Macron détaille sa planification écologique par le petit bout de la lorgnette

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Pour réduire de moitié nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, le chef de l’État a annoncé, entre autres, la production de 1 million de voitures électriques et de 1 million de pompes à chaleur. Des mesures en vrac certes concrètes, mais en deçà des ambitions de sobriété et de bifurcation écologique nécessaires face à l’urgence climatique.

Mickaël Correia,  Amélie Poinssot et Ilyes Ramdani

25 septembre 2023 à 21h17

 

L’EuropeL’Europe a eu droit au discours de la Sorbonne. Le régalien au discours des Mureaux. Et la transition écologique… à une vidéo diffusée sur Twitter, avec un président de la République qui parle à une assemblée invisible.

Emmanuel Macron a transformé, lundi 25 septembre, ce qui devait être un « moment solennel » sur la « politique des politiques » en une intervention de 26 minutes diffusée sur les réseaux sociaux, faisant office d’énumération en vrac de quelques chantiers écologiques lancés au cours du quinquennat.

Le président de la République, à l’issue d’un conseil de planification écologique réunissant une quinzaine de ministres, a donc enfin détaillé le cadre d’action qui devrait permettre à la France de réduire de 55 % ses émissions de CO2 d’ici à 2030 par rapport à 1990.

La prise de parole d’Emmanuel Macron était d’autant plus attendue que l’été 2023 a été le quatrième le plus chaud jamais enregistré dans le pays, avec un épisode de canicule tardive inédit. P

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Emmanuel Macron lors de son discours de conclusion du conseil de planification écologique le 25 septembre 2023. © Photomontage Mediapart

D’emblée, le président a remartelé les éléments de langage distillés la veille au 20 heures de TF1 et de France 2. Il a insisté sur la volonté de porter une « écologie à la française » basée sur l’innovation, la « sobriété mesurée » et « la transformation des comportements des consommateurs, des producteurs, des financeurs ».

Première priorité de la planification écologique, fruit de 14 mois de travail : basculer notre consommation finale d’énergies fossiles de 60 % à 40 % à l’horizon 2030. « Un objectif qui est absolument fondamental dans cette décarbonation, c’est la sortie du charbon d’ici 2027 », a rappelé le président. 

Cette annonce est pour le moins singulière quand on sait que le candidat Emmanuel Macron avait promis en 2017 la fermeture des centrales à charbon tricolores pour 2022. Et que le 24 août dernier, le gouvernement a acté le prolongement de leur activité jusqu’à fin 2024.

« La sortie du charbon, c’est l’arbre qui cache la forêt. Le gouvernement aurait dû fermer les centrales à charbon en 2022, comme initialement promis par Emmanuel Macron, et devrait maintenant plancher sur une trajectoire ambitieuse et des dates de sortie claires du pétrole et du gaz fossiles », estime Nicolas Nace, chargé de campagne Transition énergétique à Greenpeace France. 

La promotion d’une « écologie compétitive »

Le président a ensuite avancé la défense d’une « écologie qui crée de la valeur économique », avançant la nécessité d’inventorier nos ressources minières en lithium et cobalt – deux métaux nécessaires pour les batteries des voitures électriques – sans plus s’avancer sur les énormes impacts écologiques et sanitaires de cet extractivisme minier.

Côté transports, le secteur le plus émetteur du pays incarnant à lui seul environ 30 % de nos rejets de gaz à effet de serre, Emmanuel Macron souhaite un investissement de « 700 millions d’euros de l’État » afin de mettre en service « treize RER métropolitains ».

Après avoir précisé la veille « adorer la bagnole », il vise aussi, dès novembre, lancer « un système de leasing à 100 euros par mois pour acheter un véhicule électrique produit en Europe » et la production en France « d’au moins 1 million de voitures électriques d’ici 2027 ».

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Aucune annonce n’a été faite concernant le transport ferroviaire alors que, depuis 1995, la France a investi environ deux fois plus dans la route que dans le rail. Idem concernant l’aérien : le programme de planification écologique prévoit tout juste « un plan avion bas carbone et carburants aériens durables » et le renforcement de l’affichage environnemental pour les consommateurs.

Emmanuel Macron a ensuite enchaîné sur le logement, qui représente 18 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Le chef de l’État, qui a décidé de ne pas interdire les chaudières au gaz car « on ne peut pas laisser nos compatriotes sans solution, notamment dans les zones rurales », veut « arriver à produire 1 million de pompes à chaleur » d’ici la fin du quinquennat. Le niveau de production de cette technologie sera ainsi triplé.

Si Emmanuel Macron estime que le logement doit être synonyme d’« une politique de justice et d’accessibilité », il a dans la foulée déclaré, sans rien annoncer de précis ni de chiffré, que l’État « accompagnera les ménages qui sont les plus modestes »

Ces déclarations sont très éloignées de l’énorme défi de la rénovation des 5 millions de passoires énergétiques que dénombre la France.

