« La vérité » par Agnès Buzyn

La santé absente à l’Elysée !

Il n’y a plus personne à l’Élysée pour informer directement Emmanuel Macron de l’évolution de la situation : sa conseillère santé a quitté son poste le 31 janvier et n’a pas été remplacée avant le mois de mars !!!

Quitter son poste de ministre de la santé dans ce contexte, sachant ce qui allait arriver (selon elle) c’était mettre en danger le peuple Français. Ne pas dire aux Français ce qui les attendait c’est un manque de considération cruel.

Dr Jean SCHEFFER

Covid : « J’ai fait tout ce que je savais et pouvais faire à l’époque », affirme Agnès Buzyn

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-mercredi-27-septembre-2023-4382414

Agnès Buzyn et le Covid : journal d’une bonne petite soldate du président Macron

Dans son livre, l’ancienne ministre de la santé offre un récit détaillé de sa gestion du Covid-19, puis de son désespoir lorsqu’elle en devient la spectatrice. Ses échanges l’attestent : elle a très tôt compris l’ampleur de la crise, a alerté le président, mais jamais les Français.

Caroline Coq-Chodorge

27 septembre 2023 à 21h11

https://www.mediapart.fr/journal/france/270923/agnes-buzyn-et-le-covid-journal-d-une-bonne-petite-soldate-du-president-macron?utm_source=quotidienne-20230927-194142&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20230927-194142&M_BT=115359655566

À l’hôpital, quand un évènement grave survient, il doit être analysé collectivement, afin d’en tirer des enseignements. C’est à ce retour d’expérience que se livre publiquement, en médecin, l’ancienne ministre de la santé dans son Journal paru mercredi 27 septembre.

En cela, son livre est utile : il détaille jour après jour, minutieusement, les informations qui lui parviennent et les décisions qu’elle prend, de la fin décembre 2019 à sa démission le 17 février 2020, pour diriger la campagne des municipales à Paris. La suite est le récit amer de son impuissance et de ses rancunes personnelles, en particulier envers le monde médical.

Elle s’appuie sur les courriels et les SMS échangés pendant cette période, qu’elle rend publics, et qui sont par ailleurs versés à l’enquête de la Cour de justice de la République (CJR), qui l’a mise en examen en septembre 2021 pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Cette mise en examen a été annulée en janvier par la Cour de cassation, mais elle reste sous le statut de témoin assisté comme Olivier Véran ou Édouard Philippe.

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Arrivée d’Agnès Buzyn à la Cour de justice de la République à Paris, le 10 septembre 2021.  © Photo Sébastien Calvet / Mediapart

À la lecture du livre d’Agnès Buzyn, ce qui frappe tout d’abord, c’est l’aveuglement collectif. Dès le 25 janvier, toutes les informations sont à disposition pour mesurer l’ampleur de la crise à venir. La Chine a confiné trente millions de personnes, à Wuhan et ses alentours. Des réseaux sociaux, hautement surveillés par la dictature, filtrent des vidéos et des messages alarmants, notamment de médecins.

Seule transparence de la Chine : des premières études médicales paraissent et décrivent un virus respiratoire qui se transmet par des gouttelettes et dont la mortalité est de 3 %. Les médecins chinois évoquent aussi une transmission par des personnes porteuses mais sans symptômes.

Agnès Buzyn est à juste titre très sévère envers l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qu’elle juge bien trop inféodée à la Chine. Ce n’est en effet que le 11 mars que l’institution internationale évalue la situation « pouvant être caractérisée comme une pandémie ».

Mais comment est-il possible que la ministre de la santé et son directeur général, Jérôme Salomon, épidémiologiste de métier, n’aient pas conclu très vite qu’il fallait protéger la population, et en premier lieu les soignants et les malades avec des masques ?

