Pourquoi avons-nous obéi ? Des chercheurs décryptent le confinement
En croisant des données inédites sur cette expérience d’obéissance de masse, deux chercheurs interrogent cette vaste question sociale irrésolue.
7 octobre 2023 à 18h20
L’attestation. Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020, publié aux éditions Anamosa sous la plume du sociologue Théo Boulakia et de l’historien Nicolas Mariot, renouvelle enfin les banalités éditées que l’on a pu lire sur le confinement.
La matière des deux chercheurs repose sur de nombreuses sources allant des données Google aux coupures de presse, mais se fonde beaucoup sur l’étude Vico (« La vie en confinement »), enquête par questionnaire lancée entre le 15 avril et le 11 mai 2020, à laquelle 16 000 personnes répondirent et dont plus de 3 000 ajoutèrent des commentaires personnels sur l’expérience qu’ils étaient en train de vivre.
Mais c’est leur angle qui suscite le plus d’intérêt : analyser à partir d’une expérience grandeur nature, une « expérience d’obéissance de masse largement inédite » et des questions « en général laissées aux exégètes abstraites de la philosophie politique ».Signalétique de distanciation sociale sur le sol de la gare de Lyon à Paris, en juin 2020. © Photo Ophélie Auzière / Hans Lucas via AFP
Parmi ces interrogations fondamentales : à quelles conditions accepte-t-on de se soumettre aux autorités ? Quel doit être l’équilibre entre responsabilité et coercition dans la gestion des populations par un État ? Jusqu’où la limitation des libertés individuelles est-elle acceptable en régime démocratique ?
Conscients que les réponses à ces questions diffèrent selon les individus et les expériences du confinement, les deux chercheurs proposent un livre à la fois fondé scientifiquement, mais dont l’écriture – qui assume une dimension personnelle et quelques nuances d’incertitude voire d’ironie – s’attache à ne braquer a priori personne sur un sujet très clivant.
Les auteurs rappellent d’abord l’ampleur des chiffres : en 55 jours, on dénombra en France 21 millions de contrôles et plus d’1 million de verbalisations, touchant notamment des populations (personnes âgées, femmes, ruraux…) habituées à n’être que très peu contrôlées d’habitude.
Ils soulignent aussi à quel point le confinement ne fut pas homogène sur la planète, même si on a pu avoir tendance à faire de ce moment une rare expérience « universelle » évoluant au même rythme que l’épidémie.
Ainsi, contrairement à la majorité des pays, la Suède n’a pas fermé ses écoles. En Islande, aux Pays-Bas et dans la plupart des Länder allemands, les habitants pouvaient se promener librement, sans justifier d’une « bonne raison » ou d’une attestation pour se trouver à l’extérieur. Et ces attitudes ne se sont pas nécessairement traduites par une augmentation des décès puisque, en Corée du Sud, au Danemark, au Japon ou en Islande, le nombre de décès en 2020 est inférieur au nombre de décès moyen de la période 2015-2019.
Même en tenant compte des flottements liés au caractère inédit de l’épidémie vis-à-vis de l’efficacité de l’enfermement, mise en cause par plusieurs études récentes, on peut « se demander pourquoi, en contexte d’incertitude, certains gouvernements ont choisi un enfermement généralisé, tandis que d’autres, comme le Premier ministre néerlandais, s’y sont énergiquement refusés », écrivent les auteurs.
Il est, selon eux, possible de noter qu’il existe une affinité marquée entre dureté des confinements et habitudes répressives des pays qui les mettent en place. Pour les deux chercheurs, « l’enfermement est moins le produit de bonnes intentions que de vieilles habitudes ». Et concernant l’Europe, il est indéniable que l’Espagne fut le pays où le confinement a été le plus dur, suivi de près par la France, l’Italie, la Serbie et l’Albanie.
