Les vélos de plus en plus interdits dans les zones piétonnes

Une «inquiétante» vague d’interdictions des vélos en centre-ville

Lille a interdit depuis le 9 octobre 2023 la circulation des vélos dans une partie de son centre-ville. – Unsplash/CC/David Marcu

Par Hortense Chauvin

18 octobre 2023 à 09h21Mis à jour le 20 octobre 2023 à 15h15

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Lille, Nice, Agen… Les interdictions du vélo en centre-ville se multiplient, afin «d’assurer la sécurité des piétons». De quoi freiner l’enthousiasme des cyclistes pour la mobilité douce.

Sale temps pour les vélos. Depuis le 9 octobre, la circulation des bicyclettes, trottinettes et autres skateboards est interdite dans une partie du centre-ville de Lille, dixième commune la plus peuplée de France. Les usagers de deux-roues — à l’exception des policiers, agents municipaux, livreurs postaux, enfants de moins de 8 ans et personnes à mobilité réduite y ont «l’obligation de poser pied à terre et de conduire à la main [leur] véhicule», sans quoi ils s’exposent à des amendes de 35 à 135 euros.

La mairie (socialiste) justifie cet arrêté par la nécessité «d’assurer la sécurité des piétons»dans les zones piétonnes, certains cyclistes circulant, déplore-t-elle, «à une vitesse excessive» et «sans respect des règles de priorité».

Cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large : ces derniers mois, les interdictions du vélo en centre-ville se sont multipliées. En juin, la ville de Nice (dirigée par le vice-président du parti Horizons, Christian Estrosi) réactivait un arrêté interdisant la circulation des vélos électriques, trottinettes et «hoverboards» (des plateformes à roulettes motorisées) dans la vieille ville durant l’été. «Suite à plusieurs accidents» — notamment une grave collision entre un garçon de 5 ans et une trottinette électrique —, la mairie d’Agen a elle aussi prohibé, en juillet, vélos et trottinettes dans son centre-ville piéton. À Niort, ces derniers sont déjà persona non grata dans certaines rues depuis fin 2021.

Une décision « absurde »

Une vague d’arrêtés anti-vélos «inquiétante», selon Thibault Quéré, chargé de plaidoyer au sein de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), qui lui semble faire «tache d’huile» dans des villes de taille et d’obédiences politiques pourtant très différentes. Le spécialiste des mobilités douces craint que ces mesures pénalisent les cyclistes, et douchent leur enthousiasme pour la petite reine. «À Lille, la zone compte une vingtaine de rues, dont certains des secteurs les plus importants de la ville. Devoir mettre pied à terre rallonge le temps de parcours de 10 à 15 minutes.»

Certains Lillois sont ainsi contraints de pousser leur vélo pendant plusieurs centaines de mètres pour rentrer chez eux, raconte Michel Anceau, le directeur de l’association Droit au vélo. «Quand on finit le travail à 18 heures et qu’on n’a pas d’itinéraire alternatif, ça rend tout de suite la pratique du vélo moins sympathique», craint Thibault Quéré.

Ces interdictions, souligne-t-il, pourraient également affecter les professionnels ayant opté pour des modes de locomotion doux, comme les plombiers ou les médecins à vélo, qui fleurissent depuis quelques années. Dans un communiqué, les élus réunis au sein du groupe d’opposition Lille verte dénoncent eux aussi un «véritable obstacle à la mobilité cyclable», accentuant le «retard» de la capitale des Flandres en matière de mobilité verte. Cette mesure est d’autant plus «absurde», écrivent-ils, que plusieurs stations de vélos en libre-service se trouvent dans la zone où leur circulation est désormais proscrite.

«S’attaquer à l’hégémonie automobile»

L’interdiction des vélos en centre-ville ne fait que déplacer le débat, selon Thibault Quéré : «Plutôt que de réduire les droits des cyclistes, il faudrait s’attaquer à l’hégémonie automobile de la voirie.» En France, 50 à 80% de l’espace en ville est réservé à la circulation ou au stationnement des voitures, selon les chiffres de l’ingénieur et spécialiste des mobilités durables Mathieu Chassignet.

Afin d’apaiser les relations entre cyclistes et piétons — et réduire le sentiment d’insécurité de ces derniers —, il faudrait selon Thibault Quéré «rééquilibrer» l’espace urbain : «L’afflux de cyclistes et de piétons au même endroit est souvent dû au fait que les villes sont complètement déséquilibrées, avec une zone apaisée assez petite, et derrière une sorte de grand foutoir complètement laissé à la main de la voiture. À cause de ça, on concentre les flux de piétons et de cyclistes sur les mêmes zones.»«Il faut construire un réseau cyclable continu qui traverse aussi la ville hors de l’hypercentre pour y limiter le transit», abonde Michel Anceau.

Thibault Quéré prône également «l’éducation à la cohabitation» avec les autres usagers de l’espace public dès le plus jeune âge. Cela pourrait prendre la forme de cours de vélo dispensés dès le collège, la création de modules dédiés dans le cadre de l’examen du permis de conduire, ou le développement de vélo-écoles. Le Code de la route ordonne déjà aux cyclistes de «circuler au pas» dans les zones piétonnes, rappelle-t-il. «Il n’y a pas besoin d’arrêté municipal en plus.»

«Certains se comportent mal à vélo, admet-il, comme d’autres se comportent mal en voiture. Mais les automobilistes ont une arme létale entre les mains.» Si l’on peut déplorer l’incivilité de certains cyclistes à l’égard des piétons, les chiffres du dernier rapport de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière sont clairs : un seul piéton est mort suite à une collision avec un vélo en 2022. Deux sont décédés à cause d’une trottinette. Les 485 autres (soit les 99,3% restants) ont perdu la vie après avoir été frappés par une voiture, un bus, un camion, une moto ou autre engin lourdement motorisé.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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