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3 avril 2020

Dans les années 2000, la France avait longuement travaillé sur le risque de pandémie, de nombreux rapports ont été écrits, qui tous affirment l’importance des masques. Quand a été déclenchée l’alerte, finalement excessive, face à la grippe H1N1 en 2008-2009, la ministre de la santé d’alors, Roselyne Bachelot, avait constitué un stock de plus d’un milliard de masques.

Pour Agnès Buzyn, ces doctrines n’étaient plus d’actualité : la gestion du virus H1N1 avait été moquée, et le risque terroriste avait pris le dessus. Agnès Buzyn décrit au passage un président de la République très préoccupé par ce sujet début 2020 : elle relate une réunion qui se passe mal, le 28 janvier, sur la radicalisation. Emmanuel Macron est « de très mauvaise humeur »« le visage marqué, les traits tirés » car les choses ne vont pas assez vite à ses yeux : il « souhaite un projet de loi », trouve « les propositions molles ».

Pourtant, le virus inquiète déjà une partie des Français, les plus anxieux, ou les plus prévoyants : fin janvier, plusieurs font des stocks de masques, il n’y en a déjà plus dans les pharmacies. Le 24 janvier, Agnès Buzyn reçoit l’information sur le nombre exact de masques dans le stock d’État : 33 millions pour enfants, et 65 millions pour adultes. Soit un peu plus d’un masque par habitant…

Elle ne saisit pas le caractère explosif de l’information. Elle se contente de dire à ses collaborateurs « instinctivement que cela ne [lui] semble pas suffisant ».

Selon elle, « personne n’avait anticipé » que les masques commandés début 2020 n’arriveraient jamais puisque la Chine, principal producteur, était déjà dépassée par ses propres besoins. Les équipes d’Agnès Buzyn ne le comprennent que le 6 février.

« Extrême malchance »

Tout cela est de « l’extrême malchance », écrit l’ancienne ministre. L’état des lieux complet des stocks de tous les équipements nécessaires pour faire face à une pandémie due à un virus respiratoire – masques, gants, gel hydroalcoolique, respirateurs, gants, blouses, etc. – n’est demandé que le 12 février. Et la mobilisation des entreprises françaises produisant des masques n’est décrétée qu’au mois de mars.

Pour le million de professionnels de santé, les prévisions des besoins en masques FFP2 sont aussi dérisoires : treize millions dans les hôpitaux, treize millions en Ehpad, 6,5 millions pour les libéraux. De quoi tenir quelques jours en situation de pandémie.

Le 8 février, le nouveau coronavirus est encore très bas dans la hiérarchie des préoccupations au plus haut niveau de l’État. Quand survient le premier gros cluster, aux Contamines-Montjoie (Haute-Savoie), impliquant des dizaines d’enfants, Agnes Buzyn en informe le premier ministre et le président de la République à 1 h 26 du matin. Édouard Philippe l’appelle à 8 h 30. Emmanuel Macron ne lui répond qu’à 10 h 37 d’un laconique « Bien reçu, ma chère Agnès ». Le soir, elle lui envoie par SMS un premier signal d’alerte : « Tout cela ne fait que commencer. »

Comme l’a révélé Mediapart en avril 2020, il n’y a plus personne à l’Élysée pour informer directement Emmanuel Macron de l’évolution de la situation : sa conseillère santé a quitté son poste le 31 janvier et n’a pas été remplacée avant le mois de mars« Cette absence de relais auprès de lui rend les choses tellement compliquées », confirme Agnès Buzyn.

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2 avril 2020

Ses échanges sur le sujet avec Emmanuel Macron se résument à des SMS, des mails aux réponses laconiques et des coups de fil ratés. Ce n’est que le 8 février dans la soirée qu’elle peut enfin communiquer par téléphone, sur les marches d’un cinéma… Elle assure alors lui décrire « un tsunami que personne ne voit venir ». Elle parle même d’un possible confinement, seul susceptible de « ralentir la vague ». On ne peut que la croire.