Posant à partir de leurs données mondialisées la question provocatrice de savoir où « passer le prochain confinement », les auteurs en concluent que les pays qui ont connu un déficit de mortalité en 2020 par rapport aux années précédentes tout en n’ayant connu « aucune assignation à domicile générale », à savoir le Danemark, la Lettonie, le Japon, Taïwan, la Mongolie, l’Allemagne, la Finlande, la Corée du Sud, l’Islande et la Slovaquie seraient « des destinations très recommandables ». Et qu’il faudrait au contraire éviter « les pays à enfermement strict et situation sanitaire catastrophique » comme le Koweït, l’Équateur et le Pérou, même si la France, l’Espagne et l’Italie ne viennent pas loin derrière…
Être soudain exposé au regard de la police
Centré sur « l’art français du confinement », le livre ouvre un chantier philosophique et politique à partir de ce qui est devenu pendant quelques semaines une pratique banale pour la plupart d’entre nous : l’attestation de sortie et la façon dont elle a été contrôlée.
Les auteurs relèvent d’abord que les directives nationales ne sont guère représentatives de ce qui s’est passé sur l’ensemble du territoire. En premier lieu, les maires et préfets redoublèrent d’inventivité pour les durcir, à l’instar du préfet de l’Ardèche décrétant au moment où la période d’exception touchait pourtant à sa fin, l’interdiction de sortir de chez soi les week-ends des 1er et 8 mai autrement que seul, tandis que le maire de Sanary-sur-Mer (Var) décida un temps qu’il était défendu de s’aventurer hors de son domicile pour acheter une seule baguette ou un seul journal à la fois.
En second lieu parce que le maillage des forces de l’ordre ne fut pas le même sur tout le territoire. Le confinement a, avant tout, considérablement « démocratisé » l’expérience du contrôle dans la mesure où des catégories de la population qui n’avaient qu’une chance très faible de subir un contrôle d’identité discrétionnaire, notamment les femmes et les personnes de plus de 30 ans, ont « soudain été exposés au regard des forces de l’ordre ».
À l’intérieur de ce cadre, le premier critère de « chance » d’être contrôlé était le fait de travailler à l’extérieur, le second de vivre en zone gendarmerie. Théo Boulakia et Nicolas Mariot notent aussi, grâce notamment aux données départementales obtenues par le journaliste Alexandre Léchenet, que les trois départements les plus pauvres de France (Mayotte, Guyane et Seine-Saint-Denis) figurent dans le top 5 des départements les plus verbalisés : des espaces aussi différents que Paris et les Alpes-Maritimes, qui complètent le palmarès.
Des outils de surveillance activés
Pour autant, les auteurs ne concluent pas de ces écarts départementaux importants une « opposition simpliste entre départements peu et beaucoup surveillés ». Ils relèvent plutôt deux modes de « police du confinement » radicalement opposés. Le premier concerne des départements comme la Sarthe ou le Lot, figurant parmi les plus massivement contrôlés par une activité de gendarmerie intense, mais où seule une infime partie des vérifications donne lieu à verbalisation.
Dans ces territoires, la « gendarmerie occupe le terrain de manière continue et spectaculaire et contrôle à la chaîne » dans une logique de quadrillage, mais punit peu. Le deuxième mode est illustré par la Seine-Saint-Denis, où les contrôles sont beaucoup plus rares, mais les taux de verbalisation beaucoup plus élevés : 17 % en Seine-Saint-Denis contre 2 % dans le Lot, comme l’avaient déjà noté plusieurs articles de Mediapart.
Autre enseignement intéressant, les Alpes-Maritimes, qui détiennent le record des verbalisations par habitant adulte en France métropolitaine, détiennent aussi deux autres records : le nombre de policiers municipaux par habitant et le nombre de villes équipées de caméras de surveillance. Une indication que les outils de surveillance, de contrôle et de répression préexistant au confinement ont été activés avec d’autant plus de vigueur dans un moment d’exception où ils pouvaient s’exprimer.
Une première conclusion importante du livre est alors que « confinement » constitue un terme trompeur, braquant la focale sur l’intérieur et le domestique, tandis que les auteurs mettent l’accent sur ce qui s’est passé à l’extérieur du domicile.Théo Boulakia et Nicolas Mariot
Pour comprendre la réclusion, il faut prendre en compte, écrivent-ils, « avant tout ce qui est arrivé au-dehors ». Ce qui s’est produit au printemps est peut-être, à cette aune, avant tout une « politique du vide », chassant les humains d’un territoire et y interdisant des activités auparavant ordinaires.
