Enquête alimentation – Trop de sucre au rayon bébé !
https://www.clcv.org/communiques-de-presse/enquete-alimentation-trop-de-sucre-au-rayon-bebe

La CLCV rend publique son étude de 207 produits d’alimentation infantile (enfants de moins de 3 ans) *
Lire notre enquête : enquete-produits-d’alimentation-infantile.pdf
Nous avons constaté une prolifération d’allégations nutritionnelles et « santé » sur des produits pourtant à limiter car ils sont trop sucrés et contiennent des arômes et des additifs. La raison principale : une réglementation qui ne va pas assez loin. Constat d’autant plus alarmant que 29% des enfants de 2 à 4 ans sont en surpoids et/ou en situation d’obésité en 20201.
Des allégations nutritionnelles et « santé » sur des produits pourtant très sucrés et contenant des additifs
« Réduit en sucre », « Sans sucres ajoutés », « Spécialement adaptés aux besoins de bébé », « Exprès pour les bébés », … De nombreux produits affichent des mentions qui leur confèrent une image « santé ». C’est le cas de 80 % des produits étudiés. Mais le consommateur doit être vigilant et vérifier la liste des ingrédients… En effet, 30% des références contiennent des ingrédients sucrants (sucre, miel, chocolat…) et 38% des additifs.
Par exemple, le P’tit gourmand saveur chocolat blanc de Nestlé affiche la mention « réduit en sucres » mais il contient quand même 10 g/100 g de sucre, soit 3 fois plus qu’un yaourt nature au lait entier classique. Quant au produit laitier Blédidej biscuité saveur vanille de Blédina, une brique de 250 ml contient 5 additifs et l’équivalent de 2.5 morceaux de sucre !
La multiplication des produits de type snacks et desserts dans les rayons d’alimentation infantile est inquiétante car elle normalise le concept de grignotage et la prise de desserts sucrés en fin de repas.
Une réglementation européenne trop permissive
Ces constats montrent que la réglementation européenne n’est pas assez stricte pour les industriels et devrait être mise à jour. Elle est jugée insuffisante par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) elle-même, qui recommande des mesures strictes pour les produits d’alimentation infantile : ne pas utiliser d’allégations nutritionnelles ou de santé, ne pas ajouter de sucre dans les recettes, ne pas vendre de confiseries et boissons sucrées, avoir une teneur en sucre maximale pour certains produits, … Recommandations qui sont très peu suivies en France. Il est temps de faire évoluer la réglementation pour améliorer les recettes des produits que l’on donne à nos enfants !
Nos demandes
Dans toutes les catégories étudiées, nous avons trouvé des produits sans ingrédient sucrant ni additif. Il est donc possible de s’en passer ! La CLCV demande aux industriels d’améliorer la qualité de l’offre de produits alimentaires infantiles en limitant au maximum leur utilisation dans les recettes.
Il est nécessaire de renforcer la réglementation européenne sur la composition nutritionnelle des produits infantiles qui est trop permissive. Elle doit fixer des teneurs maximales en sucres, matières grasses et sel, en se basant sur les recommandations de l’OMS. La CLCV considère qu’une réflexion doit s’engager pour mettre en place un étiquetage nutritionnel clair et facilement lisible sur les produits infantiles.
*Relevé réalisé en juin et juillet 2023 dans 9 enseignes de la grande distribution.
Crédit photo : © Oksana Kuzmina – stock.adobe.com
Article publié le : 19/10/2023 04:55
Dernière mise à jour : 18/10/2023 15:31
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Alimentation des produits pour bébé: des produits trop sucrés et trop riches en additifs
Desserts lactés, biscuits, préparations céréalières… L’association CLCV a analysé 207 produits infantiles, constatant un recours fréquent au sucre ajouté et aux additifs. L’association demande que soit actualisée la réglementation européenne de 2013.
Par Mathilde Gérard
Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 13h04
Temps de Lecture 3 min.

Au rayon bébé des enseignes de la grande distribution, l’offre alimentaire s’est considérablement diversifiée : outre les classiques purées et compotes, les parents ont le choix de biscuits, de desserts lactés, de snacks et de confiseries spécialement conçus pour les plus jeunes… Ces aliments, vendus à grand renfort de mentions « spécialement adapté aux besoins de bébé » ou « exprès pour les bébés » sont-ils pour autant les choix les plus sains ?
Dans une étude publiée jeudi 19 octobre, l’association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV) passe au crible 207 références de préparations infantiles (pour enfants de 6 à 36 mois) vendues en France, hors laits infantiles. Résultat : 30 % des références étudiées contiennent des ingrédients sucrants (sucre, miel), et 38 % des additifs.
