Gratuité des transports à Montpellier : oui, mais pas pour tout le monde…
Les habitants hors métropole continueront à payer le tramway. MIDI LIBRE – RICHARD DE HULLESSEN
Publié le 12/09/2023 à 15:02 , mis à jour le 13/09/2023 à 08:30
Les habitants qui vivent en dehors de la Métropole continueront à payer le bus ou le tramway lorsqu’ils se déplaceront à Montpellier.
La gratuité des transports en commun (bus et tramways) sera effective pour les 500 000 habitants de la métropole de Montpellier à partir du 21 décembre 2023. Mais ceux de la périphérie et les touristes continueront à s’acquitter de leurs frais de transport. Le prix sera d’ailleurs revu à la hausse. De combien ? « On travaille dessus avec les équipes » répond le maire et président de la métropole. « 60 % du coût sera pris en charge par la Métropole, 40 % sera à la charge de l’usager. » Le ticket à l’unité coûte actuellement 1,60 €. Un tarif dégressif est proposé grâce aux différents forfaits existants. il faudra attendre un prochain conseil de Métropole pour en savoir plus sur cette augmentation.
Porte ouverte aux intercos voisines
Michaël Delafosse a laissé la porte ouverte aux intercommunalités voisines qui souhaiteraient rejoindre la SPL (société publique locale) Tam. Une adhésion, qui équivaudrait à une contribution, permettrait de limiter la hausse du tarif pour les habitants hors métropole. Et de rappeler que certaines communes du littoral n’hésitent pas à passer leur stationnement en payant pour se garer à la plage..
La gratuité des bus et trams à Montpellier à partir de décembre, un choix qui divise le monde du transport public
Pour la première fois, une grande métropole française ne va plus faire payer les usagers. Réunis à Clermont-Ferrand, les professionnels du secteur s’opposent majoritairement à cette tendance montante, qui prive les réseaux d’une source majeure de financement.
Par Sophie Fay
Aujourd’hui à 05h45, modifié à 16h05

Président de la métropole et maire de Montpellier, Michaël Delafosse attend avec impatience le 21 décembre. « A 19 heures, ma promesse de campagne de 2020 sera effective : les transports seront gratuits dans la métropole de Montpellier, se félicite l’élu socialiste. Cela permet de concilier climat et pouvoir d’achat. Vous verrez, cette idée va continuer à se développer. » Vice-présidente chargée des mobilités à la métropole, Julie Frêche est encore plus lyrique : « Le XIXe siècle a été celui du combat pour l’instruction laïque, publique et gratuite. Le XXe, celui du combat pour la Sécurité sociale pour tous. Le XXIedoit être celui du droit à la mobilité, avec la gratuité des transports. »

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Celle-ci doit faciliter l’accès à l’éducation, aux services publics, à la santé, à la culture, au travail… Dans les trams et bus de Montpellier, il faudra toujours un passe, obtenu avec un justificatif de domicile, mais plus besoin de payer, ni même de valider. « A la place, nous installons des compteurs mis au point par une start-up de Lille, Webreathe. Les transports seront dans la continuité de l’espace public », se réjouit Mme Frêche, venue aux Rencontres nationales du transport public à Clermont-Ferrand pour prendre contact avec les constructeurs de bus.
Montpellier et la trentaine de communes qui l’entourent ont avancé par étapes vers la gratuité : d’abord le week-end, puis, en septembre 2021, toute la semaine pour les moins de 18 ans et les plus de 65 ans. La dernière marche s’annonce très coûteuse : la métropole renonce à 30 millions à 35 millions d’euros de recettes sur 39 millions (en 2019), même si les usagers de passage devraient permettre de récolter entre 6 millions et 10 millions d’euros.
Fréquentation en hausse
Le manque à gagner sera financé par les recettes dynamiques du versement mobilité : cette taxe de 2 % sur la masse salariale des entreprises (au taux maximum), qui rapportait 91 millions d’euros en 2020, devrait atteindre 121 millions en 2024. Les premiers effets positifs de cette marche vers la gratuité se font déjà sentir. « Nous avons multiplié par deux le nombre de jeunes qui prennent les transports et multiplié par un et demi les trajets des personnes de plus de 65 ans, et ce, alors que nous avons déjà une part modale transports en commun élevée : 16 % », détaille Julie Frêche.
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Depuis le passage de Dunkerque (Nord) à la gratuité, en 2018, des villes et réseaux de transport de plus en plus vastes s’intéressent au modèle – 45 au total, avec Montpellier. La capitale languedocienne fait changer la gratuité d’échelle. Cette fois, c’est une métropole importante, la septième de France avec ses 500 000 habitants, qui franchit le pas. Jusqu’ici, le réseau le plus vaste était celui qui est établi autour de Douai (Nord), avec un peu plus de 200 000 habitants.