Théo Boulakia et Nicolas Mariot forgent dans cette optique la notion « d’inquiètement », censée attraper à la fois une forme d’ensauvagement marqué par le retour de faunes et de flores jusque-là expulsés de certains espaces, mais aussi l’idée que « la raréfaction de la présence humaine dans l’espace public a eu pour conséquence de rendre le dehors incertain voire dangereux pour beaucoup ». Même si, pour cette même raison, cette politique du vide a pu constituer un lieu d’aventure et de fascination pour quelques individus.
Cette « vidange de l’espace public », documentée en creux par les nombreux récits médiatiques ou policiers de contrôles insolites, permet d’apercevoir quelques « hors-la-loi », bien que ces derniers n’apparaissent « dans les sources de la surveillance que sous deux formes : à l’état de trophée ou à l’état de traces ».
Le fait que les femmes aient été en moyenne plus respectueuses des gestes barrières que les hommes ne pointe pas vers une sorte d’obéissance « naturelle » aux consignes.
Mais cette vidange explique surtout cette donnée troublante que les femmes furent, durant le confinement, beaucoup plus enfermées que les hommes.
L’hypothèse que le confinement a occasionné un surcroît de travail domestique ne suffit pas à expliquer de telles données, dans la mesure où ce travail concernait en priorité les mères d’enfants d’âge scolaire. Or ce sont les étudiantes et les jeunes actives célibataires qui sont pourtant restées davantage claustrées que les premières.
Le fait que les femmes aient été en moyenne davantage respectueuses des gestes barrières que les hommes ne pointe pas non plus vers une sorte d’obéissance « naturelle » aux consignes. Le contrôle coercitif de certains hommes sur les femmes qui tend à les rendre prisonnières de l’espace domestique a été facilité par les consignes générales d’enfermement. Et cette réalité s’est liée avec « l’inhospitalité spécifique de l’espace public pour les femmes » dans un moment où le jour ressemblait à la nuit et où les femmes pouvaient percevoir comme particulièrement hostile un extérieur en large partie déserté.
Les « légalistes » sont plus riches, plus diplômés moins grévistes
La seconde conclusion marquante est de montrer ce que « l’opposition binaire entre dociles et rebelles a d’étroit » pour penser les réponses au confinement. Et ce que cela peut raconter de l’obéissance et de l’autorité des êtres sociaux et politiques que nous sommes. Les auteurs insistent sur le fait qu’habituellement, « il est tout à fait impossible d’étudier les rapports à l’autorité et à la discipline comme, par exemple, Bourdieu étudie les pratiques culturelles », en proposant une cartographie des usages liée aux positions sociales et au capital culturel ou éducatif.
Théo Boulakia et Nicolas Mariot distinguent à partir d’une méthodologie précise mêlant réponses aux entretiens sur la vie en confinement et prolongements sociologiques, six « catégories ». D’abord les « claustrés » qui n’ont pas bougé de chez eux. Ensuite, parmi les non-claustrés, celles et ceux qu’ils désignent comme « légalistes » (ceux qui respectent les règles de sortie mais beaucoup moins les gestes barrières), et les « exemplaires » (qui appliquent scrupuleusement à la fois règles de sortie et gestes barrières).
Existent aussi les « insouciants », les « réfractaires », qui disent dépasser souvent le rayon d’un kilomètre, se promener plusieurs par jour, falsifier l’attestation, n’avoir pas applaudi les soignants et s’être abstenus aux élections municipales et enfin les « protestataires », qui ont fait du bruit aux fenêtres pour protester contre le gouvernement, mais aussi applaudi les soignants.
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Les croisements et enseignements possibles d’une telle typologie sont nombreux. Ainsi, les « légalistes sont plus riches, plus diplômés que la moyenne, mais bien moins nombreux à avoir manifesté, fait grève, ou même seulement à avoir signé une pétition lors des douze mois précédant le confinement ».
