Marc Fesneau a défendu le recours à l’herbicide glyphosate, confirmant que la France était pour le maintien du glyphosate sur le marché, en arguant que parfois « il n’y a pas de solution ». En réalité, sur la longue durée : la stratégie française de réduction des usages de glyphosate est un échec.

Marc Fesneau, sur le glyphosate : « La France n’a pas de leçon à recevoir »

Face à la caméra de Mediapart, le ministre de l’agriculture Marc Fesneau se dit favorable au maintien de l’herbicide sur le marché, tout en faisant valoir que sa consommation a diminué de 30 % en France. Un chiffre à relativiser.

Bérénice Gabriel,  Donatien Huet,  Célia Mebroukine et Amélie Poinssot

22 septembre 2023 à 17h50

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Que votera la France sur le glyphosate au Conseil européen des 12 et 13 octobre prochains ? Ré-homologation ou interdiction ? Interrogé par Mediapart au salon « TechNBio » à Valence, dans la Drôme, jeudi 21 septembre, Marc Fesneau a défendu le recours à l’herbicide contesté, confirmant que la France était pour le maintien du glyphosate sur le marché, en arguant que parfois « il n’y a pas de solution ».

Le projet de réglementation européenne, connu depuis mercredi, indique une ré-autorisation du produit pour dix ans. Cette durée est « trop lointaine », a toutefois précisé le ministre, alors que s’est tenue ce vendredi la première réunion du SCoPAFF (Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux), l’organe de la Commission européenne chargé de rédiger la nouvelle réglementation. « La France a besoin d’éléments complémentaires », insiste Marc Fesneau, qui s’en remet complètement à l’avis de l’Efsa, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, malgré le fait que de nombreuses études scientifiques n’ont pas été prises en compte dans cette évaluation.

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Demander à ce stade des éléments complémentaires est une façon de ménager la chèvre et le chou, car en réalité la France a déjà envoyé cet été ses recommandations à la direction générale « Santé » de la Commission européenne. Dans cette lettre, que Mediapart a pu consulter, Paris plaidait pour des limitations de traitement avant les récoltes et regrettait que la biodiversité et les écosystèmes n’aient pas été pris en compte par l’évaluation de l’Efsa.

Le projet de la nouvelle réglementation européenne sur le glyphosate, par ailleurs, laisse une grande marge de manœuvre aux États membres : les pays pourront introduire des limitations d’usage, voire des interdictions, s’ils considèrent qu’il y a par endroits des risques aggravés. Sont présentes dans le projet de texte, par exemple, l’instauration de zones préservées de toute pulvérisation en bordure de champ, ou encore l’interdiction de pulvérisation autour de zones spécifiques comme les écoles.

Dans ces conditions, quelles modifications du texte le gouvernement français va-t-il concrètement proposer ? Marc Fesneau reste flou, insistant sur le fait que la France fait figure d’exemple : elle a déjà réduit sa consommation de glyphosate « de 25 à 30 % »« La France n’a pas de leçon à recevoir de qui que ce soit. »

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Sauf que ce n’est pas tout à fait le cas. Avec 7 765 tonnes vendues en 2021 – date des dernières données complètes disponibles –, le glyphosate continue d’être utilisé massivement dans les champs français, plus que partout ailleurs en Europe. Et si l’on regarde les chiffres de plus près, rien n’atteste d’un recul de 30 % de la consommation française de l’herbicide.

C’est la base de données « BNV-d Traçabilité » – la Banque nationale des ventes distributeurs – qui publie en France les données sur les ventes de produits phytopharmaceutiques et fournit les chiffres officiels publiés par le ministère de la transition écologique. Les derniers datent de 2021, qui est « effectivement la dernière année de vente disponible », nous a confirmé l’équipe de BNV-d Traçabilité. 

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L’année 2021 affiche certes une consommation de glyphosate réduite par rapport à certaines années antérieures, comme 2018, qui avait atteint le pic de ces quinze dernières années (9 717 tonnes). Reste qu’en 2021, l’herbicide a été plus vendu qu’en 2009, 2010, ou encore 2019. On oscillait alors entre 6 000 et 7 200 tonnes de glyphosate vendues par an.

Selon des « données provisoires », a toutefois fait savoir le cabinet du ministre de l’agriculture (voir la Boîte noire), la quantité vendue de glyphosate serait de 5 792 tonnes en 2022. Ces chiffres, non avérés par BNV-d Traçabilité en raison des délais nécessaires aux vérifications des déclarations des distributeurs de produits, nous ramèneraient peu ou prou au niveau des années 2009 ou 2019.

Record en Europe

Si l’on peut faire dire ce que l’on veut à des pourcentages quand on choisit les années de référence, les chiffres absolus sont formels sur la longue durée : la stratégie française de réduction des usages de glyphosate est un échec. Tout comme le sont les différents plans gouvernementaux dits « Écophyto » qui se sont succédé depuis 2008, à l’époque sous Sarkozy. Il y a eu Écophyto 2018, Écophyto II, puis Écophyto II+. Aucun n’a jamais atteint son objectif, qui était, à l’origine, une réduction de moitié de l’utilisation des produits phytosanitaires en agriculture.

La France bat en outre un déplorable record sur le continent européen. Elle est, et de loin, le plus gros consommateur de l’herbicide au sein des Vingt-Sept, d’après une enquête de 2019 menée par le groupe de recherche européen Endure, auquel était associé l’Inrae, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. Seule la Pologne talonne la France, avec 6 665 tonnes vendues en 2017. Viennent ensuite l’Allemagne, puis l’Italie et l’Espagne.

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Certes, la France compte la plus grosse surface agricole de l’Union européenne. Cependant, rapportée à l’hectare, sa consommation de glyphosate reste substantielle : selon nos calculs, elle était de 0,29 kg par hectare en 2021, ce qui place la France dans le peloton de tête.

En 2017, d’après l’enquête de Endure, le pays était sixième sur vingt-sept. Devant la France, on trouvait l’agriculture très intensive danoise avec 0,51 kg de glyphosate par hectare, puis la Pologne (0,43 kg par hectare), puis Chypre, les Pays-Bas, et le Portugal. Les pays dont le ratio était le plus sobre ? Lituanie et Lettonie, avec respectivement 0,08 et 0,09 kg par hectare de glyphosate en 2017.

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Contrairement à la parole ministérielle, qui manque de clarté au lendemain de la diffusion du projet de la Commission, celle du premier syndicat agricole, la FNSEA, n’appelle aucune ambiguïté. Son président, Arnaud Rousseau, l’a dit lors de la conférence de presse de rentrée le 31 août, puis répété dans un certain nombre de titres de la presse régionale : il attend de la France qu’elle appuie la ré-homologation du glyphosate.

« Le modèle qui stocke le plus de carbone, qui limite la consommation d’énergie fossile, c’est l’agriculture de conservation des sols », a-t-il déclaré à Ouest-France, faisant référence à une méthode de culture qui évite le recours au labour. « Ce modèle a besoin de 1,5 à 2 litres de glyphosate par hectare et par an car le glyphosate permet de désherber les champs non labourés, détaille-t-il. Si on est cohérent, on ne peut pas détruire le modèle qui est le plus vertueux. » 

Il est pourtant possible de désherber autrement qu’avec la chimie de synthèse, y compris quand il n’y a pas de labour. Désherbage mécanique, pâturage… Des techniques sont déjà appliquées dans des exploitations agricoles qui s’efforcent précisément de préserver les sols.

Bérénice Gabriel,  Donatien Huet,  Célia Mebroukine et Amélie Poinssot

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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