« Est-il vrai que « le Nutri-Score n’améliore pas la santé », comme l’affirme le cancérologue David Khayat ? »
Date de publication : 25 septembre 2023

François Vaneeckhoutte s’interroge dans Libération : « Le Nutri-Score favoriserait-il des produits sans effets positifs sur la santé ? C’est la thèse que David Khayat, professeur de cancérologie, a défendu […] sur LCI. Celui-ci, venu promouvoir son nouveau livre et son propre «score nutri-santé», a attaqué le Nutri-Score figurant aujourd’hui sur nombre de produits ».
Le médecin a ainsi déclaré : « On sait que le Nutri-Score n’améliore pas la santé, ça a été prouvé par des tas d’études cliniques ».
François Vaneeckhoutte relève que « selon lui, la non-intégration au Nutri-Score du caractère ultratransformé de certains produits, susceptible de provoquer de nombreuses maladies, ainsi que de l’impact environnemental des produits en font un mauvais outil d’aide à la décision pour le consommateur ».
« Des propos qui ont indigné Serge Hercberg, nutritionniste et père du Nutri-Score. […] Celui-ci dénonce une «incroyable fausse information» et demande des preuves au Pr Khayat : selon lui, les études cliniques mentionnées par l’oncologue «n’existent pas» », note le journaliste.
David Khayat répond que ses propos « ont pu être mal interprétés. Ce que j’aurais dû préciser est qu’aucune étude sérieuse n’a démontré que le Nutri-Score améliorait la santé et que nombre d’experts pensent qu’il est contre-intuitif, comme l’exemple des frites congelées notées A ».
François Vaneeckhoutte note qu’« en guise d’études, le professeur ne nous a toutefois transmis que 5 articles. […] Le choix des sources pose également question. Sur les 5 articles, on trouve une attaque ad hominem contre le Dr Hercberg, une interview où le Nutri-Score est évoqué en trois lignes et un post de blog d’un nutritionniste-homéopathe ».
Le journaliste relève en outre qu’un article « transmis par le Pr Khayat a en réalité été écrit au service d’une campagne anti-Nutri-Score. Celui-ci, qui s’achève par un intertitre «Non à la généralisation du Nutri-Score en Europe», renvoie surtout à deux reprises à une pétition qu’il incite (lourdement) le lecteur à signer »
François Vaneeckhoutte indique qu’« il existe bien des études prouvant que le Nutri-Score est efficace en matière de santé publique. En septembre 2021, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a notamment publié une note de synthèse basée sur plusieurs études montrant que la consommation d’aliments mal classés par le Nutri-Score augmentait le risque de cancer ».
« Une méta-analyse, recoupant plus d’une centaine d’études et publiée elle aussi en 2021, avait attesté que les indicateurs nutritionnels […] conduisaient les consommateurs à privilégier des produits plus sains – avec des réductions notables en matière d’énergie, de sel, de gras et de graisses saturées », ajoute le journaliste.
François Vaneeckhoutte précise que « certaines des critiques exprimées par le Pr Khayat sur le Nutri-Score sont légitimes. S’agissant des notations «contre-intuitives» de certains produits, […] la méthode de calcul du Nutri-Score doit changer début 2024 afin de mettre à jour ses recommandations nutritionnelles face aux progrès des industriels et de pénaliser plus lourdement les produits à forte teneur en sel ou en sucre ».
« Par ailleurs, comme le confirme Serge Hercberg, si l’aspect ultratransformé ou les qualités environnementales d’un produit «sont importants», ils ne peuvent pas être inclus dans le Nutri-Score. En effet, les produits ultratransformés ne sont pas tous dotés de mauvaises qualités nutritionnelles, et inversement », continue le journaliste.
Il relève que le Dr Hercberg « indique qu’il a été proposé «d’entourer le Nutri-Score d’un bandeau noir pour les produits ultratransformés» – une formule validée par une étude menée sur des consommateurs et publiée en mai. Reste qu’une corrélation entre un bon Nutri-Score et le caractère ultratransformé des produits existe déjà : selon les promoteurs de l’outil, seuls 8% des produits ultratransformés disponibles sur le marché en 2020 bénéficiaient d’un Nutri-Score A, et 13% d’un Nutri-Score B, contre 79% notés par un Nutri-Score C, D ou E ».