Le sentiment qu’une catastrophe survient se précise aussi pour Jérôme Salomon : le 11 février, il écrit à Agnès Buzyn que « la phase 3 », celle de l’épidémie, « arrivera »« L’opinion publique mérite d’être alertée plus ostensiblement », selon luiPourtant, tout au long de cette première phase de la pandémie, celle de la propagation presque silencieuse du virus sur le territoire français, Agnès Buzyn aura sans cesse des paroles publiques rassurantes, s’alignant sur les messages de l’OMS, toujours à retardement.

Le 12 février, les nouvelles de Chine sont alarmantes : le pays ne parvient plus à tester et ne compte plus que les malades graves et les morts. Dans un mail, Agnès Buzyn réclame à Édouard Philippe « des renforts » et le prévient : « Nous partons sur une crise d’ampleur et très longue. »

Le 14 février, dès que Benjamin Griveaux annonce se retirer de la campagne municipale parisienne, la ministre est l’objet de très fortes pressions pour se lancer à sa place. Elle cède le 17 février. 

Le problème avec Agnès Buzyn est que, entre ses intuitions et ses décisions, ses alertes à ses supérieurs et ses déclarations rassurantes à l’opinion publique, rien ne colle.

La suite du récit est celle d’une campagne municipale vécue comme « une mascarade », comme elle le confiera au Monde le 17 mars. À raison, elle est vénéneuse contre ses confrères médecins qui se répandent dans les médias sur « la grippette ». Elle est aussi très critique contre Jean-François Delfraissy, « un mondain » qui « ne connaît que le sida », placé à la tête du Conseil scientifique, dont elle interroge la légitimité.

Une visite « affligeante »

Le récit de sa traversée du premier confinement est la plus touchante, tant Agnès Buzyn vit une épreuve personnelle. Elle rejoint, comme simple médecin, le service de réanimation d’un hôpital militaire. À Emmanuel Macron, elle confie sa peur d’en mourir, qui est celle de nombreux soignants au contact du virus. Elle a aussi dû faire face à un déferlement de messages de haine, souvent antisémites, et des menaces de mort sur les réseaux sociaux. Elle explique avoir été agressée dans la rue, alors qu’elle ne bénéficie d’aucune protection.

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Emmanuel Macron avec Didier Raoult lors de la visite présidentielle à l’IHU à Marseille, le 9 avril 2020. © Photo Julien Poupart / Abaca

Dans le même temps, sa mère est touchée par un Covid grave, les médecins lui annoncent qu’elle n’est pas réanimable. L’ancienne ministre et médecin se désespère que le seul traitement proposé soit la chloroquine de Didier Raoult.

Finalement, privilège de médecin, elle est informée par un confrère des premiers résultats positifs des corticoïdes, une autre molécule largement testée, aujourd’hui le traitement de référence : elle obtient que sa mère en reçoive, ce qui l’a probablement sauvée.

Sur Didier Raoult, elle avait tout prévu, assure-t-elle, et on la croit cette fois sans difficultés, tant la réputation du microbiologiste marseillais n’était plus à faire dans le milieu médical. Elle affirme avoir mis en garde Édouard Philippe contre ce « détracteur professionnel et incontrôlable ».

« Affligeant », c’est ainsi qu’elle juge la visite d’Emmanuel Macron à Didier Raoult le 9 avril. Mais à ses collègues ulcérés, elle répond que c’est sans doute une manière pour lui de « le “traiter” pour qu’il ne s’épande pas dans la presse, de la même manière qu’on tente de calmer les paranoïaques, et qu’il “traite” ainsi dans le même temps un électorat qui veut y croire. […] Au fond d[’elle], [elle] espère vraiment que c’est la seule et unique raison ». Jusqu’au bout, Agnès Buzyn sera restée une bonne petite soldate du président Macron.

