Il vous faut lire de : PETER C. GOTZSCHE MO. – Traduction de FERNAND TURCOTTE NO
REMÈDES MORTELS ET CRIME ORGANISÉ Comment l’industrie pharmaceutique a corrompu les services de santé.

Commentaire de F.PIERRU sociologue:
LIre ce livre édifiant d’un grand ponte, médecin, épidémio, co-fondateur de la collaboration Cochrane. IL a publié dans les plus grandes revues médicales. Une référence mondiale.
Il dit que l’industrie pharmaceutique est » une pègre qui gangrène l’ensemble du système de santé de la FDA au médecin de terrain« .
Un scientifique rigoureux, réputé, incorruptible, comme Ioannidis. Pas un histrion.
(Extrait) un crime organisé avec le laboratoire Merck
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L’auteur a fait la une en 2018:
V Peter Gotzsche, celui par qui la controverse arrive
Exclu de la Collaboration Cochrane, le médecin danois a bataillé pour changer les règles d’accès aux résultats des études secrètes de l’industrie pharmaceutique.
Par Stéphane Foucart

Grand et sec, cheveux gris en brosse, rugueux, intransigeant et de tempérament bagarreur, Peter Gotzsche est une figure historique du mouvement en faveur d’une médecine fondée sur la preuve. A 69 ans, ce professeur de médecine danois est l’un des 80 fondateurs de la Collaboration Cochrane, née voilà vingt-cinq ans d’une volonté de rigueur et d’indépendance dans la définition des meilleures pratiques en médecine. Il est aussi, souvent, celui par qui la controverse arrive.
En témoigne le nombre de courriers au vitriol, envoyés et reçus, publiés sur le site du Centre Cochrane nordique, basé à Copenhague, qu’il dirige depuis 1993. En témoigne, aussi, la crise que traverse la Collaboration Cochrane après la décision, votée le 13 septembre par son conseil de gouvernance, de l’exclure de l’organisation – une sanction inédite dans son histoire. Dans un courriel collectif à ses confrères, que Le Monde a pu consulter, il dit avoir ressenti l’annonce de son expulsion, en assemblée générale, comme « une exécution publique ».
Il a pourtant le cuir épais, tanné par des années de prises de position parfois en radicale opposition avec les idées dominantes du moment. « Si vous voulez savoir qui est Peter Gotzsche, il faut revenir vingt ans en arrière, raconte Tom Jefferson (Centre for Evidence-Based Medicine de l’université d’Oxford), l’un de ses proches. A l’époque, Peter disait que les risques du dépistage systématique du cancer du sein avaient été ignorés et que les bénéfices avaient été exagérés. Il a été traité de fou et d’irresponsable, mais il s’avère aujourd’hui qu’il a eu raison, et ce même si la mammographie demeure un instrument utile. »
« En psychiatrie au moins, Peter est tout sauf impartial »
En 2007, Peter Gotzsche entre dans une vive controverse avec l’Agence européenne du médicament (EMA) – l’autorité qui supervise la mise sur le marché des médicaments. Il demande à l’agence basée à Londres l’accès aux études confidentielles portant sur des substances anti-obésité (rimonabant et sibutramine) qui lui ont été soumises par les industriels. L’EMA refuse, arguant du secret commercial. Peter Gotzsche insiste. Il saisit le médiateur européen et, au terme d’un bras de fer de plus de trois ans, obtient l’accès aux données. Sa méfiance était, là encore, fondée : les deux médicaments seront retirés du marché. « C’est grâce à sa ténacité que les règles d’accès aux données industrielles ont finalement été changées par l’EMA », rappelle Tom Jefferson.
Ancien employé de l’industrie pharmaceutique, Peter Gotzsche nourrit à l’égard de celle-ci une profonde méfiance. Le titre de son dernier livre est éloquent : Deadly Medicines and Organised Crime : How Big Pharma Has Corrupted Healthcare (Remèdes mortels et crime organisé. Comment l’industrie pharmaceutique a corrompu les services de santé, trad. Fernand Turcotte, PUL, 2015). Certaines de ses prises de position – sur bon nombre de médicaments utilisés en psychiatrie, qu’il juge dangereux et peu utiles – s’attirent des commentaires acerbes. « En psychiatrie au moins, Peter est tout sauf impartial,écrit dans un courriel collectif le psychiatre Allen Frances, professeur émérite à l’université Duke, à Durham (Royaume-Uni). Il exprime constamment les vues les plus extrêmes de manière trompeuse. »
Dernier fait d’armes : Peter Gotzsche a porté plainte en 2016 contre l’EMA auprès du médiateur européen, accusant l’agence d’avoir mal évalué une alerte lancée par des médecins danois, qui suspectaient des effets indésirables rares de vaccins contre le papillomavirus (HPV), un virus responsable de cancers du col de l’utérus. Cette nouvelle bravade est, sans doute, l’une des raisons de sa disgrâce.
