« La piste d’une hausse des franchises médicales, un scénario politique inflammable »
Date de publication : 25 septembre 2023

Mattea Battaglia et Camille Stromboni remarquent dans Le Monde que « le scénario d’une hausse des franchises médicales, ces sommes restant à la charge du patient lorsqu’il achète des médicaments (0,50 euro par boîte) ou consulte un médecin (avec la participation forfaitaire de 1 euro par rendez-vous), n’est toujours pas tranché ».
« Il était encore, ces dernières semaines, l’un des principaux leviers d’économie mis en avant par le gouvernement, dans la préparation de son budget pour 2024. L’un de ceux censés permettre de freiner la progression des dépenses de santé »,notent les journalistes.
Elles poursuivent : « Alors que l’inflation et le pouvoir d’achat sont au cœur des préoccupations des Français, leur demander un effort financier supplémentaire, qui plus est quand ils sont malades, est un pari politique risqué ».
« Cinquante centimes, 1 euro… 2 euros demain ? Les sommes peuvent paraître modestes, d’autant que ces franchises, instaurées il y a 15 ans, sont depuis lors plafonnées à 50 euros par an et par patient, pour l’achat de médicaments comme pour les consultations. Soit 100 euros en tout, au maximum. Une limite que M. Rousseau [ministre de la Santé] ne veut pas voir dépassée. […] Les acteurs de la santé – médecins et associations de patients en tête – sont, avant même l’arbitrage définitif de l’exécutif, vent debout contre une «nouvelle taxe sur la maladie» », continuent les journalistes.
Mattea Battaglia et Camille Stromboni relèvent : « Que sait-on de l’effet des franchises sur la consommation de soins ? La grande évaluation de référence reste celle menée aux Etats-Unis, il y a 40 ans ».
Pierre-Yves Geoffard, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, explique que « cette étude a montré que les effets sur l’état de santé se concentrent sur les plus pauvres : ce sont ceux qui diminuent le plus leur consommation médicale quand elle devient payante ».
Les journalistes notent qu’« une étude menée, en France, par l’institut de recherche et documentation en économie de la santé, datant de 2008, a montré que sur un peu plus de 5000 personnes ayant acheté des médicaments cette année-là – sur les premières boîtes franchisées, donc –, 12% ont déclaré avoir modifié leur mode de consommation. […] Parmi eux, plus de la moitié (64%) ont décidé de n’acheter qu’une partie des médicaments prescrits, un tiers (33,5%) ont repoussé certains achats ».
Nicolas Da Silva, économiste de la santé et enseignant-chercheur à l’université Sorbonne-Paris-Nord, déclare pour sa part que « ce sont les médecins qui décident des prescriptions, et ce sont les industriels pharmaceutiques qui décident du nombre de médicaments mis dans les boîtes… Pourquoi, alors, ne pas aussi ouvrir avec les intéressés ce débat-là ? En se polarisant sur le comportement des patients, on ferme les yeux sur toute une partie du problème ».