COP28 : la position commune de l’Union européenne ne prévoit pas de date pour la sortie des énergies fossiles
Les Vingt-Sept se sont contentés de reprendre la cible d’une baisse d’au moins 55 % de leurs émissions de gaz à effet de serre, inscrite dans leur loi Climat.
Par Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen)
Aujourd’hui à 02h13, modifié à 09h44
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L’Union européenne (UE) a beau répéter qu’elle est le continent le plus ambitieux au monde en matière de lutte contre le réchauffement climatique, elle arrivera à la COP28, qui doit se tenir à Dubaï du 30 novembre au 12 décembre, avec un mandat de négociation au nom des Vingt-Sept limité. Dès lors que celui-ci requérait l’unanimité des Etats membres, les ministres de l’environnement européens, qui étaient réunis à Luxembourg lundi 16 octobre, ont dû tenir compte des réserves des moins allants.
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Sans surprise, la Hongrie et la Pologne, notamment, dont les économies restent très carbonées, ont une nouvelle fois freiné les aspirations communautaires. L’Italie de Giorgia Meloni a également poussé ses partenaires à ne pas s’engager trop. « Aurait-on pu aller plus loin ? Absolument », a commenté Wopke Hoekstra, le nouveau commissaire au climat, avant de rappeler que l’exercice consiste à mettre d’accord vingt-sept pays.
Alors que les Européens ont d’ores et déjà adopté un ensemble de législations – de la fin des voitures à moteur thermique en 2035 à la mise en place d’une taxe carbone aux frontières –, qui devraient leur permettre de réduire de 57 % leurs émissions de CO2 d’ici à 2030 par rapport à 1990, ils n’ont pas fait de ce chiffre un nouvel objectif. « 57 %, ce serait une excellente annonce à la COP, nous démontrerions clairement que l’Europe est un leader » sur le climat, avait estimé, avant le conseil des ministres, le vice-président de la Commission Maros Sefcovic.
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Les Vingt-Sept se sont contentés de reprendre la cible d’une baisse d’au moins 55 % de leurs émissions de gaz à effet de serre, inscrite dans leur loi Climat. « Quelques rares » gouvernements, dont Varsovie, Budapest, Sofia, Zagreb et Rome, « ne voulaient pas créer de confusion » et donner à penser qu’ils se donnaient « un nouvel objectif », a expliqué la ministre espagnole de la transition écologique, Teresa Ribera, dont le pays occupe la présidence tournante du Conseil de l’UE.
Affrontement de deux blocs
Les Vingt-Sept n’ont pas non plus demandé à la Commission de défendre, à Dubaï, la sortie sans condition des combustibles fossiles. Ils ont en effet décidé de traiter différemment ceux qui sont adossés à des dispositifs de captage ou de stockage du carbone, et ceux qui ne le sont pas. Dans le second cas seulement, jugent-ils, il faut se donner pour perspective leur élimination. Sans juger nécessaire de se donner une date, les Européens évoquent, à leur propos, « un pic de consommation durant la décennie en cours ».
Cette partie-là du mandat a fait l’objet de négociations complexes qui ont vu deux blocs s’affronter. Une dizaine de pays, dont la France, l’Allemagne ou les Pays-Bas, militaient, comme les ONG, pour une sortie de tous les combustibles fossiles, sans condition. « Si vous écoutez tous les scientifiques, il est assez clair que nous devons éliminer progressivement tous les combustibles fossiles », a ainsi plaidé le ministre du climat néerlandais, Rob Jetten, exhortant l’UE à être « le bloc le plus ambitieux » sur la question lors de la COP28.
En face, un nombre à peu près équivalent d’Etats membres, dont la Hongrie, la Pologne, l’Italie ou Malte, voulaient protéger les secteurs qui disposent de peu de moyens technologiques pour décarboner leur production. « Les émissions sont extrêmement difficiles à réduire pour certains secteurs, ces technologies » de captage ou de stockage du carbone « font nécessairement partie de la solution », a ainsi plaidé Wopke Hoekstra, tout en soulignant qu’« il n’y a pas d’échappatoire à la nécessité de réduire les émissions partout ». « Cantonnées à certains secteurs », elles pourraient être un moyen de continuer à « garantir une énergie sûre et abordable, disponible pour tous », a ajouté Teresa Ribera.
Néanmoins, précisent les Vingt-Sept dans leur mandat de négociation pour la COP28, le secteur de l’énergie devra « en majeure partie [être] exempt de combustibles fossiles bien avant 2050 », ce qui signifie que le charbon ne pourra plus être une source d’énergie. Ils appellent aussi à « tripler les capacités d’énergies renouvelables » et à « doubler le rythme de progression en matière d’efficacité énergétique » d’ici à 2030.
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Les Européens n’ont pas non plus réussi à programmer la fin des subventions aux énergies fossiles. Paris, Berlin ou La Haye souhaitaient les voir disparaître progressivement dans un calendrier déterminé – « Nous voulons la fin des subventions nocives à l’environnement. Nous travaillerons dur pour décrocher une date butoir », a insisté la secrétaire d’Etat au climat allemande, Jennifer Morgan, à son arrivée à Luxembourg –, quand Varsovie et d’autres gouvernements de pays aux économies plus carbonées refusaient d’inscrire une échéance. In fine, les Vingt-Sept évoquent la fin de ces pratiques « aussi vite que possible », sauf quand les subventions permettent de corriger la pauvreté énergétique ou de soutenir une « transition juste vers une énergie propre ».
Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen)