A la manifestation de soutien à la Palestine à Paris, la gauche se déchire un peu plus
Dimanche, LFI a participé à un rassemblement à Paris auquel le PS, le PCF et EELV ont refusé de se rendre car l’appel omettait de qualifier le Hamas de « terroriste ».
Par Sandrine CassiniPublié aujourd’hui à 00h39, modifié à 08h09
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Dimanche 22 octobre, La France insoumise (LFI) était venue en force réclamer « l’arrêt immédiat des opérations militaires contre la bande de Gaza », lors d’un rassemblement, à Paris, à l’initiative du Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens. Le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon, qui n’était pas annoncé, a fait une apparition en milieu d’après-midi. « Avec beaucoup d’autres organisations, syndicales, associatives et politiques, nous pouvons ensemble exiger un cessez-le-feu immédiat et la libération des otages », a assuré la députée « insoumise » de Seine-Saint-Denis Aurélie Trouvé.
Sur la place de la République, les drapeaux palestiniens côtoyaient ceux de LFI ou du Nouveau Parti anticapitaliste. En revanche, parmi les formations de gauche, le Parti socialiste (PS), le Parti communiste français (PCF) et Europe Ecologie-Les Verts (EELV), qui avaient décidé de ne pas répondre à l’appel, étaient les grands absents du rendez-vous.
Le texte de l’appel à manifester avait omis de qualifier le Hamas de « terroriste », se contentant de condamner des « crimes de guerre », en ligne avec la sémantique utilisée par M. Mélenchon et son premier cercle depuis les exactions commises par l’organisation palestinienne, le 7 octobre. Dimanche, sur France 3, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a assuré que son parti n’avait pas « été invité à participer à [sa] rédaction ». Une défection qu’a regrettée le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, jugeant « dommage » que les « partenaires de la Nupes [Nouvelle Union populaire écologique et sociale] ne répondent pas présents », percevant là des « tentatives de division ». Les membres de la coalition « s’isolent », a-t-il estimé, cinq jours après la décision des socialistes de suspendre leur participation aux travaux de l’alliance à gauche.
Si les directions des partis n’étaient pas présentes, des sympathisants communistes et écologistes avaient quand même fait le déplacement. « Beaucoup de militants pour la paix ne comprennent pas notre absence », déplore la députée PCF des Hauts-de-Seine Elsa Faucillon, qui rappelle l’engagement « de longue date » de son mouvement pour « le droit des Palestiniens ». En désaccord avec la ligne du secrétaire national, Fabien Roussel, elle ajoute que « le PCF a toute sa place à une manifestation qui exige le cessez-le-feu immédiat ». Proche de LFI, le député écologiste du Val-d’Oise Aurélien Taché a, lui, accepté de prendre la parole dimanche. « C’était la place de tous ceux qui se battent contre le colonialisme, pour la paix, et la démocratie », estime celui qui « regrette profondément » l’absence de EELV.
Mélenchon sème une nouvelle fois le trouble
Au même moment, quelque trois cents personnes étaient réunies à deux kilomètres de là, sur la place du Châtelet. Les Guerrières de la paix, un collectif créé en France il y a deux ans par des femmes palestiniennes et israéliennes, avaient, elles aussi, appelé à un rassemblement, mais sans drapeaux ni slogans. Une façon de ne pas donner l’impression de soutenir un camp plus qu’un autre. M. Faure, qui devait y assister, n’a finalement pas pu faire le déplacement.
Seule la porte-parole du PS, Chloé Ridel, était présente. « Le camp de la paix ne doit pas se diviser : on demande tous le cessez-le-feu, la levée du blocus », commente celle qui est venue « à titre personnel ». Pour la nouvelle sénatrice écologiste de Paris, Anne Souyris, les divisions à gauche s’expliquent non pas tant par l’objectif recherché que par « la stratégie, le chemin » pour y parvenir. « Etre partisan de la paix, c’est lutter contre le terrorisme du Hamas, contre les crimes de guerre à Gaza, pour le droit des Palestiniens à vivre libres, pour le droit des Israéliens à vivre en sécurité, tout cela doit être le même combat », appuie sa collègue écologiste au Sénat, Mélanie Vogel.