Caroline Coq-Chodorge

  

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Publié le 27/09/2023

Agnès Buzyn règle ses comptes

Paris, le mercredi 27 septembre 2023

https://www.jim.fr/medecin/pratique/recherche/e-docs/agnes_buzyn_regle_ses_comptes_198999/document_actu_pro.phtml

– L’ancienne ministre de la Santé livre sa version des six premiers mois de l’épidémie Covid-19, se dessinant en visionnaire et fustigeant le manque de réactivité d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe.

17 mars 2020. Alors que la France est encore sous le choc du discours de la veille au soir d’Emmanuel Macron, qui a décidé de mettre en place un confinement pour empêcher la propagation de l’épidémie de Covid-19, le journal Le Monde publie une interview de l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui a quitté ses fonctions il y a tout juste un mois pour remplacer au pied levé Benjamin Griveaux, candidat macroniste éphémère à la mairie de Paris avant de quitter la course en raison d’un scandale sexuel. La ministre l’assure : pendant ses dernières semaines au gouvernement, elle a tenté en vain d’alerter le Président de la République et le Premier Ministre Edouard Philippe sur le « tsunami » épidémique à venir. Une révélation qui dénote avec le discours rassurant que la ministre a tenu avant de quitter son poste. Elle avait ainsi déclaré le 21 janvier 2020 que le risque que le virus arrive en France était « faible ».

Ainsi est né le mystère Buzyn, cette interrogation persistante sur le rôle et l’attitude que cet éminent professeur de médecine a tenu durant les semaines qui ont précédé le confinement. Un mystère que l’intéressée tente de dissiper en publiant ce mercredi son journal de bord du Covid-19, qui couvre la période allant de janvier à juin 2020 et qu’elle a reconstitué à partir de ses notes de l’époque et également des SMS ou mails échangés avec des membres de l’exécutif. Un récit où le Pr Buzyn continue de défendre bec et ongles la thèse qu’elle soutient depuis trois ans : oui, elle a compris avant tout le monde, avant les scientifiques, avant l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), que la Covid-19 serait une pandémie mondiale de grande ampleur, mais personne n’a voulu l’écouter.

« Agnès, tu as fait peur au président »

Pour illustrer cette conviction, la ministre de la Santé évoque notamment une longue conversation qu’elle aurait eu avec le Président de la République le 8 février 2020. A l’époque, la France ne compte que 11 cas confirmés de Covid-19 mais la ville de Wuhan en Chine est déjà confinée. Pendant 40 minutes, l’hématologue, qui est « la seule à voir le scénario à venir » (sic) explique au chef de l’Etat qu’il faut d’ores et déjà « mettre le pays sous cloche ». Quelques minutes plus tard, le secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler l’appelle pour lui faire cette remontrance : « Agnès, tu as fait peur au président ». Une phrase qui a marqué a posteriori la scientifique et qui constitue le titre de son ouvrage.

Si Agnès Buzyn se pose donc en visionnaire qui a tout prévu avant tout le monde, tous ses contemporains en revanche en prennent pour leur grade à travers ces 500 pages de journal. Dès le 31 janvier 2020 elle qualifie le Pr Didier Raoult, qui commence à peine à faire parler de lui, de « dingue de Marseille ». Elle considère que le Pr Jean-François Delfraissy, nommé président du Conseil Scientifique est trop « mondain et médiatique, ne connait que le SIDA et aime aller dans le sens du vent ».

Elle insiste surtout sur le déni d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe, rapportant les nombreux messages qu’elle leur a envoyé pendant deux mois pour tenter de les convaincre de prendre des mesures strictes (elle assure que les deux intéressés ne se sont pas opposés à la révélation de ces messages). Le 16 mars, soir d’annonce du confinement, elle finit par envoyer un message incendiaire à Edouard Philippe. « Edouard, vous êtes à côté de la plaque. Je ne perds pas mes nerfs, je suis lucide depuis des semaines et derrière vos décisions ce sont des gens qui vont mourir. Le discours du Président de ce soir est incohérent. Faites de la politique et prenez vos responsabilités ».

