Publié le 04/10/2023
Hôpital : moins de 40 % des soignants travaillant la nuit, satisfaits de leur qualité de vie professionnelle

Paris, le mercredi 4 octobre 2023
– Une étude parue dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) le mois dernier montre qu’un peu moins de 40 % des travailleurs hospitaliers de nuit (THN) sondés sont satisfaits de la qualité générale de leur vie professionnelle.
Cette nouvelle analyse, publiée dans le BEH le 19 septembre dernier, s’est fondée sur les participants à l’enquête en ligne Aladdin, qui a été menée du 15 juin au 15 septembre 2020. Toutes les professions hospitalières pouvaient y participer à l’exception des médecins.
Parmi les 12 000 THN de l’AP-HP de Paris, 1387 ont complété les items analysés par cette nouvelle étude. Les répondants sont majoritairement des femmes (77,5 %) et plus de la moitié des participants sont infirmiers (52,3 %), 38,2 % aides-soignants ou techniciens, 4,2 % sages-femmes, tandis que le reste appartient aux autres catégories ou sont cadres. Environ les trois quarts des répondants occupent un poste fixe de nuit.
Le travail de nuit est en recrudescence en France
« Le recours au travail de nuit est en augmentation ces dernières décennies en France, avec notamment un doublement du nombre de travailleurs de nuit réguliers entre 1990 et 2013 », font remarquer en introduction les chercheurs. Le secteur de la santé n’est évidemment pas en reste : les infirmiers, sages-femmes et aides-soignants font ainsi partie des catégories socioprofessionnelles les plus représentées parmi les travailleurs de nuit habituels.
Or, le travail de nuit, en entraînant une dérégulation du rythme veille/sommeil, peut avoir de « multiples répercussions, à la fois sur la santé et la vie sociale des individus qui y sont exposés », rappellent les auteurs de l’étude. En termes sanitaires, les conséquences vont, on le sait, des troubles du sommeil à l’augmentation du risque de maladies cardiovasculaires et de certains cancers (notamment le cancer du sein ou de la prostate).
73,6 % des THN pensent que les choses se passent bien pour eux au travail
Les résultats montrent ainsi que 38,7 % des THN sondés se déclarent satisfaits de la qualité générale de leur vie professionnelle. À noter, cependant, que trois participants sur dix ont préféré ne pas se prononcer sur cette question.
Néanmoins, les répondants déclarent majoritairement (86 %) avoir l’opportunité d’utiliser leurs compétences au travail et 73,6 % des THN estiment que « les choses se passent bien pour eux au travail ».
Environ 65 % des sondés estiment, également, que leurs horaires de travail actuels sont adaptés à leur situation personnelle. En revanche, seulement 25,6 % des THN sont satisfaits des conditions de travail et de leurs opportunités de carrière. Un peu moins d’un répondant sur trois indique d’ailleurs que leur employeur leur fournit ce dont ils ont besoin pour faire leur travail efficacement.
Mais l’étude fait surtout ressortir des différences importantes en fonction des professions. Ainsi, 13 % seulement des sages-femmes sondées ont déclaré bénéficier d’une infrastructure adaptée et d’une flexibilité adéquate pour accorder travail et vie de famille, alors que ce pourcentage varie en 27,5 et 39,9 % pour les autres professions ! Idem concernant les horaires de travail : 38,4 % des sages-femmes les trouvent « adaptés à leur situation personnelle », contre 55,4 à 76,2 % pour les autres THN.
Concernant les infirmiers, ils sont les moins satisfaits de leur qualité générale de vie professionnelle (34,7 %). Ces derniers, comme les sages-femmes, sont également très peu (respectivement 14 et 10 %) à considérer que leur direction reconnaît la qualité de leur travail.
Pour les chercheurs, ces résultats — notamment concernant la catégorie des infirmiers — ne sont pas surprenants. « Les syndicats infirmiers dénoncent depuis plusieurs années la dégradation des conditions de travail dans cette profession, en contact direct avec les patients et fortement impactée par les réorganisations au sein des établissements », expliquent-ils. En revanche, le travail de nuit n’est pas que source d’insatisfaction, au contraire. « [Les infirmiers] évoquent également la diminution de la pression institutionnelle la nuit, et la possibilité leur est alors donnée d’exercer leur métier en accord avec leurs valeurs », poursuivent les auteurs de l’étude.
En conclusion, les résultats de cette étude devraient pouvoir « [mettre] en avant plusieurs leviers potentiels d’action pour améliorer la qualité de vie et des conditions de travail des THN au sein de l’AP-HP, tout en tenant compte des différences entre catégories professionnelles », affirment les chercheurs. Parmi ces leviers d’action, la satisfaction des demandes de moyens, une meilleure valorisation et la mise en place d’une meilleure organisation du travail semblent faire partie des priorités.
Raphaël Lichten
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