Lire aussi* : A La France insoumise, une fracture de plus en plus visible entre le clan Mélenchon et les « frondeurs »
Si le rassemblement a eu lieu dans le calme, Jean-Luc Mélenchon a, une nouvelle fois, semé le trouble, à cause d’un message posté sur X (anciennement Twitter), dans lequel il a fustigé le déplacement de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), en Israël, le jour même. En commentaire d’une vidéo montrant le rassemblement pour les Palestiniens, place de la République, il a écrit : « Voici la France. Pendant ce temps, Mme Braun-Pivet campe à Tel-Aviv pour encourager le massacre. Pas au nom du peuple français ! »
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En soupçonnant la présidente de l’Assemblée nationale de ne pas travailler pour son pays, le fondateur de LFI a, encore une fois, nourri le procès en antisémitisme qui lui est fait. Aussitôt, il a soulevé un vent d’indignation chez les macronistes, à droite, mais également dans les rangs de la gauche. La députée socialiste du Tarn-et-Garonne Valérie Rabault a considéré « ces accusations » comme « abjectes ». Le maire PS de Montpellier, Michaël Delafosse, a dénoncé « les pires sous-entendus aussi indignes qu’irresponsables ». La gauche est loin de la réconciliation.
*A La France insoumise, une fracture de plus en plus visible entre le clan Mélenchon et les « frondeurs »
Après les troubles causés en interne par les affaires Quatennens et Chikirou, le refus de Jean-Luc Mélenchon et de son premier cercle de qualifier le Hamas de « terroriste » libère la parole des opposants à la direction, comme François Ruffin ou Alexis Corbière.
Par Sandrine Cassini Publié hier à 05h00 https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/10/22/a-la-france-insoumise-une-fracture-de-plus-en-plus-visible-entre-le-clan-melenchon-et-les-frondeurs_6195861_823448.html
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Dimanche 22 octobre, place de la République à Paris, les « insoumis » prévoient de demander avec la CGT, le Nouveau Parti anticapitaliste, la Fédération syndicale unitaire (FSU), Solidaires et une kyrielle d’autres associations « un cessez-le-feu immédiat » et « l’arrêt des opérations militaires » dans la bande de Gaza. « Nous voulions un rassemblement pour la paix, et contre les massacres de civils israéliens et palestiniens, comme il en existe dans tous les pays », justifie la députée La France insoumise (LFI) de Seine-Saint-Denis Aurélie Trouvé.
Toute la gauche ne sera cependant pas au rendez-vous. Si l’appel lancé par le Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens condamne également « les crimes de guerre contre des civils israéliens », il omet de qualifier le Hamas de mouvement « terroriste », en ligne avec la position défendue par LFI depuis l’attaque du Hamas, le 7 octobre. L’absence de ce qualificatif a poussé le Parti communiste français et Europe Ecologie-Les Verts à passer leur chemin. Quant au Parti socialiste, il affirme ne pas avoir été contacté. « Il n’y a pas le mot “terrorisme”, normal qu’on ne soit pas sollicité », suppose le socialiste Laurent Baumel, chargé des relations extérieures.
Cette bataille sémantique ne déchire pas uniquement la gauche. Elle a aussi creusé la fracture au sein de LFI. Cette semaine, la crise a atteint son paroxysme après l’intervention de la députée de Paris Danièle Obono, mardi 17 octobre, lorsqu’elle a qualifié le Hamas de « mouvement de résistance ». Dans la foulée, la réunion de groupe à l’Assemblée nationale a été houleuse, certains, à l’image du député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière, exigeant qu’elle retire ses propos. Refusant de désavouer cette proche de Jean-Luc Mélenchon, la direction de LFI s’est tout de même discrètement démarquée en glissant dans un communiqué que « le Hamas n’incarne pas la résistance du peuple palestinien ».