« Toute cette crise est une crise d’hommes »

Pourquoi personne n’a voulu écouter les nombreux cris d’alarmes d’Agnès Buzyn ? L’explication qu’elle donne dans un entretien paru ce mardi dans le journal Libération ne manque pas d’interpeller. Selon elle, c’est avant tout parce qu’elle est une femme qu’on ne l’a pas pris au sérieux. « Je pense que toute cette crise est une crise d’hommes, les décisions ont été prise par des hommes, le fait d’être une ministre femme, issu de la société civile, sans poids politique a joué contre moi, c’est évident ». Le fait d’être juive n’est pas non plus pour rien selon elle dans les nombreuses attaques, parfois violentes (elle évoque des menaces de mort) dont elle a été victime. « Il faut trouver l’empoisonneur du puits et d’un coup Jérôme Salomon, mon mari et moi-même sont devenus responsables de tout ».

Agnès Buzyn ne se reconnait finalement qu’une seule erreur dans cette période trouble, celle d’avoir accepté de quitter son poste pour se présenter à la mairie de Paris le 16 février 2020. Pourtant elle l’assure, elle avait déjà conscience de la gravité de la situation épidémique, mais a fini par céder aux pressions de son camp. « Avoir fini par accepter est la plus grosse erreur de ma vie mais l’épidémie n’a alors pas démarré en Italie et mes alertes relèvent d’une intuition qui n’est partagée par personne, je ne réussis pas à convaincre et ils arrivent à me convaincre ».

Pour sa gestion des débuts de l’épidémie de Covid-19, le Pr Buzyn a été mis en examen en septembre 2021 pour mise en danger de la vie d’autrui. Une mise en examen qui a été annulée par la Cour de Cassation en janvier dernier (elle reste cependant sous le statut de témoin assisté), éloignant ainsi le risque d’un procès devant la Cour de Justice de la République (CJR). Mais le Pr Buzyn l’assure, la publication de ce journal de bord n’a aucunement pour but de la dédouaner. Il s’agit pour elle de « rendre aux Français un fragment de leur histoire ».

Ce journal constitue-t-il réellement une retranscription fidèle de la réalité ou bien simplement une tentative pour cet écorchée de la politique de démontrer qu’elle avait compris avant tout le monde la gravité de la situation ? Chacun jugera.

Quentin Haroche

Agnès Buzyn : « Quitter le ministère de la Santé a été la pire erreur de ma vie »

Date de publication : 27 septembre 2023

https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=bc39f8a47996c22a61d5b7124af85762&id_newsletter=18824&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=18824&from=newsletter

Le Parisien
Libération

Le Parisien observe qu’« Agnès Buzyn, ministre de la Santé de 2017 à 2020, publie son journal tenu, au jour le jour, durant l’épidémie de Covid-19 et fait des révélations chocs. Au fil de ce récit intime, elle livre sa vérité et revient sur les accusations de mauvaise gestion, publiant SMS et emails échangés avec le couple exécutif »


Le quotidien relève ainsi que « dans son journal, « Agnès, tu as fait peur au Président… » […], l’ancienne ministre répète qu’elle n’a cessé d’alerter sur l’épidémie qui montait en Chine sans être écoutée ».


Le Parisien note que « la médecin de 60 ans étrille un retard à l’allumage collectif, l’OMS « en dessous de tout », l’inertie de l’Europe. Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique ? « Mondain, surtout très médiatique, il ne connaît que le sida. » Martin Hirsch, ancien patron des hôpitaux de Paris ? « Comme il a visiblement beaucoup de temps libre à l’AP-HP, il écrit des livres ». Didier Raoult ? « Le dingue de Marseille » ».
Le journal indique qu’Agnès Buzyn « révèle l’envers du décor, les SMS secrets échangés au plus haut sommet de l’État avec Emmanuel Macron, Édouard Philippe, alors Premier ministre. Et répond à ses détracteurs qui l’accusent d’avoir quitté le navire au début de la crise du Covid ».