Pour chaque catégorie de produits – préparation céréalière, produit laitier, produit à base de fruits ou de légumes, snack, confiserie, boisson… –, l’association a retenu un panel représentatif. « On n’a pas pu être exhaustifs, mais on a veillé, pour chaque famille, à prendre des marques distributeur, des grandes marques nationales, des produits bio et non bio, vendus en hypermarché ou en épicerie bio », précise Lisa Faulet, responsable scientifique et alimentation de CLCV.
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L’association a ensuite analysé les listes d’ingrédients, les tableaux nutritionnels, les mentions et allégations sur les emballages, et regardé s’ils respectaient les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en matière de préparations pour nourrisson. L’agence onusienne préconise en effet une série de règles plus strictes que ce que prévoit la législation européenne : notamment de fixer des teneurs maximales en sel et en sucre en fonction des familles de produits, de prohiber les ingrédients sucrants et de limiter les arômes.
« Globalement, dans notre échantillon, les recommandations de l’OMS ne sont pas suivies », déplore Lisa Faulet. Huit produits sur dix présentent des allégations « santé », comme « bon pour les bébés », ou d’autres mentions, qui sont encadrées mais mal comprises, comme « sans sucre ajouté » ou « réduit en sucre ». Des crèmes dessert infantiles peuvent par exemple arborer cette dernière mention si elles contiennent 30 % moins de sucre que la moyenne des crèmes dessert du marché. « Mais elles contiennent toujours trois fois plus de sucre qu’un yaourt classique. En soi, il n’y a pas de fraude, mais ça induit en erreur sur la quantité réelle de sucre présent dans ces produits », déplore Lisa Faulet.
« Possible de faire autrement »
Autre problème relevé dans l’échantillon : la présence d’additifs dans un tiers des références, et notamment dans 94 % des produits laitiers étudiés. Seuls 65 additifs sont autorisés dans l’Union européenne pour les préparations infantiles, contre 320 en alimentation classique, mais CLCV s’étonne que soient autorisés des épaississants, des correcteurs d’acidité et des agents émulsifiants.
L’association constate que, dans certains cas, un yaourt nature du rayon traditionnel ou une purée de fruits classique sans sucre ajouté seront des choix plus sains qu’un équivalent pour bébé, par ailleurs vendu plus cher. CLCV a toutefois relevé que les références bio étaient mieux-disantes sur les additifs, leur cahier des charges étant plus strict en la matière.
« Je ne suis pas surprise par ces résultats, ce genre d’enquête peut mettre la pression sur les industriels pour essayer d’améliorer la composition des aliments », réagit la professeure en pédiatrie Béatrice Dubern (hôpital Trousseau, Assistance publique-Hôpitaux de Paris). De fait, pour chaque grande catégorie de produits, CLCV a identifié des références qui n’utilisaient pas d’additifs et ne rajoutaient ni sucre ni sel. « C’est possible de faire autrement, constate Lisa Faulet. C’est aux industriels d’améliorer leurs recettes et de faire des efforts. »
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CLCV appelle aussi à actualiser la réglementation européenne encadrant les produits infantiles, qui remonte à 2013. « Tous les produits échantillonnés sont conformes à la réglementation européenne, mais celle-ci date », signale Mme Faulet. Ces dernières années, de nouveaux produits de snacking ou des confiseries pour enfants sont apparus dans les rayons.
Dans un rapport de 2022 sur les produits infantiles vendus en Europe, l’OMS en fait le constat : « Le marché s’est diversifié et considérablement étendu depuis que la réglementation de l’Union européenne a été développée, écrit l’organisation onusienne. Les exigences actuelles européennes en matière d’étiquetage ne permettent pas d’encadrer un marketing envahissant et des allégations de santé. »
Pour aiguiller des parents perdus devant la profusion de l’offre et des messages, CLCV en appelle au bon sens : « Notre conseil, c’est de ne pas se laisser avoir par les messages sur les emballages et de regarder la liste des ingrédients,recommande Lisa Faulet. Il faut qu’elle soit la plus courte possible, avec des ingrédients qu’on utiliserait dans notre cuisine. » Béatrice Dubern, de son côté, veille à ne pas culpabiliser les parents : « Il y a beaucoup d’anxiété dans certaines familles. Il faut choisir les produits au mieux, comme on peut, avec la contrainte du prix, en essayant de varier les propositions aux enfants. C’est l’effet cumulatif de la consommation de certains produits qui n’est pas idéal. »