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« Cassez-vous ! »
Il n’empêche. Lors de cette réunion au Palais-Bourbon, d’autres sujets de tension sont revenus sur la table, comme l’absence de démocratie interne. « Cassez-vous ! », ont hurlé le député du Nord Ugo Bernalicis ou sa collègue de l’Hérault Nathalie Oziol (ce qu’elle dément), deux proches de M. Mélenchon, à l’attention des « frondeurs », parmi lesquels les trois élus de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière, Clémentine Autain et Raquel Garrido. Mais ces derniers n’ont pas l’intention de partir, ni même de créer un groupe parlementaire à part, comme on le murmure dans les couloirs de l’Assemblée. « Ce n’est pas notre projet. Nous voulons convaincre au sein de notre groupe et de notre mouvement », répond Mme Autain.
Longtemps larvées, les attaques entre la direction et ses opposants sont devenues publiques. Sur X (ex-Twitter), Mme Obono a accusé, le 14 octobre, François Ruffin de sacrifier « ses principes par opportunisme, pour avoir l’air présidentiable ». Le député de la Somme avait, selon l’élue, omis d’évoquer les « crimes de guerre » du gouvernement israélien, se contentant de condamner sa « vengeance aveugle ». Le véritable motif de discorde n’était peut-être pas là. Quelques jours plus tôt, celui qui est perçu comme un rival potentiel de M. Mélenchon s’en est distingué, en évoquant, dans Le Monde, le caractère « terroriste » du Hamas.
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Combien sont-ils, au sein des quelque 75 députés du mouvement, à être en désaccord avec la direction ? Difficile de le savoir. « Le dysfonctionnement démocratique ne permet pas de le mesurer », juge Mme Autain. Proche du fondateur de LFI, l’élu du Val-d’Oise Paul Vannier préfère évoquer « quelques individus de plus en plus isolés ».
Le 9 janvier, après le trouble causé en interne par l’affaire Quatennens et la nomination de la nouvelle direction, un séminaire, organisé par les parlementaires de LFI, avait planché sur le fonctionnement du mouvement. Ses conclusions n’ont jamais été transmises aux députés. Peut-être parce qu’elles nuancent, dans des mots choisis, la thèse de M. Vannier.
« Une VIe République à LFI »
Dans ce court document de deux pages auquel Le Monde a eu accès, les élus se demandent « où se trouve la direction politique ». Une façon de dire qu’ils ne savent ni où ni comment la ligne se décide. « Les mots “cooptation” et “opacité” reviennent de manière récurrente », détaille la synthèse, qui souligne que, « dans la grande majorité des groupes du séminaire, la question démocratique est au cœur des constats ». Tout en saluant un meilleur fonctionnement qu’avant, les élus réclament « fortement » des améliorations. Ainsi, la « coordination des espaces » (la direction), dirigée par le député des Bouches-du-Rhône Manuel Bompard, fidèle de M. Mélenchon, présente un « problème de représentativité ». « Ce sont 16 députés qui, un jour, ont dit, nous sommes les chefs », déplore Mme Garrido, mise à l’écart de la direction en décembre 2022, au même titre que M. Ruffin, Mme Autain, Danielle Simonnet, Eric Coquerel ou M. Corbière.
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« Nous avons des espaces de débat », défend Aurélie Trouvé, en référence aux multiples réunions du groupe parlementaire. Sauf que leur point de vue ne se reflète jamais dans la ligne politique, contestent les « frondeurs ». Résultat : le premier parti de gauche s’affaiblit, selon Mme Garrido. « Aujourd’hui, LFI a une direction politique faible, elle n’est pas capable de peser dans la société, de porter le programme et de repérer les pièges », regrette-t-elle.
Le malaise est également palpable sur le terrain. Un collectif de 420 militants réclame, lui aussi, une « refondation du mouvement », en plaidant pour « une VIe République à LFI ». « Nos groupes d’action, lieux de débat, ne sont jamais consultés sur les options politiques », se sont-ils plaints, le 6 octobre, au lendemain de la diffusion, sur France 2, du documentaire sur la députée de Paris Sophia Chikirou, une intime de Mélenchon, qui pourrait être mise en examen pour « escroquerie aggravée ». Eux aussi exigent des changements depuis des mois. A ce jour, M. Bompard ne les a pas reçus.