Actuellement, l’essentiel des rénovations effectuées grâce au dispositif MaPrimRénov’ concerne des réalisations « par gestes », comme la pose d’une fenêtre en double vitrage, insuffisantes pour être totalement efficaces. L’Agence nationale de l’habitat n’a ainsi recensé que 66 000 rénovations globales en 2022. Et comme le rappelle Andreas Rüdinger de l’Institut du développement durable et des relations internationales : « Si la France avait respecté les objectifs du Grenelle de l’environnement de 2008 en matière de rénovation énergétique, elle ne serait plus dépendante du gaz russe depuis 2020… »

L’agriculture, parent pauvre de la planification écologique

L’agriculture, qui était en 2022 le deuxième secteur émetteur de gaz à effet de serre, avec 81 millions de tonnes équivalent CO2 émises dans l’atmosphère, et qui est le secteur qui a le moins réduit ses émissions depuis 1990, est clairement le parent pauvre des annonces du président. Aucun objectif n’a été avancé sur l’atténuation de son impact climatique.

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Surtout, Emmanuel Macron ne propose aucune vision pour aller vers une agriculture aux méthodes plus écologiques, aucun souffle pour une alimentation plus saine, moins destructrice des écosystèmes ; il s’en tient à la ligne affichée depuis le début de son second mandat : « ne pas laisser les agriculteurs sans solution ». Autrement dit, ne pas interdire un pesticide si l’on n’a pas d’équivalent sur le marché. La France se trouve toujours dans le peloton de tête en matière de consommation de glyphosate par hectare et soutient sa ré-homologationactuellement discutée au niveau européen. 

L’agriculture, en revanche, est vue comme un pilier essentiel de la transition énergétique : ce sont les terres agricoles qui vont fournir les « carburants durables », alimenter les méthaniseurs pour produire du gaz, et accueillir des champs de panneaux solaires – c’est l’« agrivoltaïsme » évoqué par le président dans son discours. Au risque de mettre cette production énergétique appelée à s’amplifier en concurrence avec la production alimentaire.

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Enfin, parmi ce catalogue d’annonces dénué de vision d’ensemble, le chef de l’État a appuyé sur la notion d’« écologie compétitive », basée sur un projet de loi pour l’industrie verte, présenté en octobre, qui permettra selon lui la reprise du « contrôle du prix de notre électricité » pour qu’elle soit « soutenable à la fois pour nos entreprises et pour nos ménages ».

« Ce qui nous importe sur le sujet de la réduction des gaz à effet de serre, c’est que nous avons trouvé un chemin pour être radical sur le résultat en additionnant des petites mesures sans avoir des mesures brutales. C’est le chemin que nousesquissons », a soufflé à Mediapart le secrétariat général à la planification écologique (SGPE).

Un chemin qui sera à traduire financièrement dès le 3 octobre prochain à travers le projet de loi de finances pour 2024, déposé à l’Assemblée nationale le 3 octobre. Le texte sera présenté ce mercredi en conseil des ministres. Un premier test au prisme de la réalité politique pour savoir, comme l’avait promis le chef de l’État lors de l’entre-deux-tours, si « ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas ».

Mickaël Correia,  Amélie Poinssot et Ilyes Ramdani

Emmanuel Macron, ou l’écologie de la promesse et du grand renoncement

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Depuis 2017, les promesses d’Emmanuel Macron en matière d’écologie ont toujours été suivies de grands renoncements. Alors qu’il présente les axes de la planification écologique qui doivent orienter la fin du second quinquennat, l’expérience indique qu’il est fort probable qu’il en soit de même tant l’obsession de ne surtout pas perturber le jeu économique est érigée en valeur suprême. Explications

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Ce billet, rédigé avant les annonces de ce lundi 25 septembre, aurait pu s’intitulée « De quelle écologie Emmanuel Macron est-il le nom ? ».

Ce dimanche 24 septembre, interviewé conjointement pour les JT de 20 heures de TF1 et de France 2 par Anne-Claire Coudray et Laurent Delahousse, Emmanuel Macron nous a montré ce que l’écologie est pour lui : une promesse, parfois ambitieuse, accompagnant ou précédant un grand renoncement.

En témoigne l’annonce, l’une des seules un peu tangibles de cette interview en matière d’écologie, sur la fermeture des centrales à charbon d’ici à … 2027. Eradiquer le charbon est vital. Mais cette annonce est un tour de passe-passe. Elle revient en effet à recycler celle datant de la campagne électorale de 2017 qui programmait la fin du charbon pour la fin du quinquennat, soit 2022. Cette promesse n’a pas été tenue, puisque l’exécutif a décidé de relancer par deux fois, au cours des étés 2022 puis 2023, les deux dernières centrales à charbon françaises. Ainsi, le 24 août dernier, l’exécutif prolongeait encore leur fonctionnement, et E. Macron vient d’annoncer qu’il se poursuivrait jusqu’en 2027. Présenter cette annonce comme une mesure exemplaire en Europe alors que l’arrêt du charbon aurait du être effectif depuis 2022 est plus que saugrenu : c’est un report de 5 ans, au moins.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, les promesses, parfois ambitieuses en matière écologique, ont systématiquement été suivies de grands renoncements :