Dans un entretien, l’ancienne ministre déclare : « Ce n’est pas « ma » vérité, c’est la vérité. Certains faits plairont, d’autres non… Mais tout est vérifiable, étayé, pour que justement, on ne me dise pas que c’est ma version de l’histoire ou que je la réécris. J’apporte des éléments objectifs pour proposer un autre récit que celui que l’on entend depuis plus de 3 ans ».


Agnès Buzyn indique notamment : « On nous a accusés de ne pas avoir anticipé la crise. Trop de gens ont rejoué le match après coup. Je pointe donc date par date ce que nous avons fait, bien plus rapidement que les autres pays européens. On a aussi manipulé mon image. J’ai été l’objet d’un déversement de haine, désignée coupable par les réseaux sociaux ».
Elle ajoute : « Nous sommes parmi les premiers au monde à avoir passé commande [de masques] mais, quand nous l’avons fait, la Chine avait déjà fermé ses frontières, or les matières premières viennent de là. Cela, nous ne le savions pas. Au-delà des masques, j’alerte, je déclenche les cellules de crise, mais il y a une inertie généralisée, qui ne vient pas de l’exécutif mais des Ordres de médecins, des fédérations hospitalières, des syndicats… Tout le monde pense que j’en fais des tonnes. Je ne suis pas prise au sérieux. Un tsunami arrive sur nous… et on ne le voit pas ».


Le Parisien observe : « Vous confiez votre désarroi à quitter le ministère en pleine crise pour être propulsée candidate à la mairie de Paris. Vous n’êtes pas une débutante, vous auriez pu refuser… ».
Agnès Buzyn répond : « Je n’ai pas réussi à dire non, pourtant, dans ma tête c’était tranché. L’épidémie allait être grave, tellement que j’ai dit au président et au Premier ministre que je ne m’investirai pas dans la campagne municipale. Je l’annonce même à la radio le 14 février 2020. Pile au même moment, je découvre que Benjamin Griveaux renonce à la mairie de Paris. Personne ne veut être candidat à sa place. Depuis plusieurs jours, il n’y a plus de cas de Covid en France, je commence à me demander si je ne me suis pas trompée sur sa gravité… et tout le monde me presse de me présenter. J’ai eu la chance de servir mon pays en étant ministre, il faut que je rende ce qu’on m’a donné. C’est mon côté loyal, bon soldat. Alors, je cède ! ».


« Renoncer au ministère de la Santé a été la pire erreur de ma vie. Six jours plus tard, l’Italie fait face à une épidémie incontrôlable. Je comprends que l’absence de cas en France n’est que temporaire, qu’on vit le calme avant la tempête. Le renoncement de Benjamin Griveaux a été un battement d’ailes qui m’a précipitée dans une vie qui n’était pas la mienne. À ce moment, je regrette terriblement mais il est trop tard »,
poursuit-elle.
Libération livre également un long entretien avec l’ex-ministre, remarquant : « Vous avez rédigé ce journal durant la première vague de Covid. Pourquoi le publier aujourd’hui ? ».
Agnès Buzyn répond : « Il m’a semblé utile, maintenant que ce traumatisme initial commence à s’éloigner, de rendre aux Français un fragment de leur histoire, totalement passée sous silence. Il était aussi important pour moi de revenir sur la violence des événements durant les 6 premiers mois de 2020 ».
« Ce livre est un décryptage de ce que nous avons vécu et une forme de contribution au débat. C’est l’analyse de quelqu’un qui a vécu la crise de l’intérieur et qui a trois casquettes : celle de citoyenne, mère de famille, celle de femme politique qui agit et celle de médecin. C’est très rare d’être dans une telle position à un moment aussi critique. Mais même si c’est une histoire singulière, celle d’une ministre médecin en exercice au moment du Covid, c’est aussi une histoire collective »,
ajoute-t-elle.