**Les ambiguïtés de Mélenchon et de LFI sur le Hamas fissurent la Nupes
En renvoyant dos à dos le Hamas et le gouvernement israélien, La France insoumise s’aliène ses partenaires. Malgré des appels en ce sens, aucun chef de parti n’assume pour le moment de faire éclater la Nupes sur ce sujet.
Par Julie Carriat
Publié le 09 octobre 2023 à 09h24, modifié le 09 octobre 2023 à 16h16 https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/10/09/les-ambiguites-de-melenchon-et-de-lfi-sur-le-hamas-fissurent-la-nupes_6193274_823448.html
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C’est une question secondaire au regard du séisme géopolitique que représente l’attaque du Hamas contre Israël, mais la gauche française y a trouvé des raisons de se scinder. La Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) est même passée près de sa fin, dimanche 8 octobre. La violence des images des prises d’otages et des exécutions de civils israéliens par le Hamas auraient pu mettre les gauches d’accord. Le Parti communiste français (PCF), défenseur, au printemps, d’une résolution visant à entériner le terme de « régime d’apartheid » pour Israël, a qualifié samedi, dans un communiqué, ces attaques d’« inacceptables et injustifiables ». Les Verts ont condamné des « actes terroristes », le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a fait savoir sa « condamnation totale de l’attaque lancée ce matin par le Hamas », ajoutant que « le terrorisme n’est pas la justice ».
Restait La France insoumise (LFI). Le député de la Somme François Ruffin et son collègue de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière, qui a relayé son message, ont fait entendre une voix proche de leurs alliés de coalition, en formulant une « condamnation totale de l’attaque du Hamas », suivie de craintes quant à la réponse « du gouvernement israélien le plus brutal depuis trente ans ».
Mais dans le communiqué du groupe LFI à l’Assemblée, publié samedi midi, il n’est question ni de condamnation ni de terrorisme. Le bureau du groupe LFI a choisi de parler de « l’offensive armée de forces palestiniennes menée par le Hamas », pour l’expliquer dans la même phrase par « un contexte d’intensification de la politique d’occupation israélienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ». « Nous déplorons les morts israéliens et palestiniens. Nos pensées vont à toutes les victimes », poursuivent les députés, avant d’appeler à l’obtention d’un cessez-le-feu.
« Une nouvelle phrase ambiguë »
Samedi, Jean-Luc Mélenchon évitait lui aussi toute qualification terroriste, et ménageait le flou, omettant le Hamas : « Toute la violence déchaînée contre Israël et à Gaza ne prouve qu’une chose : la violence ne produit et ne reproduit qu’elle-même. » Un argumentaire qui a valu aux « insoumis » des critiques de la première ministre elle-même. « C’est très choquant, on ne peut pas dans le contexte actuel renvoyer dos à dos le Hamas, une organisation reconnue comme terroriste par l’UE, et un Etat démocratique qui est victime d’une attaque terroriste », a estimé Elisabeth Borne, dont le père était un rescapé des camps nazis d’Auschwitz et de Buchenwald, sur BFM-TV, dénonçant « une façon de masquer de l’antisémitisme ».
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Jean-Luc Mélenchon lui a répondu : « Madame Borne profite de la guerre au Moyen-Orient pour mener sa guerre contre LFI. » Se revendiquant du général de Gaulle, il a ajouté une phrase qui ne pouvait que renforcer le procès en antisémitisme qui lui est fait, par son usage du mot « étranger », si courant dans les tropes antisémites. Il écrit en effet : « Le ralliement de la première ministre à un point de vue étranger est avéré si l’on se donne la peine de me lire. »
De quoi hérisser un peu plus tous ceux qui jugent le fondateur de LFI trop coutumier des expressions complaisantes vis-à-vis de l’antisémitisme. « C’est une nouvelle phrase ambiguë, ce n’est pas la première », regrette Samuel Lejoyeux, président de l’Union des étudiants juifs de France. Au sein du PCF, Christian Picquet, engagé de longue date dans le dossier israélo-palestinien, disculpe LFI des accusations de Mme Borne. Mais il voit « dans ces propos une ambiguïté que Jean-Luc Mélenchon ferait bien de très vite lever. »
Quelques heures plus tôt, sur France 3, Jean-Luc Mélenchon avait trouvé un allié inattendu en la personne de Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. Sur France 3, ce dernier l’a défendu contre les accusations du gouvernement : « Je ne partage pas cette vision de la première ministre qui souhaite créer des divisions », a déclaré le communiste. Peut-être aussi parce que communistes et « insoumis » partagent de nombreuses analyses dans le dossier palestinien.