  • promesse du MakeOurPlanetGreatAgain en réponse à Donald Trump décidant de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, mais grand renoncement à faire du climat la priorité n°1 de la diplomatie française ;
  • promesse de l’interdiction du glyphosate d’ici à 2020 puis grand renoncement à l’appliquer sous la pression des lobbys industriels et agricoles (lire cette tribune) ;
  • promesse de la Convention citoyenne sur le climat mais grand renoncement par l’enterrement en bonne et due forme de la quasi-totalité de ses mesures les plus volontaristes et efficaces
  • annonce d’un second « quinquennat écologique » mais négation de l’urgence climatique autour de la phrase « « Qui aurait pu prédire la crise climatique ? » (lire ce post de blog)
  • etc

En parallèle, Emmanuel Macron et son gouvernement ont multiplié les formules oratoires visant à rendre compte de leur vision de l’écologie : « écologie de production », « écologie du quotidien », « écologie de l’apaisement », « écologie de proximité », « écologie positive », etc. Ce dimanche 24 septembre, c’est une « écologie à la française, une écologie de progrès » qui a été mise en avant par E. Macron, poursuivant cette perpétuelle recherche de signifiants positifs visant à ce que l’opinion publique adhère au projet.

Derrière ces formules qui, la plupart du temps, ne signifient pas grand chose et cachent mal les double-discours, on retrouve quelques-uns des principes supérieurs qui ont guidé la politique écologique d’E. Macron depuis 2017 et qui bloquent toute avancée majeure :

  • l’impératif de croissance est non-négociable,
  • les normes contraignantes envers les industriels (pétro-chimie, agro-industrie, finance etc) et les entreprises multinationales ne sont pas envisageables,
  • la compétitivité-prix est indépassable,
  • la croyance en de nouvelles technologies salutaires est sans limite,
  • la confiance dans le marché et les entreprises est démesurée,
  • une responsabilité individuelle indifférenciée est confiée à chacun d’entre nous, que l’on soit milliardaire ou smicard, trader ou tricard,

Dans la réalité, cela ne fonctionne pas. Parce que la procrastination, les hésitations et les renoncements nourrissent des échecs patents. Mais aussi, et surtout, parce que ces principes incarnent le refus manifeste, entêté et coupable de changer de logiciel idéologique face à l’urgence climatique et à l’effondrement de la biodiversité.

Dès que les enjeux deviennent sérieux, dès qu’il s’agit de prendre des décisions qui vont toucher à la puissance des lobbies, aux pouvoirs et droits acquis des multinationales ou aux règles qui organisent l’économie, Emmanuel Macron et son gouvernement tergiversent, reportent à plus tard ou limitent leurs ambitions en se conformant aux exigences des acteurs économiques et financiers. Aux promesses succèdent des grands renoncements.

Or, quand les équilibres de la planète sont prêts à rompre, quand le seuil de l’irréversible est sur le point d’être franchi, quand les catastrophiques climatiques et écologiques s’empilent, on attend des chefs d’Etat et des élus des pays prétendant être à la pointe du combat écologique et climatique qu’ils prennent des décisions courageuses et visionnaires, quitte à perturber le jeu économique. On attend un véritable sursaut politique.

Mais le sursaut ne vient pas. A toujours repousser à demain ce qui devrait être fait aujourd’hui, à ne jamais prendre les précautions et les régulations qui s’imposent, à toujours conforter les idées reçues, l’écologie d’Emmanuel Macron, si fondamentaliste dans son obsession de ne surtout pas perturber le jeu économique et les droits acquis des acteurs économiques, nous enferre dans une impasse.

Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait fait de la transition écologique le « combat du siècle » promettant que « le quinquennat serait écologique ou ne serait pas » (16 avril 2022, Marseille). On a donc le droit de croire, comme l’on croit en Dieu ou aux esprits, que la planification écologique présentée ce lundi 25 septembre va enfin changer la donne. L’expérience tirée de sept années d’Emmanuel Macron nous enseigne le contraire.

Il est pourtant urgent de proposer aux jeunes d’être la première génération de protecteurs face aux destructions en cours : protéger la biodiversité et le vivant, lutter contre le réchauffement climatique, réduire les pollutions, prendre soin des plus précaires et vulnérables. Voilà un horizon et une espérance collective légitimes avec laquelle embarquer la jeunesse et la population.

Maxime Combes, économiste et auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, 2015) et co-auteur de « Un pognon de dingue mais pour qui ? L’argent magique de la pandémie » (Seuil, 2022). 

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Emmanuel Macron, ou l’écologie de la promesse et du grand renoncement.  © @MaximCombes

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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