La Cochrane, parangon mondial de la « médecine fondée sur la preuve », en pleine crise
Peter Gotzsche, médecin danois connu pour ses positions critiques envers l’industrie pharmaceutique, est sur le point d’être évincé de la prestigieuse organisation internationale.
Par Stéphane Foucart
le 21 septembre 2018 à 06h26, modifié le 21 septembre 2018 à 12h00

La Collaboration Cochrane traverse la plus grave crise de son histoire. Fondée voilà un quart de siècle par des chercheurs et des médecins désireux de promouvoir la « médecine fondée sur la preuve » (evidence-based medicine), la prestigieuse organisation se déchire depuis que son conseil de gouvernance a voté, le 13 septembre, l’expulsion de l’un de ses membres, Peter Gotzsche, un professeur de médecine et chercheur danois réputé pour ses positions très critiques vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique.
L’éviction de ce membre fondateur de l’organisation, qui ne devait être effective que jeudi 20 septembre, a déclenché la démission de quatre autres membres du conseil de gouvernance. Celui-ci se retrouve désormais réduit de près de moitié. La situation ouvre un « risque de chaos » au sein de la célèbre institution, selon l’expression de l’un de ses membres, dont certains suspectent à mots plus ou moins couverts qu’elle a cédé à des pressions de l’industrie pharmaceutique.
Peu connue du grand public, la Collaboration Cochrane est une organisation à but non lucratif forte de quelque 11 000 membres, généralement bénévoles, chercheurs ou praticiens, œuvrant collectivement à publier des revues systématiques de la littérature scientifique, afin d’évaluer, avec le plus haut niveau d’indépendance et de rigueur, les bénéfices et les risques de traitements médicamenteux ou d’interventions médicales.
Vingt-cinq ans après sa fondation, « la Cochrane » existe désormais à travers de nombreux centres nationaux ou régionaux. Elle est devenue une référence incontournable pour de nombreux praticiens, mais aussi pour les autorités sanitaires, les régulateurs et les organisations intergouvernementales.
« Longue enquête »
L’éviction de M. Gotzsche, annoncée lors de l’assemblée générale de l’organisation, tenue à Edimbourg (Ecosse) du 16 au 18 septembre, a provoqué un tollé. « Cela a été le centre de toutes les discussions, rapporte l’épidémiologiste Philippe Ravaud, professeur à l’université Paris-Descartes et directeur du centre Cochrane français. Ces trois jours ont été horribles, et ouvrent une période d’introspection profonde et douloureuse. »
Le trouble est d’autant plus grand que les raisons précises de la mesure prise à l’encontre de M. Gotzsche n’ont pas été divulguées, la procédure étant toujours en cours. Durant l’assemblée générale, les membres restants du conseil de gouvernance ont seulement spécifié avoir reçu des plaintes à l’encontre de l’intéressé. Ils évoquent un « mauvais comportement » et assurent n’avoir agi qu’au terme d’une « longue enquête », dont la teneur et les conclusions demeurent à ce jour confidentielles. Les détails devraient être rendus publics dans les prochains jours, selon Cochrane.
De son côté, M. Gotzsche conteste vivement son exclusion. « Aucune justification raisonnée ne m’a été donnée pour mon expulsion, exceptée l’accusation de “discréditer” l’organisation », explique-t-il dans une déclaration publiée le 15 septembre. Le médecin et chercheur danois nie en bloc l’argumentaire du conseil, qu’il estime « diffamatoire » à son égard.
Il rappelle avoir été élu en 2017 au conseil avec le plus grand nombre de suffrages de la dizaine de candidats qui s’étaient déclarés et dit être exclu en raison de ses positions très critiques vis-à-vis de l’industrie. « Comme la plupart le savent, l’essentiel de mon travail n’est pas très favorable aux intérêts financiers de l’industrie pharmaceutique, écrit-il. Cela a conduit Cochrane a être l’objet de pressions, de critiques et de plaintes. Mon expulsion est l’un des résultats de ces campagnes. »
« Crise morale »
Le conseil de gouvernance a de son côté assuré aux membres de l’organisation que la sanction n’avait « rien à voir avec la liberté de parole » ou « le débat scientifique », mais avec « un comportement totalement et complètement en désaccord avec les principes de la Collaboration Cochrane » – sans en dire plus. Sollicité par Le Monde, Martin Burton, président du conseil de gouvernance de l’organisation, ne souhaite pas s’exprimer pour l’heure et renvoie aux communiqués publiés.