Agnès Buzyn déclare en outre : « C’est aussi à mes collègues, à la communauté médicale que je m’adresse. Redevenue soignante à l’hôpital de Percy en avril 2020, je me suis demandé comment on avait pu en arriver à une telle cacophonie. […] Le vrai problème, c’est la faillite des institutions, du Conseil scientifique, dans son rôle de vigie. Personne n’a pris la parole pour dire que les essais cliniques du [Pr Raoult] contrevenaient à l’éthique et à la méthodologie scientifique. Comment a-t-on pu autoriser l’hydroxychloroquine par décret ? On a perdu le nord. Tout le monde s’est couché. Il faut en tirer la leçon. […] Les rares médecins qui se sont opposés à cette folie ont reçu des menaces de mort. Ce n’est pas normal. Il appartient aux politiques de nommer les bonnes personnes aux bons endroits, de valoriser le courage ».

AGNÈS BUZYN ESTIME QUE QUITTER LE MINISTÈRE DE LA SANTÉ A ÉTÉ « LA PIRE ERREUR DE SA VIE »

Le 26/09/2023 à 20:09

https://www.bfmtv.com/amp/politique/gouvernement/agnes-buzyn-estime-que-quitter-le-ministere-de-la-sante-a-ete-la-pire-erreur-de-sa-vie_AN-202309260871.html

L'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à Paris le 25 septembre 2023.

L’ancienne ministre de la Santé raconte dans un livre « la vérité » sur la gestion gouvernementale de la crise du Covid-19 et estime que ses alertes n’ont jamais été entendues.

« Renoncer au ministère de la Santé a été la pire erreur de ma vie ». Plus de trois ans après avoir quitté le gouvernement en pleine montée de l’angoisse mondiale sur le Covid-19 pour remplacer au pied levé Benjamin Griveaux dans la course à la mairie de Paris, Agnès Buzyn publie un journal de bord de la pandémie sous forme d’un livre de 500 pages, intitulé Agnès, tu as fait peur au Président. Elle donne à cette occasion des interviews dans Ouest-France et Le Parisien.

Avec cet ouvrage, l’ancienne ministre, qui a depuis migré à la Cour des comptes, dit vouloir « proposer un autre récit que celui qu’on entend depuis plus de trois ans » et dénonce « le déversement de haine » complotiste et antisémite à son égard sur les réseaux sociaux.

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SMS avec Emmanuel Macron et Édouard Philippe

Agnès Buzyn y publie notamment plusieurs mois d’échange par SMS avec Emmanuel Macron et Édouard Philippe, pour faire part de sa bonne foi sur la gestion de la crise et éviter de « les voir apparaître par petits morceaux, hors contexte et de façon instrumentalisée ». Elle explique que ces messages auraient fuité à un moment ou un autre, car ils sont consignés dans le dossier d’instruction de l’enquête sur la gestion de la crise sanitaire.

Agnès Buzyn a un temps été mise en examen dans ce dossier pour « homicide involontaire » avant que cette procédure ne soit annulée. Elle est toujours mise en cause dans ce dossier, sous le statut de « témoin assisté », en attente d’un potentiel jugement.

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« Le récit sera récupéré par l’opposition et par les complotistes », se résigne-t-elle déjà, « je ne vais pas y échapper mais je fais confiance à l’intelligence collective ».

Défense de son travail d’alerte

La médecin, spécialiste en hématologie, jure et tente de prouver, récits et SMS à l’appui, qu’elle a tenté d’alerter le sommet de l’exécutif, aussi bien le président et ses conseillers que le Premier ministre, sur la gravité du danger que présentait le Covid-19 qui avait déjà mené la Chine à placer en quarantaine plusieurs villes.

« Je suis la première en Europe, et peut-être même dans le monde, à avoir commandé des masques », « je suis la première ministre au monde à faire une conférence de presse sur le Covid », essaime-t-elle comme autant de gages de sa bonne foi.

