Publié le 16/10/2023
« Non-assistance généralisée à personnes en danger » : l’alerte de l’AFM et de l’APF

Paris, le lundi 16 octobre 2023
– L’AFM-Téléthon et l’APF France handicap ont saisi la Défenseure des droits pour mise en danger de la vie d’autrui et non-assistance généralisée à personnes en danger. Elles souhaitent ainsi alerter sur la situation dramatique des personnes en situation de grande dépendance en France et de leurs aidants familiaux.
« Faut-il une vague de “morts à domicile” pour que l’État et les conseils départementaux réagissent ? », s’emportent les deux associations dans un communiqué publié le 3 octobre dernier, quelques jours seulement avant la 14ème journée nationale des aidants. Elles dénoncent essentiellement une carence extrêmement importante d’aides-soignants à domicile.
« Je suis à bout »
« J’ai dû passer la nuit dans mon fauteuil roulant », « je suis à bout », « ma mère n’a plus de vie sociale »… Ce ne sont que quelques témoignages pris au hasard qui ont été adressés aux associations par les personnes concernées ou par leurs familles. Des propos qui « font écho à une situation dont la détérioration s’accélère de jour en jour et met en danger la vie des personnes les plus dépendantes qui vivent à domicile ».
Comme le rappellent les deux associations, les personnes en situation de grande dépendance ont par définition un besoin important d’assistance dans leur vie quotidienne, aussi bien pour la réalisation de nombreux gestes que pour assurer leur sécurité et leur bien-être. Or, depuis plusieurs mois, les métiers de l’aide à domicile traversent une grave crise de recrutement de « personnel compétent, formé et stable », souligne APF France handicap. Surtout, l’association rappelle que « la solidarité familiale, quand elle existe, ne peut se substituer indéfiniment à la solidarité nationale ».
La France, en retard culturel sur la place des personnes en situation de handicap ?
Pour les deux associations, les causes de cette crise sont connues, mais ont été ignorées par les pouvoirs publics. Elles évoquent ainsi, en particulier, le sous-financement public des besoins en aide humaine, les insuffisances de tarifications des prestations, la faiblesse de la rémunération des salariés, le manque de valorisation sociale de ces métiers… Elles insistent également sur le « retard culturel de la France sur la place des personnes en situation de handicap et sur le rôle de celles et ceux qui les accompagnent ».
Les conséquences sont graves et préoccupantes, aussi bien pour les personnes concernées que pour leurs proches. La pénurie d’aides à domicile provoque une mise en danger des personnes en situation de handicap et les prive du droit fondamental à vivre dignement et à choisir leur mode de vie, regrettent les deux associations.
Elles appellent ainsi les pouvoirs publics à lancer un « plan Marshall de l’aide à domicile » et à mettre en œuvre, sans délai, des mesures d’urgence centrées sur les personnes à haut risque vital. Surtout, elles exhortent le gouvernement à établir une réforme d’ampleur du secteur, accompagné de « mesures financières ambitieuses » et à la hauteur des enjeux. « Il est urgent de trouver des solutions pérennes, il est impératif de prendre en considération les besoins des personnes concernées. Nous n’acceptons pas que leurs vies soient mises en danger. Il est temps que les pouvoirs publics prennent pleinement leurs responsabilités », a affirmé Pascale Ribes, présidente d’APF France handicap.
En parallèle, le Collectif interassociatif des aidants familiaux (CIAAF) a également tiré la sonnette d’alarme sur la carence en personnel et la situation dégradée des personnes concernées. Celui-ci a appelé le gouvernement à pourvoir aux situations d’urgence et à investir massivement et dans les plus brefs délais. Le collectif demande, par ailleurs, aux départements de revaloriser et de revoir les plans de soutien, en particulier concernant l’attribution des heures d’aide humaine par des professionnels, afin que cela ne repose pas toujours sur les aidants familiaux.
Raphaël Lichten