais jugé destructeur de terres agricoles et « climaticide » par ses opposants. Ni le concessionnaire, ni le gouvernement, ni la région Occitanie, favorables à la future autoroute, n’ont laissé entendre que l’A69, qui doit être terminée pour la fin de 2025, pourrait connaître le même sort que le projet d’aéroport nantais.
L’évacuation du vieux corps de ferme, situé en lisière d’un champ prêté par un agriculteur et baptisé « CremZAD » en référence au nom du lieu-dit, a eu lieu à la mi-journée. Sur les 1 200 gendarmes et policiers présents dimanche dans la zone, 600 ont participé à l’opération, avec le soutien de deux blindés de la gendarmerie et sous la surveillance de deux hélicoptères. De nombreux tirs de grenades lacrymogènes ont, pendant plusieurs heures, atteint les centaines d’opposants, qui répliquaient par des jets de cailloux ramassés dans les champs. Selon la préfecture, 9 interpellations ont été effectuées et 6 membres des forces de l’ordre ont été blessés.
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Thomas Brail, le militant qui a fait plus de quarante jours de grève de la faim et quelques jours de grève de la soif contre le projet d’autoroute, qui faisait face aux forces de l’ordre, a dû être évacué sur une civière par les secouristes volontaires du camp de base des opposants. Il a une blessure au poignet et un genou contusionné. « Tant que je peux marcher, je resterai et reviendrai ici, déclarait-il. On peut prendre tous les coups de matraque possibles, ce projet ne doit pas voir le jour. Il y a 53 kilomètres d’autoroute. Bon courage pour protéger tous les chantiers. » Les opposants ont fait état d’une trentaine de blessés légers.
Six cortèges distincts
La veille, plus de 10 000 manifestants, selon les organisateurs, ont défilé à proximité du village de Saïx (Tarn). La préfecture avance, de son côté, le chiffre de « 2 400 personnes dans le cortège », tout en précisant que « 2 500 individus violents se sont détachés du cortège déclaré pour commettre des exactions ». Le parcours avait fait l’objet de longues négociations, mais, au lieu d’un, ce sont six cortèges distincts qui sont partis en tous sens, au départ du camp de base des opposants, empruntant pour la plupart des itinéraires non déclarés.
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En adoptant cette stratégie, les organisateurs – La voie est libre, Les Soulèvements de la Terre, la Confédération paysanne, Extinction Rebellion Toulouse, Attac, le Groupe national de sauvegarde des arbres et Solidaires 81… – ont, de fait, limité les possibilités d’intervention des forces de l’ordre.
En face, le dispositif de sécurité était important, avec 1 600 policiers et gendarmes mobilisés, ainsi que 300 sapeurs-pompiers. Chaque défilé était emmené par des drapeaux de couleurs différentes et répondait à des appellations diverses : « décarbonation », pour un cortège uniquement composé de cyclistes ; « compensation environnementale », pour une course à plusieurs centaines en forêt ; ou encore « désenclavement », un cortège de plusieurs milliers de personnes emmenées par quelques tracteurs, lequel a érigé un faux péage à 17 euros, le prix d’un aller-retour sur la future A69.
Cimenterie vandalisée
L’objectif du cortège le plus déterminéétait une cimenterie de la société Carayon, un sous-traitant dont le site n’était pas protégé par les forces de l’ordre. C’est le cortège rouge – baptisé « économie locale » – composé d’environ 2 000 personnes dont un grand nombre était vêtu de noir ou de bleus de travail, portant cagoule ou capuche, masque et gants, qui était chargé de pénétrer sur le site du cimentier. Les manifestants ont forcé le portail de la cimenterie afin d’y taguer des slogans hostiles à la future autoroute, et de déployer une grande banderole « No macadam » sur une centrale à béton. Quelques individus ont mis le feu à trois camions toupies. Une action qui n’était pas prévue, selon les organisateurs.

« Des individus hostiles ont dégradé une cimenterie, y déclenchant un incendie, a relaté de son côté la préfecture dans un communiqué. Après avoir été entravés par les manifestants, qui ont été repoussés par les forces de l’ordre, les sapeurs-pompiers sont intervenus sur le lieu de l’incendie. » Selon le journaliste du Monde présent sur place, aucun contact n’a cependant eu lieu avec les forces de l’ordre ou avec les pompiers, les manifestants ayant quitté les lieux avant que les véhicules de secours ou de gendarmes ne s’approchent du site.
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Bardou, une autre entreprise tarnaise du BTP, à Cambounet-sur-le-Sor, impliquée dans le chantier de l’A69, a aussi été prise pour cible par les opposants. Plusieurs se sont « introduits par effraction sur le site », a confirmé la préfecture, ajoutant qu’ils avaient « pris [le] vigile à partie, dégradé le bâtiment et arraché ses clôtures, avant d’être repoussés par les forces de l’ordre ». Le ministre délégué chargé des transports, Clément Beaune, a condamné sur X (ex-Twitter), des « violences scandaleuses et inexcusables ». « Beaucoup n’étaient là que pour en découdre. En démocratie, manifester est un droit, casser est un délit », a-t-il ajouté.

Fanfares et tracteurs
Le directeur général de la société Atosca, concessionnaire de la future autoroute, Martial Gerlinger, déplore « que cette manifestation ait mené à des actions si violentes, qui plus est à l’égard de partenaires locaux qui emploient des centaines de salariés dans le Tarn ». Par précaution, Atosca et l’opérateur de travaux publics, le groupe français NGE, avaient évacué la plupart de leurs engins de terrassement.