Elle étrille également l’OMS qui « n’a pas fait ce qu’elle aurait dû faire » et le Conseil scientifique, « un mélange des genres entre scientifiques de haut niveau et personnes de la société civile » qui n’a pas su recommander le confinement à temps selon elle.

L’ex-ministre estime d’ailleurs que sa phrase sur le risque « faible » de propagation du Covid-19 à la France, le 24 janvier, a été mal interprétée, et souhaite qu’on se rappelle des mots qu’elle a effectivement prononcés: « le risque d’introduction en France est faible mais ne peut pas être exclu, d’autant qu’il y a des lignes aériennes directes entre la France et la ville de Wuhan ».

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Forcée à devenir candidate pour la mairie de Paris

Mais trois semaines après la première mort due au virus en France, le 26 février, on lui demande d’endosser en un rien de temps la charge de candidate du parti présidentiel à la mairie de Paris, après le retrait le 14 février de Benjamin Griveaux, qui vient de voir ses photos intimes diffusées sur Internet par Alexandra de Taddeo, avec qui il entretenait des relations extra-conjugales, et l’artiste sulfureux Piotr Pavlenski.

Agnès Buzyn se décrit alors dans une impasse: poussée par son entourage et par la disparition momentanée des cas des Covid-19 en France, elle « cède », à contre-cœur, après avoir pourtant annoncé son intention de rester à la Santé quelques jours plus tôt. Elle sait aussi qu’Emmanuel Macron souhaite un remaniement après les municipales, et qu’un nouveau refus de sa part, après celui de devenir tête de liste aux élections européennes de 2019, pourrait précipiter sa sortie du gouvernement.

« J’ai eu la chance de servir mon pays en étant ministre, il faut que je rende ce qu’on m’a donné. C’est mon côté loyal, bon soldat « , résume-t-elle.

Lancée dans une campagne qu’elle considère rétrospectivement comme « perdue d’avance » au vu du chaos qui a accompagné le retrait de Benjamin Griveaux, elle continue malgré tout à alerter Emmanuel Macron et Édouard Philippe, sans toujours recevoir de réponse.

C’est d’ailleurs de son insistance que vient le titre de son livre. Il s’agit selon elle d’une phrase prononcé par le secrétaire général de l’Élysée et homme de l’ombre du président, Alexis Kohler, après que la défense par la ministre auprès d’Emmanuel Macron de l’option d’un confinement dès le 12 février, face à l’explosion des cas en Chine.

Potentiel retour en politique

Après son départ du gouvernement, Agnès Buzyn dit avoir constaté à regret une gestion « virile » et « un peu bravache » de la crise sanitaire. « À l’international, on voit que les cheffes d’État, elles, ont pris au contraire des mesures plus protectrices pour leur population », défend-elle.

Et de s’interroger le poids du sexisme dans la prise en compte de ses alertes: « Si j’avais été un homme ou si j’avais été plus puissante politiquement avec un parti, ma parole aurait-elle été entendue différemment? »

Aujourd’hui, l’ex-ministre rode avec ses avocats une potentielle défense devant la Cour de justice de la République en cas de jugement. « La France est le seul pays au monde à avoir attaqué ses ministres en justice sur une pandémie mondiale… Cela devrait nous faire réfléchir collectivement », estime-t-elle.

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Mais son avenir, la médecin ne l’imagine pas nécessairement en dehors de la politique. Lorsqu’on lui demande si elle pourrait jouer un rôle dans les élections européennes du printemps 2024 elle défend « une Europe plus affirmée » et finit par répondre: « j’irai là où je suis utile. Je ne mettrai jamais mes convictions dans ma poche ». Et quand Le Parisien lui demande si elle accepterait à nouveau le poste de ministre de la Santé, elle estime que « ça dépend de ce qu’on peut y faire ».

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Glenn Gillet

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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