Publié le 15/09/2023
L’exposition au plomb serait responsable de 5 millions et demi de morts par an !

Washington, le vendredi 15 septembre 2023
– Sans surprise, les pays à faible ou moyen revenu sont le plus victimes des conséquences sanitaires de l’exposition au plomb.
En 2019, l’étude sur l’impact mondial des maladies (« Global burden of disease ») avait conclu que l’exposition au plomb était responsable de la mort de 850 000 personnes chaque année dans le monde. Aussi impressionnant que semblait être ce chiffre, il est visiblement grandement sous-évalué. En effet, selon une étude réalisée par la Banque Mondiale et publiée ce mardi dans la revue The Lancet, l’exposition au plomb est responsable en réalité de plus de six fois plus de morts, soit au total 5 545 000 décès par an de personnes âgées de plus de 25 ans. 90 % de ces morts, soit plus de 5 millions de décès, auraient eu lieu dans des pays à faible ou à moyen revenu.
Pour réaliser cette nouvelle évaluation des conséquences sur la santé publique mondiale de l’exposition au plomb, les équipes de la Banque Mondiale sont partis des niveaux de plombémie moyenne estimés en 2019. Le taux de plomb dans le sang des populations est d’ailleurs en moyenne trois fois plus élevé dans les pays à faible ou moyen revenu (46 microgrammes par litre) que dans ceux à haut revenu (13 microgrammes par litre).
Du plomb dans la tête
Dans son étude, la Banque Mondiale a pris en comptes les effets de l’exposition au plomb sur l’athérosclérose et sur les troubles du rythme cardiaque, là où la précédente étude de 2019 n’avait évalué que l’effet du plomb sur l’hypertension artérielle, ce qui explique cette forte surévaluation de la mortalité. Selon la Banque Mondiale, le plomb serait ainsi la cause de 30 % des décès liés aux maladies-cardiovasculaires sur la planète. Mais ce nombre de plus de 5 millions et demi de décès dus au plomb serait encore sous-évalué estiment les auteurs de l’étude. « Par exemple, les décès dus aux maladies rénales chroniques induites par le plomb n’ont pas été pris en compte dans l’analyse » explique l’épidémiologiste canadien Bruce Lanphear.
Au-delà de la question de la mortalité, les chercheurs de la Banque Mondiale se sont également penchés sur l’impact du plomb sur le développement cognitif des enfants. L’exposition au plomb ferait ainsi perdre 765 millions de points de QI aux enfants de moins de cinq ans de la planète chaque année, soit 80 % de plus que ce qu’avait retenu les précédentes évaluations sur le sujet.
Une surévaluation qui « est dû à une meilleure estimation de l’exposition au plomb des populations dans les pays en voie de développement » explique Philippe Grandjean, spécialiste des liens entre l’environnement et le neurodéveloppement. Là encore, ce sont les populations des pays les plus pauvres qui sont les premières victimes du plomb. Dans les pays à faible et moyen revenu, les enfants perdraient en moyenne 5,9 points de QI avant l’âge de cinq ans à cause du plomb.
L’économie mondiale plombée
Enfin, l’exposition au plomb a un coût économique considérable, que Bjorn Larsen, économiste et principal auteur de l’étude de la Banque Mondiale, estime à 6 000 milliards de dollars par an, soit l’équivalent de 7 % du PIB mondial, 77 % des coûts étant liés à l’impact du plomb sur la santé cardio-vasculaire et 23 % à la perte de revenus engendrée par la baisse de QI liée au plomb. « L’écrasante majorité des couts économiques de l’exposition au plomb se situent dans les pays à bas et à moyen revenu » constate sans surprise Bjorn Larsen.
Si l’exposition au plomb a diminué dans le monde grâce aux différentes législations adoptées ces dernières décennies, comme l’interdiction de l’essence au plomb, des efforts restent à faire pour diminuer l’impact de cet élément toxique sur la santé humaine. A la suite des nombreuses interdictions édictées dans les pays riches, les industriels du plomb se sont en effet contentés de délocaliser leurs activités nocives, comme le recyclage des batteries au plomb ou l’extraction des métaux, dans des pays à plus faible revenu moins regardant sur les règles sanitaires. De plus, « le plomb ne se dégrade pas et ne disparaitra pas » rappelle Philippe Grandjean qui appelle à s’interroger sur l’éventuelle responsabilité civile et pénale des industriels dans les millions de morts causés par le plomb.
Quentin Haroche
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