Dans sa déclaration, M. Gotzsche évoque une « crise morale » que traverserait, selon lui, l’organisation, désormais engagée dans une stratégie de marque, à la recherche de nouveaux financements et tentée de monnayer sa crédibilité scientifique.
« Qu’il y ait une stratégie de marque est une réalité et agace un certain nombre de membres de la collaboration, mais cette stratégie n’est pas anormale, tempère M. Ravaud. Il est normal et sain que Cochrane aille chercher, sans trop de succès jusqu’à présent d’ailleurs, des financements de l’Union européenne, par exemple. Mais prétendre que le travail de Cochrane est conduit afin de lever des fonds ou de favoriser certains intérêts me semble déraisonnable. »
Personnalité rugueuse et intransigeante, Peter Gotzsche est célèbre pour ses prises de positions tranchées contre l’industrie pharmaceutique – l’un de ses ouvrages parle même de « crime organisé » à son propos. L’intransigeance du chercheur et médecin danois s’exerce aussi, parfois, aux dépens de la Cochrane elle-même. Au cours de l’été, M. Gotzsche a défrayé la chronique en publiant, dans la revue BMJ Evidence-Based Medicine, une vive critique d’une revue systématique publiée par Cochrane, concluant à l’efficacité et aux faibles risques des vaccins contre le papillomavirus (HPV), un virus impliqué dans le déclenchement de cancers du col de l’utérus. Selon M. Gotzsche et ses deux coauteurs, Tom Jefferson (Centre for Evidence-Based Medicine de l’université d’Oxford) et Lars Jorgensen (Centre Cochrane nordique), la revue de Cochrane était fautive sur plusieurs points.
Un scientifique qui « mène une guerre »
Selon eux, toutes les données n’ont pas été prises en compte par leurs confrères, les études cliniques incluses dans l’analyse sont incorrectement contrôlées (les placebos étant constitués d’adjuvants ou d’autres vaccins) et donc aveugles aux risques potentiels présentés par les adjuvants, le plan de communication de la Cochrane avait présenté à la presse des commentaires de scientifiques en conflit d’intérêts, etc.
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Le ton particulièrement cinglant de la critique a été très mal perçu par certains collaborateurs ; il s’est attiré une réponse sèche de la Cochrane, publiée début septembre, qui maintient fermement ses conclusions, rejetant fermement certaines des critiques, mais reconnaissant du bout des lèvres que certaines ne sont pas sans fondements. Cette nouvelle controverse a-t-elle précipité la sanction à l’encontre du chercheur danois ?
Dans un contexte de défiance envers les vaccins, plusieurs collaborateurs de la Cochrane interrogés par Le Monde jugent irresponsable de faire état publiquement, et en termes aussi vifs, d’un désaccord sur le sujet.
« Peter est un excellent scientifique, qui a fait avancer les choses de manière incroyable durant toutes ces années, mais c’est aussi quelqu’un qui, lorsqu’il mène une guerre, ne fait pas de prisonniers, dit un membre de la collaboration qui a requis l’anonymat. Dans ses articles, il tourne parfois les choses de manière sensationnaliste, pour attirer l’attention et servir sa cause. De ce point de vue, il a sans doute perdu une part de sa rationalité sur ces questions qui lui tiennent trop à cœur. »
Une réconciliation semble peu probable
« Peter Gotzsche est à l’évidence intransigeant, dit, pour sa part, la pneumologue Irène Frachon (CHU de Brest), célèbre en France pour avoir révélé les dégâts causés par le Mediator du laboratoire Servier. Mais quand on a vraiment compris ce qu’il se passe, c’est difficile d’agir autrement devant cette foire commerciale internationale qu’est devenue la recherche médicale. »
Au sein de la Collaboration Cochrane, certains cherchent déjà une sortie de crise. Les accusations ont été si fortes, de part et d’autre, qu’une réconciliation semble peu probable.
Pour Tom Jefferson, un proche de Peter Gotzsche, il faudrait faire table rase du conseil et réorganiser des élections dont seraient exclus tous les membres actuels, incluant les démissionnaires et… Peter Gotzsche lui-même.