Statu quo précaire
Ce n’est pas le cas du Parti socialiste (PS), à des années-lumière des « insoumis ». Contrairement au PCF et à LFI, le PS, tout en étant critique de la politique menée par le gouvernement israélien, n’a pas de difficulté à qualifier le Hamas d’organisation terroriste. Dimanche, le député socialiste de l’Essonne Jérôme Guedj se disait « abasourdi, dégoûté, effrayé de voir que dans un tel moment, on pouvait avoir une relativisation, une explication, que l’on pouvait chercher des circonstances, des explications à l’intervention des terroristes ». Sur Radio RCJ, il ouvrait la possibilité d’un départ de la Nupes, estimant que « la question » de rester ou non dans l’alliance de gauche « se pos[ait] ».
Cette porte ouverte, d’autres souhaitent s’y engouffrer, à l’instar du sénateur socialiste du Val-d’Oise Rachid Temal ou de Manuel Valls (ex-PS). « Celles et ceux qui dans mon parti plaident pour l’alliance avec eux doivent ouvrir les yeux et enfin rompre », écrivait le premier, dimanche. L’ancien président de la République François Hollande a, pour sa part, félicité M. Guedj « de cette lucidité », la jugeant toutefois « un peu tardive », lundi sur France Inter.
LFI a peu réagi dans l’immédiat. Lundi, sur France 2, le numéro un de LFI, Manuel Bompard, a esquissé une inflexion, en disant sa condamnation « totale » de l’attaque du Hamas. En coulisses, un cadre « insoumis » s’effraie : « Si la Nupes éclate là-dessus, c’est terrible… » Mais Olivier Faure n’a pas l’intention de sortir son parti de l’alliance de gauche. « Nos positions sont extrêmement claires », affirme au Monde le premier secrétaire, qui invite à participer aux rassemblements de solidarité avec les Israéliens dès lundi. « Je ne veux pas poser la question de la Nupes, je trouve ça indécent, on est en train de parler de vie et de mort, d’un conflit qui peut embraser le Proche-Orient, et l’on devrait parler de l’avenir d’une alliance électorale ? Chaque chose en son temps. »
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L’heure est à un statu quo précaire. Quant au pourquoi des prises de position de Jean-Luc Mélenchon, qui se « cornérise » sciemment, certains en désespèrent, d’autres se l’expliquent. Pour Christian Picquet, il s’agit d’« une stratégie délibérée qui vise à tendre et radicaliser toutes les positions », une manière de cristalliser autour de lui une force radicale. « A chaque fois qu’il le peut, il radicalise, au point d’avoir des points de convergence avec l’extrême gauche et quitte à pulvériser tous ses principes, toutes ses lignes rouges », pense le cofondateur du Front de gauche.
Cette stratégie a des conséquences. LFI se plaint souvent d’être assimilée à tort à l’extrême gauche, mais ce week-end, les positions des « insoumis » semblaient parfois plus proches de celles du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) que de leurs alliés de la Nupes. Le courant du NPA incarné par Philippe Poutou a toutefois passé un cap. Loin du flou qui nimbe les positions de LFI, le parti trotskiste s’est fendu d’un communiqué très clair, samedi soir, évoquant une offensive « du côté de la résistance » et expliquant ne pas se joindre « à la litanie des appels à la prétendue “désescalade” ». « Le NPA rappelle son soutien aux PalestinienNEs et aux moyens de luttes qu’ils et elles ont choisi pour résister », écrit le parti, concluant le texte par un appel à l’« intifada ». L’Union des étudiants juifs de France a annoncé son intention de déposer plainte pour apologie du terrorisme contre le parti d’extrême gauche, jugeant cet appel « répréhensible moralement, mais aussi pénalement, et totalement irresponsable politiquement ».
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