D’autres sont plus surprenants. Alors qu’on pourrait penser que le groupe des claustrés est essentiellement composé de personnes âgées, inquiètes du virus, il est en fait le plus jeunes des six groupes et les personnes de 18 à 35 ans y sont nettement surreprésentées.
Les banlieues, les alcooliques, cibles des délations
Par ailleurs, ce ne sont pas de meilleures conditions de confinement qui ont poussé les « claustrés » à rester chez eux, puisqu’au contraire, les « personnes confinées en appartement, dans un logement d’une ou deux pièces ou dans un HLM sont surreprésentées dans le groupe ». Ce groupe des claustrés est aussi le moins diplômé, le plus pauvre et le moins politisé de l’échantillon. Un phénomène bien connu de la sociologie mais amplifié par le confinement : le non-recours aux droits par les populations les plus démunies.
Un autre chapitre du livre montre que l’état d’exception accentue, davantage qu’il ne bouleverse, les logiques sociales et l’économie morale sociale : celui portant sur les dénonciations. L’importance de la délation de proximité, si elle monte en puissance pendant le confinement, ne modifie pas ses cibles : les « quartiers », les « banlieues », les « alcooliques », les « assistés » ou « ceux qui ne travaillent pas ». Pour Boulakia et Mariot, « les nouveaux principes de division moraux issus du confinement épousent avec une remarquable constance les frontières sociales ordinaires ».
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En définitive, 21 % des gens sont restés claustrés strictement chez eux ; 22 % ont soigneusement respecté les consignes de sortie et les recommandations sanitaires ; 25 % se sont pliés plus scrupuleusement aux restrictions de liberté, mais sans beaucoup s’occuper des gestes barrières ; 14 % se sont autorisés des entorses occasionnelles au nouveau règlement sans en faire une politique systématique ; 11 % ont au contraire méthodiquement dépassé les limites fixées aux sorties et détourné l’attestation et 6 %, tiraillés entre « sens des responsabilités » et inquiétude pour les libertés publiques, ont choisi d’obéir tout en protestant.
Pour les auteurs, « ces différentes lignes de conduite ne marquent pas des degrés d’obéissance, mais correspondent à différentes logiques, incommensurables, de rejet et de conformisme, qui ne se forgent pas dans un face-à-face solitaire avec la police, mais se définissent aussi en fonction du comportement prêté aux autres », faisant du « lien entre contrôle de soi et contrôle des autres » un maillon essentiel de ce que nous enseigne le printemps 2020.
Commentaire F. Pierru (sociologue)
Enfin un livre de vrais sociologues sur le sujet… dont l’excellent Nicolas Mariot.
« Ils soulignent aussi à quel point le confinement ne fut pas homogène sur la planète, même si on a pu avoir tendance à faire de ce moment une rare expérience « universelle » évoluant au même rythme que l’épidémie.
Ainsi, contrairement à la majorité des pays, la Suède n’a pas fermé ses écoles. En Islande, aux Pays-Bas et dans la plupart des Länder allemands, les habitants pouvaient se promener librement, sans justifier d’une « bonne raison » ou d’une attestation pour se trouver à l’extérieur. Et ces attitudes ne se sont pas nécessairement traduites par une augmentation des décès puisque, en Corée du Sud, au Danemark, au Japon ou en Islande, le nombre de décès en 2020 est inférieur au nombre de décès moyen de la période 2015-2019. » »Il est, selon eux, possible de noter qu’il existe une affinité marquée entre dureté des confinements et habitudes répressives des pays qui les mettent en place. Pour les deux chercheurs, « l’enfermement est moins le produit de bonnes intentions que de vieilles habitudes ». Et concernant l’Europe, il est indéniable que l’Espagne fut le pays où le confinement a été le plus dur, suivi de près par la France, l’Italie, la Serbie et l’Albanie. »
Non, tous les pays » n’ont pas procédé de façon identique. Un hasard certainement… Ou, alors, c’est une sale pente liberticide et répressive de Macron et de ses affidés : il faut mater le « Gaulois réfractaire ». Surtout, il n’existe aucun lien entre la dureté du confinement et les résultats sanitaires (cf. pays du Nord).
