Covid-19 : « Pfizer et BioNTech ont inondé la planète de leurs doses de vaccin, ils doivent maintenant en rabattre »
Chronique

Philippe Escande
L’américain a revu à la baisse ses prévisions de ventes pour 2023. Son partenaire allemand déprécie ses stocks. Le marché des vaccins est aléatoire et versatile, il n’y en a jamais assez quand la crise arrive, et on passe à autre chose quand l’orage est passé, observe Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».
Hier à 11h30, modifié hier à 12h14
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Pas facile de revenir sur Terre quand on a côtoyé les étoiles. Ils étaient hier les sauveurs du monde et doivent maintenant se plier aux contingences des affaires quotidiennes. Les laboratoires pharmaceutiques Pfizer et BioNTech ensemble ont inondé la planète de leurs doses de vaccin contre le Covid-19, ils doivent maintenant en rabattre.
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Pfizer pensait qu’en 2023 près du quart des Américains se feraient vacciner, ils ne sont que 17 % à l’avoir fait. Le gouvernement fédéral, qui avait commandé 24 millions de son traitement curatif Paxlovid contre la maladie, a demandé au laboratoire d’en reprendre la moitié. Résultat, le groupe doit baisser de près de 9 milliards de dollars (8,5 milliards d’euros) ses prévisions de ventes pour l’année en cours. Il ne devrait engranger « que » 60 milliards de dollars de chiffre d’affaires, contre plus de 100 milliards en 2022.
Son partenaire allemand, la société BioNTech, qui a développé la technologie révolutionnaire du vaccin à base d’ARN messager, en subit les contrecoups. Elle a annoncé, lundi 16 octobre, devoir déprécier 900 millions d’euros de stocks, compte tenu de la baisse des commandes.
Chute en Bourse
Les citoyens, les gouvernements et les investisseurs regardent désormais ailleurs. Après Et ce n’est rien par rapport à ceux qui sont arrivés trop tard sur ce marché éphémère. L’américain Novavax, qui a pourtant obtenu une commande américaine mais attend toujours l’européenne, a vu son action s’effondrer de 97 %.
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Cette histoire permet de comprendre pourquoi la plupart des laboratoires pharmaceutiques se sont détournés de ce métier si aléatoire et versatile des vaccins. Il n’y en a jamais assez quand la crise arrive, on entend de beaux discours sur la souveraineté et l’insuffisance des industriels, et l’on passe à autre chose quand l’orage est parti.
Pfizer n’a pas de soucis à se faire, son portefeuille de produits est l’un des plus riches au monde. Il a profité de l’argent gagné ces deux dernières années pour acquérir de nouvelles start-up de biotechnologie et en vise une autre à plus de 40 milliards de dollars.
Pour BioNTech et Moderna, c’est plus compliqué. Ils travaillent tous les deux depuis des années sur l’application de l’ARN messager aux traitements du cancer, mais sont encore loin de la commercialisation. La crise sanitaire les a plongés dans le grand bain du développement industriel à grande échelle. Il leur reste maintenant le plus difficile à faire, durer.
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Philippe Escande