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La démarche, toutefois, est encore loin de faire l’unanimité. Le prosélytisme des convertis irrite même certains élus. Bruno Bernard, président (Europe Ecologie-Les Verts) de la métropole lyonnaise, fait partie des grands sceptiques. « Il nous faut plus de lignes pour faire basculer d’autres citoyens vers le transport public. Or les dernières que nous ouvrons, moins fréquentées que les premières, nécessitent plus de financement. Cela nous impose de marcher sur trois pieds : les subventions de la métropole (150 millions d’euros), le versement mobilité (422 millions d’euros) et les recettes de la billetterie (270 millions). Nous avons besoin des trois. »
« Un choix politique »
Il défend donc les tarifs solidaires plutôt que la gratuité, et rappelle que 3,5 % seulement des abonnés paient le taux plein, soit 67 euros par mois, puisque, pour beaucoup, l’entreprise prend en charge la moitié de la somme. La gratuité pour les petits réseaux de transport, à faibles recettes, pourquoi pas, mais, dans les métropoles, où les besoins pour désenclaver les périphéries et réduire l’automobile sont encore très importants, il ne comprend pas.
Son point de vue est partagé par une majorité d’élus et d’opérateurs de transports. Pour Louis Nègre, président du GART, l’association qui regroupe les élus chargés des transports, « la gratuité est un choix politique à la discrétion de [ses]adhérents, mais elle pose problème face au mur d’investissements et de dépenses de fonctionnement qui est devant [eux] ». Présidente de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), Marie-Ange Debon renchérit : « Nous avons besoin d’un choc d’offre et de réduire encore les émissions de nos flottes, en finançant par exemple des bus électriques. »
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Et Mme Debon de citer un récent sondage IFOP pour l’UTP, qui conclut que ce sont la fréquence et la proximité des transports, davantage que leur prix, qui font basculer les automobilistes. Pour Grégoire de Lasteyrie, président (Horizons) de l’agglomération Paris-Saclay, le débat est clos depuis le rapport de Jacques Rapoport en 2018. « D’autant que les contributions directes et indirectes des usagers (remboursement de la moitié du [passe] Navigo par l’employeur) représentent 4 milliards d’euros, et sont indispensables pour renouveler le matériel roulant », rappelle l’élu.
Les travaux du Liepp, le laboratoire de Sciences Po spécialisé dans l’évaluation des politiques publiques, montrent, en outre, que le report modal vers le transport collectif en région parisienne serait limité. L’un des chercheurs, Quentin David, met en garde : « Il n’est en réalité jamais gratuit de rendre les transports en commun “gratuits”. Il s’agit en fait d’en faire reposer le financement sur la collectivité plutôt que sur les utilisateurs. » Pas de quoi déstabiliser Michaël Delafosse et Julie Frêche : « Ça ne choque personne que la route soit gratuite », rétorquent-ils.
Davantage de gratuité dès 2019 dans les transports publics de Montpellier
Une des lignes de tramway à Montpellier. Archives DDM.
Transports, Occitanie, Société
Publié le 01/09/2021 à 05:12 , mis à jour à 07:07
La Dépêche du midi
Les transports en communs seront gratuits à partir de ce mercredi pour les moins de 18 ans dans les agglomérations de Strasbourg et de Montpellier, qui étend également ce dispositif aux plus de 65 ans, ont annoncé les élus.
À Montpellier, où les quatre lignes de trams et les 41 lignes de bus sont déjà gratuites les week-ends depuis septembre 2020, la gratuité est étendue à partir de mercredi aux mineurs ainsi qu’aux plus de 65 ans pour le reste de la semaine.
« Près de 30 000 pass gratuité ont déjà été délivrés », a fait savoir la métropole, présidée par le maire socialiste de Montpellier Michael Delafosse. « Près des deux tiers sont des nouveaux abonnés des transports en commun », relève Montpellier Méditerranée Métropole.
La gratuité tous les jours de la semaine pour tous les habitants de la métropole héraultaise est promise à l’horizon 2023.
« Mesure vertueuse »
Il s’agit, a annoncé la métropole, d’ »une mesure vertueuse qui s’appuie sur quatre grands principes : une transition écologique engagée pour réduire les émissions de CO², améliorer la qualité de l’air via le report modal de la voiture personnelle vers les transports en commun et valoriser les transports respectueux de l’environnement ; l’amélioration du pouvoir d’achat des familles avec une réduction des dépenses de déplacement favorisant la mobilité de tous les Métropolitains ; le développement économique du territoire renforçant l’attractivité du commerce de proximité ; et mieux redistribuer l’impôt des Montpelliérains qui payent leur transport plusieurs fois. »