Mais puisqu’on vous dit que tout a été excellement géré… Cela étant dit, on comprend qu’il n’y ait aucun retourd’expérience officiel sur ces deux années cauchemardesques : cela aurait malencontreusement comme effet de montrer les erreurs et errements de la gestion de la pandémie, de l’entrée à la vaccination de masse (par exemple, « emmerder » des jeunes gens pour qu’ils se vaccinent et pour un bénéfice/risque que l’on savait déjà nul : il fallait bien écouler les stocks !).
Laurent Sedel
Très intéressant ce livre et ses données. Merci de nous enseigner.
Attention à l’anachronisme : pendant la pandémie qui pouvait savoir que le bénéfice risque serait négatif chez les plus jeunes , et même positifs? sans doute parce que l’on a observé moins de décès par accident de moto ce qui contrebalançait quelques décès par la Covid;
je vais surement en choquer quelques uns , mais si la France parait plus autoritaire dans le confinement c’est la conséquence de la puissance en France de la « Santé Publique ». Nous avons eu la loi Barnier : sur le principe de précaution, les attitudes protectrices tout azimuts. La prévention apparait souvent comme une machine financière pour vendre les médicaments inutiles mais si rentables. Tout cela dans une ambiance paranoïaque.
Mais attention, les vaccins , la visite médicale de la soixantaine , la recherche de cancers du sein , du colon ou d’athérome coronarien font partie des attitudes normales dans un pays développé.
Réponse de F. Pierru
Tout dépend ce qu’on entend par « santé publique » car il n’y a pas d’accord sur ce qu’elle est ou devrait être. C’est logique : la santé publique ne peut être une science pure (s’il en existe !) et elle est traversée par le politique en tant qu’il s’agit d’un gouvernement des populations.
Il y a eu deux conceptions qui se sont affrontées à l’occasion du Covid : celle, de Macron et de ses porte-voix, punitive, répressive, infantilisante, scientiste, marquée du sceau du secret (défense) ; l’autre, fondée sur la délibération démocratique, le souci du respect de l’Etat de droit, le dialogue et la responsabilité, qui accepte la part d’incertitudes de tout savoir sur les phénomènes épidémiques. D’un côté, le gouvernement et ses relais médicaux parisiens ; de l’autre, par exemple, Alla, Desbiolles, Stiegler, Vélut… et plein d’autres.
Par contre, tu as raison, il y a eu une sorte de raidissement de la santé publique française, et, comme le disent les deux chercheurs, il ne s’agit certainement pas d’un hasard, mais d’une pente répressive ancienne.
Je vais répéter, mais il n’y a qu’en France, que l’on a condamné à la mort économique, sociale et professionnelle des soignants hésitants ou réticents à la vaccination. La France a été le dernier pays à lever l’obligation, nombre de pays développés ne l’ayant par ailleurs jamais instaurée. Il n’y a qu’en France où, après l’avis de la HAS, un ministre peut déclarer que si « ça ne tenait qu’à lui, il ne les réintégreait pas » tout ça au nom de… la science et contre l’avis des experts de la HAS ! Une telle persévérance dans la méchanceté et la cruauté, à rebours de toutes les connaissances accumulées sur l’efficacité des vaccins, interpelle. Pour ce pouvoir, la santé publique est une pédagogie de la soumission.
Il n’y a qu’en France où l’on peut frapper, éborgner et mutiler des dizaines de manifestants au point d’en émouvoir l’ONU !
Il n’y a qu’en France, où l’Etat encourageait la délation des collègues non vaccinés ! C’est pas du « pétainisme transcendental ça » ?
Il n’y a qu’en France où l’accès aux hôpitaux était conditionné à la détention d’un pass sanitaire contrôlé par des vigiles !
Il n’y a qu’en France où les décisions étaient prises en conseil de défense avec l’instauration d’un nouvel Etat d’exception (on commence à être habitué) !