Si des incidents ont marqué cette première journée de mobilisation, le cortège le plus important, sur le parcours autorisé, s’est déroulé dans une ambiance joyeuse, avec fanfares et tracteurs. Dans le défilé, il y avait de nombreux enfants. A 16 h 30, tous les cortèges avaient regagné le camp de base pour une soirée de débats et de concerts.
Les organisateurs tiraient un bilan positif de cette mobilisation, loin du traumatisme engendré par la manifestation contre la mégabassine de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres en mars, marquée par de violents affrontements et des blessés gravement touchés. « Aujourd’hui, c’était une belle manifestation durant laquelle nous avons pu démontrer la justesse de notre lutte et le vaste soutien qu’elle rencontre », assurait la porte-parole de la Confédération paysanne, Laurence Marandola.
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Rémi Barroux(Saïx, Tarn, envoyé spécial) et Henri Seckel(Saïx, Tarn, envoyé spécial)
A69 Toulouse-Castres : la ZAD des opposants au projet d’autoroute évacuée par les forces de l’ordre
Neuf personnes ont été arrêtées au cours de l’évacuation, a déclaré le préfet du Tarn. Encore 150 opposants, présents dans un champ voisin, sont en cours de dispersion. « Il n’y a plus de forme d’agressivité » envers les gendarmes, selon le préfet.
Par Rémi Barroux(avec Agence France-Presse) (avec AFP) Publié le 22 octobre 2023 à 14h43, modifié le 22 octobre 2023 à 18h18 https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/10/22/a69-toulouse-castres-une-intervention-en-cours-pour-evacuer-la-zad-des-opposants-au-projet-d-autoroute_6195977_3244.html
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Les forces de l’ordre sont intervenues à la mi-journée, dimanche 22 octobre, pour déloger des opposants au chantier d’autoroute A69 du lieu-dit de La Crémade, à l’est de Castres, où ils s’organisaient en zone à défendre (ZAD) au lendemain d’une manifestation qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Les maisons abandonnées où les opposants à l’A69 avaient pris place étaient totalement sous contrôle des forces de l’ordre en fin d’après-midi.
Le lieu-dit de La Crémade a été entièrement évacué, a confirmé le préfet du Tarn, Michel Vilbois, au cours d’une conférence de presse. Environ 150 personnes sont encore présentes dans un champ voisin, mais « la grande majorité d’entre elles rangent leurs tentes et démontent les barnums », selon le préfet. « Il n’y a plus (…) de forme d’agressivité en direction des forces de gendarmerie », a-t-il assuré. Au cours de l’évacuation de la ZAD, neuf personnes ont été arrêtées et six membres des forces de l’ordre ont été légèrement blessés. Les services du SDIS et du SAMU ont dit ne pas avoir été sollicités pour venir en aide à des blessés du côté des manifestants, selon M. Vilbois.
Peu avant 13 heures, plusieurs dizaines de gendarmes mobiles en tenue antiémeutes avaient commencé à encercler les maisons, investies la veille en fin d’après-midi par une centaine de militants pour créer une zone à l’image de ce qui avait été organisé contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes. Selon le journaliste du Monde,qui était sur place, l’intervention des gendarmes a démarré alors que se tenait une conférence de scientifiques et que l’économiste Geneviève Azam prenait la parole.
Plusieurs blessés légers
Les forces antiémeutes ont fait usage de grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants dans une prairie jouxtant le groupe de maisons. Deux véhicules blindés, venus en soutien des forces de l’ordre, faisaient face aux manifestants scandant « No macadam, no macadam » et dont certains ont lancé des projectiles.
Thomas Brail, l’arboriste grimpeur, qui a fait plus de quarante jours de grève de la faim et quelques jours de grève de la soif contre le projet d’autoroute, qui faisait face aux forces de l’ordre, a dû être évacué sur une civière par les « médics », les secouristes volontaires du camp de base des opposants à l’A69. Il a une blessure au poignet et un genou contusionné. « Tant que je peux marcher, je resterai et reviendrai ici », a-t-il déclaré au Monde. « Les autorités mettent de l’huile sur le feu. On peut prendre tous les coups de matraque possible, ce projet ne doit pas voir le jour. Il y a 53 kilomètres d’autoroute. Bon courage pour protéger tous les chantiers. » Les « médics », à 15 heures, faisaient état d’une trentaine de blessés légers dont certains pourraient avoir besoin d’une courte hospitalisation.
Revue des projets autoroutiers
« Je vais être très simple, très clair, très ferme : il ne peut pas y avoir de ZAD et il n’y aura pas de ZAD sur l’A69 », a déclaré dimanche midi le ministre des transports, Clément Beaune, invité de « Questions politiques » (France inter, France Télévisions, Le Monde).
« Je ne veux pas un pays où l’on a zéro infrastructure, zéro projet et où, même avec des arguments valables, une minorité imposerait sa loi aux élus et à la majorité élue », a-t-il martelé, se targuant d’avoir lancé une revue inédite des projets autoroutiers dont certains « vont continuer et d’autres seront abandonnés », et dont il donnera le résultat dans quelques semaines.
« La ZAD n’est pas un élément festif et sympathique, c’est une violation des règles élémentaires de la propriété et de l’espace public, donc non ! », a-t-il dit reprochant aux opposants la présence dans la manifestation de samedi de « 2 500 éléments radicaux, cagoulés, violents ».
Lire aussi : Projet d’A69 : entre Toulouse et Castres, l’autoroute de la discorde
Rémi Barroux(avec Agence France-Presse) (avec AFP)