Imaginez si le RN avait été au pouvoir et avait procédé de la sorte : les mêmes, qui ont soutenu ces mesures liberticides et répressives, se seraient roulé parterre de rage. Mais là, c’est le bloc bourgeois au pouvoir, donc ça passe crème.
Donc ceci pour dire, que la santé publique à la Macron – en fait, une police sanitaire – ne doit pas discréditer toute démarche de santé publique respectueuse des droits humains et des libertés publiques, attentive à l’amplification des inégalités que des mesures uniformes et aveugles charrient inéluctablement, attentive à la proportionnalité des mesures.
Mais je comprends la chape de plomb qui est tombée sur le pays en 2022 : il faudrait sinon que tous ceux qui ont participé au fiasco 2020 – 2021 se regardent dans la glace, admettent qu’ils ont multiplié les erreurs d’appréciation (cf. Buzyn dans son livre qui raconte que Macron et Philippe n’en avait rien à faire de ses alertes, focalisés qu’ils étaient sur le démantèlement des retraites), qu’ils ont sacrifié des milliers de vies (cf. retards de soins), notamment jeunes (dégradation de la santé mentale, insertion cassée sur le marché du travail, ruptures scolaires, etc.), pour en sauver d’autres, souvent de plus de 75 ans, ont plombé les comptes publics et l’économie du pays, etc. Or, par définition, ils sont infaillibles, car ils sont du côté de la « science » et de « l’éthique » (de responsabilité).
Mais, si les macronistes nous disent « circulez y’a rien à voir », qu’ils comptent sur les chercheurs pour faire le boulot qu’ils se refusent à faire. Dans les autres pays, on procède à des retours d’expérience et des centaines de chercheurs comparent les réponses nationales au Covid et en identifient les causes et en mesurent l’efficacité.
Ils seront rattrapés tôt ou tard par la patrouille et seront confrontés à leurs dires et actes.
Je me permets d’ajouter que tous les thuriféraires macronistes invoquent scandaleusement « la science », alors que la plupart des mesures qu’ils soutenaient n’étaient pas evidence based, voire venaient d’être invalidées (cf. The lancet et le confinement strict, dans une étude parue… en 2019)… Est-ce que cela les a incité à la prudence et à la modération. Que nenni ! laissons-nous aller et faisons leur sentir tout notre pouvoir !
Tu dis, Laurent, qu’à l’époque il y avait de l’incertitude. Non ; dès l’été 2021, par exemple, on documentait les grandes limites des vaccins (d’où le « booster ») qui furent présentés en décembre 2020 comme la panacée (sans aucune info évidemment). Début 2022, on savait qu’ils étaient une ligne Maginot contre Omicron. Les gestes barrière étaient plus efficaces. Or, le fait d’être vacciné conduisait souvent au relâchement des gestes barrière, les gens se pensant à tort « protégés ». Typique de la pensée scientiste et technosolutionniste. Pourtant on a continué à enfoncer les soignants non vaccinés, contre les faits. Comment expliquer ça ?
Au final, quelle contre-productivité : il paraît que les Français sont parmi les plus hésitants vaccinaux (mais pourquoi ? Un gène ? Ou, plus vraisemblablement la faillite répétée des élites et leurs scandales sanitaires comme économiques ?), mais qui peut croire que les millions de gens qui, après avoir été vacciné trois fois, ont refait un Covid vont se rallier à nos Diafoirus ? Les gens ont bien vu que ces vaccins un « peu spéciaux » (Delfraissy) n’avaient qu’une très faible efficacité sur l’infection et la transmission contrairement à ce qu’on leur avait vendu ! Personnellement, j’ai fait Alpha, Delta et Omicron, les deux derniers avec trois doses…
Cette manie que les macronistes (y compris de Terra Nova) ont, comme en économie, de déguiser leur habitus en scientisme pour faire taire toute critique est vraiment détestable. Un coup les gendarmes, un coup le discours d’autorité de la Science, mais toujours la volonté de contourner la démocratie et les incertitudes de la vraie science en train de se faire.